Féminisation de la langue: quelques réflexions théoriques et pratiques

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Les personnes lisant régulièrement ce blog auront sûrement remarqué que j’essaie au maximum d’éviter d’employer le masculin universel (j’explique ci-dessous ce que j’entends par là). Je voudrais tenter d’expliquer pourquoi (c’est le côté théorique) et surtout comment, par quelques réflexions liées à mon parcours sur cette question et à ma pratique comme féministe, blogueuse, mais aussi comme prof de français langue étrangère. Cette pratique est en évolution constante. Alors que j’étais d’abord extrêmement réticente, je me suis habituée à ces graphies à force de lectures et d’échanges militants, et j’aurais du mal aujourd’hui à faire marche arrière.

Ces théories et pratiques rencontrent énormément de résistances. J’ai pu m’en rendre compte à chaque fois que j’ai évoqué, ici ou sur Twitter, des questions liées au sexisme dans le langage. Je ne dis pas que toutes les personnes qui m’ont opposé ce genre de discours sont d’immondes sexistes; la plupart affirment n’avoir aucun problème avec le principe de l’égalité. Le plus souvent, ces résistances viennent de la part des personnes qui ne supportent pas que l’on "touche" à la langue telle qu’elles la connaissent et telle qu’elle est codifiée par les grammaires. Plus profondément, elles sont liées à la difficulté à reconnaître que le langage est politique et que le masculin universel n’est pas du neutre (la catégorie ne s’applique pas aux personnes en français) mais bien du masculin; j’y reviens ci-dessous.

J’ai bien conscience que traiter ce genre de sujet va m’attirer plein de remarques sympathiques en commentaire. C’est toujours le cas quand les féministes parlent de la langue. On nous reproche de nous tromper de combat, de nous attaquer à des futilités; et dans le même temps la levée de boucliers que cela suscite confirme l’importance du sujet de la féminisation. Si vous êtes tenté·e de m’opposer ces arguments, essayez 1) d’abord de réfléchir à cela 2) de lire l’article en entier et 3) de vous demander pourquoi il est tellement important pour vous qu’on ne "touche" pas à la langue. Merci d’avance…

Ah oui, dernière chose: je suis agrégée de Lettres Modernes, j’ai l’intention de faire un doctorat en linguistique et j’enseigne actuellement le français à l’étranger. D’expérience, je sais que certain·e·s auront une furieuse envie de m’expliquer la grammaire française: vous pouvez vous abstenir. Re-merci.

Une dernière remarque avant de commencer, à propos du titre: le terme de "féminisation" pour désigner ces pratiques n’est pas forcément adapté. L’idée est, avant tout, de rendre la langue moins masculine, en partant du principe que l’on refuse le masculin universel. Des expressions comme "langage non-genré" ou "langage neutre" ne me conviennent pas non plus. Le genre, entendu comme pur phénomène grammatical, n’est pas dépassable en français, difficile donc de prétendre à un langage non-genré; en revanche, en ce qui concerne la désignation des personnes, il est absolument nécessaire de réaliser que le genre a une dimension idéologique, que je vais expliciter. Des procédés de neutralisation sont possibles, mais un langage "neutre" n’est pas l’objectif. L’objectif, au contraire, est de mettre fin à l’invisibilisation du féminin dans la langue comme dans la société.

Objectifs et justifications théoriques

Le sujet me tient à coeur, j’ai déjà écrit plusieurs posts à ce sujet. La bibliographie est très vaste, mais je ne veux pas trop m’attarder ici sur l’aspect théorique de la question. Je cite quelques travaux de référence à la fin de ce billet.

Pour commencer: quel est le problème? Le problème est que, en français, l’homme est considéré comme l’être humain par définition et la femme comme l’exception. Quelques exemples:

- Un groupe peut être constitué de 99 femmes et 1 homme, il est cependant admis que l’on s’adresse à ce groupe en disant "Merci à tous d’être venus". On apprend aux femmes qu’il est normal que le féminin soit inclus dans le masculin; c’est pour cela que les féministes parlent d’invisibilisation du féminin. Imaginez deux secondes qu’on fasse l’inverse: ces messieurs se sentiraient certainement privés de leur virilité. On l’apprend dès l’école primaire: "le masculin l’emporte sur le féminin". Il s’agit apparemment d’une manière anodine de décrire le fonctionnement de la langue; ce serait oublier que la langue est un produit culturel et a donc une histoire. La primauté du masculin sur le féminin s’est imposée au XVIIème siècle et a été justifiée ainsi: "lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l’emporte" (Abbé Bouhours, 1675) ou encore: "le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle" (Beauzée, grammairien, 1767 – références ici).

- Le terme "hommes" peut désigner un groupe d’êtres humains, quel que soit leur sexe; le terme "femmes" ne désigne que les êtres humains de sexe féminin. "Homme" peut donc avoir un sens spécifique (être humain de sexe masculin) et un sens générique (être humain tout court). Le mot homme vient du latin homo, qui signifie "être humain", l’homme de sexe masculin étant vir (qui a évidemment donné viril). Dans Le Sexe des mots, la linguiste Marina Yaguello commente ainsi cette évolution:

    En fait, on a tellement l’habitude de voir le masculin "absorber" grammaticalement le féminin qu’on pourrait croire que le sens générique est second, alors qu’il est historiquement premier. L’homme a en quelque sorte "confisqué" symboliquement la qualité d’être humain à son profit. (…) Et c’est donc personne, grammaticalement féminin mais sémantiquement indifférencié, qui doit être employé comme terme générique. D’ailleurs, aucune femme ne dit jamais en parlant d’elle-même: "Je suis un homme." En revanche, un homme peut dire: "Je suis une personne."

- Les noms de métiers et de fonctions restent largement utilisés au masculin. Il semble donc normal à la majorité de dire "Madame le ministre" ou, pour ma mère, de se décrire comme "directeur des Ressources Humaines".

L’identification de ce problème ne date pas d’hier. Hubertine Auclert demandait ainsi en 1898 si, pour faire pendant à l’Académie Française, "une élite féminine ne pourrait pas [...] constituer une Assemblée pour féminiser les mots de notre langue, rectifier et compléter le dictionnaire, faire enfin que le genre masculin ne soit plus regardé, dans la grammaire, comme le genre le plus noble. [...] L’omission du féminin dans le dictionnaire contribue, plus qu’on ne croit, à l’omission du féminin dans le code (côté des droits)" (Le Radical, 18 avril 1898).

Le lien entre invisibilisation (ou "omission") du féminin dans la langue et dans la société paraît évident. En revanche, aucune féministe ne prétend que modifier la langue permettrait, de manière quasi-magique, de faire évoluer la société. Ce serait une position aussi naïve que l’argument ô combien de fois entendu: "il faut d’abord faire évoluer la société, la langue suivra d’elle-même". La plupart des gens refusant que l’on "touche" à la langue ne sont pas d’immondes misogynes; leur problème, c’est que l’on révèle le politique dans leur langue, qu’on lui retire son enrobage "naturel" et qu’on mette en évidence l’idéologie qui y est à l’oeuvre.

Il faut donc féminiser la langue, c’est-à-dire mettre fin à l’invisibilité du féminin. Pour cela, plusieurs solutions sont possibles. Personne n’a jamais été forcé de les utiliser; au contraire, tout au plus les instances de pouvoir formulent-elles des "recommandations" ou des "directives" pour la féminisation de la langue, avec l’efficacité que l’on sait. En voici quelques-unes, telles que j’essaie de les appliquer dans la vie de tous les jours. Je parlerai ensuite d’une solution qui permet de dépasser le binarisme masculin/féminin.

Des solutions en pratique

- Féminisation des noms de métiers et des titres: en voilà une qui ne devrait pas poser de problème, d’autant qu’il existe nombre de directives et rapports sur le sujet; pourtant les réticences restent très importantes. Rien n’empêche apparemment d’utiliser un article féminin avec le terme épicène "ministre", ou de parler de "directrice des Ressources Humaines", le terme "directrice" étant attesté depuis très longtemps. J’essaie donc de féminiser un maximum ces noms. Parfois cela pose problème: on ne sait pas très bien s’il faut dire "auteure" ou "autrice". Le premier a ma préférence parce qu’il ne crée aucune différence à l’oral et la transformation est minime à l’écrit; le second est étymologiquement plus correct mais peu entendu et vous vous exposez donc à des commentaires. Les arguments contre la féminisation des noms de métiers sont bien faibles (si l’on excepte le neutre, que j’ai déjà évoqué): on vous dira que "c’est moche", que "ça fait mal à l’oreille", que c’est étrange. On vous dira certainement que ce n’est pas dans le dictionnaire; le terme n’y entrera pas tant qu’il ne sera pas rentré dans l’usage… L’argument le plus utile que j’aie entendu contre le terme "écrivaine" était que "ça rime avec vaine". Et "écrivain" rime avec… L’absence de familiarité est le principal motif de ces arguments. Mais ce n’est pas parce qu’un mot est rare ou vous paraît laid qu’il ne faut pas l’utiliser; sinon, vous pouvez aussi refuser de parler de cucurbitacées, ça vous regarde.

