Joystick : apologie du viol et culture du machisme

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Retour de Mar_Lard, pour un coup de gueule contre Joystick, un magazine de référence sur les jeux vidéo.

(TRIGGER WARNING : Cet article contient des références explicites au viol et aux agressions sexuelles.)

EDIT: le magazine Joystick a publié une réponse sur sa page Facebook.

Laissez-moi vous conter une histoire.

Hier, alors qu’en route pour visiter sa Mère-Grand elle attendait innocemment son train, la douce et pure @NeukdeSogoul s’aventura dans la forêt obscure du kiosque à journaux. Au lieu de se diriger immédiatement vers le rayon Féminins comme une bonne petite fille, elle s’est égarée du coté des magazines de jeux vidéo, la vilaine. Et tel le délicat papillon attiré par l’ampoule chauffée à blanc, sa morbide curiosité se trouva aiguisée par cette couverture de si bon goût :

L'ile de la Punition : TOMB RAIDER. Fini l'innocence : Lara a vu le loup !

Et elle fut édifiée.

Comme elle sait que je kiffe la misogynie et encore plus dans mes jeux vidéo, elle m’a signalé le dossier en question.

Ca vous donne une idée si je vous dis qu’en tant que gameuse passionnée ET féministe j’ai une certaine habitude de la misogynie bien enracinée dans le milieu, mais que pour lire ces dix malheureuses pages j’ai dû m’y prendre à plusieurs fois tellement j’avais envie de gerber ?

Donc on va en parler. En détail. Disséquer la charogne.

On va pas discuter de la misogynie bien puante du dernier Tomb Raider ; d’abord parce que j’en ai déjà touché un mot à la fin de cet article et surtout parce que beaucoup l’ont fait mieux que moi.

Non, aujourd’hui on cause du climat toxique soigneusement perpétué par l’industrie, la presse et les communautés du jeu vidéo pour exclure nos vagins crados de leur joyeux petit club macho. Ce climat d’entre-couilles, qui considère des articles comme la bouse qu’on va étudier, ou celle-ci, parue la même semaine, comme acceptables et même hilarants.

Ouais Joystick tu vas un peu prendre pour tout le monde là. Faut dire t’as poussé le bouchon un peu loin.

Tomb Raider, c'était hype en 1996 et déja ringard en 1998. Il était temps que ça change ! Et tant pis si, pour aboutir à un résultat séduisant, il faut malmener l'héroïne autant que peut l'être une actrice de gonzo SM.

Ouf, la couverture n’était pas un incident isolé, on va en avoir pour notre argent. On commence donc avec cette comparaison très classe entre Lara Croft, icône vidéoludique par excellence du personnage féminin fort et indépendant, et une actrice de porno gonzo. Le gonzo étant, pour ceux qui ne partageraient pas cette référence culturelle de haute volée, une forme de pornographie particulièrement hardcore et souvent extrêmement macho (ouep, encore plus que la pornographie standard, c’est dire). Au moins ça annonce la couleur. Notez également la référence au SM, on va y revenir.

Objet féministe à la base (le fameux "girl-power" qu'on nous avait vendu à l'emporte-piece), Lara a progressivement été transformée en sex-symbol pour puceaux. Tres vite, il n'a en fait plus été question de Tomb Raider mais uniquement de Lara Croft.

Et on entame par un epic fail en connaissances vidéoludiques, ça la fout mal pour un journal spécialisé. Comme je l’ai expliqué plus en détail ici, non, Lara Croft n’a pas été pensée comme « objet féministe » (j’aime bien l’antinomie) à la base. Elle a été modelée avec amour pour flatter l’œil du joueur masculin hétéro. Lorsqu’interrogé sur ses raisons pour faire d’une femme l’héroïne d’un jeu d’aventure 3ème personne, son créateur Toby Gard répondit : « Si le joueur va regarder un cul pendant des heures et des heures, autant que ce soit un joli cul.» Sans parler du marketing qui s’en est donné à cœur joie dès le premier opus pour exploiter l’aventurière comme un objet sexuel. N’en déplaise à l’auteur, Lara Croft est un pur produit patriarcal, un « sex-symbol pour puceaux » de la première heure, et non un brulôt de l’affreux lobby féministe. Notez au passage la petite attaque latérale : « Haha elles nous ont bien fait chier avec leur girl-power hein ».

Un reboot. Une remise à plat de toute la série, comme une à l'encontre d'une héroine-starlette qu'il faut remettre à sa place, quitte à humilier et à la souiller sans aucun ménagement. Ca, c'est l'image que j'avais du futur jeu avant de le voir tourner pendant une bonne heure il y a quelques jours. Et sans vouloir me vanter autant qu'un Eddie Walou devinant tout The Elders Scrolls Online avant l'heure, la séquence entrevue n'a fait que confirmer ma prédiction de gros vicelard. Oui, Lara prend cher dans Tomb Raider (titre brut de décoffrage). Et oui, tout cela est concoté sciemment des mains de tous ces pervers qui officient en tant que développeurs chez Crystal Dynamics. Mais ca tombe bien : pervers, je le suis aussi.

Ca se précise. Lara Croft est une femme trop forte, trop indépendante, trop sexy ; sa puissance, attribut typiquement viril, dérange le male peu sûr de lui.

Ce gros dégoutant ferait bien de profiter de ses dernieres secondes de virilité

Faut dire, la virilité selon Joystick : mettre à terre une femme ligotée et la menacer avec un pistolet.
On a les standards qu’on mérite…

« Papa va te la rectifier, ta bite mentale », écrivait Despentes. Comment ose-t-elle exercer un tel pouvoir sur les hommes ? Non, vraiment, il faut la « remettre à sa place (de femme), quitte à l’humilier et à la souiller sans ménagement ». Le vocabulaire vous évoque celui de l’agression sexuelle ? L’auteur ne s’en cache pas, au contraire ; « gros vicelard », « pervers » assumé, il se frotte les mains (la bite) à l’idée de participer à la punition. Briser les idoles, faire tomber la déesse de son piédestal, la foutre à quatre pattes au milieu d’une bonne tournante et lui gicler au visage, la salope. Hé, c’est pas moi qui ai parlé de gonzo en premier.

