« Hommes » tout court ou « hommes cis »? Quelques explications par rapport au post précédent

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Au début de mon billet intitulé « Pourquoi les hommes devraient-ils être féministes? », j’avais d’abord écrit: « Une note avant de commencer: j’entends dans cet article « hommes » comme « hommes cisgenres » ». Suite à plusieurs remarques, que je n’ai pas toutes bien accueillies, j’ai changé cela; je voudrais revenir là-dessus pour expliquer mon choix de départ et pourquoi j’ai changé d’avis.

Dans ma tête (mais apparemment pas dans les faits) il était clair que le billet ne concernait que les hommes cis, puisqu’il concernait leur place dans le mouvement féministe et en particulier la question du privilège masculin. J’ai donc mis cette note au début, non pas parce que « hommes » signifie automatiquement pour moi « hommes cis », mais au contraire parce que, si je ne précise pas, je considère que les terme englobe à la fois « cis » et « trans ». J’ai jugé utile de le préciser pour éviter toute confusion à ce sujet, et comme je l’avais annoncé d’emblée, je n’ai pas jugé bon de répéter « cis » à chaque emploi du mot « homme ». En revanche, je n’ai rien précisé quant à l’emploi du mot « femme » dans ce billet, car si je ne précise pas, c’est que j’entends comme d’habitude « femmes cis et trans ». Puisque les hommes trans sont des hommes, et les femmes trans sont des femmes.

Un premier commentaire a mis en avant le fait que cela n’était pas compris ainsi par tout le monde. Une petite explication (qui n’est certes pas une excuse) quant à mon état d’esprit en lisant ce commentaire: j’étais déjà sur la défensive, car je m’attendais à être attaquée par rapport à ce billet, et j’avais déjà dû supprimer des commentaires insultants. Je suis tombée des nues et je n’ai pas compris les arguments avancés, puisque pour moi, ma note initiale signifiait justement que je n’entendais pas par défaut « hommes cis » quand je parlais d' »hommes ».

Deux autres personnes ont ensuite évoqué le sujet, en commentaire ou ailleurs, donc j’ai commencé à y réfléchir de manière un peu moins défensive. Et je dois dire que c’est le commentaire de Lou qui a frappé le plus juste, en faisant une comparaison avec la féminisation. Du coup j’ai modifié mon billet, je présente mes excuses aux personnes qui ont pu se sentir mal à l’aise ou insultées par mon choix initial, et je voudrais faire quelques réflexions militantes de plus.

    – Sur le fait que ce soit le commentaire de Lou qui m’ait fait changer d’avis, d’abord. Le parallèle avec la féminisation, c’est-à-dire une pratique non seulement que je défends mais qui me concerne directement, est ce qui m’a fait changer d’avis. J’aurais aimé pouvoir dire le contraire, mais il a fallu que je puisse faire un parallèle avec ma propre situation pour comprendre pourquoi cela pouvait poser problème. A mon avis, il faut toujours essayer, quand on essaie de persuader quelqu’un, de faire des comparaisons qui puissent lui parler plus directement; ces comparaisons peuvent parfois être imparfaites, maladroites, mais elles sont souvent efficaces.

    – Je crois que le malentendu naît en partie du fait que j’ai l’habitude de la lecture des articles universitaires, dans lesquels il est non seulement admis mais même conseillé de préciser en note ou d’emblée le sens qu’on va donner à tel ou tel mot central. C’est ce que j’ai fait, et j’ai pensé que ce serait acceptable pour tout le monde, mais visiblement j’avais tort.

    – Dernière chose, et ça me coûte de le dire. Je ne peux que m’interroger sur le fait que la première personne qui a soulevé la question est un homme trans, et me l’a clairement dit. Cela ne signifie pas que cette personne avait forcément raison, mais au moins que j’aurais dû prendre ce paramètre en compte plus que je ne l’ai fait. Les autres personnes qui ont soulevé le problème ne sont, à ma connaissance du moins, pas trans. Le fait que les remarques s’additionnent a compté pour beaucoup, mais je me demande si le fait que des personnes cis aient aussi été dérangées par ma formulation a compté pour moi, parce qu’elles étaient cis. Encore une fois, ça me coûte de le dire, mais c’est une question qu’il faut que je me pose.