- A l’écrit, au lieu d’employer le masculin universel, on peut aussi inclure délibérément le féminin dans le terme ou dans la phrase. Prenons l’exemple d’un email envoyé à un groupe d’ami·e·s: la solution "normale" serait de commencer en disant quelque chose comme "chers amis". Vous pouvez aussi employer une conjonction ou une virgule: "chères amies, chers amis" (avec le masculin en premier ça marche aussi, mais il faut bien varier un peu…). Il existe également plusieurs procédés permettant d’inclure féminin et masculin dans la graphie (l’écriture) d’un mot. Illustration avec le mot "ami":

    les parenthèses: les ami(e)s
    les tirets: les ami-e-s
    les points médians: les ami·e·s
    les majuscules: les amiEs
    la barre oblique: les ami/e/s.

L’impression créée par ces procédés peut varier. La parenthèse est à mon avis à éviter: mettre le féminin en évidence, ce n’est pas le mettre entre parenthèses… Les tirets fonctionnent de manière équivalente mais me semblent moins problématiques. La barre oblique est souvent lourde, surtout pour les mots au pluriel, mais elle reste la solution la plus claire pour des formes comme "instituteur/trice". Les points médians sont de loin, quand ils sont possibles, ma solution préférée, car ils n’interrompent presque pas la lecture. Les majuscules peuvent poser un problème de compréhension pour une personnes non initiée (la première fois que j’ai rencontré cette graphie, j’ai cru qu’il s’agissait d’insister sur le fait qu’il ne s’agissait que de femmes).

Ces graphies peuvent paraître lourdes mais au moins elles évitent d’écrire le mot deux fois. Elles constituent de plus une prise de position claire, ce qui n’est pas pour me déplaire.

- Les pronoms de 3ème personne peuvent aussi poser problème. Avec des pronoms démonstratifs, on peut facilement utiliser un "et": "celles et ceux". C’est beaucoup plus difficile avec des pronoms personnels: il et elle, ils et elles…

- Il reste évidemment la possibilité (assez rare malheureusement) d’employer des noms et adjectifs épicènes (ne distinguant pas le masculin et le féminin), comme enfant, collègue, artiste, brave, magnifique… Ne reste plus qu’à féminiser le déterminant, si besoin est. C’est cette solution qui est recommandée par le gouvernement québécois

Problèmes rencontrés

Tout ce que je décris peut paraître difficile à faire, mais croyez-moi, ça devient une habitude. A partir du moment où l’on prend conscience du fonctionnement du masculin universel, ça devient même une nécessité.

Comme je l’ai écrit plus haut, certaines solutions et certaines formes peuvent poser problème. De manière générale, il me semble que la lourdeur est un sacrifice acceptable pour le but recherché, mais si elle peut être évitée c’est évidemment toujours mieux (par les points médians ou "et" notamment). Il faut de plus faire attention à être systématique. J’ai récemment lu un tweet commençant par "tous les manifestant-e-s": bel effort, mais il aurait fallu aller jusqu’au bout et écrire "tou-te-s". S’arrêter à mi-chemin n’a pas grand-sens.

Je rencontre aussi des problèmes dans ma pratique de l’enseignement du français à des étudiant·e·s britanniques. Maintenant que je suis tellement sensibilisée à la question, j’ai énormément de mal à employer le masculin universel en m’adressant à elles et eux (<-) ou dans les documents que je leur donne. Je dois cependant garder à l'esprit qu'on attend qu'ils et elles emploient les formes communément admises; de plus, je ne veux pas leur rendre l'apprentissage du français encore plus compliqué qu'il ne l'est déjà… Je m'arrange donc pour commencer mes mails par "chères étudiantes, chers étudiants" (ou encore mieux, "bonjour"), et pour employer des formes épicènes ou facilement féminisables ("Vous êtes français-e et vous écrivez au journal Bidule…").

Dépasser le binarisme?

Ces pratiques posent également un problème d’ordre théorique, dans la mesure où elles reconduisent voire renforcent le caractère binaire et contraignant du genre. Cela peut poser problème à tout un chacun, mais en particulier aux personnes trans*, à celles qui ne s’identifient pas à un genre déterminé, à celles qui conçoivent le genre comme un spectre plutôt que comme une alternative, etc. Ce n’est pas mon cas mais je regrette tout de même le caractère rigide de l’alternative masculin / féminin.

Depuis plusieurs années se développent de nouvelles morphologies (linguistiques) et graphies permettant de relâcher un peu ce carcan. C’est surtout le cas avec les pronoms de 3ème personne. On pourrait qualifier ces nouvelles formes de neutralisantes: elles ne sont pas neutres mais leur intérêt réside dans le processus de perturbation du genre. C’est le cas des pronoms personnels ille (au lieu de il et elle), illes, elleux (elles et eux), ou encore du démonstratif celleux. Certaines formes ne sont cependant reconnaissables qu’à l’écrit (ille et illes).

Je n’ai commencé à les employer que très récemment et je le fais très rarement, avec des personnes que cela ne risque pas trop de surprendre. J’y trouve de nombreux avantages: elles sont plus fluides et économiques, pourrait-on dire, que les procédés décrits plus haut; elles évitent, comme je l’ai dit, le binarisme du genre: elles le perturbent par la coalescence du masculin et du féminin au lieu de présenter une alternative. Surtout, j’ai été surprise par leur effet libérateur à l’écriture.

Les inconvénients me semblent négligeables. On pourrait objecter que ces formes peuvent poser des problèmes de compréhension; à l’écrit, cependant, il ne faut guère de temps pour comprendre ce dont il est question quand on rencontre une de ces formes pour la première fois, et on s’y habitue vite.

Plus encore que les procédés de féminisation, la neutralisation représente une prise de position qui n’est pas forcément facile à assumer dans tous les milieux. C’est sûrement l’inconvénient majeur. Mais, de même que les graphies féminisantes se répandent hors des milieux militants, peut-être que celles-ci n’y resteront pas cantonnées.

Cet article ne se veut pas du tout exhaustif. N’hésitez pas à le compléter en commentaire avec vos propres pratiques d’écriture!

AC Husson
Pour me contacter via Twitter: https://twitter.com/A_C_Husson

Quelques références:
Donzel, Marie, "Chèfe d’entreprise, vous trouvez ça laid?", blog Ladies and Gentlemen, 15 décembre 2012.
Houdebine, Anne-Marie (éd.), La féminisation des noms de métiers. En français et dans d’autres langues, L’Harmattan, 1998.
Michard, Claire, Le sexe en linguistique. Sémantique ou zoologie?, L’Harmattan, 2001.
Paveau, Marie-Anne, 2002, "La féminisation des noms de métiers: résistances sociales et solutions linguistiques", Le français aujourd’hui, 2002/1, en ligne: http://www.cairn.info/revue-le-francais-aujourd-hui-2002-1-page-121.htm.
Yaguello, Marina, Les mots et les femmes, Payot, 1978.
Yaguello, Marina, Le Sexe des mots, Seuil, 1995.
Wittig, Monique, "La Marque du genre", La Pensée Straight, Amsterdam, 2007, p. 103-111.

+ En pratique:
Sur le site de l’Office québécois de la langue française, une "webographie sur la féminisation et la rédaction épicène;
sur Rebellyon, "Pourquoi et comment féminiser ses textes?"

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164 réflexions sur “Féminisation de la langue: quelques réflexions théoriques et pratiques

  1. Merci, tellement merci pour cet article !!!

    Pour les pronoms neutres, au lieu d’ille, j’emploie généralement "eile", car ça a l’avantage d’être très proche et de "elle" et "il" à la fois, facile à prononcer (eïle) et ça *s’entend* à l’oral. Je trouve que c’est important aussi

    Du coup en anglais j’utilise "ey-em-eir" (même base que they-them-their), même si je sais que hir or zie sont plus couramment utilisés. Je trouve ceux ci encore trop proche de her/him, autant sortir du binaire et être le plus neutre possible, vu que c’est beaucoup plus facile en anglais – là où de toute façon, la langue française tout entière repose sur cette binarité -_-

  2. Bonjour,
    Merci pour cet article très intéressant, cependant j’ai le sentiment que la partie sur le dépassement du binarisme est un peu légère.
    En effet, les exemples présentés sont un mélange de masculin et de féminin. Cela convient a priori bien pour les personnes intersexuelles, mais quid des autres personnes non-binaires (troisième genre, agenrées…) ? Il est vrai que la langue française est particulièrement hostile à une neutralisation (accord de tous les adjectifs et participes passés selon le genre, grande diversité des accords au féminin, absence d’un genre neutre) mais ce n’est pas pour autant qu’il faut invisibiliser ce problème et/ou partir du principe qu’il est impossible d’arriver à un tel idéal.
    Je ne suis pas une spécialiste de la langue (et je n’ai pas prétention à énoncer de grandes vérités sur le féminisme, surtout sur des sujets qui ne me concernent pas directement) mais il me semble qu’il est capital pour le féminisme de se préoccuper de ces questions, notamment parce que la discrimination genrée ne s’exerce pas seulement sur les femmes mais également sur toutes les personnes non-binaires.
    Comme je le disais, je ne suis pas une spécialiste de ces questions, j’espère donc que mon commentaire est à peu près compréhensible, j’ai un peu du mal à formuler mes idées ^^’

  3. Yop !
    Personnellement, j’aime bien utiliser "ielle" (et "ielles"), mais je ne pense pas que beaucoup de personnes y aient recours.

