Slogans (5) Nos désirs font désordre

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Contexte

Je ne sais pas s’il s’agissait spécifiquement d’un slogan lesbien à l’origine, mais c’est ainsi qu’il a été interprété et approprié. Quand il apparaît, dans les années 1970, c’est-à-dire au moment où les féministes affirment que le privé est politique, il n’est pas du tout habituel de penser les questions liées au corps, au désir et à la sexualité en termes politiques; ce n’est d’ailleurs, souvent, toujours pas le cas. Le slogan est toujours utilisé, notamment lors de marches des fiertés, et on l’a vu dans des manifs de soutien au mariage pour tous. Il faut rappeler que féminisme et lesbianisme, en tant que mouvements sociaux et politiques, et plus généralement libération des femmes et libération homosexuelle sont historiquement liés.

Explication

« Nos désirs font désordre »: nos désirs choquent, ils ne vont pas de soi, ils bouleversent l’ordre établi, qu’on le veuille ou non; nos désirs sont politiques (au sens large de « ce qui concerne les affaires de la cité », la vie en société).

Je ne sais pas s’il reste des gens, après l’épisode « Mariage pour tous », pour douter du fait que les sexualités (toutes les sexualités) sont politiques; j’en remets quand même une couche par précaution. Si cette série d’articles commence par le slogan « le privé est politique », c’est parce qu’il résume une prise de conscience réellement fondatrice pour les féminismes ainsi que pour les mouvements de libération homosexuelle. Je n’évoquais pas dans ce billet la question des sexualités non-hétéro (la remarque m’en a été faite, et c’était sans doute une erreur de ma part), je corrige donc le tir ici. Le titre d’un blog le résume bien: « Ma vie privée est toujours politique (et ma colère aussi) ».

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Slogans (4) Mon corps est à moi

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Contexte

Je reste dans les années 1970, mais ce slogan a été largement repris depuis. Il reste d’actualité et le restera tant que la société ne reconnaîtra pas aux femmes le droit de disposer de leur propre corps. J’oriente l’article vers le droit à la contraception et à l’IVG mais je donne d’autres interprétations et pistes de réflexion à la fin.

mon corps est à moi

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Retour sur le premier congrès des études de genre en France

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Je fais une pause dans ma série sur les slogans féministes pour faire un petit bilan personnel du premier congrès des études de genre en France, qui s’est tenu à Lyon du 3 au 5 septembre. J’y ai participé à plusieurs titres, en tant qu’intervenante, spectatrice et membre du comité d’organisation (je faisais partie des petites mains qui s’occupaient de l’accueil et de l’orientation des congressistes ainsi que de la gestion des salles). Je vais d’abord évoquer le bilan scientifique du congrès, puis revenir sur la (fausse) polémique qui l’a entouré. Précisons d’emblée, puisque certain·es crient à la « censure », que toutes les séances ont fait l’objet d’une captation de la part de l’Institut du genre (audio pour les ateliers, vidéo pour les plénières); elles devraient être mises en ligne dans les mois qui viennent (cela demande un gros travail).

Tout d’abord, donc, sur le plan scientifique, je crois pouvoir dire que ce premier congrès fut un grand succès, et pas seulement par son ampleur. Il ne s’agit pas, loin de là, du premier colloque en France sur les études de genre, mais l’appellation « premier congrès » est liée au fait qu’il s’agissait de réunir, pour la première fois, un très grand nombre des acteurs et actrices de la recherche française sur le genre, sans thème général. Le congrès s’organisait autour d’une douzaine d’axes thématiques. Les sujets abordés ont été extrêmement variés, et de nombreuses disciplines représentées: il a été question d’histoire, de géographie, de philosophie, de sport, de psychanalyse, de linguistique, d’éducation… Les 500 participant·es avaient, lors de chaque session, le choix entre 5 ou 6 « ateliers » parallèles (54 ateliers ont eu lieu sur les 3 jours): « Rapports de genre dans l’histoire littéraire », « Genre, pratiques discursives, politiques du discours », « Genre et web politique », « Genre et droit », « Femmes et activités économiques », « Genre et territoires »… Les ateliers étaient globalement de très grande qualité, les conversations riches et souvent animées, les débats passionnants. J’ai été frappée par le nombre de jeunes, voire très jeunes chercheurs et chercheuses, et par la jeunesse aussi du public, même s’il y avait aussi un grand nombre de figures du champ des études de genre et de nombreux/ses chercheurs et chercheuses confirmé·es. Si ce congrès a bien montré une chose, c’est la variété et le dynamisme de ce champ de recherche.

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Slogans (3) Prolétaires de tous les pays, qui lave vos chaussettes?

