EVJF : Le patriarcat loin d’être enterré

L’article de cette semaine est écrit par Gaëlle Thébaud, membre du collectif d’Egal à Egales (dont vous pouvez visiter le blog et la page facebook).

Il est illustré par Janine, auteure de l’excellent blog BD Poil à fille. C’est sa première illustration sur Genre!, nous collaborerons dorénavant de manière régulière. Elle a déjà illustré un de mes articles, paru cette semaine sur le webzine britannique Vagenda et portant sur l’abrogation de la loi sur le harcèlement sexuel.

A partir de mars, les habitants des villes qui baguenaudent le samedi après-midi ne peuvent échapper aux hordes de jeunes futur-es marié-es qui se baladent en grappe, déguisés en princesse ou en super-héros et qui, à grands renforts de chansons paillardes ou de cris perçants, enterrent leur vie de célibataire. Et le font savoir. Je parle évidemment de cette coutume un peu singulière de l’enterrement de vie de garçon ou de vie de jeune fille (EVJF). Lors de cette fête rituelle qui précède de quelques semaines son mariage, la future mariée est déguisée, emmenée en ville un samedi après-midi par ses amies (l’activité est strictement non-mixte) et devant celles-ci, qui lui ont organisé la surprise, elle doit se soumettre à des gages dont le degré de décence est variable.

Le côté démonstratif de cette future conjugalité exhibée lors d’une déambulation bruyante peut, au premier abord, agacer la féministe anti-mariage et anti-sexiste. Toutefois on est quand même amené à s’interroger sur les origines et les raisons de ces mises en scène.

Ces groupes de filles qui se promènent dans les rues en short panthère sont-elles des enfants des slut walks, des amazones de la réappropriation du domaine public ou bien les artisanes de la reproduction d’une société sexiste et traditionnaliste ?

Les enterrements de vie de jeunes filles sont relativement récents, ils datent des années 70, contrairement aux ripailles prénuptiales des hommes. Ces dernières servaient symboliquement à fêter une dernière fois sa liberté d’homme volage avant de se passer « la corde au cou ». Les femmes étaient bien entendu exclues de ces festivités pour la bonne raison qu’elles étaient censées arriver vierges au mariage et passer de la coupe du père à la coupe du mari sans passer par la case batifolage. De fait, elles n’avaient rien à enterrer !

Depuis l’émancipation des femmes et la libération sexuelle, les femmes ont désormais, elles aussi, quelque chose à enterrer. Elles ont une vie sexuelle, la montrent, la clament, la revendiquent. L’enterrement de vie de jeune fille est donc à la fois la revendication de la légitimité du vagabondage sexuel féminin et l’abandon de ce même vagabondage. On peut citer Martine Segalen, l’une des sociologues (assez peu nombreuses) ayant écrit sur le sujet dans un article intitulé « L’invention d’une nouvelle séquence rituelle de mariage » qui dit :

Le sens profond de l’EDVJF semble indéniablement lié aux transformations sociales, économiques, culturelles qui entourent la femme dans les sociétés contemporaines : l’accès aux études supérieures, l’accès à la contraception, la valorisation du sentiment amoureux, le nécessaire essai de relations sexuelles comme premier pas vers le couple ont permis aux jeunes filles de devenir des personnages libres, assumant leur sexualité. Quelle qu’en soit la forme, l’enterrement de vie de jeune fille, homologue de celui de garçon, est véritablement le produit de ces changements de mœurs : cette séquence était inconnue des mères des jeunes filles qui se marient aujourd’hui. Elle marque qu’à l’égal du jeune homme, la jeune fille va renoncer à son vagabondage amoureux : en se mariant, on se promet fidélité au nom de la loi, ce qui est le gage sexuel de la légitimité de la filiation.

Lors de ces enterrements, en groupes non-mixtes, les futur-es marié-es vont donc être soumis-es à un certain nombre de gages à forte composante sexuelle, destinés à montrer sa future conjugalité autant qu’à dire au revoir à sa liberté. Les filles seront prises en charge par les copines, déguisées, emmenées dans la ville et devront se plier à des épreuves.

