Slogans: CONCOURS

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Ce blog fête ses trois ans! Près de 130 articles, plus de 5 500 commentaires et 1 500 000 vues plus tard (merci Mar_Lard!), et malgré quelques baisses de régime de mon côté, Genre! se porte bien et vous êtes très nombreuses et nombreux à le visiter régulièrement. J’en profite donc pour vous remercier, et vous remercier aussi de tous les petits mots d’encouragement laissés ici ou ailleurs qui me font toujours un immense plaisir et me font presque oublier les trolls.

gâteau

Alors pour célébrer tout ça, pour conclure au moins temporairement ma série sur les slogans et parce que les coeurs avec les doigts ça va bien deux secondes, je vous propose de participer à un petit concours, en partenariat notamment avec les éditions Des ailes sur un tracteur.

des ailes sur un tracteur

Il s’agit de proposer un slogan féministe inédit, qui vous paraisse correspondre le mieux à notre époque et aux enjeux militants contemporains (nouveaux ou non).

Il ne peut donc s’agir que de slogans de votre invention; je sais moi aussi utiliser Google… ;-)

Vous pouvez pour cela utiliser le formulaire ci-dessous, jusqu’au 31 décembre. Les slogans seront ensuite soumis au vote, avec éventuellement une préselection s’il y a beaucoup de contributions. Soyez créatifs·ves, politiques et poétiques…

PREMIER PRIX

Une illustration du slogan gagnant par Janine, l’auteure du blog ami Poil à fille.

2ème et 3ème prix

Un exemplaire du Projet Crocodiles dédicadé par Thomas Mathieu.

Pour les quatre gagnant·es suivant·es

Les éditions Des ailes sur un tracteur offrent:
– deux exemplaires de Genre! L’essentiel pour comprendre genre-l-essentiel-pour-comprendre-9791090286146_0
 
 
 
 
 
 
– deux exemplaires de la revue Miroir/Miroirs sur le Genderfucking genderfucking
 
 
 
 
 
 
– un exemplaire de la Transyclopédie. transyclopédie
 
 
 
 
 
 

Pour participer, vous pouvez utiliser le formulaire ci-dessous ou ce lien.

Enquête sur l’accueil des victimes de violences sexuelles en France

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L’association Les Déchaînées* lance une enquête auprès des personnes victimes de violences sexuelles qui sont allées porter plainte en France, afin de mieux comprendre les conditions dans lesquelles elles ont été accueillies. Je la relaie aujourd’hui à l’occasion de la Journée pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes.

En France, moins de 10 % des victimes de viol portent plainte. Les raisons à cela sont nombreuses : peur, sentiment de culpabilité, pressions extérieures, difficulté à prouver les faits… Dans un premier temps, l’association souhaite en savoir plus sur l’accueil qui est fait aux victimes de violences sexuelles en commissariat ou gendarmerie. Pour cela, elle lance une enquête auprès des personnes majeures victimes de violences sexuelles ayant porté plainte.

L’association espère réunir au moins 500 réponses, à partir desquelles sera rédigé un rapport qui sera ensuite transmis au Ministère de l’Intérieur, au secrétariat des Droits des Femmes et au Ministère de la Défense.

Le site qui explique la démarche: http://www.enquete-accueil-viol.com/
L’adresse directe de l’enquête: http://dechainees.polldaddy.com/s/enqu%C3%AAte-autour-de-l-accueil-en-gendarmerie-police-des-victimes-de-viol

(*Les Déchaînées est une association créée en 2013 pour défendre les droits des femmes.)

Une lente et inexorable marche vers plus d’égalité?

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On oppose souvent aux féministes l’idée qu’il ne servirait à rien de chercher à hâter l’avènement d’une société plus juste, voire pleinement égalitaire. On nous assure qu’il faut laisser du temps au temps, que tout cela est une affaire de renouvellement des générations, qu’il faut donc prendre notre mal en patience; les mentalités évoluent d’elles-mêmes, mieux vaut ne pas les brusquer.

Je prends un exemple: le combat contre le sexisme dans la langue. Quand on dénonce l’inanité qui consiste à dire « Mme le président » ou « elle est directeur financière », on nous répond souvent qu’il ne faut pas chercher à faire évoluer la langue, puisqu’elle évoluera naturellement à mesure que la société deviendra plus juste. Et pour atteindre une société plus juste, là non plus il ne faut pas trop revendiquer, pas trop froisser, puisqu’après tout c’est dans l’ordre des choses et que notre société tend naturellement vers ce but.