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Contexte

Je ne connais pas l’origine exacte de ce slogan (pour le moins génial, disons-le d’emblée). Selon cet article du Monde, il vient d’une question posée lors d’une conférence féministe organisée en octobre 1978 au Centre culturel étudiant de Belgrade, mais le livre 40 ans de slogans féministes le fait remonter à 1972, lors d’une manifestation en soutien à des ouvrières en grève. Il s’agit évidemment d’une parodie du célèbre appel qui conclut le Manifeste du parti communiste: « prolétaires de tous les pays, unissez-vous! ». D’autres slogans qu’on pouvait lire lors de cette manif de 1972: « Le steak d’un militant est aussi long à cuire que celui d’un bourgeois », « Je suis désolée, il n’est pas à la maison maintenant, il est à la manif pour les peuples opprimés ».

travailleurs de tous les pays

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Slogans (2) Un homme sur deux est une femme

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[Précision préalable: j'ai conscience que ce slogan peut paraître transphobe, dans la mesure où il invisibilise complètement la question trans. Ça m'intéresserait d'en discuter en commentaire. Il faut juste se rappeler qu'il s'inscrit dans un contexte où le militantisme trans, à ma connaissance, existait à peine en France, et où les féministes ne réfléchissaient absolument pas à ces questions. Mon interprétation se fait donc complètement en-dehors de la question trans, mais il serait intéressant d'y réfléchir avec les outils dont on dispose aujourd'hui.]

Contexte

C’est à nouveau un slogan caractéristique de la deuxième vague féministe. On le voit notamment en 1970 sur des banderoles lors de la première manifestation remarquée du Mouvement de Libération des Femmes (MLF), avec un autre slogan célèbre, « Il y a plus inconnu que le soldat inconnu: sa femme ».

un homme sur deux

Explication

Ce slogan, à la fois provocateur et évident, vise à mettre en évidence l’androcentrisme (le fait de se centrer, consciemment ou non, sur les hommes) de la société patriarcale et donc l’invisibilisation des femmes, qui se manifeste notamment à travers un fait de langue: l’utilisation du mot homme pour désigner l’humanité. J’avais déjà écrit un article sur ce sujet: on est habitué à utiliser le même mot pour désigner l’ensemble de l’humanité et sa moitié masculine. La langue anglaise fait la même chose (Man / man), mais ce n’est pas le cas dans toutes les langues. On peut aussi penser à l’expression droits de l’homme, qui en anglais se dit human rights, c’est-à-dire droits humains. Il faut, pour le comprendre, retracer l’origine du terme: homme vient du latin homo, qui désigne la qualité d’être humain, alors que vir désigne l’être humain de sexe masculin (d’où viril, virilité). La linguiste Marina Yaguello écrit:

En fait, on a tellement l’habitude de voir le masculin « absorber » grammaticalement le féminin qu’on pourrait croire que le sens générique [humain] est second, alors qu’il est historiquement premier. L’homme a en quelque sorte « confisqué » symboliquement la qualité d’être humain à son profit. (…) Et c’est donc personne, grammaticalement féminin mais sémantiquement indifférencié, qui doit être employé comme terme générique. D’ailleurs, aucune femme ne dit jamais en parlant d’elle-même: « Je suis un homme. » En revanche, un homme peut dire: « Je suis une personne ». (Le sexe des mots, article « Homme »)

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Slogans (1) Le privé est politique

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Je commence une nouvelle série de billets. Mon objectif est de revenir sur les bases du féminisme à travers quelques slogans emblématiques. Pourquoi les slogans? Parce qu’ils concentrent et résument en quelques mots des enjeux souvent complexes. Il y a, derrière un slogan, un contenu très riche et loin d’être évident pour qui ne connaît rien au féminisme.

J’ai choisi ces slogans parmi ceux (nombreux) qui m’ont été proposés sur Facebook et Twitter. Ce sont souvent les mêmes qui reviennent, les plus marquants, et je constate qu’ils datent pour beaucoup des années 1970 et de ce qu’on a appelé la « deuxième vague » du féminisme. Il y en a eu beaucoup depuis, mais ils ne semblent pas avoir été aussi marquants. Il faut souligner aussi que beaucoup de gens, même féministes, n’en connaissent que très peu, voire aucun. Cela est dû, à mon avis, à un problème de transmission dans le mouvement féministe: les militant·es actuel·les connaissent souvent mal l’histoire du mouvement. C’est un constat, à peine un regret; mais je trouve important de retrouver quelques filiations pour comprendre comment nous en sommes arriv·ées où nous sommes aujourd’hui.