Allez, je me lance dans une théorie fumeuse. Pour moi, Tomb Raider est concu comme un "rape and revenge", genre cinématographique qui, comme son nom l'indique, présente en premier lieu le calvaire charnel d'un personnage avant de mettre en scene sa vengeance. Bon, ici, il n'y a pas de viol a proprement parler. Mais les mésaventures de Lara sont suffisamment éloquentes et suggestives pour qu'on puisse y voir des métaphores obscenes. En gros, Tomb Raider, le reboot, nous permet de découvrir l'héroine toute fraiche et pimpante. Elle a 21 ans. Elle arbore un visage juvénile, des formes tout ce qu'il y a de plus décentes et un accent de snobinarde anglaise qui la rend a la fois sexy et insupportable.

Puisqu’on est dans le porno, l’auteur se fait un plaisir de nous présenter l’actrice, ou plutôt ses attributs principaux : son âge, son corps…sa baisabilité quoi. C’est marrant, j’aurais juré qu’on parlait d’une archéologue-aventurière,  héroïne de l’une des plus célèbres franchises de tous les temps, dans un magazine appelé Joystick et non Playboy. J’ai dû me tromper.

« A la fois sexy et insupportable » ? On retrouve l’attitude bien assumée plus haut : je te désire mais je te crache à la gueule. Sois belle et tais-toi, salope.

Mais ce qui m’intéresse le plus ici, c’est surtout l’expression « calvaire charnel ». Immonde euphémisme pour occulter la réalité du viol. Ça ne fait que fantasmer dessus pendant tout l’article et ça n’a même pas le courage d’appeler un chat un chat. Comme deux mots peuvent en dire long ! Petit florilège de réactions :

(Cliquer pour agrandir)

Méconnaissance, minimisation et même érotisation.  Réduire le viol à sa dimension physique, c’est éclipser totalement la violence psychologique qui fait toute la particularité de ce crime : rapports de domination, humiliation sexuelle, traumatisme. L’expression employée ici a aussi l’avantage de faire disparaître l’agresseur : à croire que la victime s’inflige d’elle-même son « calvaire », mot généralement associé aux martyrs religieux ! Comme c’est confortable d’éclipser toute notion d’agression criminelle…

“Calvaire charnel” n’est pas une expression de victime qui décrit son viol, ni une expression des femmes qui craignent la réalité du viol au quotidien. C’est une expression d’homme hétérosexuel qui fantasme sur une idée érotisée du viol. Et nul ne met mieux le doigt dessus que ce pigiste de chez Joystick venu défendre son collègue :

En revanche, il s'enflamme (peut-etre) maladroitement pour une esthétique SM et le fait qu'on malmene une icone du jeu vidéo...

Ouep. Apparemment chez Joystick ils font l’amalgame viol/SM. De fait, tout l’article fait appel au champ lexical du porno, sans compter la référence explicite dans le chapeau.

Ça m’effraie un peu de devoir te le faire remarquer, Joystick, mais t’as pas l’impression de zapper une distinction essentielle là ? Mais si tu sais, ce détail qu’on appelle le consentement. Le truc qui fait que pour le SM on parle de partenaire alors que pour le viol on parle de victime. Le sexe ça se pratique à deux, Joystick (ou plus mais là n’est pas le sujet) : passer outre et prendre de force ce qui n’est pas donné, ça ne relève plus de la sexualité mais de l’agression. C’est la non-considération du consentement, la négation de la volonté de l’autre qui fait du viol un crime, tu vois. Et c’est pour ça que parler d’agressions sexuelles comme si il s’agissait simplement de sexe un peu hardcore, c’est très grave, Joystick. C’est irresponsable pour un magazine dont le lectorat est majoritairement constitué de jeunes hommes d’occulter complétement la question du consentement, tu trouves pas ? Oui, même quand tu parles d’un personnage fictionnel, c’est pas le problème.

Mais passons...apres s'etre échappée et s'etre rafistolée tant bien que mal, Lara est a nouveau capturée par les bad guys. Et encore une fois, la tension sexuelle malsaine et à son comble. La miss est plaquée au sol, les mains attachés dans le dos. Je ne peux pas croire que Crystal Dynamics ait obtenu ce résultat innocemment. Surtout que l'ambiance sonore est saturée des gémissements de la belle et des insultes grivoises proférées par ses agresseurs. Franchement, en termes de mise en scene, Tomb Raider part dans une direction que je trouve a la fois culottée (ahah) et originale. Faire subir de tels supplices à l'une des figures les plus emblématiques du jeu vidéo, c'est tout simplement génial. Et si j'osais, je dirais meme que c'est assez excitant. Le Croft Fort Mais dans "Rape and Revenge", il y a "rape" mais il y a aussi "revenge". Hé ouais ! Concretement, dans Tomb Raider, on peut estimer que le calvaire de Lara va s'étaler sur les deux premieres heures de jeu. Le reste du temps est consacré a sa vengeance, la belle souhaitant rendre au centuple tout ce qu'elle a subi au début de l'aventure. Mais avant de devenir une vraie guerriere et d'émasculer a tour de bras, Lara doit avant tout réussir certains rites de passages. Des "premieres fois", en quelques sorte. Tout d'abord, pour trouver de quoi manger, elle tue un daim. Cette séquence, qui n'est en fait rien d'autre qu'un tutorial pour apprendre à se servir de l'arc, est là aussi tres symbolique. Elle représente la fin de l'innocence...

On arrive au point d’orgue là. L’auteur s’est bien chauffé sur quatre pages, il se sent plus, il jouit ouvertement à l’idée de voir une femme violentée sexuellement par une bande de brutes. « Et si j’osais, je dirais même que c’est assez excitant » : vouep, c’est bon mec, avec le nombre d’allusions libidineuses que tu nous sors depuis le début on avait compris que ça te faisait bander. Et tant mieux pour toi, hein, si la violence et la soumission c’est ton kiff ; encore une fois j’espère juste que dans la vraie vie tu as une vague notion du consentement. Parce qu’à te voir te branler ainsi sur des agressions sexuelles évidemment non-sollicitées,  tu me pardonneras mais c’est pas évident.

