Les vêtements et la police du genre

Il paraît que, dans une dimension parallèle, il y aurait du machisme au Parlement de la République Française. Heureusement, il ne s’agit que d’une fiction colportée par des esprits mal tournés. Une fiction qui a cependant bien alimenté la presse ces derniers jours.

Rappelons les faits, d’une importance fondamentale: Cécile Duflot, ministre EELV de l’Egalité des territoires et du Logement (dans cette dimension parallèle, bien sûr), a osé se présenter à l’Assemblée Nationale pour la sessions des questions au gouvernement du 17 juillet vêtue d’une ROBE. Je vous jure. Quelle effronterie.

Alors évidemment, comment s’étonner que des exclamations et des sifflements se soient élevés des bancs UMP. Mais attention:

1) « Nous n’avons pas hué ni sifflé Cécile Duflot, nous avons admiré. »

Patrick Balkany, député UMP qu’on ne saurait une seconde accuser d’être malhonnête de mauvaise foi.

2) « Enfin, on peut regarder une femme avec intérêt sans que ce soit du machisme! »

Le Même.

3) « Elle a manifestement changé de look, et si elle ne veut pas qu’on s’y intéresse, elle peut ne pas changer de look. D’ailleurs, peut-être avait-elle mis cette robe pour ne pas qu’on écoute ce qu’elle avait à dire. »

Balkany, mon idole.

Et PAF! Remise à sa place, la Duflot. Une robe à l’Assemblée Nationale, non mais je vous jure. D’ailleurs « il y aurait eu le même type de chahut si un homme avait porté une cravate fluo orange [sic] ». Dixit Laurent Wauquiez, cette fois, parce que Balkany n’a pas le privilège de la bêtise. Bah oui, une robe à fleurs, une cravate orange fluo, même combat: c’est extravagant, inapproprié. Cela ne rentre pas dans le moule gris et couillu de l’Assemblée. « On » s’est donc chargé de remettre Mme Duflot à sa place.

Robe déplacée? Pantalon interdit? Mettez-vous d’accord!

Petit flash-back: nous sommes en 1972, Mme Michèle Alliot-Marie vient d’être élue députée. Et là, horreur, malheur: elle se présente à l’Assemblée Nationale en pantalon. Un garde tente de l’empêcher d’entrer. Elle aurait alors répondu: « Si c’est mon pantalon qui vous gêne je l’enlève dans les plus brefs délais ». L’histoire est rapportée par l’historienne Christine Bard dans Histoire politique du pantalon. Il se trouve que ce garde, sans doute peu habitué à voir des êtres humains pourvus de vagins dans les couloirs prestigieux du Palais Bourbon, était effectivement en mesure de lui interdire l’entrée de l’Hémicycle: une ordonnance de police du 26 brumaire an VIII (17 novembre 1799), toujours en vigueur, interdit en effet aux femmes de porter un pantalon, à moins de disposer d’une autorisation spéciale de la police.

Qu’est-ce qui s’est donc passé pour qu’en 40 ans exactement, la norme vestimentaire pour les femmes devienne le pantalon, et non plus la jupe ou la robe? L’interdit social portant sur le pantalon pour les femmes est resté très fort jusqu’aux années 1960; ma grand-mère, ancienne institutrice, n’avait pas le droit d’en porter à l’Ecole normale. Quand elle a commencé à enseigner, à la fin des années 50, l’interdit social était implicite mais très clair: aucune de ses collègues ne portait de pantalon, et elle ne se souvient pas en avoir porté dans les années 60. En revanche, elle se souvient clairement avoir arboré à l’école où elle travaillait, au début des années 70, un pantalon en soie verte; elle se souvient surtout des remarques d’une collègue, outrée qu’elle ose faire une chose pareille.

