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Archives Mensuelles: février 2012

Vu Lu Entendu

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- Genre et sciences: Le numéro de février du magazine Sciences et Avenir est consacré aux études scientifiques portant sur les différences neurologiques entre hommes et femmes et fait le point sur une rafale d’articles et de livres qui mettent à mal l’idée que nos cerveaux sont sexués.

- Les hommes et les femmes parlent-ils différemment? C’est en tout cas ce que semble penser le linguiste John Locke, qui a publié fin 2011 un livre intitulé Duels and Duets: Why Men and Women Talk So Differently (Duels et duos: pourquoi les hommes et les femmes s’expriment si différemment). Une des critiques qui ont été formulées contre cet ouvrage est qu’il adopte une position essentialiste quant aux catégories "homme" et "femme", et un point de vue universaliste qui efface totalement les variantes sociologiques, géographiques ou encore ethniques entre les individus. Je n’ai pas encore lu l’ouvrage mais il est évoqué dans cette émission de la radio britannique BBC 4.

- Vanneste et la "doctrine de l’homosexualité": Un article fait le point sur les propos du (bientôt ex-) député UMP Christian Vanneste, membre du groupe "la Droite populaire", sur l’homosexualité. Dans une vidéo parue sur le site Liberté Politique (site catholique lié à une association proche de l’Opus Dei), Vanneste s’attaque aux homosexuels comme il l’a déjà fait à de nombreuses reprises dans le passé en expliquant que l’homosexualité est une "doctrine" fondée sur "la haine de l’autre"; il évoque également ce qu’il appelle "le mythe de la déportation des homosexuels". C’est surtout ce dernier point qui a suscité de multiples réactions dans les médias et de la part des politiques; cet article montre que ce n’est peut-être pas là le plus grave. Pour mémoire, c’est Christian Vanneste qui est à l’origine de la question au ministère de l’Education Nationale concernant la présence de "la théorie du gender [sic]" dans des manuels de biologie de 1ère.

- La famille vue par la publicité: Le site Culture Pub se penche sur la représentation de la famille dans la publicité, depuis la famille Ricoré jusqu’à la famille Eram. Cette brève enquête souligne de manière intéressante (et contestable) que si les "nouveaux modèles familiaux" sont entrés dans la publicité depuis les années 1990, il n’est pas question de les tourner en dérision comme on le fait avec le modèle "traditionnel".

- Pères au foyer: Cet article, qui a déjà beaucoup circulé, est écrit par Till the Cat, un père au foyer, qui réagit de manière caustique aux propos de trois journalistes du magazine masculin GQ concernant les pères au foyer. Extrait:

Et puis c’est tellement facile de penser que c’est un truc de femmes. C’est tellement confortable. Comme ça, si l’un ou l’autre dans le couple doit sacrifier une carrière professionnelle, il sera tout à fait naturel que ce soit madame. (…) Et bien non les gars … C’est culturel, pas naturel. Et, truc de dingue, les nanas ont de plus en plus envie d’avoir le choix, comme nous. Alors, on fait quoi ? On évite d’aborder le sujet ou on en parle ?"

Petit bonus final. Très bonne semaine à toutes et à tous!

Et on va donner des SEINS à Eve. Tu sais, pour qu'on puisse vendre de la BIERE.

Malaise dans la pub (5): J’ouvre un tumblr

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Je mets un terme provisoire à cette série de billets sur la publicité, dans lesquels j’ai essayé de m’interroger sur les représentations du genre dans la publicité, ainsi que sur les codes et les discours que la publicité véhicule sur le genre.

J’ai plein d’idées pour de nouveau sujets de billets mais je veux continuer de réfléchir sur cette question. C’est pourquoi j’ai créé un tumblr: Genre et publicité. J’y publie en mode galerie les images et les vidéos que je collecte depuis des mois.

Contrairement à ce blog, le tumblr n’a pas d’objectif militant. La sélection des publicités est cependant toute subjective, puisqu’il s’agit de publicités qui m’ont interpellée, intéressée, souvent choquée. Je présente ces images telles quelles, avec parfois des commentaires visant à en éclairer le contexte ou les traduisant, mais sans me prononcer sur leur caractère sexiste ou non. Ce qui m’intéresse, c’est de mettre en évidence les codes et les clichés récurrents qui président à la représentation du genre dans la publicité.

Ce qui m’intéresse aussi, en mettant toutes ces pubs les unes à côté des autres, c’est de montrer comment l’omniprésence de la publicité dans notre environnement produit un effet d’accumulation et contribue à forger nos représentations et notre imaginaire des genres.

Cette compilation ne se veut pas exhaustive, puisqu’elle est guidée par mes intérêts et ma sensibilité. N’hésitez pas à me dire comment améliorer et enrichir ce tumblr. Si vous souhaitez y ajouter des publicités qui vous paraissent intéressantes, vous pouvez me les envoyer:
- en utilisant la fonction "Submit", en haut à droite de la page, et en collant simplement le lien
- en m’envoyant un mail à l’adresse cafaitgenre@gmail.com, si la pub n’est pas en ligne
- en postant sur la page facebook du blog.