Il est plus que cliché de dire qu’on n’apprend que de ses erreurs, et ce n’est pas vraiment mon propos. En revanche, je suis convaincue que c’est dans ce qui coince, ce qui cloche, ce qui pose problème que se trouve souvent tout l’enjeu d’une réflexion. C’est pour ça qu’il faut s’y confronter au lieu de tourner le dos et de partir en courant. Ca vaut évidemment, et peut-être d’autant plus, dans la réflexion militante, qui a tendance à reposer sur des certitudes et des acquis, au risque d’oublier la complexité et le doute. Je continuerai à faire des erreurs, et je compte sur vous pour continuer à me les signaler. Je ne serai pas toujours d’accord, et parfois j’aurai peut-être raison de ne pas être d’accord, mais au moins je serai sûre que je ne suis pas en train de monologuer.

Pourquoi les hommes (cisgenres) devraient-ils être féministes?

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[EDIT] Note: Suite à plusieurs commentaires, sur ce blog et ailleurs, j’ai modifié l’article pour que l’adjectif « cis[genre] » apparaisse à chaque fois que je parle d' »hommes », et non plus seulement dans une note au début. Un homme ou une femme cisgenre est une personne qui s’identifie au genre, masculin ou féminin, qui lui a été assigné à la naissance. Ce terme est le pendant de « transgenre ». En revanche, je continue à ne pas préciser « trans » ou « cis » pour parler des femmes, car cette distinction n’a pour moi pas de pertinence dans ce post. Je m’explique de ces choix dans le post qui suit celui-ci.

Il y a au moins trois façons de comprendre ma question:
– pourquoi les hommes cis devraient être féministes;
– mais, après tout, pourquoi les hommes cis devraient-ils l’être?
– Pourquoi quelle(s) raison(s) le sont-ils?

Je vais en fait les aborder un peu toutes les trois.

Débattre de la pertinence pour les hommes cis de s’appeler eux-mêmes « féministe », « allié » ou autre m’intéresse peu. Ce qui m’intéresse, c’est l’idée largement répandue parmi les féministes selon laquelle les hommes cis auraient finalement beaucoup à gagner à nous rejoindre; ce sont aussi, du coup, les motifs pour lesquels des hommes cis se disent féministes (/ antisexistes, alliés, etc.). Et comprenez-moi bien: je ne sous-entends pas, comme le font très souvent les anti-féministes, que les hommes cis sont forcément là pour la baise (hétéro, donc).

L’idée de cet article m’est venue en lisant cette interview de la chercheuse Raewyn Connell, qui a mené un travail fondateur sur les masculinités. Selon elle, « certains hommes (et leur nombre ne fait qu’augmenter) tireront des bénéfices de la transformation progressiste de l’ordre du genre et […] peuvent donc constituer des alliés dans le combat pour le changement ». Et il est vrai que le féminisme a rendu possible de questionner la masculinité, c’est-à-dire d’interroger les formes qu’elle prend, ce qu’elle implique, les enjeux de pouvoir multiples qu’elle sous-tend…

Pour autant, cet argument me met mal à l’aise. Il revient pour moi à dire « venez du bon côté de la force, vous y trouverez votre compte ». D’abord, je trouve pour le moins curieuse l’idée selon laquelle les hommes cis devraient forcément avoir un intérêt concret dans la réalisation des objectifs féministes pour y adhérer. Que des avantages en découlent de manière secondaire, tant mieux. Mais faut-il rappeler que le féminisme ne vise pas à profiter aux hommes cis ? Et, pour me risquer à une comparaison entre les systèmes d’oppression (donc forcément limitée, because intersectionnalité): imagine-t-on des militant·es racisé·es demander à des Blanc·hes d’agir en allié·es parce qu’illes y trouveraient un avantage?

Dans les milieux militants, on parle de « cookies » pour désigner de manière ironique les récompenses que certain·es allié·es semblent attendre (sous quelque forme que ce soit: remerciements, place dans un mouvement qui n’est pas le sien, sexe… Croyez-moi. C’est du vécu). C’est là un autre avantage qui pourrait découler de l’engagement féministe: passer pour le chevalier blanc, se présenter comme un mec bien, un « nice guy », et se voir attribuer une place de choix dans un mouvement qui, justement, vise la disparition de la domination masculine (cherchez l’erreur).