Quand ce ne sont pas les cadeaux, ce sont les gages qui se rapportent à la sexualité : Muriel passera dans un sex-shop, chantera « Annie aime les sucettes » dans un bar tabac pour obtenir une sucrerie, puis embrassera l’équivalent de deux tonnes de garçons – ses amies ont apporté un pèse-personne pour l’occasion. Comme la consommation d’alcool, les femmes semblent se rapprocher des standards masculins en matière de sexualité, elles sont invitées par leurs consœurs à afficher une sexualité désinhibée.
Anne Monjaret et Catherine Pujault, « Enterrements de célibat, mariage et ordre familial : quand le mort saisit le vif ».

Il suffit d’ailleurs de jeter un œil à l’un des nombreux sites consacrés à la préparation des enterrements de vie de célibataire comme, par exemple, l’évocateur cordocou.com pour s’en rendre compte.

La tradition n’a pas cours qu’en France, elle a lieu dans de nombreux pays. « Bachelorette party » aux Etats-unis, « bridal shower party » au Canada, « möhippa » en Suède ou très osée « hen night » (nuit des poules) anglaise : les futures épouses rivalisent d’imagination quand il s’agit de renoncer à leur célibat.

Ces EVJF sont donc une appropriation par les femmes de l’espace public : en groupes non-mixtes, elles arborent des tenues provocantes, se jouent des hommes, revendiquent leur sexualité et leur liberté. En cela, c’est bel et bien la marque d’une émancipation féminine. Cependant, sous des dehors de subversivité, cette fête n’est absolument pas revendicative. Au contraire, elle est même traditionaliste, sexiste, hétéro-centrée, normative et ancrée dans la société de consommation.

Traditionaliste car il ne faut pas oublier que l’EVJF précède… le mariage. Or, le code civil français impose encore la fidélité comme règle de vie conjugale. Les jeunes filles qui « enterrent leur vie » mettent d’ailleurs en scène l’abandon de leur faculté de choix de partenaire et disent à la société qu’elles rentrent dans le rang, qu’elles deviennent fidèles à leur mari. Ce faisant, elles abandonnent également une part de leur individualité, entrant dans le rôle de « la femme de ». On ne peut pas dire qu’on soit dans un progressisme forcené ! D’autre part, comme le notent Anne Monjaret et Catherine Pujault dans l’article cité plus haut, « la mise en scène de l’hypersexualité rassure métaphoriquement sur l’existence d’une sexualité ordinaire et, aussi, sur la potentialité de fertilité et donc de reproduction des conjoints lorsqu’ils n’ont pas encore d’enfants ». Car il ne faut pas oublier que le mariage reste dans bien des esprits le lieu de la reproduction. La future épouse deviendra inévitablement une mère. La fête célèbre donc cette future et incontournable maternité de la femme. La tradition dans certaines régions de l’Ouest de la France est d’ailleurs d’enterrer lors de la fête (pour de vrai cette fois) un cercueil miniature contenant une bouteille de qui sera exhumée lors de la naissance du premier enfant.

Ensuite, on ne peut que constater l’extrême hétéro-normativité de cette tradition : tant que le mariage n’est ouvert qu’aux personnes de sexes opposés, aucun couple homosexuel ne pourra y accéder et donc enterrer sa vie de célibataire, condamné-es qu’elles ou ils sont à le rester. Une discussion avec vos ami-es vivant avec des personnes de même sexe confirmera d’ailleurs que cette tradition n’existe pas en mode pré-Pacs. Mais c’est sans doute que le Pacs n’est pas une institution dans laquelle les partenaires se jurent fidélité, ni destinée à réguler la procréation.
L’EVJF est également un rituel très sexiste. Les filles sont déguisées en princesses ou en prostituées, au choix, et les garçons en super-héros. Les gages sont ultra-genrés, les activités également. J’ai eu l’effroyable surprise de découvrir, en surfant sur internet pour préparer cet article, des sites proposant des packages clé en main. Sur le site crazy-evjf.com, par exemple, on trouve des week-ends à 229€ avec des super activités de filles à faire : des massages, du Spa, des cours de pole dance, de la plongée avec des dauphins et un incontournable show de strip-tease masculin. Pour les garçons, plein d’activités de garçons : du paintball, du kart, des combats de catch de filles dans la boue, un tour en limousine et un incontournable strip-tease féminin.

Au-delà de ces nauséeux clichés, on reste songeur devant le business que représentent ces festivités pré-nuptiales. Outre les sites ci-dessus, j’ai trouvé plus d’une dizaine de sites fournissant en vrac : des déguisements, des cadeaux, des diplômes, des cartes d’invitation etc… La société de consommation a bien su tirer parti de cette « émancipation féminine ».