J’en profite pour dire que si vous voulez vous tenir au courant de l’actualité liée au genre, vous pouvez me suivre sur twitter ou "liker" la page facebook du blog.

Malaise dans la pub (4): ce qu’est une "vraie femme"

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On le sait, mais il faut le dire et le répéter, et puis cela fait du bien de l’entendre: la plupart des femmes dans la publicité ne sont pas de "vraies femmes". Même quand il s’agit de mannequins ou d’actrices, donc de "belles femmes", a priori, selon les normes en vigueur, les images sont retouchées, et souvent outrageusement.

Voici une vidéo qui le dit très bien et le montre par de nombreux exemples. Elle évoque notamment la réaction de Kate Winslet à une photo parue en couverture de GQ, où son corps avait été largement modifié pour la faire apparaître plus mince qu’elle n’est. Kate Winslet avait déclaré qu’elle ne ressemblait pas à cela, et, plus important, qu’elle ne voulait pas ressembler à cela. La vidéo est en anglais, mes excuses aux non-anglophones parmi vous.

Cette uniformisation arbitraire, en fonction des critères de beauté d’une société donnée à un moment T, est non seulement choquante et malhonnête, elle a des conséquences parfois dramatiques sur l’estime de soi et la façon dont on trouve sa place dans la société.

Elle se manifeste parfois de façon extrême, et selon moi révoltante, comme avec cette campagne d’H&M. Regardez bien ces corps: leur posture est étrangement semblable, non? On peut le dire cette fois sans guillemets: il ne s’agit pas de vraies femmes, mais d’images générées par ordinateur.

Le culte de la minceur, qui touche principalement les femmes mais aussi les hommes, a une autre conséquence directe: la mise au ban de la société des "gros", des "hors-normes". Un article stupide et haineux, intitulé "Je déteste la pub Castaluna", a fait le buzz il y a quelques semaines. La pub Castaluna en question, la voici.

A en juger par le scandale provoqué par l’article, ainsi que par les commentaires sur la page YouTube, je ne suis pas la seule à trouver cette pub, et la femme qui y joue, très belles. Quelque chose me frappe dans les commentaires que je lis et entends à son propos: beaucoup tournent autour de l’idée "voilà une vraie femme", comme ce commentaire sur YouTube: "Une femme, avec un grand F !!!! Enfin !…" Je suis tout à fait d’accord, si on compare cette publicité aux images retouchées voire générées numériquement dont je parlais plus haut. Cependant l’expression "vraie femme" ici sous-entend également autre chose: c’est qu’une femme aux formes épanouies incarnerait l’essence de la féminité ("une Femme avec un grand F"). C’est là une idée très ancienne, qui remonte même aux sources de l’humanité: les formes pleines ne sont pas seulement celles de la femme, mais celles de la femme fertile, la femme mère. Des cultes auraient été rendus, à la fin de la Préhistoire, à une figure féminine à travers laquelle on adorait la Terre, la fertilité et la fécondité.

Vénus de Willendorf, Paléolithique supérieur, vers 24 000–22 000 av. J.-C.

Malgré la mode, malgré les images qui nous environnent, les formes d’une femme restent inconsciemment liées à sa qualité de mère potentielle, une "vraie femme" étant celle qui peut donner la vie.

Vous me direz peut-être que je vais un peu loin, mais il me semble important de souligner que malgré les couches supérieures de notre imaginaire, constituées notamment par ces images omniprésentes qui définissent et assènent les normes de beauté, nous restons profondément marqués par ces conceptions très anciennes de la féminité. Je ne limite pas le goût de certain.e.s pour les femmes rondes à cette idée, évidemment…

Cette forme d’essentialisme inconscient (le fait d’attribuer aux êtres une essence immuable, définie en l’occurrence, pour les femmes, par la maternité) se retrouve parfois de manière plus directe dans la publicité. Castaluna ne joue absolument pas sur cet essentialisme, mais certaines publicités véhiculent des stéréotypes sur ce qu’est "une vraie femme". Si les femmes se définissent par leur capacité fécondante, alors les règles sont un attribut essentiel de la féminité. C’est en résumé ce qui justifie cette publicité, qui se veut drôle, pour la marque de tampons Libra en Nouvelle-Zélande.

Non seulement cette publicité essentialise la femme, en faisant des menstruations LE critère définitoire de la féminité, mais elle réactive pour cela les codes de la transphobie la plus primaire: les trans ne font que jouer à être des femmes, ne font qu’imiter les femmes, puisqu’ils/elles ne pourront jamais ETRE des femmes, puisqu’ils/elles n’ont pas de règles. Les personnes transgenres chercheraient donc à compenser cette infirmité biologique par l’outrance de leur maquillage et de leurs attitudes, mais dans un monde où être une femme signifie avoir ses règles, ces personnes sont condamnées à l’excès et au ridicule. Le site Hollaback propose une analyse intéressante de cette publicité.

Malaise dans la pub (3): Hétéro, I presume?