Il est tout à fait vrai que le féminisme a permis de repenser la masculinité, qu’on peut désormais conjuguer au pluriel. Mais la lutte féministe telle que je la conçois (et le féminisme doit, lui aussi, être conjugué au pluriel) poursuit son but, l’égalité, en mettant en évidence à la fois le privilège que le patriarcat accorde à ceux qu’il identifie comme des hommes et la situation de domination qui en découle. On ne pourra atteindre l’égalité qu’en remédiant à cette situation, ce qui nécessite, pour les hommes cis, de renoncer à certains de leurs privilèges, qui leur sont accordés du fait de leur masculinité. Ils n’ont pas choisi ces privilèges et il ne s’agit pas de dire que les posséder fait d’eux des coupables par essence. Ce qui compte, c’est ce qu’ils en font.

En bref : on (= les femmes féministes) demande aux hommes cis d’adhérer à nos idées sur le plan intellectuel et de mettre cette adhésion en pratique dans leurs interactions et dans la vie de tous les jours. Pas parce qu’il y a un jackpot à la clé, mais parce qu’ils y croient.

C’est tout – et c’est déjà énorme. C’est la deuxième chose que je voulais évoquer. Je le répète, il n’y a pas de cookies à la clé, mais ce qu’on demande est énorme et il faut en avoir conscience. On ne leur demande pas seulement (mais ce serait déjà bien !) de se comporter comme des êtres humains dignes de ce nom. On leur demande de désapprendre tout ce que, intuitivement ou directement, ils ont appris de la société au sujet de la masculinité et de la place des hommes cis par rapport aux femmes. On leur demande de renoncer aux privilèges sociaux dont, en tant qu’hommes cisgenres, ils bénéficient de fait ; ou du moins d’avoir conscience de ces privilèges pour les utiliser à bon escient. En ne se prêtant pas au harcèlement de rue, par exemple. En soutenant leurs collègues, amies, proches insultées, discriminées, moquées parce qu’elles sont des femmes. En tentant, s’ils le peuvent, d’atténuer ou de faire disparaître les mécanismes d’invisibilisation et de domination qui s’exercent à l’encontre des femmes.

Parce que OUI, nous avons besoin des hommes cis pour mener à bien nos objectifs – même si certains jours j’aimerais vraiment, vraiment que ce ne soit pas le cas. Ne nous libérez pas, on s’en charge ; nous n’avons pas besoin d’hommes qui veulent nous sauver, ou qui (grands seigneurs!) crient haut et fort que l’égalité reste à atteindre, sans pour autant admettre que cela passe par leur renoncement à leurs privilèges et à la place qu’ils occupent dans la société. On n’en veut pas, de leur place ; on veut simplement qu’elle ne se définisse plus en termes de hiérarchie. Nous avons besoin d’hommes qui acceptent qu’être chômeurs, handicapés et/ou racisés ne les empêche pas de jouir du privilège masculin, et que renoncer à ce privilège n’est pas négociable. Je suis une femme blanche, hétéro, cisgenre, valide, de classe moyenne… : je pâtis de l’oppression sexiste (scoop!) mais je jouis aussi de tout un tas de privilèges. Cela ne fait pas automatiquement de moi une cause perdue pour le militantisme ; cela demande en revanche un travail de conscientisation et des efforts importants de ma part.

La petite graine

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Je vous arrête tout de suite: non, je ne parle pas de cette petite graine.

J’utilise souvent l’image de la « petite graine » pour désigner les effets du travail militant au quotidien. Il n’est pas si fréquent que, sur le moment, dans le vif d’un débat, ce travail soit gratifiant. Débattre d’un sujet qui nous tient à coeur, avec des personnes plus ou moins informées, attentives, concernées et bienveillantes, c’est très, très difficile. On n’en a pas toujours l’envie, ni le courage – et c’est normal. Avoir avalé la pilule rouge implique que vous voyez le sexisme (je parle de ce que je connais le mieux, mais évidemment ça vaut pour le racisme, les LGBTphobies, etc.) beaucoup plus souvent qu’avant, et qu’il vous devient même impossible de ne pas le remarquer, ce qui peut être épuisant en soi. Mais nous sommes nombreux et nombreuses, je crois, à avoir tendance à penser que cela nous oblige à le signaler, à en discuter; que nous ne pouvons rien laisser passer. Le sexisme, c’est une montagne de petites et de grandes choses; leur accumulation, seule, révèle son aspect systématique et le rend insupportable; on se dit alors qu’il n’y a plus de petites choses (et c’est vrai, dans un sens), et que se taire nous en rend complice.