Conseil de lecture (cliquer sur l'image)

Conseil de lecture (cliquer sur l’image)

Je pense aborder, après « le privé est politique », les slogans suivants (la liste est susceptible d’évoluer, n’hésitez pas à en proposer d’autres en commentaire):
– Un homme sur deux est une femme
– Prolétaires de tous les pays, qui lave vos chaussettes?
– Ne me libère pas, je m’en charge!
– Mon corps m’appartient / Mon corps, mon choix / Un enfant si je veux, quand je veux
– Ne me libère pas, je m’en charge
– Une femme sans homme est comme un poisson sans bicyclette
– On ne naît pas femme, on le devient (à l’origine une citation, mais il me semble qu’elle a acquis le statut de slogan)
– My feminism will be intersectional or it will be bullshit (même remarque)

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Rattrapage et nouvelles

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Il semblerait la plupart d’entre vous n’aient pas été très assidu·es sur les internets récemment. Tut tut, n’essayez pas de mentir, j’ai mes sources. Pendant ce temps, je suis restée accrochée à mon ordinateur, pour le bien de La Cause bien sûr. Je vous propose donc une petite séance de rattrapage.

- En juillet, j’ai pris mes cliques, mes claques et mes bouquins et je me suis installée sur le carnet de recherche collaboratif Espaces réflexifs (une certaine conception des vacances). J’y ai fait une mise au point sur la controverse sur le genre et j’y ai publié deux séries de billets. La première, « Comment faire du genre? », porte sur la difficulté de faire des recherches sur le genre et sur les rapports entre recherche et militantisme. Dans la seconde, « De quoi le genre est-il le nom? », je m’interroge sur les différentes définitions qui existent du genre, notamment chez les anti-gender, chercheurEs et dans le militantisme trans.

- J’ai aussi squatté chez Les Vendredis Intellos pour une critique d’un beau roman de Marie Darrieussecq, Le bébé.

- Pendant que tout le monde avait le dos tourné, j’ai mis les pieds dans le plat et j’ai écrit un billet sur l’intransigeance dans le militantisme féministe; ce billet revient sur une BD féministe qui a beaucoup circulé: « Le féminisme, mais pour quoi faire? ».

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Conf’atelier « L’éducation des filles et des garçons : comment la question du genre renouvelle notre regard sur l’enfant pour une approche plus égalitaire »

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Les 25 et 26 octobre, l’association Les Vendredis Intellos organise à Toulouse ses troisièmes rencontres annuelles sur le thème « Nouveaux regards sur l’enfance. De quelle façon les dernières avancées scientifiques et prises de conscience sociétales nous ont-elles fait changer notre regard sur l’enfant ? »

L’association a pour but de construire des initiatives locales en faveur de l’éducation populaire, plus particulièrement dans les domaines de l’éducation, la périnatalité, l’enfance et la parentalité. Elle est basée à Lyon mais ouverte à tou·tes, parents ou non, notamment via son blog. Elle met à la disposition de ses membres une bibliothèque volante et organise tous les ans des rencontres IRL.

Je participerai aux prochaines rencontres dans le cadre d’une conférence-atelier (plus atelier que conférence, promis) sur le thème « L’éducation des filles et des garçons : comment la question du genre renouvelle notre regard sur l’enfant pour une approche plus égalitaire ». Mon but n’est pas de délivrer un cours magistral sur le genre mais de permettre une réflexion en commun sur les enjeux liés au genre, à l’éducation et à l’égalité.

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Des questions ?

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Je me rends compte, ces derniers temps, que j’ai paradoxalement de moins en moins de conversations en ligne au sujet du genre et du féminisme. Je limite mes réponses aux commentaires par manque de temps (et souvent, je l’avoue, par manque d’envie ou de courage, après avoir écrit tout un article sur le sujet). Les discussions sont parfois possibles sur ma page Facebook mais je n’aime pas tellement ce média; quant à Twitter, ce n’est évidemment pas la plate-forme idéale pour des débats; cela permet de courtes conversations, qui peuvent facilement partir en vrille. J’aime beaucoup utiliser Twitter mais on y est très exposé·e, surtout en tant que femme et féministe, ce qui me met facilement à cran. Pourtant, quand j’ai commencé à bloguer, il y a presque trois ans, mon objectif n’était évidemment pas de monologuer mais bien d’engager la discussion.

Je mène donc une petite expérience pédago-militante. Si vous avez des questions sur le genre et le féminisme, vous pouvez désormais me les poser sur mon compte Ask.fm (il faut créer un compte mais c’est très simple). Je ne promets évidemment pas de répondre à tout, mais je ferai de mon mieux, en sachant quand même que 1) je n’ai pas la science infuse et 2) j’ai un peu peur du temps que ça me prendra. J’espère au passage que vos questions éventuelles me donneront des idées pour des posts de blog (promis, je recommence à bloguer sous peu).