Ce qui me dérange déjà plus c’est que tu le fasses de façon publique et assumée : qu’il t’ait paru parfaitement acceptable d’étaler ton foutre dans les pages d’un magazine grand public, orienté jeunes et qui a pour sujet les jeux vidéo. Ce qui me fait franchement chier, c’est que tu le fasses de façon si assumée, sûr de toi, assuré de la complicité de ton public : tu parsèmes ton article de blagues vicelardes et de clins d’œil grivois, comme si tu étais certain que ton lecteur partage tes goûts et qu’il allait lui aussi partir d’un gros rire gras à l’évocation d’une femme abusée. Et ce qui m’emmerde au plus haut point, c’est que pas un seul de tes collègues, relecteurs ou rédac-chef n’ait haussé un sourcil à l’idée de publier ça.

Il y a plusieurs raisons à ce dérapage improbable.

La première c’est la misogynie ordinaire. Parce qu’étrangement, je ne crois pas que l’auteur se permettrait les mêmes commentaires à propos d’un héros masculin. J’attends le magazine qui nous pondra 6 pages du même acabit sur Nathan Drake. On le présenterait seulement  en ces termes : « Il a 29 ans. Il arbore un visage basané, des muscles tout ce qu’il y a de plus décent et une attitude insolente américaine aussi sexy qu’insupportable ». « Sa bite bien moulée dans son jean émoustille les jeunes ados ces dernières années ! »

Et pas seulement parce que sa paire de tétés pointus a émoustillé le tout jeune adolescent que j'étais au siecle dernier.

J’invente rien : 3eme phrase de l’article

On se réjouirait de voir l’impertinent héros « remis à sa place », « humilié » et « souillé »   par les multiples sévices qu’il subit, auxquels on prêterait forcément un caractère sexuel. « On met Nathan au court-bouillon ! » On le comparerait à un acteur de porno gay qui se ferait gang-banger. On se taperait dans le dos entre « vicelard(e)s » et « pervers(e)s » à voir ce mec torturé pour notre plaisir. On chercherait des interprétations pseudo-freudiennes à ses moindres actions : « il escalade une tour, c’est un symbole phallique, il accède a la virilité ». On trouverait sa « vulnérabilité » touchante, parce que ça donne envie de l’ « aider », de le protéger. D’ailleurs on le désignerait par des petits mots affectueux du style « le mecton », « le p’tit gars », « le godelureau ». Et pour parler d’une scène où Nathan se retrouve plaqué au sol, attaché et à la merci de ses ennemis : « L’ambiance sonore est saturée des gémissements du mignon et des insultes grivoises proférées par ses agresseurs. Franchement, en termes de mise en scène, Uncharted part dans une direction que je trouve à la fois couillue (ahah) et originale. Faire subir de tels supplices à l’une des figures les plus emblématiques du jeu vidéo, c’est tout simplement génial. Et si j’osais, je dirais même que c’est assez excitant. »

Non, en fait, je veux vraiment, vraiment pas lire ça non plus. Parce que quel que soit le sexe concerné, c’est insultant, dégueulasse, horrifiant et ça n’a rien à faire dans un magazine un tant soit peu professionnel. Et pourtant, envers les femmes, c’est non seulement parfaitement accepté mais très courant. « Nul sexisme là-dedans », nous expliquent les mecs qui pondent ce genre de choses à longueur de temps en guise « d’analyse » : « c’est tout simplement une question d’appréciation esthétique ! » Ben voyons…*toussetousse*patriarcat*toussetousse*

Au passage, notez qu’une femme forte, guerrière est forcément castratrice. Evidemment. Qu’est-ce que ça pue, l’insécurité masculine…

La deuxième raison, c’est la Rape Culture – la culture du viol. C’est-à-dire le mécanisme écrasant qui minimise, tolère, esthétise voire même encourage le viol dans une société patriarcale, et dont l’article de Joystick est donc un triomphant représentant. La Rape Culture, c’est la raison pour laquelle on estime qu’au moins une femme sur cinq dans le monde est victime d’agression sexuelle, et pourquoi malgré ce chiffre énorme le problème semble toujours bien lointain à ceux qui n’en sont pas victimes (1 sur 5, ça veut dire que dans votre entourage proche, vous connaissez au moins une femme qui a été victime de violences sexuelles dans sa vie. Forcément. Même si vous ne le savez pas.) C’est la raison pour laquelle subsistent tant de mythes et d’ignorance sur le viol, qu’on envisage encore largement comme le fait d’inconnus, dans une ruelle sombre la nuit (et donc comme un hasard inéluctable et malheureux dont il faudrait se prévenir, comme la foudre, au lieu d’un phénomène social intégré à notre culture et à notre éducation), alors que 80% sont le fait de proches, dans des lieux familiers.  C’est la raison pour laquelle l’immense majorité des agressions ne sont jamais signalées (et donc pourquoi on estime que le chiffre d’une sur cinq est encore largement en dessous de la réalité) : parce que le viol est le seul crime pour lequel on soupçonne la victime et non son agresseur. Car une victime qui avoue s’inflige un deuxième traumatisme : celui de voir son comportement décortiqué, sa parole mise en doute (« Elle portait une jupe, elle l’a un peu cherché », « Tu es sure que tu ne le désirais pas, au fond ? Tu lui as peut-être envoyé des signaux contradictoires… »), et de se voir stigmatisée a jamais, de devenir « la violée » – définie par son viol, réduite à ce qu’elle a subi. C’est la raison pour laquelle on éduque les femmes dans la peur, qu’on leur apprend à se terrer, à restreindre leurs libertés au lieu d’apprendre aux hommes à ne pas violer. C’est la raison pour laquelle on voit des pubs comme celle-ci et qu’on peut entendre des conneries pareilles sur Inter : le viol fait l’objet d’une esthétisation comme nul autre crime. C’est la raison pour laquelle l’idée du viol comme initiation, rite de passage pour un personnage féminin n’a rien d’original ou d’osé – c’est simplement un schéma paresseux qui évite aux scénaristes d’écrire des personnages féminins complexes et intéressants. C’est la raison de l’existence du genre cinématographique « Rape & Revenge » évoqué dans l’article, que Despentes analyse fort bien dans King Kong Théorie : en plus de permettre au réalisateur de mettre en scène son fantasme du viol, il calque dessus une réaction typiquement virile (la vengeance) et ainsi adresse aux femmes le message accusateur « Mais pourquoi vous ne vous défendez pas plus violemment ? » Et c’est la raison pour laquelle l’auteur Joystick s’est non seulement permis une phrase comme « Faire subir de tels supplices à l’une des figures les plus emblématiques du jeu vidéo, c’est tout simplement génial », mais qu’en plus il en était suffisamment fier pour la faire figurer en citation vedette :