Je noircis exprès le tableau, mais je pense que, si tu es féministe, toi qui me lis, tu t’es forcément à un moment ou à un autre posé la question: dois-je dire, dois-je faire quelque chose? Est-ce que peux laisser Jean-Edouard continuer son baratin sexiste devant les collègues? Suis-je une vraie, une bonne féministe si je ne reprends pas le marchand de fruits et légumes qui m’apostrophe toutes les semaines par un « Bonjour Mademoiselle »? (Et je ne parle que du féminisme…)

J’ai aussi beaucoup lu et entendu, depuis que j’ai commencé ce blog, des personnes dire qu’elles n’étaient pas militantes parce qu’elles ne faisaient rien, ou si peu. Ce qui n’empêchera pas Jean-Edouard et ses potes de râler sur « la féministe de service » parce que, l’autre jour, tu n’as pas rigolé à sa blague de blonde et as émis la suggestion que peut-être, pour une fois, on pourrait rire aux dépens de groupes qui ne soient pas méprisés ou opprimés.

Jean-Edouard peut râler et se moquer tant qu’il veut. Il peut même continuer à faire ses blagues sur les blondes, les arabes et les homos, puisque sa Liberté d’Expression™, l’Esprit Charlie et le destin de la Démocratie en dépendent. Mais il est probable que, la prochaine fois qu’il fera ce genre de blagues, et même les fois suivantes, il pensera à la féministe de service. Sûrement pas en bien. Mais il y pensera.

C’est cela que j’appelle la petite graine. La plus grande victoire de Mar_Lard, c’est sûrement que des types pensent à elle en faisant un énième commentaire misogyne sur la place des femmes dans les jeux vidéo; et il y en a même (si si je vous jure) qui ont fini par changer d’avis, et après l’avoir copieusement attaquée et insultée, ont fini par adhérer à ses propos.

J’ai une confidence à faire: je manque cruellement de courage quand il s’agit d’affirmer ma position dans un débat face à face. Je fais ma grande gueule ici, mais je suis timide; je serai donc la dernière à vous juger si vous n’osez pas la ramener. Vous n’en avez pas l’obligation. Je le fais généralement pour des choses qui me tiennent vraiment à coeur, mais comme je suis de toute façon cataloguée parmi mes proches et mes ami·es, je n’ai pas souvent besoin de le faire.

Je parle souvent de la « petite graine » avec ma petite soeur , qui découvre depuis quelque temps le militantisme (pas seulement féministe). J’ai employé pour la première fois cette image avec elle lors d’une discussion sur les insultes « validistes » (je n’aime pas beaucoup cette traduction de l’anglais ableist), plus particulièrement les insultes qui consistent en des noms ou adjectifs désignant à l’origine des maladies mentales (je n’aime pas traiter quelqu’un que je n’aime pas de « fou », par exemple; mais qu’on pense aussi aux emplois comme insultes de termes comme anorexique, schizophrène, autiste, triso…). J’essayais de lui faire comprendre mon point de vue, et elle n’a d’abord pas été vraiment convaincue; elle m’a dit qu’en tout cas il lui paraissait difficile de renoncer à ces termes. Je lui ai alors dit que, de toute façon, mon travail était fait: dorénavant, elle ne pourrait plus les utiliser sans penser à moi. Ca a été, et c’est toujours le cas; elle m’a même expliqué récemment avoir essayé d’expliquer le validisme à des collègues de travail. Imaginez ma fierté.

Je ne parle pas souvent ici de choses personnelles concernant ma famille, mais puisque je suis lancée, je voudrais dire un mot sur mon père. Disons, pour faire simple, que nous avons beau nous aimer très fort, nous avons de (très) nombreux désaccords, notamment politiques. Le féminisme fait partie des sujets très sensibles. Il y a quelques mois, sa mère (ma grand-mère, donc) est décédée. Mon père s’est occupé de la concession funéraire. Il m’a expliqué avoir été frappé, et profondément choqué, par le fait que presque toutes les femmes enterrées dans le même cimetière l’étaient sous le nom de leur mari, ou sous leur nom de naissance suivi de la mention « épouse Untel ». L’inverse n’existe évidemment pas. J’ai été frappée, pour ma part, non par ce fait, qui, à cause de mon bagage féministe, ne m’étonne malheureusement pas; mais par sa surprise à lui, et l’émotion qui en découlait. Il a tenu à me dire tout cela pour me montrer que, s’il l’avait réalisé, c’était sûrement grâce à moi. Et ça, croyez-moi, ça vaut tous les commentaires positifs du monde.