    Il existe aussi d’autres techniques :
    – la féminisation systématique : tout mettre au féminin, d’office (parler d’étudiante, de professeure, par exemple). Personnellement je trouve ça intéressant surtout lorsqu’on veut mettre en évidence des rapports de domination cachés par la langue. Ce n’est pas ma technique préférée cependant.
    – la féminisation de proximité : concernant les adjectifs. Par exemple, au lieu de dire "les camions et les voitures sont neufs", dire "les camions et les voitures sont neuves". Ca a l’avantage d’être plus agréable à entendre. Le principe c’est donc d’accorder l’adjectif en fonction du nom le plus proche.

  4. Merci pour cet article.
    Il y a peu encore, j’aurais été sceptique. J’ai en effet (trop ?) longtemps considéré que le "masculin neutre" ne posait pas de problèmes, mais à force de voir la question soulevée, j’ai fini par me rendre compte que rendre les textes qui s’adressent à tous et toutes, réellement destinés à toutes et tous, ne demandait pas un gros effort, et que les bénéfices qui en découlaient en valaient largement la peine !
    Je tente cependant de privilégier l’utilisation du "et" ou des "/", car pour moi les majuscules et les tirets restent assez pénibles, dans le sens où je trouve qu’ils "cassent" la lecture et donnent des résultats assez peu prononçables (et quitte à changer nos habitudes grammaticales, autant le faire d’une façon qui soit applicable tant à l’écrit qu’à l’oral).

  5. Un article très intéressant sur un sujet qui, visiblement, ne laisse personne indifférent! J’utilise couramment "auteure" ou "directrice". Et quand je m’adresse à un groupe où les femmes l’emportent sur les hommes, je dis "toutes et tous". J’ai envie de rester "souple" vis à vis de ces pratiques. Quand je peux "féminiser", je le fais. Si c’est impossible, eh bien tant pis!

  6. Bonjour,
    Une amie vient de m’envoyer votre lien suite à ma présentation de "la vainqueur" le 16 décembre à La Chapelle à Toulouse. Je travaille très précisément, en science de l’information et de la communication, sur le sujet que vous traitez.
    Je souhaitais donc vous proposer ma solution qui est d’écrire au féminin d’abord puis d’introduire le point médian que j’appelle "point d’altérité" entre la terminaison masculine et féminine car, morphologiquement le masculin est inclus dans le féminin. Toujours dans les participes et très souvent dans les noms.
    Je souhaitais également vous rappeler que e et s sont des marques grammaticales et n’ont donc pas à être séparées par un autre point.
    Quant aux pronoms sujets, le fait de commencer là aussi par le féminin permet de trouver plus facilement la suite sans contrevenir à l’usage déjà existant de la langue, elles et eux s’en trouvent bien mieux. Elle et lui aussi d’ailleurs !
    Et enfin, je m’étonne de votre impression de compliquer l’enseignement par votre pratique. C’est au contraire une façon de mieux faire comprendre notre système de langue qui fonctionne avec les deux genres, les deux se retrouvant aux deux pôles: pôle arbitraire (celui de la langue) pôle motivé (celui du discours). Et c’est celui-ci qui fait que l’usage fait loi. La loi a changé dans le rapport sociétal entre les femmes et les hommes. Il est donc juste que nous ne prenions plus en compte ce masculin généralisateur ou qui l’emporte, car c’est un archaïsme contre-productif. Il est sans doute nécessaire de le faire connaître juste pour permettre la compréhension de la lecture mais, finalement, qu’en sait-on si les gens qui n’emploient que le masculin veulent inclure le féminin. Nous ne sommes pas dans leur tête. Parfois, je crois bien qu’elles et eux ne le savent même pas!
    Et puisque vous enseignez également le français langue étrangère, présenter cette pratique permet de ne pas trahir l’anglais. Donc bienvenue au contraire…
    Je continuerai volontiers là-dessus, mais le temps d’un prochain rendez-vous arrive pour moi.
    Bonne continuation en tout cas et vous pouvez me joindre personnellement aussi pour l’histoire de la revue par exemple car je n’ai pas encore commenté la chose ni donné les dernières nouvelles dans mon blog.

  7. 1. Vous confondez le sexe et le genre en grammaire, que pourtant vous vous évertuez à distinguer dans les choses de la vie courante. C’est bien le masculin qui l’importe, non le mâle : "les pianos et les harpes sont accordés." Est-ce là la marque d’un sexisme instrumental?

    2. Vous confondez les égalités entre sexes comprises comme parité et comme imparité, autrement dit vous associez l’égalité au concept d’équivalence alors qu’on pourrait peut-être l’envisager comme complémentarité. La biologie ne s’invente pas, elle s’observe : la femme enfante, elle allaite, son biorythme est cyclique. Son cerveau sécrète oestrogène et progestérone, celui de l’homme se concentre sur la production de testostérone. Tout cela indique des indices en faveur de la complémentarité. En revanche, d’où sort le dogme de l’équivalence?

    3. Plus généralement, sur la question du genre en lui-même, je trouve grossière l’extrapolation des différences entre l’inné et l’acquis. Puisque certaines distinction genrées sont des constructions sociales, le seraient-elles toutes? Un peu de formalisme mathématique pour reformuler toutes vos phrases montre rapidement leur incohérence.

    4. Je suis gêné à chaque fois que je vous lis suspectant — non, accusant — de haine ceux qui ne pensent pas comme vous. Il y a bien quelques nuances, mais qui reviennent à dire : "mais en fait, ceux-là veulent bien faire donc ils pensent comme nous, donc on les tolère."

    5. Je suis aussi contrit de vous faire remarquer que votre agrégation ne constitue en aucune manière un argument d’autorité : elle est seulement la marque de la reconnaissance d’un jury qui pense tout comme vous! Qui suis-je pour le dire? Quelqu’un de bien placé pour le savoir…

    J’aurais dû commencer par cet avertissement, pour m’assurer d’être lu sans être cataloguer comme le facho-myso de service : mon bébé garçon a une couverture rose, j’ai renoncé à ma carrière pour permettre à ma femme d’exercer son métier, c’est moi qui m’occupe du bébé et je fais la vaisselle.

    Cela dit, j’admire votre énergie. Mais enfin, vous éradiquez des dogmes pour en ériger de nouveaux…

    • Chèr·e individu,
      Plusieurs choses m’ont interpellée dans votre commentaire, mais je me concentrerai sur une seule qui m’a littéralement fait bondir et crier.
      Il est facile de supposer que vous êtes novice en termes de féminisme et je vais partir de ce principe pour vous excuser, mais sachez que le concept de "complémentarité" est extrêmement dangereux. J’entend bien qu’il renvoie à des différences biologiques des individus nés de sexe féminin ou nés de sexe masculin. Cependant, le féminisme tel que je l’entends (et je sais que je partage cette vision des chose) consiste en un combat pour une société où le sexe biologique ne rentre pas en jeu dans la vie de la personne, et donc deux personnes de sexe – et de genre également dans l’idéal – peuvent vivre des vies identiques sans que le sexe – genre – n’ait aucun impact là dedans. L’égalité, donc.
      La complémentarité n’est pas compatible avec l’égalité. Elle suppose qu’un sexe a besoin de l’autre et vice versa, justement parce qu’ils ont chacun des caractéristiques que l’autre n’a pas. C’est l’origine des théories de la virilité et de la féminité, et donc la raison pour laquelle une personne d’un sexe/genre donné n’aura accès qu’à un mode de vie qui est vu comme répondant aux caractéristiques de son sexe/genre.
      (je sais que sexe et genre ne sont pas interchangeables, mais de telles situations peuvent se rencontrer autant en raison du sexe qu’en raison du genre de la personne).