En conclusion, si les femmes, lors de ces enterrements, occupent temporairement l’espace public, y revendiquant la libre disposition de leur corps et la liberté de leur sexualité, il semble que c’est pour mieux les abandonner en embrassant par le mariage l’ordre patriarcal établi. Le patriarcat n’en finit pas de renaitre de ses cendres, se nourrissant, c’est un comble, de l’émancipation des femmes pour mieux perdurer.

Gaëlle Thébaud

Publicités

12 réflexions sur “EVJF : Le patriarcat loin d’être enterré

  1. Merci pour cet article intéressant qui pointe une problématique peu abordée sous cet angle. Cependant je voudrais tempérer un peu le propos. Pour ma part j’ai assisté à plusieurs EVJF (y compris au mien !), dont aucun ne correspondait à la description un peu caricaturale qui en est faite. Pour prendre l’exemple du mien, mes amies m’ont donné comme costume une blouse de labo avec une photo de mon (à l’époque futur) mari et moi (je venais de finir ma thèse), puis pour la soirée un t-shirt avec la même photo. Pas vraiment princesse ni pute. On a fait quelques jeux débiles (mais pas spécialement sexués) au Champ de Mars, ensuite on est allées danser toute la nuit, le lendemain on a pris un brunch puis on est allées au hammam. Je ne suis pas une grande fan des EVJF en général (tous les jeux et gages un peu neuneus, sans être forcément sexistes), mais j’ai passé un bon moment et je n’ai pas l’impression d’avoir trahi la cause féministe. Je précise en outre qu’aucune de mes amies n’est spécialement sensibilisée ou militante anti sexisme ou féministe. Mon mari a eu sa propre version, pas spécialement orientée sexe non plus, plutôt beuverie (après je n’y étais pas je me fais peut-être des illusions ^^)… J’ai vu aussi des EVG ou des EVJF mixtes, où on invite plutôt tou-te-s les ami-e-s de la ou du futur-e marié-e.
    Par ailleurs quand un copain homo s’est pacsé, c’est tout naturellement qu’il a eu droit à son EVG comme les autres.
    Je ne dis pas que mes exemples sont super représentatifs et généralisables ou que ce qui est décrit dans l’article n’existe pas, juste j’apporte un peu de nuance.

    Enfin pour aller plus loin je ne vois pas vraiment en quoi le mariage, sans être parfait, est en soi sexiste pour les hétéros (je suis pour l’extension aux homos). Au contraire, il me semble que dans une société où les femmes gagnent en moyenne moins que les hommes, travaillent moins, ont moins de retraites etc c’est un mécanisme redistributeur puisque le régime par défaut assure que les revenus du couple et bien acquis pendant le mariage sont partagés à 50-50. Ainsi lorsque Monsieur se casse avec sa secrétaire, Madame qui s’est occupée des gosses au lieu de faire carrière ne se retrouve pas sur la paille, ce qui est plus difficile en concubinage (et qui ne changera rien à la problématique carrière – garde d’enfants). Le critère de fidélité est peut-être une intrusion de l’Etat dans la vie privée, mais puisqu’il s’applique également aux deux époux je ne vois pas en quoi c’est sexiste. Personnellement je trouve que le mariage fournit un cadre légal intéressant pour vivre en couple et en famille, ce qui ne me semble pas en soi antiféministe (le problème serait de dire que c’est le seul modèle valable). Mais bon, je ne demande qu’à m’ouvrir l’esprit !

    J'aime

    • Les EVJF et les EVG me sont peu sympathiques, d’accord avec toi poulepondeuse sur les nuances à apporter puisque j’ai déjà assisté à un EVG mixte (le seul auquel j’ai assisté d’ailleurs) mais j’ai bien peur que ce soit des exceptions.
      D’un point de vue juridique quelques précisions: selon la jurisprudence, l’infidélité n’est pas forcément une raison de divorce à partir du moment où le couple est d’accord, que ce soit un seul ou les deux qui « pratiquent ». L’interprétation du code civil est donc assez libérale sur ce point et on peut dire qu’on peut être infidèle dans le cadre du mariage, ou plutôt pratiquer l’amour libre si on en a une vision plus positive.
      Par contre le régime commun (50/50 en cas de séparation) est le régime de base mais on peut très bien se marier avec un régime différent séparant les biens de chacun (et je pense que cela se fait justement quand il y a de grandes différences de revenus entre conjoints).