A ce type d’arguments on peut répondre deux choses.

D’abord, bon nombre de femmes en ont plus qu’assez d’attendre. Nos mères ont attendu, nos grands-mères aussi et leurs mères avant elles; elles se sont battues, aussi, mais attention, il ne faut pas trop demander à la fois, et le faire poliment, sinon gare. Alors elles ont attendu jusqu’en 1945 pour obtenir le droit de vote, pour lequel elles se battaient depuis plus d’un siècle. Elles ont subi moqueries, humilitations et répression, jusqu’à ce que ces messieurs, parmi les derniers en Europe, se rendent compte qu’il était peut-être temps d’arrêter de les faire patienter. Le féminisme n’a jamais eu bonne presse. On a toujours dit aux féministes soit qu’elles étaient à côté de la plaque, soit qu’elles devaient prendre leur mal en patience. Il se trouve que si nous continuions d’attendre sagement, les bras croisés, l’avènement divin de l’égalité salariale, au rythme où vont les choses, cela prendrait encore presque un siècle – si peu. Le patron de Microsoft s’est récemment chargé d’expliquer aux femmes que l’égalité des salaires arriverait d’elle-même, qu’elles « n'[avaie]nt pas besoin de réclamer des augmentations de salaires et d[evai]ent faire confiance aux entreprises pour les payer justement ». C’en serait presque drôle si nous n’étions pas, justement, dans l’urgence.

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Quels sont les rapports entre sexe et genre?

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Dans la lignée de mon article précédent sur le genre comme construction sociale, j’aborde maintenant la distinction entre sexe et genre qui fait partie, pourrait-on dire, de la doxa concernant le genre. Ce dernier est souvent présenté dans un rapport d’opposition avec le sexe, l’un se situant du côté du social, de la culture, et l’autre du côté du biologique, du naturel. On présente alors le genre à travers des rôles sociaux plaqués sur la différence des sexes, biologiquement constatée. Ce faisant, on reconduit une distinction entre nature et culture qui pose problème à plusieurs niveaux.

J’ai bien conscience d’aborder là un sujet épineux et très sensible, surtout dans le contexte actuel, où la fameuse « théorie du genre » se voit assigner toutes formes de tares – notamment celle de nier les différences entre les sexes. Je rappelle à ce sujet ce que j’écrivais dans mon dernier billet: les études de genre prennent comme point de départ les différences constatées entre les représentations, rôles, valeurs, caractéristiques (etc.) attachées aux deux groupes sociaux que sont les hommes et les femmes. A partir de ce point de départ, les études de genre questionnent ces différences; et pour être en mesure de les questionner, il faut pouvoir les détacher d’une « nature » fantasmée, qui règlerait l’ensemble des « différences entre les sexes » et de leurs rapports.

Il s’agit donc de déterminer ce qui relève du social, du culturel, et ce qui relève de différences proprement biologiques, le territoire du biologique se réduisant à mesure que la compréhension du « sexe » et du « genre » progressent. Par exemple, il était largement admis, il n’y a pas si longtemps, que les femmes étaient naturellement (biologiquement) inaptes à exercer des mandats politiques ainsi que des métiers dits masculins comme les métiers d’avocat·e, de médecin, de professeur… (cf. Juliette Rennes 2007 – toutes les références sont citées en fin de billet). Cette position, qui n’a pas complètement disparu, est cependant aujourd’hui très difficile à défendre. Mais les frontières entre le « naturel » et le « culturel » en ce qui concerne ce que l’on appelle communément la différence des sexes n’est pas fixée, elle continue à se déplacer et à être interrogée.

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Le genre est une construction sociale: qu’est-ce que cela veut dire?

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« Le genre est une construction sociale »: c’est là un élément de base de la définition du genre, sans lequel on ne peut comprendre le concept. Je l’ai mentionné plusieurs fois, et expliqué, sans y consacrer de billet entier; l’idée de ce billet m’est venue suite à un commentaire lu sur la page Facebook de ce blog. Je me suis rendu compte que la notion de construction sociale était loin d’être comprise par tout le monde – et pour cause: ce n’est pas une notion évidente, surtout quand on l’applique à des sujets aussi sensibles que la différence des sexes et les rapports entre les sexes. Je vais donc évoquer quelques-unes des erreurs commises au sujet de cette notion de construction sociale, avant de revenir sur sa définition.

