H. ch. F. hétérosexuelle, fécondable, souriante et aimant le rouge. S’adresser au service scientifique.

J’ai déjà évoqué, il y a quelques mois, les rapports entre études de genre et sciences exactes et plus précisément, la manière dont les neurosciences traitent les différences sexuelles (c’est-à-dire en partant généralement de ce présupposé, justement, de la différence, qu’il s’agit d’étayer, de confirmer et de perpétuer). D’ailleurs, si vous ne le connaissez pas encore, je vous conseille d’aller faire un tour sur antisexisme.wordpress.com, un blog qui se donne pour objectif de « combattre le sexisme par la science ».

Le numéro de février du magazine Sciences et avenir, que j’évoquais dans ma dernière revue de presse, présente tout un dossier intitulé « Homme – Femme: La science face aux idées reçues ».

Ce dossier s’interroge sur le « piège infernal » de la différence sexuelle envisagée du point de vue des sciences exactes, et sur l’effort des scientifiques pour produire « une description raisonnée de la nature, de mettre toutes ses objets dans des boîtes, avec des étiquettes clairement identifiables », au détriment des sujets de leur individualité irréductible. (Je cite l’éditorial de Dominique Leglu). Le dossier est vraiment bien fait, je vous le conseille.

Cette question du « neurosexisme », ou plus largement de la manière dont la science interroge et interprète les différences (sexuées ou genrées, selon le point de vue que l’on adopte) suscite de plus en plus de travaux de vulgarisation, comme Cerveau rose, cerveau bleu. Les neurones ont-ils un sexe? de Lise Eliot et l’excellent Delusions of Gender de Cordelia Fine, malheureusement pas (encore?) traduit en français.

Un autre type de travaux scientifiques (ou se prétendant tels) concernant les hommes et les femmes a récemment attiré mon attention. Plus précisément, ces travaux semblent concerner les relations entre hommes et femmes. Je dis « semblent », car quatre exemples récents ont en commun une caractéristique frappante: ils décrivent l’effet qu’ont les femmes sur la libido des hommes. Jamais le contraire.

1) Le premier exemple vient d’un article qui n’est malheureusement plus disponible en ligne, à moins que vous soyez abonné.e au Monde.fr; il est intitulé « Les femmes rendent-elles les hommes stupides? » (noter la subtilité du titre, en accord avec celle de l’étude). Cet article semble avoir été copié sur ce forum, mais je ne peux pas assurer qu’il s’agisse de la version exacte. Un bref extrait:

Des études de psychologie ont montré que les messieurs hétérosexuels réussissaient moins bien des tests cognitifs après avoir discuté avec une dame qu’avant. L’inverse n’est pas vrai.

2) Le second article qui a attiré mon attention est un compte-rendu du même journaliste, Pierre Barthélémy, qui tient le blog « Passeur de sciences ». Le titre est, là aussi, aguicheur: « Mesdames, votre fertilité rend les hommes éloquents ». La question à l’origine de l’étude dont il est question est la suivante:

et si les hommes en quête de partenaire devenaient plus éloquents ou changeaient leur manière de parler en fonction de la fécondabilité de leur « cible » ?

Et maintenant le protocole, tenez-vous bien: on confronte des hommes (testés à leur insu) à des femmes « ne prenant pas la pilule et donc susceptibles d’être fertilisées à un moment de leur cycle menstruel ». Je n’entre pas dans les détails, mais le résultat montrerait (de façon peu probante cependant) que les hommes seraient capable de repérer les femmes « fertilisables » et ajusteraient leur comportement et leur manière de s’exprimer en fonction de ce critère.

On retrouve dans ces deux études l’idée que le comportement des hommes serait guidé non seulement par leurs hormones, mais par le désir de se reproduire.

3) Troisième exemple, où l’on retrouve la tendance des auteurs de compte-rendus scientifiques aux titres pour le moins provocants: « Pourquoi les femmes vêtues de rouge excitent les hommes ». Où l’on apprend notamment que les femmes en rouge sont jugées plus réceptives sexuellement.

4) Quatrième et dernier exemple, trouvé par hasard alors que je faisais des recherches pour ce billet: « Bien interpréter un sourire féminin ». A nouveau, le point de vue est masculin, et il s’agit d’étudier l’effet que produisent les femmes sur les hommes, et ses implications sexuelles (… ou pas). Où l’on apprend cette fois que « les hommes cherchant une aventure rapide sont plus enclins que les autres à surestimer l’attirance des femmes pour eux ». (« Ben alors, mademoiselle, t’es pas très souriante dis donc! »)

A quand une étude sur l’effet produit sur les femmes par les hommes pas très souriants, portant du rose et en recherche de partenaire sexuelle? Et à quand une étude sur le désir dans les relations homosexuelles?

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4 réflexions sur “H. ch. F. hétérosexuelle, fécondable, souriante et aimant le rouge. S’adresser au service scientifique.

    • Tu devrais, je l’ai trouvé extraordinaire, et drôle en plus. Par contre tu risques d’avoir envie de bouffer ton ordinateur ou le bouquin après ça, en bonne blogueuse féministe que tu es 😉

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  1. Merci pour cet article vraiment pertinent. Le concept de neurosexisme me parait très efficace pour remettre en cause la prétendue « neutralité des sciences dures (par oppositions aux sciences humaines). Je découvre ton blog et ai bien l’intention de revenir vu la richesse de tes articles.
    Trompes de Fallope

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