      J'aime

      • Mais sur le côté financier le régime de la séparation n’est alors pas vraiment différent du concubinage finalement, si ? Et je connais des couples qui choisissent la séparation de biens parce que l’un (souvent l’homme) a une activité d’entrepreneur à risque financier et qui mettent donc tous les biens importants (maison, voiture…) au nom de l’autre pour éviter leur saisie en cas de faillite ; une sacrée marque de confiance ! Donc oui bien sûr le mariage peut entériner des inégalités et renforcer le patriarcat mais pas forcément. C’est juste un outil, qui peut être utilisé positivement ou pas.

        J'aime

  2. Un article très pertinent sur un phénomène accepté sans réflexion particulière alors qu’il est assez nouveau dans sa forme moderne.
    Je suis assez convaincue que les EVJF & EVG visibles en public, ou tels que vendus par les sites de costumes ne sont pas forcément représentatifs de se qu’on observe au moins dans mon milieu (trentaine diplômée, voire intello). Activités que j’ai pu/vais devoir observer : chasse au trésor, acrobranche, Centerpark, cours de danse (laquelle je sais pas encore, je m’inquiète), resto, sortie en boite. Chez les garçons : WE saut à l’élastique etc.
    Mais les rares EVG que j’ai pu voir dans les rues de Paris m’ont vraiment déconcertée : il y a un aspect mesquin de « vengeance » des potes sur le futur-marié. Je n’arrive pas à savoir si c’est de l’envie (Toi tu t’es trouvé une meuf et pas nous) ou de la jalousie (Tu te maries, ça veux dire que tu nous laisses tomber, nous tes potes célibataires), mais en tout cas assez loin de l’esprit sensément amical d’une fête de ce genre…

    J'aime

  3. C’est très intéressant, l’article montre bien l’ambivalence de ce genre de pratiques. Il n’est pas toujours évident de comprendre, alors qu’elles semblent témoigner de certains progrès (l’enterrement avant le mariage n’est plus réservé aux hommes), elles réassignent pourtant les femmes à un rôle normalisé, sexiste etc.

    Et je me réjouis de cette nouvelle collaboration avec l’illustratrice Janine !

    J'aime

  4. Je partage pas mal de réserves des premiers⋅ères commentateurs⋅trices : si les nombreuses processions de célébration pré-maritale que l’on croise inévitablement dans les rues des grandes villes, tous les week-ends d’avril à juillet au moins, sont immanquablement affligeantes — et bien au-delà de ce que décrit l’article qui oublie que, si les nanas sont promenées en soubrettes ou autre fantasme hétéronormatif à deux ronds, les mecs ont souvent le « privilège » de déambuler soit en couche-culotte et autres accessoires de bébés (histoire de leur rappeler de façon vaguement humiliante que, s’ils se marient, c’est pour faire des moutards et assumer tout ce qui va avec, que maintenant ils « vont devoir endosser un rôle sérieux » ? étant entendu, bien sûr, qu’associer l’idée du Monsieur à celle de la couche est humiliante, n’est-ce pas ? ) soit déguisés en… disons en système uro-génital externe mâle — si ces défilés en petits comités sont d’aussi mauvais goût, donc, il n’en reste pas moins que ce ne sont jamais _que_ ceux que l’on voit. De toute évidence, les personnes et groupes de personnes un tout petit peu moins tapageurs ou qui, tout simplement, comprennent la notion de vulgarité, s’adonneront à des activités bien moins consternantes et ostensibles : il y a des gens plus raisonnables que cela et, parce qu’elles sont plus raisonnables, on ne les croise pas malgré nous pendant notre repos hebdomadaire.

    Au fait, j’ai parlé d’hétéronormativité à deux ronds… mais comme il a été rappelé, pour l’instant, le mariage, hormis quelques États et pays, n’est toujours ouvert qu’aux hétéros. Qu’une fête, vouée à célébrer un acte civil hétéronormé, puisse elle-même jouer sur l’affichage d’une hétérosexualité assumée, ça me semble assez peu déconnant. Ou alors on prépare juste la voie à des arguments du type « la gay pride, d’accord… mais sans pédés ni goudous ». Non, au lieu de ça, je suis plutôt curieux⋅se de voir ce que donneront les équivalents homos des « enterrements de vie de jeune homme/fille » les plus bas-de-plafond, une fois que le mariage sera accessible aux couples de personnes de même sexe-selon-l’État-Civil !