Le fond de la Rape Culture ? Les victimes de viol sont à 91% des femmes, les agresseurs sont à 99% des hommes. Problème de gonzesse… *toussetousse*patriarcat*toussetousse*

La troisième raison est plus spécifique : il s’agit de l’insupportable tribalisme de la geekosphère qui s’applique à exclure méthodiquement quiconque n’est pas un jeune cis-homme1 blanc hétérosexuel vaguement cynique. La notion même de « geek » s’est construite sur un ressenti d’exclusion sociale : le geek est un marginal, et le revendique.  La communauté, soudée et légitimée par cette expérience commune, se replie dans cette position de martyr qui devient soudain flatteuse : « nous sommes différents et incompris ». Les activités typiquement geek ne correspondent pas vraiment aux idéaux de virilité traditionnels : sédentaires, plus portées sur l’intellect que le physique…  D’où le cliché du « nerd » gringalet, boutonneux, timide, dévirilisé. Et la geekosphère de s’emparer de ce stéréotype pour le transformer en mesure de prestige : etre « le plus gros geek », celui qui est le plus accroc à son écran, celui qui sort le moins, celui qui cumule le plus gros uptime, celui qui n’a pas couché depuis le plus longtemps…une autre forme du concours de bites. On parle de « covert prestige » : une nouvelle valorisation de soi au sein d’un groupe social peu prestigieux dans l’absolu. Bref, cette communauté pourtant définie par un sentiment d’oppression et d’aliénation vis-à-vis des injonctions sociales traditionnelles eut tôt fait de les répliquer en son sein…Et comme souvent, le persécuté devint lui-même persécuteur. Plus que le non-geek auquel il oppose une méprisante indifférence, le geek hait ce qu’il considère comme le « faux geek » – l’ imposteur qui a l’audace de partager ses centres d’intérêts sans se conformer parfaitement aux codes de la communauté. Le « casual » qui n’investit pas autant de temps et de passion que lui dans son loisir, le « n00b » qui débute, le « kevin » qui est trop jeune pour geeker « correctement »…Les femmes et les LGBT semblent tout particulièrement insupportables, car il n’est pas pire macho que celui qui est en mal de virilité. C’est pourquoi « gay » continue à être l’insulte par défaut dans les communautés gamers et jusque dans les jeux eux-mêmes, pourquoi les produits continuent à s’adresser exclusivement au male hétéro a la sexualité adolescente, pourquoi les femmes sont victimes de harcèlement sexuel systématique online sans que quiconque ne hausse un sourcil, pourquoi les plus grandes professionnelles du secteur sont traitées comme de la merde à cause de leur sexe, pourquoi certains affirment sans aucun problème que le harcèlement sexuel fait partie intégrante de la culture geek, pourquoi l’industrie et la presse spécialisée se permettent régulièrement des dérapages sexistes parfaitement gratuits, et pourquoi les femmes qui osent protester de cet état de faits sont victimes d’attaques massives et immondes (on en aura d’ailleurs un petit aperçu dans les torrents d’insultes que cet article ne va pas manquer d’attirer dans les commentaires, sur mon Twitter, et dans ma boite mail ; j’en ai fait l’expérience avec mes précédents articles, et de toute façon ça a commencé dès que j’ai annoncé l’écriture de celui-ci). Et après ça on s’étonne que les femmes ne s’intéressent pas plus au jeu vidéo. Ah oui, et l’excuse magique « c’est de l’humour » ? Elle ne colle pas : l’humour est l’un des moyens d’exclusion sociale les plus efficaces. Bref, détailler l’effroyable sexisme du milieu mérite largement un article à part ; quoi qu’il en soit, comment s’étonner qu’un article tel que celui qui nous préoccupe aujourd’hui passe comme une lettre à la poste ? Le climat d’entre-soi (d’entre-couilles) est tel que nul ne voit un problème à ce qu’un journaliste se tire publiquement la nouille sur les supplices d’une bimbo virtuelle : il écrit pour les geeks qui lui ressemblent, à l’exclusion de tous les autres publics. A l’heure où 47% des joueurs sont des femmes, la presse JV papier mourante s’accroche désespérément à son cœur de cible, l’ado masculin hétérosexuel travaillé par ses hormones. Ce serait drôle si, dans sa panique, elle n’en arrivait pas à des extrêmes horrifiants comme celui-ci…

On a envie d'aider Lara dans son périple. Il y a une vraie jubilation à la voir passer du statut de victime terrorisée à celui de déesse vengeresse qui enfonce des piolets dans les gorges mécréantes.

Personnellement, je me sens attiré par cette Lara-là comme je ne l'avais plus été depuis une bonne quizaine d'années. C'est là toute la bizarrerie de la chose. En devenant plus faible, plus vulnérable, la donzelle n'a étonamment jamais semblé aussi forte. Bref, la nouvelle Lara, je l'aime et j'attends despérément la sortie du jeu pour pouvoir souffrir à ses cotés. Je vous avait dit que j'étais un peu pervers.

Puisqu’on vous dit que la femme, c’est l’étranger. On touche ici à un point que j’ai déjà assez largement abordé à la fin de cet article : un personnage féminin n’est pas incarné, il est regardé. Il ne vient même pas à l’esprit de l’auteur qui écrit ces lignes de *devenir* Lara en jouant : il adopte le rôle de voyeur extérieur, éventuellement de protecteur bienveillant. Jouer un plombier italien, un commandant spartiate de l’espace ou un grec déicide enragé, sans souci, mais une aventurière-archéologue ? Jamais ! Et le pire, c’est que c’est exactement l’intention des créateurs, comme l’explique sans complexes le producteur Ron Rosenberg :

« Quand tu vois [Lara] face à ces obstacles, tu te prends d’affection pour elle, peut-être plus que tu ne te prendrais d’affection pour un personnage masculin…Quand les gens jouent Lara, ils n’ont pas vraiment envie de se projeter eux-mêmes dans le personnage. Ils sont plutôt « J’ai envie de la protéger ». Ca instaure cette dynamique « Je pars à l’aventure avec elle et je vais essayer de la protéger. » Cette capacité à la voir comme une humaine est plus attirante pour moi que la version sexualisée d’auparavant. En partant de rien, elle devient une héroïne…on la construit petit à petit et juste quand elle prend confiance en elle, on la brise à nouveau. Elle est vraiment transformée en un animal acculé. C’est un grand pas dans son évolution : elle est forcée à se battre ou mourir. »