La police du genre

Les vêtements font en effet partie des éléments régulateurs de l’ordre social et du système du genre, pour les hommes comme pour les femmes. La réflexion de cette institutrice est révélatrice: l’interdit qui pèse sur toute transgression des limites assignées au genre est complètement intégré par les individus eux-mêmes. L’anglais dispose, pour désigner ce phénomène, de l’expression gender police, qu’on peut traduire par « police du genre ». Elsa Dorlin, philosophe et professeure à l’Université Paris VIII, reprend à son compte cette expression pour penser la question des violences de genre ou encore de la régulation des rapports sociaux entre les sexes (la régulation du genre, donc). Dans un article intitulé « Les putes sont des hommes comme les autres » (Raisons politiques 3/2003), elle écrit:

La domination de genre consiste […] à contraindre hommes et femmes à se comporter socialement comme leurs identités sexuées leur prescrivent de le faire, selon un principe coercitif d’adéquation entre le sexe et le genre, sous peine d’être stigmatisés ou bien comme « putes » ou bien comme « pédés ».

Dans le même article, elle définit la « police du genre » comme un ensemble d' »instruments de contrôle sexiste »; sa réflexion concerne la régulation du féminin, mais cela vaut évidemment aussi pour les hommes. La collègue de ma grand-mère se faisait l’écho d’un interdit social, aujourd’hui disparu, pesant sur le port du pantalon (vêtement identifié comme masculin) pour les femmes. Les femmes ont aujourd’hui (du moins le pensait-on jusqu’à cette semaine) conquis le droit de s’habiller comme elles le voulaient; c’est-à-dire, du moment que cela reste dans les limites de la féminité traditionnelle, qui proscrit par exemple les vêtements jugés indécents. Les hommes, en revanche, disposent d’un choix vestimentaire beaucoup plus restreint. Il n’est pas admis, dans notre société, qu’un homme s’habille en jupe, cette attitude relevant forcément du travestissement. Un homme portant une jupe suscitera le rejet et/ou des moqueries portant sur sa non-conformité à son genre.

Voilà comment fonctionne la « police du genre »: elle se fonde sur le poids de la norme et du tabou que constitue la transgression des limites traditionnellement assignées au féminin et au masculin.

Dans l’article cité plus haut, Elsa Dorlin explique en outre qu' »initialement, l’idée d’une police du genre a été utilisée pour décrire le fonctionnement de l’homophobie, les pratiques et les discours homophobes ayant pour fonction principale de dissuader, de condamner ou de punir tout ce qui peut être considéré comme une transgression de genre ». « L’un des effets de l’homophobie » serait ainsi de « bétonner les frontières du genre ». Elle emprunte cette définition à Daniel Welzer-Lang (« Pour une approche proféministe non homophobe des hommes et du masculin », dans D. Welzer-Lang (dir.), Nouvelles Approches des hommes et du masculin, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 1998, p. 121). La police du genre n’est pas seulement sexiste: elle est évidemment homophobe, lesbophobe et transphobe, garante du système d’hétérosexualité obligatoire.

Le vêtement est politique

En ce qui concerne les vêtements féminins, la norme ne suffit pas à la régulation de genre: on est allé jusqu’à légiférer pour garantir une distinction stricte entre les hommes et les femmes. Il faut noter que cette législation se traduit par un contrôle accru sur les femmes, de la part de législateurs qui étaient tous des hommes: il n’existe pas, à ma connaissance, de loi interdisant aux hommes de porter des robes, même si le poids du tabou est tout aussi élevé. On a jugé essentiel, en revanche, de distinguer le féminin en lui imposant des bornes claires, juridiques. La police du genre pèse sur les hommes et les femmes, mais se double pour ces dernières d’un appareil répressif et législatif qui n’est que récemment devenu obsolète.

Le vêtement est donc politique, en plus d’être un élément essentiel de l’attirail du genre. Christine Bard explique pourquoi la société française révolutionnaire a ressenti le besoin de légiférer sur les vêtements des femmes:

La percée politique du pantalon [pour les hommes] correspond à l’avènement de la citoyenneté en 1792. Dans la pensée dominante du temps, celle des philosophes, des savants naturalistes, des hommes politiques, il y a une grande, une énorme différence de nature entre les sexes. On invoque le respect de la loi naturelle aussi bien pour empêcher les femmes de porter le pantalon que pour interdire leur activité politique. Sous Napoléon, la domination masculine se renforce, et pour longtemps, avec le Code civil ainsi que dans le Code pénal. […] En 1800, période de retour à l’ordre après les troubles de la Révolution, une ordonnance de police de la préfecture de Paris interdit aux femmes d’adopter le vêtement masculin.