    Pour poursuivre l’idée de Tempto, plutôt que comme un mode de vengeance ou une expression d’une jalousie, je vois plutôt ces EVJ* comme du bizutage, succédané de rite initiatique (ce qu’est d’ailleurs supposé être le mariage en premier lieu, non ? ) qui ne perdure que par le poids des traditions d’une part, fussent-elles inventées de toutes pièces, et par l’immanquable « force de groupe » d’autre part, qui ne laisserait pour rien au monde échapper tant l’opportunité de « faire la fête » que de faire chuter le QI commun dans les décimales.

    Mais au-delà de tout ça, ce qui me rend le plus dubitatif vis à vis de ces enterrements bien spécifiques, c’est la question de ce que l’on enterre, au juste. L’article précise qu’il s’agit de renoncer « au vagabondage sexuel » ; même si je serais incliné⋅e à étendre la formule « aux vagabongades sexualisés » ou même simplement « sexualisants », je reste d’accord avec l’idée que cela reste un des rôles majeurs de ces petites sauteries pré-nuptiales — les autres rôles majeurs étant selon moi d’indiquer aux futurs épousés qu’après cela, ils n’existeront plus, sur le plan social, que d’abord en tant que couple, et non plus en tant qu’individus autonomes ; et également que c’est supposé être pour la vie (« alors déconnez pas, et nous on se rassure comme on peut en essayant d’y croire ! » ). Donc en gros, on fait la fête notamment pour dire que « après, c’est sûr, il⋅elle n’ira plus voir ailleurs ! ». Et le doute surgit de ce que j’imagine mal des couples, aujourd’hui, en France, en particulier ceux à même de pratiquer ces EVJ* ou autrement en mesure de prétendre à une sexualité libre hors-mariage, arriver devant le⋅la Maire sans avoir préalablement partagé une expérience de vie de couple de façon prolongée. Autrement dit : si il et elle se passent la bague au doigt, de nos jours, c’est généralement qu’ils se tiennent déjà pour fidèle l’un⋅e à l’autre. Ergo, que sont enterrées depuis belle lurette déjà toutes vélléités de vagabondages ! Paf, une hypocrisie qui s’effondre.

    En écrivant ce commentaire, me vient également la réflexion que le contenu des activités que nous décrions tous⋅tes plus ou moins ici, dans les EVJF (spécifiquement « de jeune fille », donc), est lié à la notion de préférences adaptatives, tel que décrite dans un article très intéressant, quoique assez ardu, dont le lien m’est parvenu récemment sur twitter par le biais de @antisexisme, et que je vous redonne ici : http://sisyphe.org/spip.php?article4191
    Il me semble que de la même façon qu’elle est soulignée dans le contexte du rapport au porno, cette notion de préférences adaptatives pourrait aider à expliquer que, si on ne peut pas prétendre, en tant que femme(s), à empêcher le futur époux de conduire des activités sexistes et hétérodébilitantes, alors autant renverser simplement la crêpe et avoir soi-même les conduites sexistes et hétérodébilitantes complémentaires de celles du mâle : il a droit à un strip tease ? alors j’ai moi aussi le droit de voir des mecs se foutre à poil ! ; ses copains vont peut-être lui offrir (excusez-moi, je vais m’étouffer puis je reviens) une pute ? (tout le monde a vu le film Very Bad Things, non ? ) alors mes copines vont me permettre de jouer moi-même la pute !

    Il y aurait peut-être même pas mal de choses à dire sur le rapport de la future épousée ainsi mise en scène (ou à tout le moins celui de ses copines qui la mettent ainsi en scène) à un complexe pas forcément résolu entre l’image de la mère bourgeoise traditionnelle et celle de la prostituée. Mais là je pense qu’on entre sur un terrain glissant, alors je vais m’abstenir ;‑)