(Grosse) Sélection de podcasts

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J’écoute beaucoup de podcasts. Et comme je suis obsédée j’ai de la suite dans les idées, beaucoup portent sur le genre et les sexualités; c’est en partie comme cela que j’apprends, que je m’informe, que je réfléchis. Je vous livre ci-dessous, un peu en vrac, les podcasts écoutés ces derniers mois. Il y en avait beaucoup trop pour écrire une description pour chacun; je vous laisse donc cliquer sur ce qui vous tente. Je signale quand même mes chouchous par de petites étoiles. N’hésitez pas à partager les vôtres en commentaire, surtout si, contrairement à moi, vous êtes suffisamment ouvert·es d’esprit pour écouter une autre radio que France Culture.

P.S.: le fait que je partage ces podcasts ne signifie évidemment pas que j’adhère à 100% à tout ce qui s’y dit – loin de là! Mais ils m’ont tous paru pertinents, même ceux qui me donnaient un petit peu envie de hurler.
P.P.S.: Je ne me souviens pas forcément de tout donc je ne mets aucun avertissement de contenu ni trigger warning.

Les pieds sur terre
Il était une première fois
*** Allo Ménie!
*** Les coiffeuses de Chateau d’eau
Stérilisation volontaire

Sur les docks
Julia pas à pas, 1ère partie: Entre deux rives
Julia pas à pas, 2ème partie: Sexe: F
*** Deux femmes et le désir d’enfant
PMA pour les couples homosexuels: la filière belge
*** Les Dégommeuses, footballeuses militantes
*** Les féministes islamiques
*** Chambre 28, interruption volontaire de grossesse
*** La Loi Veil
Au Women’s Forum
*** Les marcheuses de Belleville
Femme-objet, femme qui se libère
Devenir homme: Masculinités homosexuelles (2/4)

La Fabrique de l’histoire
Les femmes et la grande guerre (4 épisodes)
Les féminismes (3 épisodes, un a été annulé pour cause de grève)

En anglais
Iran’ Gay Refugees (BBC World Sercice Documentaries)
Codename: Madeleine (BBC World Sercice Documentaries)
Love Your Wife Day (BBC World Sercice Documentaries)
*** A Girl’s Own Voice (BBC Radio 4 Documentary of the Week)
Emotional Labour of Care Workers (Thinking Allowed, BBC Radio 4)
American Football (Radiolab)
*** Invisibilia (Radiolab)
I Enjoy Being A Girl, Sort of (This American Life)

Masculinité hégémonique

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Quand on parle du genre, au singulier, on l’envisage à la fois comme une construction sociale, comme un processus relationnel et comme un rapport de pouvoir imbriqué dans d’autres rapports de pouvoir. Pour comprendre ce qui suit, il faut notamment bien comprendre cette idée de processus relationnel. Le genre crée de la division et de la binarité : il produit deux groupes, sur le mode de l’opposition, le groupe des « hommes » et celui des « femmes ». La « différence des sexes » est donc toujours aussi une opposition : on apprend les caractéristiques de son genre par opposition à celles de l’autre genre. Mais les recherches sur les masculinités montrent que cette opposition entre « le masculin » et « le féminin » n’est pas qu’une opposition entre hommes et femmes: elle fonctionne aussi au sein de ces deux groupes.