Pour le contexte, d’abord, je reviens sur le commentaire outré reçu sur Facebook. Il s’agit de quelqu’un qui ne connaît pas mon blog et est tombé sur ma page via un partage. Il critique ce post, où je parle de l’injonction à avoir des enfants comme norme sociale, que je compare dans ce sens au genre: « L’obligation à la parentalité, à la maternité en particulier, est une norme sociale, c’est-à-dire une construction – comme le genre… ». Le commentaire (en plusieurs parties) souligne:
– « LA MATERNITE N’EST PAS UNE NORME SOCIAL MAIS UNE NORME BIOLOGIQUE ! le feu brule, l’eau mouille, la terre est ronde … »
– « en fait c’est pas le passage sur la maternité le plus choquant c’est ; « UNE CONSTRUCTION COMME LE GENRE » le genre une construction ??!! vous etes ce que vous etes c’est la nature, mais on dirait ici que tout le monde en veut beaucoup à l’ordre naturelle des choses… »

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Slogans (5) Nos désirs font désordre

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Contexte

Je ne sais pas s’il s’agissait spécifiquement d’un slogan lesbien à l’origine, mais c’est ainsi qu’il a été interprété et approprié. Quand il apparaît, dans les années 1970, c’est-à-dire au moment où les féministes affirment que le privé est politique, il n’est pas du tout habituel de penser les questions liées au corps, au désir et à la sexualité en termes politiques; ce n’est d’ailleurs, souvent, toujours pas le cas. Le slogan est toujours utilisé, notamment lors de marches des fiertés, et on l’a vu dans des manifs de soutien au mariage pour tous. Il faut rappeler que féminisme et lesbianisme, en tant que mouvements sociaux et politiques, et plus généralement libération des femmes et libération homosexuelle sont historiquement liés.

Explication

« Nos désirs font désordre »: nos désirs choquent, ils ne vont pas de soi, ils bouleversent l’ordre établi, qu’on le veuille ou non; nos désirs sont politiques (au sens large de « ce qui concerne les affaires de la cité », la vie en société).

Je ne sais pas s’il reste des gens, après l’épisode « Mariage pour tous », pour douter du fait que les sexualités (toutes les sexualités) sont politiques; j’en remets quand même une couche par précaution. Si cette série d’articles commence par le slogan « le privé est politique », c’est parce qu’il résume une prise de conscience réellement fondatrice pour les féminismes ainsi que pour les mouvements de libération homosexuelle. Je n’évoquais pas dans ce billet la question des sexualités non-hétéro (la remarque m’en a été faite, et c’était sans doute une erreur de ma part), je corrige donc le tir ici. Le titre d’un blog le résume bien: « Ma vie privée est toujours politique (et ma colère aussi) ».

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Slogans (4) Mon corps est à moi

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Contexte

Je reste dans les années 1970, mais ce slogan a été largement repris depuis. Il reste d’actualité et le restera tant que la société ne reconnaîtra pas aux femmes le droit de disposer de leur propre corps. J’oriente l’article vers le droit à la contraception et à l’IVG mais je donne d’autres interprétations et pistes de réflexion à la fin.

mon corps est à moi

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Retour sur le premier congrès des études de genre en France

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Je fais une pause dans ma série sur les slogans féministes pour faire un petit bilan personnel du premier congrès des études de genre en France, qui s’est tenu à Lyon du 3 au 5 septembre. J’y ai participé à plusieurs titres, en tant qu’intervenante, spectatrice et membre du comité d’organisation (je faisais partie des petites mains qui s’occupaient de l’accueil et de l’orientation des congressistes ainsi que de la gestion des salles). Je vais d’abord évoquer le bilan scientifique du congrès, puis revenir sur la (fausse) polémique qui l’a entouré. Précisons d’emblée, puisque certain·es crient à la « censure », que toutes les séances ont fait l’objet d’une captation de la part de l’Institut du genre (audio pour les ateliers, vidéo pour les plénières); elles devraient être mises en ligne dans les mois qui viennent (cela demande un gros travail).