Assise pres du feu, à essayer de capter un signal radio, Lara dégage une vulnérabilité touchante

Les grands esprits se rencontrent…

Si le joueur (sous-entendu masculin) apprécie Lara, c’est forcément qu’elle excite ses instincts de chevalier blanc protégeant la demoiselle en détresse. Evidemment. Quant à la joueuse…qu’est-ce qu’on en a à foutre ? Industrie de mecs, pour des mecs… *toussetousse*patriarcat*toussetousse*

"Ciel, un bandit crasseux et suant me veut du mal. Chéri, c'est affreux"

Ne crains rien ma mie, je vais appuyer sur un bouton pour te libérer !
Et après, j’imaginerai encore que tu m’appelles chéri, ma poupée <3

Bon, bah je crois qu’on a fait le tour de ces 6 pages d’anthologie. Vous remarquez de quoi on a pas du tout parlé ? Du jeu. Dans un magazine spécialisé jeux vidéo. Il n’y en a que pour l’héroïne, ou plus précisément, pour son cul. *toussetousse*patriarcat*toussetousse*

Mais le probleme, c'est que l'ile est peuplée de loubards de la pire espece : des gros sagouins venus d'Europe de l'Est. (...) Il semble que ces "Autres" ne soient pas qu'une bande de Slaves libidineux et avides de jeunes filles en goguette.

Ah non pardon, un p’tit zeste de racisme ordinaire aussi

A l’origine j’avais l’intention de traiter de l’article suivant aussi, un morceau de bravoure dans un autre genre. Parce que si il y a un truc encore plus kiffant que les hommes qui font l’apologie du viol, c’est bien les femmes qui font de la désinformation sur leur propre anatomie et de l’anti-féminisme primaire (c’est vrai quoi, ces connasses qui m’ont obtenu le droit de vote). Mais je crois que je me suis assez énervée comme ça pour aujourd’hui, et on me souffle à l’oreille que quelqu’un d’autre pourrait bien s’en charger…A suivre !

918 réflexions sur “Joystick : apologie du viol et culture du machisme

  1. Je doit dire que je trouve ta critique très pertinente , elle met en lumière un phénomène souvent occulté dans l’aspect extérieur de la communauté des gammers , en faisant moi même partis , le problème je pense est de faire prendre conscience au développeur et au joueur que cette dimension du fantasme projeté sur un objet ou par un média qui n’est pas partagé et pas naturelle en soit .
    Il est vrai que cette communauté qui se replis sur elle même a tendance a crée une perte de tolérance par rapport a ce qui extérieur a ce qui est définit sans raison par une communauté de sortes de lois générale . Cependant ce cratère d’individualité qu’elle aurait put conservé si il n’y avait pas la mise en place de communauté de masse et non d’individus.
    J’ai en tête l’histoire d’un amis que faisait toujours des blagues homophobe qu’il tirait lui même de son père , sans se rendre compte des conséquences de telles actes envers des personne qui le sont (moi en l’occurrence ) mais après avoir mit en lumière avec lui la nature de ce qu’il proférait son comportement a changé .
    Je ne renis ni ne dénigre ton propos mais il y a une nuance a apporté me semble t’il tout ces mâles que tu évoque ne sont peut être pas tous obsédé par l’idée de viol (je l’espère optimiste que je suis ) et qu’un progrès premier est possible dans ce domaine en mettant en lumière le caractère absolument illégitime de cette représentation de la femme dans les jeux vidéo , et d’essayé dans un deuxième temps d’ouvrir cet horizon borné du misogyne résolut qui ne peut perdurer mis en face de cette réalité évidente . La difficulté résulte surtout de cet effet masse de la communauté des gammers qui apporte a mon sens le plus grand obstacles .
    Étant moi même gay je n’ai put que le constaté a outrance dans les jeux ( exception faite a Mass Effect 3 qui bien que trop stéréotypant fait déjà un pas en avant )et dans la communauté ce problème que tu évoque ici est qui n’as en outre pas lieu d’être . Malheureusement mon propos émanant d’un de ces caractères dénigré ne porteras que peut ou absolument pas mais je tien a avoir formulé cela ….

    • si on vous ecoute on doit se contenter de joue au pokemon a pacman ou marioland a chaque fois que quelqu’un est choqué

  2. Que dire à part bravo ? Je pense qu’à travers cet article et ce cas de figure, tu as très bien montré dans quel monde hétéro-machisé nous vivons. Quand des millions de femmes refusent les codes et les stéréotypes imposés par la société, on nous jette la pierre. J’aimerai développer mais je pense que tu l’as déjà beaucoup fait (bien qu’il y aurait encore énormément à dire). Je t’encourage vraiment à faire plus que ce site, bien plus, tu as les arguments, ceux qu’on ne peut pas contredire. Toutes les femmes n’ont pas cette chance, celle d’avoir trouvé les mots justes, ceux qui démontrent toute cette connerie.
    Franchement, merci.

    Une gameuse et technicienne dans l’audiovisuel (deux mondes bien machisés)

    • en meme temps quand une héroine evolue dans un milieu d’hommes et qu’on connait les pourcentages de viols, ce serait etonnant que lara s’en sorte indemne.
      c’est un peu comme si on s’indignait de se cracher en avion dans une simulation de vol.

      • Haha put*in, on s’enfonce là.

        « Tu sors faire tes courses dans la rue sans ta burka? T’as pas volé ton viol, ma vieille… »

        Je me souviens avec nostalgie d’une époque où vous aviez au moins un début d’argumentation à opposer.

      • QUOI ?! Qu’une femme évoluant dans un milieu majoritairement masculin ne se fasse pas violer, c’est ÉTONNANT ? C’est comparable à un ACCIDENT d’avion dans une simulation de vol ? Genre « j’ai pas de bol en ce moment, j’ai encore violé une femme » ? Et tu dis ça à une femme qui PRÉCISE travailler essentiellement avec des hommes ?
        Attends, pourrais-tu reformuler ta pensée s’il te plait ? Pour qu’on soit bien d’accord, si tu parles d’études statistiques concrètes, héroïne ou pas, tu places de fait ton propos dans le monde réel, plus question d’univers virtuels là.
        Tel que tu as rédigé ton commentaire (que je remarque seulement grâce à Fuck/PasLa), j’ai juste envie de te vomir dessus.
        A moins que ça soit ton petit plaisir malsain : troller jusqu’à l’écœurement.