Il faut ajouter que les femmes ont tenu un rôle important dans la Révolution française, bien que ce rôle n’ait été reconnu que récemment par les historien.nes et qu’il ne leur ait pas permis l’accès au droit de cité. Mais ce rôle actif, outrepassant les limites de la féminité traditionnelle, pose problème: l’historienne Michèle Riot-Sarcey écrit ainsi que « selon les partisans du rétablissement de la puissance paternelle, les troubles, pour l’essentiel, auraient été liés au désordre des familles » (Histoire du féminisme, La Découverte, p. 20; sur le rôle des femmes dans la Révolution, cf. chap. 1 « Des femmes en révolution », p. 5-19). Le retour à l’ordre moral passe donc par la réaffirmation de l’ordre patriarcal et des frontières entre les genres.

Les femmes politiques: une menace?

Dans un article passionnant intitulé « Performances de genre: images croisées de Michèle Alliot-Marie de Roselyne Bachelot » (Histoire@Politique 2/2012 (n° 17), p. 69-86), Christine Bard, toujours elle, s’interroge sur le parallèle frappant que l’on est forcé d’établir entre la mutation du rôle de l’image politique depuis les années 1970 et la place grandissante des femmes dans les cercles du pouvoir, en particulier au gouvernement. Elle analyse les relations de Michèle Alliot-Marie et Roselyne Bachelot à leur genre et l’usage qu’elles en font, et note qu’au fil de leurs longues carrières politiques, « la crainte de masculinisation des femmes s’est estompée ». Autrement dit, on accepterait mieux aujourd’hui les femmes politiques car plusieurs décennies ont montré que l’exercice du pouvoir ne menaçait pas la frontière traditionnelle entre féminin et masculin: les femmes peuvent faire de la politique… tout en restant des femmes.

L’accession des femmes au pouvoir politique a en effet été vécue comme une menace pesant sur le système du genre, qui a été compensée par une tendance, justement, à ramener les femmes politiques à leur « féminité ». Dans le même article, Christine Bard évoque le cas d’Alice Saunier-Seïté, ministre chargée des Universités entre 1976 et 1981:

Le président de la République Valéry Giscard d’Estaing avouera qu’elle le faisait fantasmer : « Son corps est musclé, avec des mouvements d’une aisance féline, et des jambes qui me paraissent bronzées. Une pensée bizarre me traverse : quand elle faisait l’amour, elle devait y mettre la même véhémence. » La « femme la plus insultée de France » est surnommée la « tigresse », la « panthère ». Elle représente, selon Jacques Chancel, un mélange de fermeté et de « charme », un qualificatif omniprésent qui évoque d’autres charmes, ceux qui se vendent, ceux qui qualifient certains magazines.

Ce qui me ramène aux propos cités plus haut de M. Balkany: bien sûr qu’il ne s’agit pas seulement d' »admirer ». Une femme, politique ou non, n’est pas là pour qu’on l’admire, n’en déplaise à ceux de ces messieurs qui essaient de nous réduire au rôle de potiches vaguement décoratives. Siffler une ministre parce qu’elle porte une robe à l’Assemblée ne veut pas dire autre chose que ceci: vous avez beau être une femme politique, une ministre, vous êtes avant tout une femme dans une société patriarcale. Une façon de la ramener à sa condition de femme (comme si c’était un abaissement!), d’assurer la police du genre et de garantir l’intégrité du système. Et les vaches seront bien gardées.

AC Husson

Pour aller plus loin:
Christine Bard, Une histoire politique du pantalon, Seuil, 2010.
Christine Bard, Ce que soulève la jupe, Autrement, 2010.
Mona Chollet, Beauté fatale. Les nouveaux visages d’une aliénation féminine, chap. 1 « Et les vaches seront bien gardées. L’injonction à la féminité », en particulier la section « Pour des femmes en jupe et des hommes qui en ont » (p. 18-22), La Découverte, 2012.
EDIT: sur la question connexe du travestissement (merci pour les suggestions):
Le numéro « Femmes travesties : un “mauvais” genre » de la revue Clio, dirigé par Nicole Pellegrin et Christine Bard (suggéré par Julien en commentaire)
Sylvie Steinberg, La confusion des sexes. Le travestissement de la Renaissance à la Révolution, Fayard, 2001 (suggéré par Au fil du texte)
L’émission « Les femmes qui s’habillent en hommes » (19/02/2012) – « Les femmes, toute une histoire », programme animé par Stéphanie Duncan le dimanche sur France Inter.