      Pour information, le parti islamiste Tunisien Ennahda souhaitait supprimer la notion d’égalité entre les hommes et les femmes de la constitution pour la remplacer par la notion de complémentarité, justement parce que ce terme est compatible avec leur vision conservatrice de la société où la femme n’est pas l’égal de l’homme car sa mission est différente.
      C’est pourquoi je dis que ce terme est extrêmement dangereux, et à bannir de votre discours si vous ne souhaitez pas perde crédibilité. La complémentarité postule l’inégalité.

  8. Reblogged this on and commented:
    Voici un excellent article qui résume bien la problématique du genre en français et les possibilités actuelles pour «mettre fin à l’invisibilisation du féminin dans la langue comme dans la société.»

  9. Le neutre se confondant avec le masculin en français, pourquoi ne pas envisager que tous ces masculins litigieux sont en réalité des neutres ? (Il y a cependant sans doute un réel travail à faire pour sur les pronoms pour les transgenres, mais n’est-ce pas plutôt à eux/elles de le faire ?

    Par ailleurs, notre langue est déjà tellement compliquée que peut-être un journaliste (professionnel) sur dix seulement l’écrit sans faute sur la Toile — et je ne parle même pas des « amateurs ». Faut-il leur compliquer encore plus la vie ?

  10. J’ai manqué encore une critique, mais qui dérive de la remarque que je faisais des implications biologiques : comment justifie-t-on le refus d’un genre binaire? Sur quoi s’appuie-t-on, autrement que sur l’idéologie, pour proposer ce dogme nouveau (un "spectre des genres") au lieu de l’ancien (une alternative)? Je cherche, je cherche , mais ne trouve aucun autre fondement que l’intime conviction d’une militante courageuse et engagée. L’article est intéressant pour ses propositions grammaticales, mais je ne comprends pas ce qui le motive, parce que je ne comprends pas au nom de quoi il faut renoncer à la complémentarité entre hommes et femmes et lui substituer une interchangeabilité surréaliste.

    Encore une fois, les chromosomes ne connaissent que l’alternative (sauf à de très rares exceptions), et à partir de là, l’hypothalamus ne parvient pas à échapper au mode binaire : testostérone OU oestrogène-progestérone (et la LH, la FSH…). Mais c’est le sexe, me répondra-t-on! Oui, mais qu’est-ce qui permet de créer ex nihilo le genre comme comportement sans rapport avec ce sexe? La nature de l’hormone produite influence de facto le comportement : l’homme est plus "fort" (si, si), c’est un fait (qui ne le rend pas supérieur pour autant), il semble donc cohérent pour lui d’adopter une attitude en rapport avec cette force, et réciproquement, et de même pour les autres effets hormonaux (la femme allaite, son cycle de sommeil est modifié pendant la phase d’allaitement, contrairement à celui de l’homme, etc.)

    Vraiment, si l’on appelle dogme l’idée que le genre correspond au sexe, il faut expliquer en quoi la contestation de cette idée n’est pas un autre dogme.

    • Bonjour,

      Ce qui me semble problématique dans votre argument sur la complémentarité de l’homme et de la femme est que vous transférez un constat biologique dans un environnement sociétal.

      Qu’au niveau biologique, c’est-à-dire au niveau de la reproduction sexuée, mâles et femelles de l’espèce humaine soient complémentaires, c’est un fait, qui se retrouve au sein de toutes les espèces vivantes effectuant une reproduction sexuée. Il faut un gamète mâle et un gamète femelle pour produire une cellule-œuf.

      Mais le problème est qu’à partir de cette observation biologique, vous extrapolez une vérité sociétale: puisque mâles et femelles sont complémentaires au niveau biologique, alors hommes et femmes le sont aussi forcément au niveau sociétal.

      Cette complémentarité entre hommes et femmes est inexistante: quel que soit notre propre fonctionnement hormonal interne (qui n’est pas aussi binaire que vous le pensez: les hommes produisent une petite quantité d’œstrogènes et les femmes produisent une petite quantité de testostérones, ces deux hormones jouant d’autres rôles que celui de la régulation sexuelle), celui-ci ne peut en rien influer sur la fonction, le rôle, le métier ou la place dans la société d’un individu. Citer moi une seule fonction, un seul rôle, un seul métier ou une seule place dans la société que l’appartenance à un sexe puisse légitimement empêcher.

      "La nature de l’hormone produite influence de facto le comportement" ?
      Ce qui me frappe c’est qu’il s’agit là du même argument que celui qui est utilisé pour "justifier" ou "expliquer" une bonne partie des viols et agressions sexuelles commises par des hommes: ceux-ci seraient "prisonniers" de leurs hormones, biologiquement conduits à une frustration sexuelle très intense due à cette production de testostérone et qu’il leur faudrait assouvir coûte que coûte, alors que les femmes elles, ne produiraient que des œstrogènes et seraient donc moi sujette à une quelconque envie sexuelle.
      Au final, une femme aussi peut avoir des envies sexuelles, une frustration intense, simplement, elle est conditionnée, entraînée depuis toujours à réprimer ces envies alors que l’homme lui est incité à les exprimer. Cette difféence reste malgré tout très présent aujourd’hui encore (un homme qui passe de femme en femme chaque soir est un Don Juan, un dragueur. Une femme qui passe d’homme en homme est une salope.) Il y a donc plus d’agressions sexuelles par des hommes sur des femmes parce que en tant que société, nous expliquons et comprenons ces agressions (donc nous les justifions de facto), pas pour une quelconque raison biologique.

      Ce petit exemple montre qu’il faut prendre garde à justifier des différences sociétales, comportementales, genrées, par des arguments biologiques. Contrairement à ce que vous dites l’homme n’est pas plus fort. Les mâles de l’espèce humaine auront plus de facilité à développer une musculature ou une carrure plus massive que les femelles de l’espèce humaine. Mais cela ne rend pas "l’homme" plus fort que la femme. Tout simplement parce que la réalité biologique de chaque individu emmerde les probabilités de l’espèce. Qu’une femme pourra au final se révéler bien plus grande, costaude ou musclée, donc forte, qu’un homme. Simplement, nous avons pris l’habitude de dévaloriser cela car ça ne correspondait pas aux rôles que nous avions attribué à chacun.

      C’est le même argument, la prétendue force de l’homme, qui a été utilisé pendant tout un temps pour justifier l’absence des femmes dans les compétitions sportives. Quand on a finalement dû admettre que les femmes étaient tout aussi capables que les hommes de faire du sport, l’argument a été repris, cette fois pour justifier la séparation des deux sexes dans des associations sportives différentes. Les femmes étant "naturellement" moins fortes que les hommes, il fallait les protéger de ce déséquilibre et les traiter à part, comme les êtres plus faibles qu’elles seraient naturellement
      Personnellement je suis joueur dans un club de Quidditch Moldu (une adaptation au monde réel du jeu inventé par J.K.Rowlig dans l’univers de Harry Potter). Le jeu est très bourrin, très physique et pourtant, les règles de la fédération internationale imposent la présence dans chaque équipe des deux sexes (deux joueurs masculins minimum si l’équipe est à majorité féminine, et inversement). Et au final, il n’y a pas plus de blessures chez les filles que chez les garçons. Et je me retrouve très souvent à être le joueur sur le terrain le plus malingre et léger, alors que je suis un homme.

      La complémentarité biologique naturelle entre mâles et femelles ne correspond à aucun complémentarité sociétale "naturelle" entre hommes et femmes. C’est en ça que l’idée que le genre (donc le rôle social, les codes comportementaux, les qualités attribuées) corresponde au sexe est un dogme. Parce que ça ne repose sur rien si ce n’est l’habitude. la réalité de l’expérience nous impose donc de combattre ce dogme, de le contester. Voilà en quoi il ne s’agit pas d’un nouveau dogme.

      J’espère avoir été suffisamment clair pour être compréhensible das mon propos. Et désolé par avance pour les fautes (autant sur d’autres blogs je m’en fous, autant là, sur le blog d’une agrégée de Lettres Modernes la pression est plus forte :p )

      • Juste MERCI pour ce commentaire, vous synthétisez à merveille des choses que j’ai souvent du mal à argumenter/expliquer : je vais en prendre de la graine :)

  11. Merci énormément pour cet article ! Je suis professeur de FLE en formation et j’ai commencé à me poser ces questions à mesure que mes vues sur le féminisme et le sexisme ont évoluées et je me trouvais un peu sans ressources, ou aide à la réflexion, pour ne plus perpétuer les notions patriarcales à travers le monde à travers le français.