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J’ai dérogé pour la première fois à ma règle de publication hebdomadaire… J’essaie de sortir la tête de l’eau pour me rattraper. Et puis je te dois des remerciements, lecteur/rice: ce blog totalise maintenant plus de 5500 visites depuis fin septembre, et pour une débutante comme moi, ça fait chaud au coeur :)

J’ai parlé dans les deux premiers posts de la série "Malaise dans la pub" de la représentation des femmes dans les publicités pour voitures et de l’image des hommes qui sous-tend ces publicités: machos, amoureux de leurs bagnoles, objectifiant les femmes. Cette représentation stéréotypée se retrouve explicitement dans des publicités destinées à un public masculin.

Il me semble que l’on parle beaucoup de l’image des femmes véhiculée à travers la publicité (même si ce n’est pas assez, et que les choses ne changent pas, au contraire). Dernièrement, il a beaucoup été question des affiches pour le film "Les Infidèles", qui ont été retirées en raison de l’image dégradante de "la femme" (comme s’il y avait "la femme", et non pas "des femmes"… bref) qu’elle présente, ainsi que de leur caractère explicitement sexuel. Une autre campagne a fait le buzz, pour une boutique d’accessoires de football cette fois. 20 minutes titre "Une pub ‘sexiste’ s’attire les foudres des féministes", et je m’interroge: il n’y a donc que les féministes que cela choque, le fait qu’on suggère explicitement une fellation pour vendre des chaussures de sport, et que le credo "prendre soin des clients" conduise à représenter les vendeuses et les vendeurs en train de délivrer des services sexuels? Le co-gérant de la boutique affirme: «On a reçu un super-accueil, même si on se doutait bien qu’on allait éveiller les critiques de groupuscules extrêmes». Sans commentaire.

Ces deux campagnes, qu’il s’agisse de vendre un film ou des chaussures, soulèvent la même question. On se récrie, voire on condamne officiellement l’image dégradante des femmes que ces publicités véhiculent; on n’évoque cependant pas ce qui sous-tend ces publicités, à savoir des stéréotypes concernant la masculinité. Comme dans les publicités pour des voitures dont je parlais il y a quelques semaines, il faut s’interroger sur le discours implicite sur la masculinité qui sous-tend ces représentations. Non seulement les hommes sont censés "ne penser qu’à ça", considérer les femmes comme des bouts de viande (l’affiche des "Infidèles" avec Jean Dujardin ne fait apparaître que les jambes d’une femme, dans une position pour le moins intenable) ou des machines à délivrer du plaisir, mais ils sont toujours blancs, plutôt jeunes ou "dans la force de l’âge", souvent en costume-cravate, et évidemment, hétéros.

L’hétérosexualité va tellement de soi dans la publicité qu’il paraît même étrange de souligner que c’est là un attribut essentiel de "l’Homme" typique auquel ces messieurs sont censés s’identifier. De plus, je connais peu d’exemples de publicités faisant intervenir des hommes qui ne sont pas blancs (aucun ne me vient d’ailleurs à l’esprit), surtout dans le rôle d’un homme aisé, possesseur d’une belle voiture ou en costume-cravate sur des affiches de film; caucasien et hétéro, voilà le portrait-robot du Monsieur Dans La Pub.

Un exemple particulièrement frappant: voici une publicité de toute évidence destinée aux hommes et qui ne se justifie qu’à travers le regard du spectateur masculin et hétéro, potentiel acheteur… mais acheteur de quoi? Il s’agit d’une publicité pour Nissan Pathfinder, diffusée au Brésil en 2003. Une petite capture d’écran pour vous donner envie de cliquer sur le lien (impossible d’intégrer la vidéo):

Cet article sur l’utilisation de l’homosexualité dans la publicité évoque l’émergence de représentation d’hommes gays dans la publicité, mais il me semble que toutes les publicités discutées n’ont pas été diffusées en France mais dans des pays anglo-saxons. De manière intéressante, l’auteur de l’article suggère que les hommes homosexuels seraient plus faciles à caricaturer que les lesbiennes, la caricature faisant selon lui partie intégrante du mécanisme de la publicité; les lesbiennes, elles, seraient moins faciles à caricaturer… car on ne pourrait pas tout ramener au pénis, ce qui serait très souvent le cas avec des pubs mettant en scène des hommes gays.

Pour en revenir aux deux exemples dont je parlais au début, les affiches des "Infidèles" et la vidéo d’une boutique d’accessoires de foot, l’argument principal et sempiternel des défenseurs de ces campagnes est celui de l’humour. Les publicitaires manquent décidément cruellement d’imagination, eux qui mettent en scène des femmes nues et ultra sexualisées à tout va, que ce soit pour vendre des chaussures, des voitures ou, littéralement, n’importe quoi d’autre. Ils manquent aussi d’imagination dans leurs justifications: l’humour, vraiment…? Et à nouveau, on pointe du doigt les féministes et autres rabat-joies manquant, elles/eux, d’humour. L’argument est vieux comme le monde (oui bon enfin presque) et très bien analysé et réfuté dans cette vidéo de Feminist Frequency, sous-titrée en français par votre serviteuse.

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