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27 réflexions sur “Les vêtements et la police du genre

  1. Petite correction… l’ordonnance en question interdit aux femmes de s’habiller en homme (cela implique de porter un pantalon dans l’esprit des hommes qui ont rédigé cette loi), mais du coup, les termes inscrits noirs sur blanc ne sont pas si clair… vu que les normes changent avec les époques (enfin, surtout quand certains et certainEs se révoltent).

    Donc la loi en question n’est pas aussi claire que certains le croient… et dans le même temps, les gens ont bien compris au moins en partie ladite loi.

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  2. oupsss !

    P.S. : vu la formulation de la loi, il est donc largement possible de « contourner » l’ordonnance, puisque de nos jours, le pantalon n’est plus exclusivement réservé aux hommes.

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  3. Ma mère était à l’école chez les sœurs dans les années 50-60 (école, puis collège et lycée de filles en province). Le port du pantalon était autorisé… en hiver, pour des raisons climatiques, et à la condition non négociable de porter une jupe par-dessus.

    Quand la mode des tuniques longues sur des pantacourts est venue il y a quelques années, je me souviens de son cri du cœur :
    — Quand je pense qu’on m’obligeait à m’habiller comme ça !

    Dans un registre un peu différent, il y a quelques temps, à l’hôpital, j’étais dans le couloir, en blouse, en train de regarder un dossier. J’ai entendu de loin une patiente âgée appeler :
    — Monsieur ! Monsieur !
    Je porte les cheveux très courts, j’avais un pantalon et des tongs… Il m’a fallu quelques minutes pour réaliser qu’il n’y avait personne d’autre dans le couloir et que c’était moi que la dame appelait.

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  4. Pingback: Noblesse de robe | Wataya's Wonders

  5. Pour aller plus loin, voir aussi Sylvie Steinberg sur le travestissement, (« La confusion des genres »); c’est vraiment excellent et ça montre bien l’évolution des normes et des perceptions des vêtements « masculins » / « féminins » et ce qui se joue quand on transgresse cette norme tacite

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  6. Le problème avec le vêtement féminin c’est qu’il est plus fabriqué pour les hommes que pour les femmes. La robe c’est plus pratique pour violer, le décolleté pour évaluer la marchandise (la robe courte aussi et ne parlons pas des mini-jupes), même les petites filles portent des tailleurs étroits (très pratique pour faire de l’escalade, n’est ce pas, ce qui n’empêche pas qu’on en voie sur les terrains de jeux), et tout cela n’est pas nouveau.
    Au deutsches historisches museum de Berlin, il y a une expo « fashion » (c’est son nom) qui présente la mode à travers l’histoire. Voici l’affiche : http://www.google.frhttp://diasofdiaz.com/wp-content/uploads/2012/07/fashioning-fashion-DHM-berlin.jpg
    elle montre ces fausses croupes faites de plis et de surplis, ces robes entonnoirs très encombrantes pour passer par les portes et toutes ces choses que l’on nous a déjà fait porter sans se préoccuper de la commodité de nos mouvements.
    Portons donc des vêtements seyants mais pratiques dans lesquels aucun mouvement ne nous est impossible !

    Je trouve qu’il faut veiller à ne jamais s’imposer un désagrement corporel dans le but de plaire aux hommes. Les hommes s’habillent en dominants, nous en dominées.
    Cécile Duflot a pensé « été » et « commodité » mais l’hémicycle ce n’est pas non plus la plage.
    Je trouve absolument inadmissible le comportement de ces vieux ringards machistes mais je trouve que nous devrions repenser notre manière de nous vêtir car la plupart du temps nous obéissons à des diktats de dominées.