    Un grand merci donc pour cet article qui me donne des pistes ! :D

  12. Bonjour,

    Je vous remercie pour votre article, et les (hélas trop rares) solutions que vous proposez pour sortir de ce masculin universel. J’apporte modestement ma petite pierre historique (dont vous avez probablement déjà eu échos) :
    En 1791, Olympe de Gouge écrivit une "déclaration des droits de la femme et de la citoyenne" afin de leur donner une existence. Sans quoi, les droits ne s’appliquaient qu’aux hommes (et la brève société des citoyennes révolutionnaire fondée en 1793, première société féministe, s’est battue pour que les femmes aient le droit de se servir de fusil).
    Sans transition, je remarque mieux, grâce mon correcteur orthographique, la suprématie du masculin sur le féminin dans le langage : il y a à peu près 2 mots genrés masculins sur 3 dans nos textes.
    Enfin, je m’interroge sur le mot neutre "on" qui, si j’en crois de façon empirique ses consonances, vient de "l’on", puis de "l’homme" in fine. Mot qui n’est donc pas si neutre…

    Je vous souhaites une bonne continuation dans votre thèse.

  13. Un grand merci pour ce texte! J’ai commencé à me poser des questions sur les usages possibles de pronoms neutres en français – déjà en vigueur en anglais dans certaines communautés – et vos réflexions sont très utiles. J’utilise toujours des formes incluant le féminin et je vais probablement donner une chance aux points médians à l’avenir, c’est vrai que c’est plus agréable à l’oeil.

  14. Merci pour cet article, ça fait un bien fou à lire.
    Pour celles et ceux qui le souhaitent, il existe une pétition en ligne pour demander la réintroduction dans la grammaire de la règle de proximité pour les accords : http://www.petitions24.net/regleproximite

    Pour ajouter à la réflexion, je suis toujours étonnée de voir que nous avons presque toutes et tous des réticences à féminiser les fonctions mais que quand il s’agit de masculiniser des fonctions traditionnellement féminines, tout le monde s’en félicite et s’efforce de trouver rapidement des solutions : sage-femme / maïeuticien, femme de ménage / technicien de surface… On remarquera au passage que les termes utilisés au masculin sont souvent "revalorisés" (pour éviter que les hommes ne se sentent diminués ?).

  15. Pingback: Démonstration du sexisme dans le logiciel libre | Machisme Haute Fréquence

  16. Merci pour cet article.
    Pour ma part, bien que bénéficiant de privilèges masculins (mais pas tous, faut pas déconner, je suis un pédé…), je suis très favorable à la "féminisation" des textes. Mais j’avoue que ça me pose des difficultés lorsque je reprends des textes féminisés (genre "chômeur.euse.s" ou "certainEs" etc.) pour la radio. Reste alors à dire "certaines et certains" ou "chômeuses" et "chômeurs" ou, version plus difficile lorsqu’on s’adresse à toustes sur une radio "chômeureuses" (enfin quoi, la condition de chômeur/se n’est pas toujours heureuse…). J’aime bien aussi l’idée de neutralisation, le terme "personne" est assez chouette pour ça ("personne au chômage", "certaines personnes") Bref, j’ai pas encore trouver de solution alors si jamais vous avez des conseils…
    Merci.
    Lu’

    • Les différents groupes de mots (voir la dernière page de ce travail d’Edwige Khaznadar intitulé Sexisme et grammaires scolaires : http://www.langue-fr.net/IMG/pdf/khaznadar2-2013.pdf) ne facilitent pas la chose.
      Il semble effectivement nécessaire de former une troisième forme à tous les noms afin de pouvoir parler aussi bien qu’écrire la langue que nous appelons de nos voeux.
      Pour le couple chômeur/chômeuse (qui fait donc partie des "vrais divergents") accolé ne fonctionne pas… dans notre société actuelle mais dans l’absolu chômeureuse n’est pas impossible (ni à l’oral ni à l’imaginaire) et pourrait même être (et a déjà été pour moi) désirable (voir la dernière émission d’@rrêt sur images consacrée au Revenu de base et où – donc – la question de la souffrance au chômage est évoquée : http://www.arretsurimages.net/emissions/2014-01-03/Revenu-de-base-On-sacrifie-notre-bonheur-sur-l-autel-de-l-emploi-id6379).
      mais puisque ce cas précis vous pose problème pourquoi, plutôt que d’accoler les deux flexions -eur·euse·s –> -eureuses, ne pas accoler à la flexion masculine au pluriel la flexion féminine (-euses) voire la seule partie qui change sur la flexion féminine à savoir le ‘se’ (à la pace du ‘r’. Cela donnerait chomeurseuses (ou chomeurzeuses si on veut marquer cette flexion d’une lettre peu usité) ou chomeurses (ou chomeurzes).
      Il me semble que cela passe très bien à l’oral. Vous me direz…

    • effectivement, le problème n’est pas tant l’écrit (et son esthétique parfois discutable) que l’oral, et surtout la lecture à voix haute.

  17. Merci pour cet article, je suis très séduite par votre proposition de neutralisation. En effet, cela répond à quelque chose qui me chagrinait depuis quelque temps.
    Admettons que je signe un courrier "Directrice des études". Cela explicite le fait que je sois une femme. Or, le fait d’être une femme ou un homme n’a rien à voir avec le travail de direction. En tant que directeur-trice, mon sexe devrait être complètement indifférent.
    Ou encore, cela m’énerve beaucoup de devoir cocher systématiquement Mr ou Mme dans les formulaires. Par exemple, pour m’inscrire aux listes électorales, j’ai dû préciser mon sexe. Qu’est-ce que cela a à voir avec mon rôle d’électeur-trice "?
    Le genre ne devrait exister que pour ce qui relève de la seule et unique différence entre hommes et femmes : leur sexe. Et encore, pourquoi se fatiguer pour si peu ?
    Je rêve de la suppression du genre ! Un fantasme (comme le disait un commentaire précédent) ? Au contraire, croyons-y et militons (sans extrémisme). Cela ne pourrait que faire avancer les choses. La neutralisation me semble être un très bon début.

  18. Merci pour cet article, je fais partie de ces personnes qui ont du mal à accepter une autre grammaire/orthographe, mais cela m’aide à dépasser mes réticences. De plus, il est agréable de lire un article dit "féministe" aussi subtilement écrit. Beaucoup de blogs de ce genre sont un peu "trop" engagés, trop dans la démarche de convaincre le lecteur (vous voyez j’ai du mal à adopter une certaine neutralité), voire de le forcer à adhérer à telle ou telle opinion.
    Bref, comme dit précédemment, j’ai du mal à employer d’autres termes que ceux appris auparavant, mais j’avais lu un article intéressant il y a un ou deux ans à propos de la majorité. C’est à dire employer le masculin lorsque la majorité d’une audition est composée d’hommes et le féminin dans le cas inverse (par exemple, étant étudiante en orthophonie et cette profession étant fortement féminine, la plupart du temps c’est au féminin que l’on s’adresse à/ que l’on parle de nous, qu’il y ait des hommes ou non). Aussi, cet article (si seulement je pouvais retrouver les références…) disait qu’il serait préférable d’accorder une énumération avec le genre du dernier mot évoqué. Par exemple dans "le ciel et l’eau étaient claires". Le dernier mot est féminin, donc l’adjectif s’accorde avec celui-ci.
    Cela peut paraître étrange au début mais au fond ça ne choque pas tant que ça et je trouverais ça plutôt logique !

    • Pour ce qui est du fait de chercher à "convaincre", si l’on en croit les dictionnaires, il s’agit d’une démarche logicienne, rationnelle alors que quand l’on souhaite "persuader" là tous les moyens sont bons. Il ne me semble donc (connecteur logique :p) pas critiquable de chercher à raisonner avec qui que ce soit (s’iel est consentantḙs bien sûr).

      Pour ce qui est du l’accord à la majorité, pourquoi pas, mais le problème reste entier lorsque l’on parle de groupe dont la constitution est inconnue… Etant donné qu’il y a plus de femmes vivantes que d’hommes l’accord au féminin pourrait dans ces cas être le choix par défaut… Pratiquons et voyons.

      • J’ai volontairement utilisé le terme "convaincre" car en effet, la plupart du temps ce sont des arguments rationnels qui sont employés et cela peut paraître un peu brutal pour autrui. Il me semble que si la définition de convaincre est bien "qui s’adresse à la raison", pour moi persuader signifierait plutôt "qui s’adresse aux sentiments", donc une manière plus subtile de rallier la personne à sa cause. Bref, ce que je voulais dire c’est que beaucoup de féministes sont presque agressifs/ves, or ce n’est pas le cas ici et c’est d’autant plus agréable.
        Autrement, c’est certain que l’emploi de la majorité n’est pas une solution que l’ont peut toujours employer, mais cela reste intéressant dans la mesure du possible !