      • enl’occurenceil s’agit d’un milieu hostile largement masculin avec desennemis qui veulent sa peau
        mais bon ce genre de considérations , le contexte tout ca te dépasse.

        tu dois etre une femme habituée a vivre chez toi planqué derrière des barbelés
        qd dansles films, une femme se fait violer prenez les films d’épouvante par ex(achaque fois une gonzsse est pris en otage et subisdes attouchements), ca fait pas jaser.

  3. Je tiens juste à répéter qu’il n’y a probablement pas de communauté gamer. Pas au sens large. Par contre, c’est possible que la majeure partie d’entre elles soit machiste et sexiste. Mais en général, les sous-communautés ne peuvent pas se saquer entre elles.

    Les PCs méprisent les consoles, les pro-gamers méprisent tout le monde, et à part ca on voit des jeux casual se développer sur Wii et autres en draînant un public extrêmement mixte. Je ne vois pas d’unité ou de structure là dedans. Encore moins de porte-parole.

    ‘me semble que la définition d’une communauté, c’est de se reconnaître mutuellement comme dans un même bidule et de partager certains principes. L’usage d’un quelconque équipement électronique à des fins ludiques ne suffit pas à mon sens à fabriquer une communauté.

    • Je suis bien d’accord. Cette manie très en vogue de vouloir systématiquement intégrer les gens au sein de telle ou telle communauté, qui correspond au modèle sociale américain, me semble surtout efficace quand il s’agit de fractionner les intérêts communs de la population.

  4. Tout ça pour ça… Pour sûr, l’auteur de cet article est un violeur fou qui s’ignore… Ou juste un passionné de jeux vidéos qui n’a justement PAS l’esprit pervers et farfouilleur de l’auteur de ce pitoyable article.

  5. Très bon article ! Etant une gameuse depuis ma petite enfance (années 80), je connais bien certains journaux spécialisés et je n’achète plus Joystick depuis longtemps. Ils font de la pub et pas des critiques. Je préfère le CanardPC (encore que cela fait quelques temps que je ne l’ai plus lu) ou les tests sur gamekult, rien à voir avec le sujet mais le magasine 20ans me manque terriblement d’un coup …

    J’ai mis ton blog en favori, continue !

    ps : J’ai pas lu tous les commentaires mais pour Vincent : « Ah cela vous choque des stéréotypes sur les Geeks mais pas que le rédacteur en chef laisse un article comme cela ? » Comme dirait une célèbre pub : « nous n’avons pas les mêmes valeurs ». Et arrêtez de vous sentir viser.
    reps : Je ne connais pas chaque joueur/geek personnellement, bien sûr, certains sont cools et clairs, d’autres beaucoup moins. Mais l’auteure a raison, quand tu passes trop de temps sur le virtuel c’est que tu as un souci dans ta life (que c’est beau, j’suis émue) ^^.
    rereps : futurs parents, surtout les mères si votre cher et tendre vous laisse toute l’éducation et part bosser, pitié, élevez votre gamin avec le respect des femmes (autre que celui pour sa môman, merci). Pareil pour les pères célibataires, non les dames ne sont pas toutes des salopes. En fait, le gros souci, c’est l’éducation, pourquoi on autorise les gamins à être bruyants et violents et pas les gamines ? Ou pourquoi c’est juste les gamines qui apprennent le nettoyage,etc, etc ? Je peux comprendre quand c’étaient guerre, famine et Moyen-Age mais maintenant plus besoin d’un guerrier et d’une maman pour faire survivre l’espèce humaine.
    Ou alors, c’est juste une question de pouvoir. Ce doit être amusant en tant que mec d’avoir du pouvoir sur la moitié de la planète et de se croire meilleur. Bon heureusement, tous les hommes ne sont pas comme ça.

    • « futurs parents, surtout les mères si votre cher et tendre vous laisse toute l’éducation et part bosser, pitié, élevez votre gamin avec le respect des femmes (autre que celui pour sa môman, merci). »

      Pour le coup, à moins que tu ne décrives une situation familiale très ponctuelle, ce genre de schéma correspond typiquement au modèle patriarcal. Ça me semble difficile pour les parents d’une telle famille de faire passer le message du respect de la femme à un enfant qui constate tous les jours que sa mère est une boniche et son père celui qui couvre tous les besoins du foyer.
      Je ne dis pas que c’est impossible mais le facteur imitation jouant un rôle essentiel dans l’éducation, ça risque de poser un problème de cohérence entre le discours (surtout s’il n’est tenu que par l’un des deux parents) et les actes.

  6. Reblogged this on C'est Kiltissime ! and commented:
    Cet article était mentionné dans un magazine informatique que j’ai feuilleté par hasard il y a quelques jours. Assez sidérée par la haine diffuse envers le sexe féminin dans le milieu du jeu… Bref, un article au vitriol très éclairant sur la polémique Tomb Raider !

  7. Cette note est très intéressante et je ne vais pas remettre en question le propos parce que clairement, l’article dont il est question aurait peut-être sa place dans une revue porno mais pas dans un magazine de jeu vidéo. C’est bien d’être décomplexé sur ses fantasmes mais c’est peut-être pas une raison pour les étaler dans un article censé être professionnel.

    Tout ce que je veux c’est souligner la nuance entre fantasmer sur le viol et être « pour » le viol. Personnellement je réagis vraiment avec les tripes vis à vis des injustices envers les femmes, je me rends malade avec des trucs parfois discutables (genre le système d’enfantement humain me donne envie de chialer, si j’étais pas athée je dirais que Dieu était effectivement un homme).
    Mais pour autant, ça ne m’empêche pas de trouver, en fiction, le viol excitant, parce que c’est glauque effectivement, et je pense pas que ce soit monstrueux d’avoir un côté morbide comme ça, du moment qu’on sait faire la part des choses.