    J'aime

  5. J’apporte quelques précisions pour répondre aux commentaires. Je suis tout à fait d’accord avec poulepondeuse et tempto : il existe des formes d’EVJF moins excessives et moins sexistes. Mais ce rituel, comme toutes les pratiques consommatoires ou culturelles est très « classiste ». Sans faire de « Bourdieuserie », les discriminants sociologiques classiques que sont le niveau d’étude, le lieu d’habitat, l’âge ou la classe sociale distinguent évidemment les pratiques.
    Concernant le mariage ou le non-mariage, loin de moi l’idée d’en faire un dogme. Chacune et chacun a le droit inaliénable d’organiser sa vie de couple (si on choisit le couple comme mode de vie) comme bon lui semble. C’est d’ailleurs pour cela qu’il est fondamental que le mariage soit accessible à toutes et tous : la faculté de renoncer à se marier doit être partagée.
    En revanche, je maintiens que le mariage est une institution patriarcale. En effet, comme le note poule pondeuse :  » dans une société où les femmes gagnent en moyenne moins que les hommes, travaillent moins, ont moins de retraites etc c’est un mécanisme redistributeur ». Les femmes gagnent moins que les hommes, travaillent moins. Nous sommes, là, au coeur du problème car qu’est ce donc que le patriarcat si ce n’est un système qui maintient les femmes dans un statut de dominées ? Le mariage entérine ces inégalités et les conforte puisqu’il apporte ce cadre « redistributeur ». Poser en prémisse les inégalités femmes/hommes pour justifier l’institution du mariage me semble aller à l’encontre de la revendication d’égalité. Mais ce n’est que mon opinion et je suis prête, moi aussi, à « m’ouvrir l’esprit ».

    J'aime

    • Pour préciser la description du mariage comme mécanisme redistributeur des inégalités H/F : je pense que le mariage tel qu’il est actuellement n’est qu’un outil qui s’adapte à la société telle qu’elle est. Mais en étant pragmatique, tant que des gens se mettront en couple (y compris homo), il y aura des situations de compromis entre carrière et vie de couple voire de famille. En effet, je vois mal comment les situations où par exemple l’un démissionne pour suivre son conjoint à l’étranger vont disparaître. Elles ne me paraissent pas en soi patriarcales, le problème c’est qu’actuellement en majorité ce sont les femmes qui renoncent. Et il ne me semble pas aberrant que des parents fassent le choix de ralentir voire mettre en pause leur vie pro pour s’occuper des enfants ; encore une fois le problème est quand cela concerne quasi exclusivement les femmes. Mais quand la société évoluera pour que ces problématiques ne soient plus réparties par genre (oui je suis optimiste :D) alors le mariage sera toujours là pour donner un cadre à ce type d’arrangement. C’est pour cela aussi qu’il me semble important que les homos puissent aussi avoir accès à cette alternative.

      J'aime

      • Au risque de me répéter, voire de paraître têtue, (tant pis, je prends le risque..) je vais continuer à maintenir que le mariage est une institution patriarcale. D’ailleurs, dans la description que tu fais, poule pondeuse, cela se lit puisque tu notes bien que les renoncements de carrière ou les sacrifices professionnels sont le fait majoritairement des femmes.
        Plutôt que de faire une grande diatribe, je vais simplement citer Nicole Laurin-Frenette, citant elle même, dans une contribution, Wilhem Reich. Cet extrait me semble très parlant car il montre bien comment le patriarcat crée les institutions dont il a besoin pour se maintenir.

        « Les travaux de Wilhem Reich sur la famille patriarcale sont centrés sur l’analyse de ce processus de reproduction idéologique auquel il donne le nom d’ancrage caractérologique de l’ordre social: l’imposition à tous les membres d’une société du caractère psychique permettant à l’ordre social de se maintenir, imposition qui se fait par l’intermédiaire de la répression que la famille patriarcale exerce sur ses membres. Il écrit dans l’introduction à « L’analyse caractérielle »:
        « Tout ordre social crée les caractères dont il a besoin pour se maintenir. Dans la société divisée en classes, la classe dirigeante s’assure sa suprématie par le moyen de l’éducation et des institutions familiales, par la propagation parmi tous les membres de la société de ses idéologies déclarées idéologies dominantes. Mais il ne s’agit pas seulement d’imposer des idéologies, des attitudes et concepts aux membres de la société : en réalité, nous avons affaire, dans chaque nouvelle génération, à un processus en profondeur, générateur d’une structure psychique correspondant dans toutes les couches de la société à l’ordre social établi ».

        L’intégralité du texte est à retrouver ici : http://classiques.uqac.ca/contemporains/laurin_frenette_nicole/liberation_des_femmes/liberation_texte.html

        J'aime

  6. Pingback: Art Majeur et Onirique d’une Unité Rectiligne « Digital Wanderer

  7. Pingback: Une féministe se marie | Genre !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s