  19. Pingback: La feuille Charbinoise » Bric à blog passablement givré

  20. Bonjour
    J’aurais juste une petite question concernant la féminisation de la société sous ses attributs les plus variés, en l’occurrence le langage.
    Cette démarche s’inscrit-elle dans un processus planifié ? J’entends par planification, la détermination de différents objectifs quantitatifs et qualitatifs s’inscrivant dans la concrétisation d’un projet global.
    J’ai bien conscience que ma formulation est assez aride et alambiquée mais j’emploie volontairement un champ lexical technique.
    Je peux formuler autrement la préoccupation qui sous-tend mon énoncé : " Avez-vous défini le cadre global et les grands lignes du projet social auquel vous aspirez ?
    En effet ma principale critique face aux féminismes actuels, est que l’on ne propose ,que très rarement une définition, même rudimentaire du nouveau modèle social auquel doit mener les différents actions entreprises.
    J’espère être clair.
    Merci

    • Bonjour,
      Je me permets de répondre pour émettre mon point de vue à ce propos. D’abord il n’est pas question pour moi d’une féminisation de la société puisque la société elle-même est aussi féminine que masculine sauf dans les pays où les foetus femelles sont tués avant de naître. En revanche, la reconnaissance des individus des deux sexes au même titre est un préalable pour construire en effet une nouvelle société qui sortirait du viriarcat et des valeurs de destruction qu’il véhicule: que ce soit par l’épuisement de la planète sous la pression du conditionnement marchand ou par la mutilation des compétences de ces membres sous la pression d’un conditionnement éducatif délétère. D’une manière générale, c’est en effet penser la coopération et non la compétition.
      La langue française, grâce aux piliers du féminin et du masculin qui la soutiennent au même titre, peut être l’outil symbolique de cette réconciliation de l’être avec le faire.

      • Nicole
        Je me permet de vous appeler par votre prénom.
        Votre point de vue est très intéressant et je ne peux qu’être d’accord avec les valeurs que vous y défendez. Par contre, je trouve, que vous avez clairement supplanté la problématique féministe en évoquant les véritables défis auxquels nous sommes confrontés dans un monde capitaliste ultralibéral et globalisé. Je ne dit pas que le féminisme perd de fait en pertinence mais plutôt qu’il retrouve ainsi sa véritable attribution et place dans le processus global. En ceci, je trouve que votre dernière phrase est d’une justesse parfaite.
        Bref, votre message me fait réellement plaisir et j’espère que beaucoup de personnes ont votre lucidité et votre pondération.
        Maxime

  21. Je trouve que de faire une distinction entre les deux sexes, à la fois chez l’individu, puis dans le langage, est considérablement cassant.

    En effet, il manque un troisième genre, indépendant du masculin et du féminin, mais les incluant tous les deux simultanément. Ce concept inclue tous les degrés du genre, car je crois que la question du genre se rapporte à la nuance identitaire d’une personne : nous comportons tous une part masculine (protectrice) et une part féminine (créatrice et nourrisseuse) en nous, d’où la nuance. Nous portons ces deux aspects à la fois biologiquement et psychiquement, pourtant, la majorité de nos caractères et de nos attributs physiques/psychologiques sont communs à et indépendants de ces genres, et un genre est égal à l’autre : les genres s’équilibrent, car les genres sont différents et tout aussi nécessaires l’un que l’autre.

    De plus, le langue française fut créée et est parlée par des individus. Suffit de choisir de changer un élément au sein de cette langue, et ce changement sera valide, car nous sommes l’origine et le corps de la langue. C’est plus important que ce changement soit individuel plutôt qu’inscrit dans un groupe, car c’est essentiel que chacun se respecte dans sa manière de s’exprimer : de fait, si un individu utilise un mot qui est cohérent à sa personne, mais qui est inconnu par l’autre être, ce mot peut être expliqué, ainsi l’autre humain le comprend et accepte son altérité, son sens, adhère ce mot à son propre langage si le mot convient à sa personne ou si l’individu le veut, tout en continuant de se rapprocher d’un langage qui est le plus cohérent possible avec son identité. Une situation où des individus sont discriminés par leur langue natale est donc inacceptable, et suppose une distorsion profonde de l’image de soi-même apprise par l’individu au sein de sa société. Nous avons le pouvoir de nous libérer, et de nous débarrasser de coutumes qui ne nous servent plus, nous sommes le corps de la langue, et son sens, nous sommes donc son changement, si nous choisissons de l’être.

    • Bonjour Estelle,
      Je suis d’accord avec vous pour dire que nous avons toutes et tous une part féminine et une part masculine en nous puisque nous sommes conçu•es à partir d’un ovule et d’un spermatozoïde. Mais je ne vous suis absolument pas quand vous qualifiez la part féminine de « créatrice et nourricière » et la part masculine de « protectrice ». Ce sont des constructions idéologiques totalement contestables. Pour qui le masculin serait protecteur ? Protecteur contre quoi ? Protecteur contre qui ? Contre lui-même ? Le masculin n’est pas plus protecteur que le féminin.
      Quant au féminin, dire qu’il est créateur et nourricier, c’est ne voir en la femme qu’une mère et c’est ne voir que la femme à l’origine de la naissance. Or les hommes sont aussi responsables de la vie que les femmes. Et c’est une réalité qu’il est nécessaire d’avoir à l’esprit et d’enseigner aux enfants.
      Ce sont des clichés qui nous pourrissent l’existence en restreignant les sexes à des rôles, empêchant par la même occasion l’épanouissement des individus.
      Ce qui est « cassant » comme vous dites n’est à mon sens non pas qu’il n’y ait que deux genres en français mais que l’on en considère un supérieur à l’autre.
      Il est regrettable que depuis les années 70 où l’on a pris conscience de l’élaboration des inégalités de genre dans notre société de consommation, la critique qui en a été faite n’ait pas servi à la détruire mais, au contraire, à cristalliser encore plus ces distinctions de genre, à les renforcer au lieu de les éradiquer. Et je me demande même si justement cela n’a pas été plus fort encore dans les sociétés dont la langue restreignait son sexisme au vocabulaire, comme un commentaire l’a dit précédemment.
      Encore une fois la langue française avec ses deux genres pourrait nous rappeler à la simplicité de base dont le binarisme est nécessaire pour créer le ternaire.
      C’est vrai que la langue dépend des individus qui la parlent mais c’est vrai aussi qu’elle sert à la compréhension. Il est donc nécessaire de se mettre d’accord le plus largement possible, nécessaire donc de développer des arguments. Et si l’on souhaite que les faits s’accordent à nos discours d’égalité, nous serons obligé•es d’en passer par l’éradication d’un masculin soi-disant englobant, qui n’a jamais rien englobé du tout et n’a jamais été neutre (le neutre, ne uter, veut dire ni l’un ni l’autre) et qu’une doxa doctrinale fait passer pour « universel ». Le masculin a sa place au côté du féminin. Et pour l’instant, l’urgence n’est pas tant de créer à tout prix des mots qui diraient le genre commun mais de faire exister tous les féminins de la langue qui piaffent d’impatience et qui craignent pour leur survie. Faire plus court. Oui, je sais c’est la tendance ! Faire plus cher aussi. Et pourquoi ne pas aller dans le sens opposé, celui qui prend son temps, le temps de la réflexion et le temps de l’information.
      Je crois savoir aussi que l’orthographe n’est pas vraiment enseignée parce que les enseignant•es eux et elles-mêmes ne sont pas sûr•es dans leur connaissance. C’est donc sans doute le moment pour mettre à plat les inconséquences de la vieille règle du masculin qui l’emporte en faisant la distinction entre la règle de proximité que j’appellerai « règle d’usage » plutôt valable à l’oral, la règle d’économie qui peut maintenir le masculin pour les noms non animés et la règle de l’accord double pour les êtres humains, y compris au singulier pour le je et le tu qui permettrait aux enfants intersexué•es de se dire dans leur identité intersexuée justement, de permettre également aux enfants qui le souhaitent d’utiliser pour eux ou elles-mêmes cette forme. Ce sera le moment aussi de faire découvrir que le féminin oralisé est la référence pour connaître les consonnes de l’écrit qui marquent le masculin et ne se prononcent pas par exemple.
      La distinction entre l’oral et l’écrit doit se faire aussi. L’écrit fait force de loi. Il est donc nécessaire qu’il soit le plus complet possible. Hugo Chavez nous a montré la voie avec la constitution du Venezuela où tous les mots désignant des fonctions et des individus sont écrits au féminin et au masculin. Qu’importe la longueur. Je préfère mesurer plus et avoir ma tête qu’être décapitée pour l’économie d’un mot. Olympe de Gouges est avec moi derrière mon clavier.
      Quant à l‘oral, si l’on s’adresse à une foule, il est évident que toutes les catégories d’individus doivent être nommées, en commençant de préférence par les plus nombreuses, sauf si l’on veut justement mettre l’accent sur une participation féminine trop souvent absente des grands débats. Si l’on est en petit comité, il est facile de se faire comprendre et de demander à son tour des précisions.
      Mais encore faut-il avoir été aimée beaucoup sans doute et estimée chèrement par ses parents pour être fière de son identité sexuée et la porter comme un étendard pour la libération du genre humain!
      Et merci à l’initiatrice de ce blog!