Il faut également garder à l’esprit que le genre est conçu comme un rapport de pouvoir. Cela signifie non seulement qu’on ne peut pas comprendre le genre sans comprendre ce mode de relation / opposition entre « masculin » et « féminin », mais aussi qu’on ne peut pas comprendre comment est produite la subordination des femmes sans comprendre les mécanismes de domination qui profitent aux hommes. Et comme ce rapport de pouvoir qu’est le genre est toujours imbriqué dans d’autres rapports de pouvoir, il faut prendre en compte d’autres dominations, liées à la classe, à la sexualité, à la « race », à l’âge…

Vous l’aurez compris, ceci est un billet théorique. La question des masculinités (le pluriel est important) est une question complexe, mais je pense qu’il est essentiel, parfois, de se donner le temps de la complexité et de la nuance. On verra donc notamment que « masculinité » se distingue de « virilité»; que parler des masculinités permet d’envisager des rapports de pouvoir et de subordination au sein du groupe « hommes »; que l’hégémonie est une autre manière, plus complexe, plus riche, d’envisager la domination. Je m’appuie essentiellement sur les travaux de Raewyn Connell, travaux majeurs dans le champ des masculinity studies. J’essaie aussi de montrer en quoi, loin de l’idéologie masculiniste, ces travaux permettent de penser une action politique féministe et intersectionnelle. Je reviendrai sans doute sur cette question dans un prochain billet.

Masculinité ou virilité?

Pour pouvoir comprendre le concept de masculinité hégémonique, il faut d’abord comprendre ce que signifie « masculinité » dans ce contexte, et comment celle-ci est distinguée de la virilité. Il a été maintes fois souligné qu’une telle distinction n’existe pas en ce qui concerne la féminité. Le Trésor de la Langue Française définit la virilité comme l’« ensemble des qualités (fermeté, courage, force, vigueur, etc.) culturellement attribuées à l’homme adulte »; le mot a également le sens de « ensemble des attributs, des caractères physiques de l’homme adulte », et se rapporte, en particulier, à la « vigueur sexuelle », au « comportement sexuel » de l’homme. On peut noter au passage l’impact des représentations culturelles dans cette définition, en particulier dans l’emploi du mot « vigueur ». On peut aussi remarquer que le terme est rarement employé de manière négative, souvent en lien avec le sexe, et enfin que la virilité est généralement conçue comme quelque chose que l’on possède en plus ou moins grande quantité: on est plus ou moins viril, on « en a » plus ou moins.

La masculinité, elle, est définie comme le « caractère masculin », l’« ensemble des caractères spécifiques ou considérés comme tels de l’homme » (bizarrement, ce dictionnaire n’a pas d’entrée propre pour ce terme). « Virilité » et « masculinité » sont généralement présentés comme synonymes; pourtant, tout ce qui est masculin (identifié comme masculin) n’est pas forcément viril. Comme je le disais plus haut, un homme peut être plus ou moins viril; s’il l’est peu, il est considéré comme « efféminé ». (Une femme peu féminine, elle, est considérée comme « masculine », et non comme « virile ».)

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Dans ma bibliothèque – Désirée et Alain Frappier, Le choix (2015)

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le choix

Cette bande dessinée vient de paraître aux éditions La Ville brûle (qui ont notamment publié J’ai avorté et je vais bien, merci), à l’occasion des 40 ans de la loi Veil. Vous en trouverez ici quelques planches.

Désirée Frappier est journaliste et écrivaine, Alain Frappier peintre, graphiste et illustrateur. La BD aborde la question de l’avortement et de cet événement historique que fut la loi Veil à travers l’histoire personnelle de Désirée. Je cite la 4ème de couverture, signée Annie Ernaux (dont le roman L’événement est évoqué dans l’ouvrage):

Désirée et Alain Frappier nous font revivre les années 1970 à 2014 sous l’angle – excusez du peu, il s’agit de la moitié de la population – de la conquête du droit des femmes à choisir de procréer ou non. Ils le font à leur manière sensible, mêlant le personnel et le social, l’intime et le politique pour nous rappeler comment c’était « avant », avant la loi Veil, pour montrer combien cette liberté, gagnée dans le combat le plus important du XXe siècle, reste menacée par des nostalgiques d’une société patriarcale. Le Choix, travail de mémoire et de vigilance, est aussi un manifeste pour une vie libre et heureuse.

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« Je n’ai pas consenti », un tumblr sur le consentement dans la relation médicale

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Suite à l’émergence d’une mobilisation autour de la question du consentement dans les actes médicaux, Béatrice Kammerer (auteure de la tribune « Le consentement, point aveugle de la formation des médecins » et animatrice des Vendredis Intellos) et moi-même avons décidé de créer un tumblr rassemblant des témoignages de patient·es sur ce problème du défaut de consentement dans la relation médecin – patient. Le tumblr s’intitule « Je n’ai pas consenti » (voir aussi #JeNaiPasConsenti sur Twitter). Vous y trouverez le texte de la tribune et de la pétition concernant le toucher vaginal sous anesthésie générale, ainsi qu’une explication du projet. Il s’agit d’un outil parmi d’autres mis en place pour attirer l’attention sur cette question.