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    • Je ne suis pas du tout d’accord. Les robes ont effectivement longtemps été des carcans, et il suffit de mettre une jupe fuseau pour savoir ce qu’ « entravé » signifie; pour autant, votre raccourci est pour le moins dérangeant (« la robe c’est plus pratique pour violer »). Votre raisonnement me rappelle un peu Pangloss, dans Candide, qui fait remarquer que les nez ont été faits pour porter des lunettes…

      L’histoire de l’habillement féminin ne se réduit pas à la volonté de plaire aux hommes, comme vous semblez le suggérer (d’ailleurs il y a une marge entre vouloir plaire et faciliter le viol!!): pourquoi refuser de voir qu’il peut y avoir un plaisir purement personnel dans le fait de porter une robe? Pourquoi tout rapporter aux hommes, comme si les femmes ne vivaient qu’en fonction d’eux? Donc pour vous, une femme en robe obéit « à des diktats de dominées », mais vous énoncez une autre forme de diktat… Qu’on laisse les femmes s’habiller comme elles le veulent et profiter de toute la variété des vêtements qui leur sont disponibles!

      Vous déplacez la question de l’attitude des députés à la tenue de Mme Duflot, que vous jugez de manière négative. Non seulement sa robe n’est absolument pas faite pour la plage, comme vous l’écrivez, mais ce jugement est choquant car vous semblez reporter la faute sur Mme Duflot et ses choix vestimentaires. Quand des députés libidineux se comportent ainsi devant une femme portant une robe, vous parlez de « repenser notre manière de nous vêtir »… Au lieu de dire aux femmes comment s’habiller, il faudrait dire aux hommes de ne pas être des machos, de ne pas siffler et de ne pas violer. Ce n’est pas en changeant notre manière de nous habiller que nous mettrons fin aux comportements machistes, mais en forçant les hommes qui se comportent ainsi à nous respecter, qu’on soit en jupe fuseau, en robe ou en pantalon.

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      • Oui je sais que c’est difficile de présenter le problème sous un autre angle sans être mal comprise. De toute façon, je vais essayer de faire un billet là dessus qui sera plus exhaustif.
        Quand je dis la robe est faite pour violer c’est parce que l’on se demande bien qui a décidé de qui portera des robes et qui des pantalons et à l’origine ce n’est pas la femme. La robe est plus pratique pour violer parce que l’on n’a pas à descendre un pantalon, il suffit de soulever la jupe et d’arracher la culotte.
        C’est un vêtement qui laisse un peu la femme sans défense.
        Sans parler des petites filles qui se font soulever leur jupe.

        D’autre part, il y a le fait que la robe est, du coup, interdite aux garçons. Avant cinq ans, certains expriment leur extrême déception de ne pas avoir le droit de porter de robes (j’en ai connu personnellement plusieurs). Après cinq ans, ils ont honte et se taisent mais le sentiment d’injustice est là. Pourquoi disparaîtrait-il ?
        C’est pourquoi je ne trouve pas loyal de clamer que nous avons le droit de porter ce que nous voulons et que les hommes doivent se taire. C’est vrai d’un côté et de l’autre il y a quand même une inégalité qui est occultée.

        De plus, les vêtements féminins sont comme par hasard souvent incommodes et chers de surcroît.
        Savez-vous pourquoi George Sand s’habillait en homme ? Non pas pour correspondre à son pseudo d’homme mais parce qu’elle n’avait pas assez d’argent pour emmener ses robes chez le teinturier après avoir fait l’allée-retour à pied chez son éditeur (parce qu’elle ne pouvait pas se payer le fiacre) dans la boue avec une robe qui traîne par terre.
        J’ai horreur des vieux ringards qui sifflent Duflot dans l’hémicycle mais je n’ai pas envie de répéter tout ce que tout le monde a déjà dit sur la question en omettant de parler de la robe et de son unilatéralité dans la question du genre.

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    • Parce que vous pensez que le costume cravate, presque obligatoire dans tous ces milieux y compris en plein été, n’est pas un carcan !? Et qu’en est-il des mecs qui se font virer de leur entreprise car ils se présentent en short (habillé) ? On est tous et toutes des dominé-e-s ! Cécile Duflot s’est fait moquer d’elle parce qu’elle avait une tenue peu adaptée au caractère officiel de l’Assemblée (robe légère colorée). Elle aurait eu une robe plus de circonstance, comme d’autres députées l’ont souvent fait, personne n’aurait rien dit.