  22. Pingback: Les grands hommes | Le mauvais genre

  23. A reblogué ceci sur L'Antre du Dragon à Plumeset a ajouté:
    Voici un article très intéressant sur lequel je suis tombée via http://laracinedesmots.wordpress.com. J’avoue ne m’intéresser que de loin à la problématique de la dominance du masculin dans la langue française, mais l’auteure de ce billet expose un point de vue clair et argumenté sur la question, ainsi que des pistes concrètes et plutôt simples pour tenter d’y remédier. Cela me fait beaucoup réfléchir. Qu’en pensez-vous ?

  24. J’ai tenté de lire tous les commentaires et d’autres articles de ce blog pour voir d’où venait cette réflexion et les réactions ci-dessous.

    L’expression toute faite "le masculin l’emporte sur le féminin" fait partie de ces expressions dont j’ai horreur, et ce depuis l’école primaire. Les enseignants (et les enseignantes !) que j’ai connus ont d’ailleurs souligné cette injustice. Sans pour autant enseigner autre chose, certes.

    Si je suis pour la féminisation des noms de métier, je ne sais pas si l’orthographe devrait être changée pour autant à chaque fois. (J’ignore volontairement les termes du dictionnaire, je voudrais insister sur ce que j’entends dire.) "Une chef de service" est ce qu’il me semble entendre mais l’orthographe "chèfe" ne me plaît guère, tout comme une "professeure" semble étrange à voir et à entendre mais "une prof" passe sans problème. La "doctoresse" me semble communément admis. Et que faire des professions historiquement "féminines" ? Je n’ai jamais relevé autour de moi des gens parler des "sage-hommes", mais plutôt "d’homme sage-femmes".

    Je suis d’accord que le terme "homme" dans le sens "(être) humain" est injuste, et que dire que les "(êtres) humains naissent libres et égaux en droits" paraît plus juste, même à l’oreille (enfin, rien de choquant de mon côté).

    Mais est-ce que ça change grand chose ? Est-ce que dire "les (êtres) humains et les (êtres) humaines naissent…" est vraiment mieux ? Dans tous les cas, la langue française est composée de mots MASCULINS et FÉMININS, parfois selon le sexe de la personne (une fille, une sœur/un fils, un frère) parfois de façon "aléatoire" (une orange n’est pas plus féminine qu’un citron n’est masculin dans leur rapport au monde, même si je me doute que cela provient de mutations de la langue). Pourquoi une personne mais un quidam ? Devrait-on aussi parler d'"un person" par équité si par personne on entend "quelqu’un de sexe masculin" ou bien ne serait-ce que pour rimer avec Gaston ?

    Quant aux pronoms, je ne sais quoi en penser.
    Oui, la langue française a deux niveaux : langue orale et langue écrite. Deux grammaires distinctes, qui rend la langue écrite assez difficile à manier. Je ne sais pas si un jour cet abîme entre les deux langues se réduira.
    Mais justement, ce qui pose problème en français, ce sont les accords. Et s’il n’y avait pas de féminin, il n’y aurait pas de problème. Le féminin ne rend-il pas la langue plus compliquée ? Est-ce que ce n’est pas là la force de la langue pour rendre le féminin dans la langue bien visible ? Parce que même s’il s’agit du féminin grammatical, il reste visible dans la langue dans le sens "par rapport aux femmes". J’ai l’impression que séparer les mots "féminins/masculins" relatifs à un sexe (un médecin/une infirmière) et ceux où le genre semble aléatoire (une volaille/un œuf) reviendrait à créer un genre (neutre, je suppose, qui nous débarrasserait du féminin ?).

    Je pense à l’anglais, où "them" ne porte pas la trace du genre. Je pense au japonais où "je" peut être féminin extrêmement poli/féminin "normal"/féminin "familier" ou encore masculin poli/etc, avec de nombreuses autres nuances, mais l’essentiel est que le locuteur se place par rapport à son interlocuteur pour parler de soi, tandis que paradoxalement les pronoms de la 3ème personne n’existe pas vraiment ("cette personne"/"cette fille"/"ce garçon"/"professeur(e)"/"chef"…). Deux langues bien différentes qui ne permettent pas de rendre compte de la variété des pronoms français de la 3ème personne par exemple.
    Et pourtant, l’anglais permet d’être évasif. "Quelqu’un" est repris par "them" donc on ne sait pas s’il s’agit d’une femme ou d’un homme, tandis qu’en français il faut tromper son interlocuteur avec "il" si on veut cacher qu’il s’agissait d’une "elle". Chaque langue a donc ses avantages et ses points faibles.

    Mais toutes les propositions citées pour recréer des pronoms me semblent sonner faux. Peut-on vraiment intégrer de nouvelles formes écrites sans que personne ne les emploie à l’oral ? Doit-on participer à ce gouffre qui sépare la langue écrite ("instruite") de la langue orale (soit "instruite", soit "vulgaire") ?
    L’usage (oral) n’est-il pas censé modifier l’écrit et non l’inverse ? Aussi faudrait-il qu’il y ait un consensus implicite dans la façon de parler des gens. Je ne dis pas que la langue ne doit pas changer, elle change inexorablement.
    Mais de toute façon, pour changer l’écrit des prochaines générations, ne faut-il pas qu’il s’agisse d’un projet politique qui transparaîtrait dans l’éducation nationale ?

    Le fait de souligner aux élèves le caractère sexiste du masculin sur le féminin dans la langue et le fait de changer la façon de parler des métiers au féminins ne sont-ils pas suffisants en soi ?
    Il m’a toujours semblé que les changements profonds de la langue venaient naturellement et mettaient une éternité à être reconnus par les institutions, mais je me trompe peut-être.

    • Pourquoi le féminin poserait-il problème ? Pourquoi n’est-ce pas plutôt le masculin qui pose problème dans son souci de vouloir imposer la prééminence de son sexe?
      La langue française inclut dans sa forme féminine la forme masculine à l’écrit et fait entendre à l’oral la lettre muette du masculin.
      Que chaque langue soit différente est un gage de diversité des échanges et des cultures mais quand c’est un sexe qui s’impose partout dans le monde économique, il faut peut-être se poser des questions. Au point où j’en suis de mon travail de recherche, je réalise que la langue française quand elle a commencé à prendre le pas sur le latin dans la littérature était portée par des femmes et finalement était plutôt gynolecte. Mais la création de l’académie dont les femmes ont été exclues a remis en vigueur cette croyance masculine de la dignité de leur sexe et a éradiqué l’accord de proximité jusque là observé pour imposer celui du masculin. Si l’on s’était contenté de ne manifester cet accord que pour les non-animés, le mal n’aurait pas été grand mais c’est cette imposition qui s’est appliquée sur les noms désignant des femmes qui la rend monstrueuse. Au point qu’aujourd’hui, il se trouve en effet des gens gentils qui, naïvement, pensent le féminin comme un problème. Or, moi qui suis femme et aussi fière de ma langue que de mon identité sexuée, je refuse d’être réduite à une carpette sur laquelle on s’essuie les pieds. Je souhaite également que la langue française retrouve sa vigueur que le féminin lui avait octroyée et que ses utilisatrices autant que ses utilisateurs sont en train d’éliminer.
      Le genre commun a été réclamé par Nicolas Beauzée. Osons aujourd’hui le porter. Mais le genre commun ne doit pas avoir l’apparence du seul féminin ou du seul masculin. Il doit, comme l’académie française, exprimer la parité. Et elle est où la parité dans l’Académie? Ceci explique cela. Qu’il y ait autant de femmes que d’hommes à porter ce vert uniforme et la langue française enfin aura des chances d’évoluer à nouveau et d’arrêter le sinistre chemin qu’on lui fait prendre en éradiquant le féminin de toutes les professions autre que celles de service. Mais pour cela, il faudrait quasiment doubler les membres académicien·es.

      • L’Académie française n’a aucunement envie de voir la langue française évoluer, parité ou non… C’est d’ailleurs choquant qu’elle puisse encore affirmer "dire, ne pas dire" sans prendre en compte les changements de la langue orale et sans se rendre compte qu’elle ne reflète en rien les emplois que les gens font de ce vocabulaire "à ne pas dire". Qu’elle veuille mettre en avant une langue française et polie, soit littéraire qu’on aimerait chérir par fierté et nostalgie, certes, mais qu’elle ne prétende pas modifier le parler; qu’elle se cantonne à l’écriture et non au "dire" !