    J’irais pas écrire un article comme celui qui est présenté là parce que l’auteur ne prend aucune distance avec son ressenti et franchement on n’a pas gardé les cochons ensemble, qu’il raconte ça à son meilleur pote s’il veut mais moi je veux un semblant d’analyse. Maintenant, son fantasme en lui-même, je ne le condamne pas.

  8. Bravo pour ce formidable article. C’est argumenté, intelligent, juste… une belle réponse à tant de bêtise.

    Je souhaite juste revenir sur une phrase. Lorsque tu évoques l’expression « Calvaire charnel » tu parles d’une « expression d’homme hétérosexuel qui fantasme sur une idée érotisée du viol ».
    Je suis d’accord sur l’abomination qu’est cette expression mais je ne vois pas ce que l’adjectif hétérosexuel vient faire là. J’ai bien compris en lisant l’article que l’industrie des Jeux vidéos était crée (exclusivement ?!) par et pour des hommes qui font rimer virilité avec misogynie et que les relans d’homophobie sont courants dans le milieu mais je ne pense pas que cette « idée érotisée du viol » soit exclusivement hétérosexuelle. Ce genre de fantasmes peut très bien être partagée par une personne homosexuelle, homme ou femme, dans ce cas bien précis de Lara Croft ou dans un autre.
    Le machisme, la misogynie, l’ignorance et la bêtise n’ont rien à voir avec l’orientation sexuelle.

  9. Bonjour Marlard,

    Je trouve ton article très bien écrit, cependant je ne peux pas adhérer en intégralité avec ce que tu dis.

    Je suis d’accord avec toi le viol est une chose horrible, qui mérite d’être puni durement. Mais je comprends le “plaisir” qu’a pris le journaliste en voyant Lara se faire violenter, c’et voir comment une figure aussi emblématique est devenue aussi forte.
    Son article est peut être parti un peu loin dans les descriptions qu’il fait, je te l’accorde le fait qu’il fantasme sur le probable viol de Lara est déplacé.
    Mais les humains sont faits ainsi est que lorsque un personnage (homme/femme) auquel on s’est accroché, que l’on croyait indestructible, se voir détruit du jour au lendemain sans pouvoir opposer de résistance et ce quels que soient les moyens que les bourreaux aient utilisés, ça nous excite car on se met dans la peau de ce héros déchu et on ne souhaite qu’une seule chose est de le/la voir se réaffirmer et casser la gueule à tout le monde.

    On vit peut être dans une société dans une société patriarcal, mais si détruire une héroine pour qu’elle puisse se reconstruire et que l’on en apprenne plus sur son passé et pourquoi dans les premiers opus elle est comme elle es, attire autant la foudre du public, nous devrions aussi crier au scandale envers les jeux où les héros sont rabaissés plus bas que terre (ex: Gears of War1-2-3/Dead Space1-2/Metro2033/Mario (le jeu où l’on sauve une princesse amoureuse du personnage mais qui n’est jamais dans le bon château où s’en va au dernier moment)Max Payne1-2-3) Si l’on suit ton raisonnement les jeux où des hommes se font se torturer, massacrer, rabaisser et où les joueurs prennent du plaisir à le faire ça ne dérange pas mais lorsque c’est une femme c’est inaccpetable. Je comprends ton point de vue et le respecte, mais on ne peut pas faire 2 poids 2 mesures, si on gueule pour les femmes il faut aussi gueuler pour les hommes, en tant que féministe tu souhaites l’égalité partout, bah la voilà aussi dans les jeux, une héroïne mise à mal pour mieux se relever.

  10. Alors là j’ai ris vraiment fort , j’ai du mal a croire que l’auteur de ce torchon soit réellement une GAMEUSE , ça dois plutôt être le genre de personne à croire que jouer a mario et un jeu indie est un vrai gamer , laissez moi rire , je ne vois que de la rage et de l’envie dans cette article , qui n’est , absolument pas objectif , en plus d’être rédiger par une féministe ;

    si cette chère personne était une gameuse , elle aurais compris qu’elle avais à faire a un jeu vidéo , donc déjà , tous les rapports avec la réalité non pas lieux . Deuxio , elle fais la même chose avec son article que ce qu’elle dénonce dans joypad ; ensuite elle fais de la pub pour le magazine en question et pour le jeu ;

    et enfin elle sort des propos d’un article hors de son contexte afin de l’utiliser à sa guise , sachant que cela reste un simple article de presse et que ceux qui le lisent ne sont pas soumis a l’obligation d’adhérer à leurs mode de pensées ou leurs écris ;

    Bref , pour la précision , je joue depuis vraiment très petit , jusqua maintenant , j’ai eu de nombreuses copines , gameuses ou non , que j’ai toujours su traiter dignement , avec respect , et beaucoup d’amour ;

    Cela ne m’empêcheras surement pas de profiter du jeu malgrès une scène ou un moment du jeu auquel je n’adhèrerais pas ;

    Merci d’arrêter de véhiculer des clichés et de modifier chaque propos à votre guise ;

    Sur ce je m’excuse pour mon écrite execrable et vous dis bonne nuit .

    • « sachant que cela reste un simple article de presse et que ceux qui le lisent ne sont pas soumis a l’obligation d’adhérer à leurs mode de pensées ou leurs écris »
      J’ai envie de te dire « mais hé, pourquoi tu t’emballes, ce n’est qu’un article de blog en réponse à un article de presse, personne n’est soumis à l’obligation d’y adhérer ou pas! » Tu minimises l’impact qu’un article peut avoir sur les personnes qui le lisent tout comme le viol est minimisé par sa banalisation à travers les différentes techniques qui ont été évoquées dans l’article. Tu ne comprends pas que ce qui est grave avec l’article de Joystick c’est justement qu’il passe pour un « simple » article de presse, le fait qu’il ait été si facilement validé sans être remis en question. L’évolution des mentalités passe en grande partie par ce qui est dit dans les médias, la culture, et le simple fait que tu répondes à cet article décortiqueur pour venir crier ton mécontentement prouve qu’il t’a touché dans le sens où il a provoqué une réaction en toi. Pense que si tu n’adhères pas à l’article de Marlard, d’autres si et donc c’est aussi le cas pour l’article de Joystick. Et quelqu’un qui ne voit pas le problème de cet article, dont Marlard a dressé un parfait tableau, est quelqu’un qui a été désensibilisé par rapport à la gravité qu’est le viol et la façon dont il est banalisé en général que ce soit dans la presse, la musique (ces rappeurs qui chantent que ouais ils ont « fucked that bitch », ah bah c’est du propre), n’importe où en fait. Lorsqu’on minimise, lorsqu’on banalise ce genre de crime, on en vient à le cautionner et c’est ça le danger d’articles comme celui de Joystick.