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      • Cinq ans après, mais bon…tout à fait d’accord, il faut savoir que c’est la bourgeoisie au pouvoir: Patronnât – Eglise catholique (et ses sentinelles de la manif pour tous)- Commerçants de la fringue – Presse conservatrice – qui impose les looks vestimentaires et les codes qui y sont associés.
        Quand je parle de la bourgeoisie je parle de la France dominante, celle des vieilles familles friquées qui possèdent tout et contrôlent la société. Le costume cravate est bien un carcan imposé aux hommes depuis le 19ème siècle. La révolution française a banni du vestiaire des hommes toute notion de raffinement, considérée aujourd’hui comme un signe d’homosexualité. La libération en 1944 a achevé le travail, depuis nos tenues vestimentaires sont complètement américanisées (blue jean à tous les étages). Encore les femmes peuvent y échapper grâce au choix vestimentaire dont elles disposent.
        Mais pas les hommes, personnellement j’en ai ras le bol des jeans et des chinos coupe droite, mais je n’ai que ça a acheter. Je voudrais par exemple un pantalon flare (patte d’eph), aimant les 1970’s, après tout c’est revenu à la mode pour les femmes depuis 1997, je n’en ai jamais trouvé dans les rayons homme.
        Nous les mecs sommes soumis à des dictats vestimentaires qui nous enferment dans des clichés sans cesse rabâchés: le jean de James Dean et la fureur de vivre, le costume cravate du businessman ou les fringues de caillera. Et hors de question d’en sortir:
        Quand au short au boulot, même habillé, il est perçu comme vêtement de glandouilleur par des gens qui l’interdisent bien au frais dans leurs bureaux climatisés.
        Ils n’ont pas idée de ce que c’est de bosser en pantalon par 35 degrés.

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  7. Un petit point qui peut sembler sans aucun rapport mais est-ce vraiment le cas…

    Vous savez surement qu’hier une nouvelle loi sur le harcèlement sexuelle a été votée. vous savez peut-être aussi que cette loi est sensée protéger les personnes transgenres en parlant « d’identité sexuelle » et non pas d’identité de genre qui est le terme utilisé par tous aujourd’hui (y compris au sein du Conseil de l’Europe, par exemple avec la résolution 1728 (2010), dite « Discrimination sur la base de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre » -votée par la France).

    Je ne veux pas débattre sur cette loi, j’espère que les juges accepterons de défendre les transgenres au même titre que les cisgenres, malgré une terminologie assez floue (dans ce sens qu’un trans n’ayant pas fait de phalloplastie pourrait être considéré comme « d’identité sexuelle » féminine -après tout elle a un vagin- et à l’inverse une trans n’ayant pas fait de vaginoplastie pourrait être considérée comme « d’identité sexuelle » masculine -car ayant un pénis).

    Le problème c’est surtout de voir la levée de bouclier de bon nombre d’élus UMP, criant à l’hérésie dès lors que l’on mentionne la question du genre, et la réaction du PS qui préfère fuir les débats.
    Le problème c’est le fait que le PS parle de lois pour améliorer la situation des personnes transgenres mais s’il n’y a pas de vrai débat sur le genre comment cette amélioration serait-elle possible.

    Bon je commence par partager le lien de la fédération LGBT qui en parle peut-être mieux que moi :
    http://federation-lgbt.org/la-transphobie-devient-un-critere-legal-de-discrimination-aux-contours-flous-mais-pour-le-gouvernement-l-identite-de-genre-peut-attendre.

    Voici le commentaire que j’ai apporté à ce lien (posté sur le mur de l’asso LGBT de ma ville) :
     » C’est clair que ce premier recul n’est pas forcement un bon signe et à cause de ce recul il va falloir espérer que les juges statuent en faveur des personnes transgenres quand elle seront victimes de harcèlement.

    L’article de Yagg (http://yagg.com/2012/07/25/lidentite-sexuelle-devient-un-motif-de-discrimination-dans-le-code-penal/) tend à prouver que l’UMP aurait tout fait pour bloquer les choses si l’identité de genre avait été clairement indiquée et le PS a préféré un passage rapide de la loi, quitte à revenir sur ses promesses électorale.