Parmi les témoignages déjà publiés:
« Mon consentement, c’est pas négociable! » (par Béatrice Kammerer)
« Le consentement, pour quoi faire? »
« Consentement supposé »
« Quand on découvre qu’on n’a pas consenti »

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Trigger warnings

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**Trigger warning**: je parle notamment de viol et de violences au sein du couple; je fais simplement mention d’autres formes de violences.

Je range ce billet dans la catégorie « concepts féministes » même s’il ne s’agit pas vraiment d’un concept; on peut cependant rapprocher ce terme d’autres termes dans cette catégorie, eux aussi empruntés à l’anglais, comme slutshaming, mansplaining ou male gaze. Pourquoi empruntés à l’anglais? Parce que les féministes anglophones, nord-américaines en particulier, sont très actives sur internet, très créatives aussi, et qu’elles ne cessent d’augmenter le stock de mots disponibles pour rendre compte d’expériences d’oppression et/ou de discrimination.

« Trigger warning » est donc, je le disais, un peu différent. Il s’agit d’une pratique inventée en ligne (mais qui ne s’y limite pas forcément), dans les années 90 – début des années 2000, sur des forums et des blogs féministes. Depuis, la pratique s’est répandue au-delà de la blogosphère féministe; on trouve par exemple la formule « trigger warning » employée en tête d’articles sur des sites d’information en anglais.

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Le consentement, point aveugle de la formation des médecins

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Je relaie, sans modifications, le texte d’une tribune rédigée par Béatrice Kammerer, Clara de Bort de Marie-Hélène Lahaye – les signatures en moins.
Il est possible de signer cette tribune et la pétition qui l’accompagne.
Tous les détails et le texte original, avec les signataires, ici.

Doit-on enseigner aux jeunes médecins le toucher vaginal sur patientes endormies au bloc opératoire ? Les multiples déclarations reprises ces derniers jours dans un grand nombre d’articles viennent d’établir la réalité d’une pratique jusqu’alors largement niée. Selon les déclarations récentes de médecins, ces actes « n’auraient jamais existé », ou « auraient existé dans le passé mais ne seraient plus d’actualité », ou encore « existent effectivement et sont légitimes ». Bon nombre de professionnels de la santé et d’internes nous ont expliqué qu’ils doivent apprendre leur métier, et qu’il est préférable que la patiente ne sente rien, ne se souvienne pas que plusieurs inconnus sont passés la « voir ». Certains témoignages citent également les touchers rectaux, actes moins fréquents mais réalisés eux aussi à strictes fins d’apprentissage, sans vérification du consentement de l’intéressé. Ce n’est pourtant pas un geste anodin, ni pour le-a patient-e ni pour l’étudiant-e futur-e médecin.

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Résultats

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Etant donné les événements, j’ai laissé le sondage en ligne quelques jours de plus que prévu. Le nombre de votes par jour a nettement diminué à partir de mercredi dernier, mais plus de 550 personnes y ont tout de même pris part, et les résultats – tadaa! – sont les suivants. Je contacterai les gagnant·es par mail pour l’envoi des prix.

Premier prix: illustration du slogan par Janine, du blog Poil à fille

On ne naît pas féministe mais on devrait (Marjorie – 28%)

Deuxième et troisième prix: un exemplaire dédicadé du Projet Crocodiles

Le féminisme ça fait du bien là où ça fait mâle (Raphaëlle – 11%)
Etre neutre, c’est prendre parti (Benjamin Billet – 10%)

Du quatrième au septième prix: un livre publié par les éditions Des ailes sur un tracteur

Ma vie. Mes choix. Respecte mes droits! (Hermione Gender – 8%)
Adapte un mec (Jessica – 7%)
La lutte continue, tous genres confondus (Marion – 7%)
La cause perdure (Ava – 6%)

Bravo aux gagnant·es et merci encore à toutes celles et tous ceux qui ont participé!