Tout d’abord, donc, sur le plan scientifique, je crois pouvoir dire que ce premier congrès fut un grand succès, et pas seulement par son ampleur. Il ne s’agit pas, loin de là, du premier colloque en France sur les études de genre, mais l’appellation « premier congrès » est liée au fait qu’il s’agissait de réunir, pour la première fois, un très grand nombre des acteurs et actrices de la recherche française sur le genre, sans thème général. Le congrès s’organisait autour d’une douzaine d’axes thématiques. Les sujets abordés ont été extrêmement variés, et de nombreuses disciplines représentées: il a été question d’histoire, de géographie, de philosophie, de sport, de psychanalyse, de linguistique, d’éducation… Les 500 participant·es avaient, lors de chaque session, le choix entre 5 ou 6 « ateliers » parallèles (54 ateliers ont eu lieu sur les 3 jours): « Rapports de genre dans l’histoire littéraire », « Genre, pratiques discursives, politiques du discours », « Genre et web politique », « Genre et droit », « Femmes et activités économiques », « Genre et territoires »… Les ateliers étaient globalement de très grande qualité, les conversations riches et souvent animées, les débats passionnants. J’ai été frappée par le nombre de jeunes, voire très jeunes chercheurs et chercheuses, et par la jeunesse aussi du public, même s’il y avait aussi un grand nombre de figures du champ des études de genre et de nombreux/ses chercheurs et chercheuses confirmé·es. Si ce congrès a bien montré une chose, c’est la variété et le dynamisme de ce champ de recherche.

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Slogans (3) Prolétaires de tous les pays, qui lave vos chaussettes?

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Contexte

Je ne connais pas l’origine exacte de ce slogan (pour le moins génial, disons-le d’emblée). Selon cet article du Monde, il vient d’une question posée lors d’une conférence féministe organisée en octobre 1978 au Centre culturel étudiant de Belgrade, mais le livre 40 ans de slogans féministes le fait remonter à 1972, lors d’une manifestation en soutien à des ouvrières en grève. Il s’agit évidemment d’une parodie du célèbre appel qui conclut le Manifeste du parti communiste: « prolétaires de tous les pays, unissez-vous! ». D’autres slogans qu’on pouvait lire lors de cette manif de 1972: « Le steak d’un militant est aussi long à cuire que celui d’un bourgeois », « Je suis désolée, il n’est pas à la maison maintenant, il est à la manif pour les peuples opprimés ».

travailleurs de tous les pays

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Slogans (2) Un homme sur deux est une femme

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[Précision préalable: j’ai conscience que ce slogan peut paraître transphobe, dans la mesure où il invisibilise complètement la question trans. Ça m’intéresserait d’en discuter en commentaire. Il faut juste se rappeler qu’il s’inscrit dans un contexte où le militantisme trans, à ma connaissance, existait à peine en France, et où les féministes ne réfléchissaient absolument pas à ces questions. Mon interprétation se fait donc complètement en-dehors de la question trans, mais il serait intéressant d’y réfléchir avec les outils dont on dispose aujourd’hui.]

Contexte

C’est à nouveau un slogan caractéristique de la deuxième vague féministe. On le voit notamment en 1970 sur des banderoles lors de la première manifestation remarquée du Mouvement de Libération des Femmes (MLF), avec un autre slogan célèbre, « Il y a plus inconnu que le soldat inconnu: sa femme ».

un homme sur deux

Explication

Ce slogan, à la fois provocateur et évident, vise à mettre en évidence l’androcentrisme (le fait de se centrer, consciemment ou non, sur les hommes) de la société patriarcale et donc l’invisibilisation des femmes, qui se manifeste notamment à travers un fait de langue: l’utilisation du mot homme pour désigner l’humanité. J’avais déjà écrit un article sur ce sujet: on est habitué à utiliser le même mot pour désigner l’ensemble de l’humanité et sa moitié masculine. La langue anglaise fait la même chose (Man / man), mais ce n’est pas le cas dans toutes les langues. On peut aussi penser à l’expression droits de l’homme, qui en anglais se dit human rights, c’est-à-dire droits humains. Il faut, pour le comprendre, retracer l’origine du terme: homme vient du latin homo, qui désigne la qualité d’être humain, alors que vir désigne l’être humain de sexe masculin (d’où viril, virilité). La linguiste Marina Yaguello écrit:

En fait, on a tellement l’habitude de voir le masculin « absorber » grammaticalement le féminin qu’on pourrait croire que le sens générique [humain] est second, alors qu’il est historiquement premier. L’homme a en quelque sorte « confisqué » symboliquement la qualité d’être humain à son profit. (…) Et c’est donc personne, grammaticalement féminin mais sémantiquement indifférencié, qui doit être employé comme terme générique. D’ailleurs, aucune femme ne dit jamais en parlant d’elle-même: « Je suis un homme. » En revanche, un homme peut dire: « Je suis une personne ». (Le sexe des mots, article « Homme »)

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