    Mais si il y a un projet de loi concernant les personnes transgenres alors il faudra un débat sur le genre, et le plus tôt possible. L’UMP décide de camper sur des positions de principe, considérant la théorie du genre comme un « révisionnisme anthropologique », parfois même allant jusqu’à faire preuve de transphobie et d’homophobie, sans oublier les intersexes qui sont carrément ignorés, sous la forme la plus immonde possible (par exemple les propos de monsieur Bernard Debré quand il a été question d’intégrer la notion de genre indépendant du sexe biologique dans les manuels scolaires http://www.bernarddebre.fr/actualites/le_gene_ou_la_confusion_des_ideologues_fous).
    Le texte de monsieur Debré montre bien qu’il doit y avoir des débats et qu’il faut expliquer en quoi la notion de genre distinct du sexe n’est pas une hérésie. Car dire qu’il existe un genre féminin et un genre masculin n’est pas renier l’existence d’un génotype et d’un phénotype masculin. C’est juste dire que SOCIALEMENT il existe deux genres. Soit on considère qu’ils sont liés à ce qu’il y a dans la culotte et on considère les trans au mieux comme des cas à part au pire comme des fous. Soit on on considère qu’ils sont indépendants du sexe et on essaie de changer les lois pour que les trans puissent vivre aussi bien que tout autre citoyen, sans connaître le même parcours du combattant et les mêmes souffrances que leurs aînés.

    Avant de conclure ce (trop ?) long commentaire il semble aussi que certains élus UMP sont tellement accrochés à la première vision des choses (sexe=genre) qu’au final ils en viennent à clamer qu’il n’existe pas de sexe social. Bien sûr si l’on ne s’appuie pas sur les caractères physiques (phénotype, génotype et tout le reste) alors il est impossible de donner une définition de l’homme ou de la femme sociale. Mais est-ce dire que le genre n’existe pas ?
    Et si les seuls différences sont physiques comment expliquer qu’il n’y a pas plus de femmes en politique (autant que d’hommes) ?
    Est-ce liée à la génétique ou est-ce sociétal ?
    Si les seuls différences sont physiques comment expliquer qu’à tache égale les femmes sont moins payées que les hommes ?
    Physiquement valent-elles moins que leur camarades mâles ou est-ce là un autre défaut de la société ?
    Et surtout si les seuls différences sont physiques comment expliquer que lors des fêtes de noël on peut voir un rayon garçon avec figurines de super-héros, panoplie de pompier, policier, armes en plastiques et autres jouets « pour garçons » alors qu’on aura un rayon fille tout rose avec poupées, dînettes, panoplie de princesses et autres jouets « pour fille » ?
    Est-ce que les hormones attireraient d’avantage les garçons vers les rôles héroïques et les filles vers les rôles de parfaites femmes au foyer ou est-ce là la preuve d’une éducation genrée de la société ?

    Attention mes propos sont peut-être la preuve d’un féminisme délirent, peut être fais-je du révisionnisme anthropologique (d’ailleurs j’aimerais, si possibles, que certains anthropologues et ethnologues nous parlent de ces sociétés dans lesquels il existe un troisième genre neutre, à moins qu’aux yeux de certains ce ne soit que des barbares)… Ou alors peut-être que mon (jeune) vécu de femme trans m’a fait réfléchir à ce qu’était une femme, à ce qu’était un homme et à ce que j’étais moi, que ce soit au niveau physique et au niveau social.

    Que vous soyez ou non d’accord avec mes propos je pense que l’importance d’un débat sur le genre, alors même qu’on propose de légiférer sur les personnes trans.
    Comment peut-on espérer un changement d’état civil sans passage par la case psychiatrie, sans castration ou sans traitement hormonal (c’est grosso modo ce qui a été voté au conseil de l’Europe, y compris par la France) si on considère qu’il n’existe pas de genre masculin ou féminin et qu’il faut un pénis pour être homme et un vagin pour être femme ?
    De même comment espérer le fait que les questions de transidentité soient retirées des listes de maladies mentales ?
    Et comment prendre soin des personnes transgenres, dans le respect de l’humain, si à la base on considère qu’elle sont anormales ? »

    Bon alors j’espère que vous pardonnerez les éventuelles fautes d’orthographe, les fautes de grammaire et les éventuels oublis (par exemple j’aurais pu et dû dire que les propos de certains élus sur la notion de genre, en plus de faire preuve d’homophobie et de transphobie faisaient aussi montre de sexisme). J’ai écrit ce texte à trois heures du matin, fatiguée et en colère.