      Ps : elle n’a pas sorti les propos de leur contexte, elle a tout étudié, elle a donné des sources complémentaires d’information, et elle a apporté une analyse qui ne t’as tout simplement pas plu parce que tu as été touché dans ton égo de gamer de merde. Et le « en plus d’être rédigé par une féministe », c’est moyen. Tu décrédibilises l’article sur le principe qu’elle est une féministe, donc que ce qu’elle dit est de la merde. Donc, tu dis que la cause féministe, c’est de la merde. Le vrai torchon, c’est ton message, ma poule.

  11. Un article long qui a du surement demander beaucoup de travail… Vraiment dommage de gâcher toute cette énergie dans un plaidoyer contre productif. Je n’ai lu de l’article incriminé que les extrais mis en ligne ici même, je n’ai de ce jeu que les échos traversant les news de jeux vidéo que j’ai pu lire de loin en loin… Mais est ce que j’ai été transporté d’indignation contre ce prétendu torchon? Pas du tout. Alors peut être parce que je suis un homme hétéro (donc forcément réac et phallocrate)? Peut être parce que je fais parti du groupe qui n’a que 10% de chance d’être violé? (et par mes semblables donc je suis un peu fautif) Ou alors c’est parce que je suis catalogué geek. Alors en toute logique, je me venge sur les femmes. Tiens d’ailleurs, je me venge dessus parce qu’elle appartiennent au sexe faible ces femmes? (bonjour l’auto-préjugé…) Ou alors parce qu’elles ont un pouvoir énorme dans cette société qui est sensée m’opprimer? :/

    Certain(e)s parlent d’une fine analyse, mais moi je trouve que c’est avant tout une brillante accumulation de tentative maladroite de manipulation de l’auditoire. Pas pour raconter des mensonges mais pour apporter de l’eau au moulin de propos défouloirs qui n’ont pas de réels liens avec les vertues prétendument à l’origine de la création de cet article.

    Au crédit des quelques manœuvres qui m’ont convaincu du manque de sérieux de « l’analyse » de l’auteur:

    – la belle collection de réaction trié parmi les tweets sur le sujet. On revendique clairement la parole populaire là… Qu’est ce que la masse à voir avec la justesse des propos d’une blogueuse?

    – le propos très « familles de France » qui l’air de rien, en rappelant longuement des statistiques et en enfonçant des portes ouvertes sur le viol, sous entend encore une fois que l’utilisateur (masculin off course) ne fait pas de différence entre la réalité et le jeu. Je me demande encore pourquoi l’article ne mentionne pas les millions de mecs victimes de meurtres à l’arme à feu tout au cours de l’histoire vidéo ludique. Meurtres dont l’esthétisation (et le sadisme non consenti afférant) à eu lieu à de nombreuses reprise… Tout simplement parce que le personnage masculin blanc hétéro est considéré par l’auteur comme transparent. Sa mise à mal n’a pas plus de sens que celui d’un monstre ou autre alien.

    – le beau petit passage bien haineux envers les « geeks ». Bonne idée. Dans le genre: « je suis membre d’une majorité opprimé quoi de mieux que de dénoncer mes souffrances en créant un bourreau idéal de toute pièce? ». Bravo! Non parce qu’après tout, ça à si bien marché avec les juifs, les arabes et les immigrés …

    – la technique de troll typique: provoquer des réactions extrêmes par des propos du même niveau, puis se poser en victime: « […]et pourquoi les femmes qui osent protester de cet état de faits sont victimes d’attaques massives et immondes (on en aura d’ailleurs un petit aperçu dans les torrents d’insultes que cet article ne va pas manquer d’attirer dans les commentaires, sur mon Twitter, et dans ma boite mail ; j’en ai fait l’expérience avec mes précédents articles, et de toute façon ça a commencé dès que j’ai annoncé l’écriture de celui-ci)[…] »

    – Faire fis de la psychologie évidente sur le rapport du joueur à son personnage pour enfoncer le clou sur un machisme omniprésent. N’est il pas évident qu’il a forcément un rapport trouble pour le joueur ou la joueuse quand il manipule un représentant du sexe opposé? Ma copine n’hésite pas à parler de « son barbare » à diablo 2 et à lancer des « je suis niveau 30!! » quand elle joue une amazone… Tout comme JE lui ouvre le passage à avec mon assassin (féminin pour ceux qui ne suivent pas). D’ailleurs cela marche aussi avec les poulpes, les aliens, les dinosaures… J’ai toujours vu des filles dire « jouer avec Yoshi » pas « jouer Yoshi ».

    – N’avoir aucun recul sur la critique du ressenti que peu avoir le joueur vis à vis de cette situation que « vit » Lara. Aimer? C’est mal: macho violeur. Être révolté et vouloir l’aider? C’est mal: macho régressif et alpha dominant. Penser qu’elle peut s’en sortir toute seule et éteindre la télé peut être?
    Quand à la manière dont la joueuse faisant symbiose avec Lara doit percevoir tout ça? Y a vraiment besoin d’une explication de texte? Survival-horror ça parle à personne?

    – Faire de même en niant le fait que Lara soit devenu (je précise) autant le symbole de la grande sœur puissante et cool pour une génération de joueuse, qu’un culte sexuel pour les attardés de petits garçon que nous étions… c’est pas comme si le relooking « réaliste » des derniers épisodes n’était pas là pour justement augmenter l’appropriation et l’identification du personnage par le publique féminin de la série. Alors je comprends bien que cela permet à peu de frais de remettre en cause la crédibilité de Deez… Mais faudrait peut être savoir que les dames aiment aussi jouir de leur puissance (qui on ne sait pas pourquoi est devenu un concept masculin ici…) physique ou sexuelle. Tout comme l’utilisation en général de la sexualité en tant qu’argument commercial. Les romances lesbienne ça fait triper les boutonneux mais les câlins homo font vendre des mangas pour filles. Merci de pas l’oublier.

    Courage à celles et ceux qui se battent de manière utile pour l’égalité.

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