    • Bonjour,
      petite remarque tardive concernant les "métiers féminins", ils s’accordent très volontiers dans beaucoup de cas : infirmier, instituteur…
      On peut cependant constater une très nette sophistication quand il s’agit de passer certaines professions au masculin : technicien de surface vs femme de ménage, steward vs hôtesse de l’air etc

      Quant au terme sage-femme, il ne réfère pas à celle ou celui qui exerce ce métier, mais à celle sur qui on l’exerce : la femme enceinte. Sage-femme = "sage à propos de la femme qu’on accouche" :)

      • A propos de "sage-femme" j’ai essayé de comprendre d’où pouvait venir votre interprétation pour le moins saugrenue et je réalise que l’Encyclopédie universalis qui présente Socrate comme fils d’une sage-femme précise que celles-ci sont des femmes qui ne sont plus en âge d’enfanter mais ont déjà accouché. On peut donc imaginer en effet que, si c’est un apprentissage qui se transmettait, c’était aussi une expérience qui se vivait. Le savoir (sagesse) vient donc des autres et de soi-même, ce que Socrate a su judicieusement transposer au niveau des idées.
        J’imagine aussi que la confusion vient d’autre part de l’anglais midwife que l’on peut traduire littéralement par demi-épouse. Ce qui laisse quelque peu rêveureuses en effet! et rend délicat que la profession soit tenue par un homme en Angleterre, du moins avec la désignation de midwife. Alors qu’en français nous n’avons aucun problème pour dire un "sage-femme", nous en aurions sans doute si nous devions dire un "demi-épouse"!
        N’oublions pas qu’en français, même si ce fut conseillé par Victor Hugo, c’est tout de même une hérésie d’appeler l’épouse ou la compagne d’un homme "sa femme".
        En occitan en revanche c’est bien ce qui se passe mais c’est que le mari est appelé l’homme.
        Il n’y a pas d’autre traduction de "mari".

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  28. Bonjour, je lis en choux marin ce nécessaire et précieux blog depuis des années, et j’me jète à l’eau sur ce sujet où j’ai envie de faire part d’un ptit témoignage qui pourrait aider à faire avancer la question. (quitte à honteusement déterrer ce sujet qui dormais tranquillement depuis décembre dernier, je m’en excuse)
    Dans les commentaires et suggestions complémentaires qui sont apportées, toutes intéressantes et utiles, je remarque surtout que ce qui semble le plus problématique dans notre langue, outre l’absence de neutre, le masculin faussement neutre et la construction genrée du français, c’est finalement l’accord des adjectifs caractérisant un groupe de personne comprenant tous genres et sexes. (avec ces nombreuses alternatives de points, de tirets, de slashs et autres agrégats)
    Et je m’attarde donc sur ce point particulier car j’ai entre autres marottes (dont quelques militantismes) celle d’apprécier et "étudier" (en pure amateurisme hein) la langue Lakota (le sioux quoi). Et donc cette "problématique" (qui ne l’est peut-être que pour moi en fait) m’a un peu sauté au yeux pour cette raison-là : en lakota, il n’existe pas d’adjectifs et encore moins d’accords du type de ceux de notre langue ; il y a en lieu et place ce qui est appelé des "verbes d’états" ainsi que des "noms adjectifs".
    Ainsi par exemple, j’ai appelé mon 2ème chat "Ziša" (zicha) ce qui signifie "être orange" (to be orange, c’est un dico anglais/lakota que j’ai comme petite bible de chevet ^^)
    Je sais que ça rejoint un peu l’attente de trouver des termes communément admis pour suggérer tous les genres et sexes dans le panel d’adjectifs dont l’accord change orthographe et plus encore la diction.

    Une autre anecdote, plus proche de moi encore. Je suis végane militant. Je suis donc végétalien (et homme du coup, ça se voit ici), et quand il s’agit d’écrire ce choix de vie, plutôt que me cacher derrière soin terme anglais, j’ai choisit de le franciser, et plus encore de lui préférer une "consonance" féminine, non pas pour appuyer le lieu commun que la cause animal n’intéresse que des névrosées hystériques, mais parce que du coup ça en fait un adjectif épicène.

    PS concernant le terme "sage femme" : il n’existe pas de terme "sage homme" (même si il pourrait pour les andrologues), pour la simple raison que ce terme désigne une fonction et non la personne qui le porte. Sage signifie ici "qui a la connaissance", la "sagesse" de… et femme, des "femmes" justement. Donc "sage femme" se réfère au fait de "connaitre les femmes" et donc avoir légitimité quant à leur porter assistance lors d’accouchement. Voilà pourquoi, hommes ou femmes, cis ou pas, ielles sont toujours des "sage femmes". Maintenant, faut-il changer ce terme, je n’en sais rien. Si oui, on pourra toujours lui préférer son équivalent "maïeuticien", lequel est facilement accordé au féminin. :D

    PS2 : finalement les commentaires auront été constructifs et respectueux, à part une personne, tout aussi respectueuse, mais manifestement perdue entre traditions culturelles et justifications essentialistes et biologiques. ^^

  29. Bonjour AC Husson,

    Je suis une lectrice gourmande de Genre! et j’avais lu votre article dès sa publication avec beaucoup d’intérêt. Entrepreneuse, je me sers de vos conseils au maximum pour mes supports de communication, par exemple sur le site de mon application.

    Mais voilà, pour les supports de communication, c’est pas trop difficile, mais pour l’interface de mon application je galère beaucoup plus ! Pour des questions d’ergonomie, de place, la tâche est difficile…

    C’est pourquoi j’aurais voulu savoir si vous accepteriez de m’aider / de me conseiller de temps en temps dans cette tâche. Dans une application, le gros du champs lexical est mis en place au début, puis de temps en temps au grès des mises à jours, quelques éléments de langages doivent être ajoutés.

    Peut-être qu’une ou deux séances pour amorcer le travail suffirait ?

    S’il vous plait envoyez-moi un email, ne serait-ce que pour me dire si ça n’est pas possible ou si vous connaissez d’autres personnes susceptible de m’aider…

    Merci d’avance,

    Margot

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  35. " "Personne" a aussi l’avantage de nécessiter la féminisation de tout ce qui s’y rapporte… j’aime bien ça :D "

    Pourquoi ne pas pousser votre logique de neutralité jusqu’au bout et dans le cas où vous utilisez "personne" détailler les adjectifs qui s’y rapportent? Par ex: "Les personnes convié-e-s". Ridicule n’est ce pas? Voilà ce que je me dis chaque fois que je croise cette forme "éclatée" en "-e-s".

    C’est là qu’on voit la limite de la volonté de "féminiser" la langue: in fine l’objectif n’est pas d’établir la neutralité (qui existait de facto avec le "masculin neutre") mais bien d’imposer le féminin systématiquement. En quelque sorte une revanche sur le masculin?
    Cette vision bipolaire systématique est navrante. Lorsqu’on en vient à analyser une situation en fonction du sexe des personnes présentes plutôt que des idées, des personnalités, etc. il y a un véritable souci.

    Posez-vous des questions, le monde ne se divise pas en blanc et noir, en féminin et masculin :/

  36. Ce commentaire est affligeant, et vous confondez visiblement accord grammatical et accord référentiel. Il ne s’agit pas de féminiser l’accord avec des mots masculins, mais de féminiser les mots eux-mêmes, et, par ailleurs, d’en masculiniser d’autres. Les carcans représentationnels des noms de métiers non-féminisés valent pour les noms de métiers non-masculinisés. Le véritable souci est de ne pas comprendre qu’il ne s’agit pas de focaliser l’attention sur le sexe (d’ailleurs, merci pour la belle indifférenciation sexe/genre/genre grammatical), mais au contraire sur une prédominance du masculin, qui emporte avec lui la référence à l’être humain mâle.
    Si vous lisez attentivement le texte d’AC, vous constaterez que le féminin n’est pas systématisé, mais utilisé uniquement lorsqu’il est pertinent, c’est-à-dire dans le cadre de la dénomination de la personne.

    D’ailleurs, il s’agit plutôt de rééquilibrer la langue que de la neutraliser, puisque neutralisation impliquerait dépassement complet du genre grammatical (ce qui serait la meilleure solution, mais relève du fantasme).

    Enfin, est-il bien nécessaire d’employer cette langue du mépris, commentant une réflexion véritable par un exemple non-pertinent et une remarque encore moins pertinente à base de "ridicule, n’est-ce pas ?" ?

  37. "Cette vision bipolaire systématique est navrante. Lorsqu’on en vient à analyser une situation en fonction du sexe des personnes présentes plutôt que des idées, des personnalités, etc. il y a un véritable souci."

    ça tombe bien Mat, c’est précisément ce que dénonce le féminisme ! Au boulot, dans les foyers, à l’assemblée nationale, dans la publicité, au cinéma, dans les jeux-vidéos, etc
    Sois le bienvenu ! :D

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