    Comme vous devez être fatigué-e-s de me lire je vais essayer de faire vite.
    D’abord en disant que, s’il y a de vrais débats sur le genre, les féministes y participent à côté des assos LGBT. Pour moi de toute façon le féminisme est indissociable du militantisme LGBT (même s’il existe des lesbiennes, gays, bi ou trans machistes). Comme beaucoup je ne suis pas née avec les pensées que j’ai actuellement, j’ai progressé (et je dois encore progresser) grâce à des discussions et des rencontres et pour ce qui est du genre j’ai d’avantage progressé grâce à certaines féministes que grâce au milieu trans.
    Et enfin (oui, enfin) en essayant de vous faire comprendre pourquoi cet article m’a donné envie de parler de cette autre actualité, pourquoi je les trouve liées. En fait c’est l’impression d’un machisme ordinaire, qui ne devrait pas choquer et qui est d’autant plus violent dès lors qu’on touche à la vision qu’ont nos dirigeants de la masculinité.

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    • En Inde il y a un 3ème genre reconnu… J’ai oublié le nom, si ça me revient je posterai. Ce sont majoritairement des hommes de naissance, transsexuels, traditionnellement reconnus mais plus ou moins parias malgré tout

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  8. Je suis du style jeune homme qui porte une chemise de nuit & bas le soir, slim & chemisier au travail(façon d’assumer sa part de féminité je suppose), un travail où l’entourage est très ouvert et n’apprécie pas vraiment le machisme; je ne sais pas réellement d’où vient le préjugé « homme féminin=gay » mais il serait peut-être temps que ça change…
    Bref, superbe article^^.

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    • A Nicolas : c’est super ! Il y aurait certainement beaucoup plus d’hommes qui se permettraient de porter des vêtements « réservés » aux femmes si l’on travaillait également sur cet aspect du sexisme.
      Les hommes ont très peur d’être disqualifiés en portant des vêtements dit féminins.
      Je vis dans une très grande métropole et ici, on peut voir de temps en temps des hommes en jupes (des jupes pour hommes, en fait, car ça existe) ou qui portent des pendentifs mais on ne voit pas ça dans les petites villes, ni même à Paris.
      On a tendance à prendre les hommes qui ont envie de porter des vêtements (ou des bijoux) « féminins » pour de grands dérangés. Mais pas l’inverse (les femmes qui s’habillent en homme).

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  9. C’est le deuxième article que je lis de vous (j’ai lu celui sur Tomb Raider car je suis une très grande fan justement du personnage Lara Croft et justement de l’univers « Indiana Johns » revu et corrigé par une femme forte) et je trouve vos articles absolument complets. Au début, j’ai eu très peur de lire quelque chose de très « soporiphiquement » féministe. Un engagement forcené se rapprochant au bourrage de crâne. Mais non, c’est intelligemment fait. Truffé de références toutes plus complémentaires (et intéressantes) les unes que les autres.

    Bref, j’ai partagé auprès de mes amis, je lis et je continue le blog avec intérêt.

    Bravo pour votre travail.

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  10. bon, moi féministe, moi avoir un son de cloche différent.
    Les sifflets c’était mal , très mal .
    Maintenant , justement en tant que féministe, je suis un peu remontée contre Duflot. Parceque justement je pense que ce genre de ro-robe girly est hyper contre-productive dans un cadre comme l’assemblée, où le principe n’est pas d’être la plus belle pour aller danser. Je pense qu’il serait plus stratégique en tant que femme, de la jouer sobre, élégante, bien habillée, en jupe si on veut, mais sobre, et surtout pas « girly » Ultra – genrée. Les mecs sont en costar, sans fanfreluche, pas en short, c’est le code, pourquoi ? parcequ’à l’assemblée on représente les décisions les plus importantes prises au niveau de l’état, et qu’on est supposé donner une image de sérieux, pas d’après midi champêtre.
    Pour moi Duflot a fait une grave erreur de com’, et a juste collé à la peau de son stéréotype, donnant matière à revenir sur les histoires de femmes et de chiffons, que justement on devrait faire oublier en jouant selon les mêmes codes , des codes non basés sur le genre, justement-

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