Vu Lu Entendu – Spécial sport

Il paraît que les JO commencent ce soir. Il paraît. J’en ai même trouvé quelques échos dans la presse.

Si vous pensez que des articles ou des émissions pourraient trouver leur place dans cette sélection, n’hésitez pas à les suggérer en commentaire.

Classe affaires ou classe éco? Une question de genre

On en a pas mal parlé ces derniers jours: que ce soit pour le football japonais ou pour le basket australien, les conditions de voyage des équipes dépendent de leur genre. Devinez qui se retrouve en classe éco. L’équipe japonaise de football féminin, par exemple, est pourtant championne du monde et favorite pour les JO…

Pas de canoë-kayak pour les femmes

Dans cet article du journal britannique The Guardian, on apprend qu’il n’y aura pas d’épreuves de canoë-kayak pour les femmes, alors que cinq évènements sont organisés pour les hommes. Une championne britannique de la discipline estime ce choix discriminatoire et poursuit en justice les organisateurs des JO.

Doit-on exclure les pays qui voilent leurs femmes?

Le CIO a eu du mal à convaincre notamment l’Arabie Saoudite et le Qatar d’envoyer des athlètes féminines aux JO. Le principe de l’égalité a en effet été inscrit dans la Charte olympique… l’année dernière. Il est question de « soutenir la promotion des femmes dans le sport […] dans le but de mettre en œuvre le principe d’égalité entre hommes et femmes ». Pour la première fois, 45% des athlètes concourant sont des femmes (elles étaient 42% à Pékin). L’Arabie Saoudite a été le dernier pays à plier et enverra deux athlètes invitées par le CIO: la judoka Wodjan Ali Seraj Abdulrahim Shahrkhani et la coureuse de 800 mètres Sarah Attar. Maryam Namazie, une militante d’origine iranienne, membre du Comité central de l’Organisation pour la libération des femmes, souhaite exclure des JO les pays qui voilent leurs femmes, au nom du respect de la Charte olympique. Elle compare le sort réservé aux femmes dans les pays pratiquant la Charia à l’apartheid en Afrique du Sud et rappelle que ce pays a été exclu des JO en 1970 à cause de sa politique raciale.

Le port du voile autorisé pour les joueuses de football dans toutes les compétitions

Il s’agit d’une nouvelle règle, promulguée ce mois-ci par l’International Football Association Board (Ifab) et concernant les compétitions de la Fédération internationale de Football (Fifa). Pour les JO comme pour les compétitions de la Fifa, le port du voile pose problème dans la mesure où il va à l’encontre du principe de neutralité politique, religieuse et raciale.

La boxe féminine devient discipline olympique

Alors que la boxe anglaise est discipline olympique depuis plus de 100 ans, la boxe féminine ne fait son entrée dans les Jeux que cette année. Fabienne Broucaret (auteure de Le sport féminin, dernier bastion du sexisme?) note cependant qu’on ne peut pas parler d’égalité, puisque la discipline propose trois catégories pour les femmes contre dix pour les hommes.

Enjeux financiers et éthiques

Les enjeux financiers des JO sont évidemment multiples, mais il en est un bien spécifique: celui de la prostitution. L’historienne Malka Marcovich, militante pour les droits des femmes et anti-prostitution, souligne qu' »il n’existe pas de rencontres sportives de grande ampleur sans une forme de prostitution plus ou moins visible », pour les joueurs et les supporters. Selon elle, cela participe d’un climat de sexualisation outrancière des femmes et de violence sexiste dans le milieu du sport.

Je précise que je prends pas ici parti dans le débat sur la prostitution. Il me paraît cependant important d’évoquer le lien entre prostitution et grands évènements sportifs. Je n’ai pas trouvé d’article pour faire contre-poids, toutes les suggestions sont les bienvenues.

Les tests de féminité, ou le soupçon

Vous vous souvenez peut-être de l’affaire Caster Semenya. Cette coureuse sud-africaine, qui a remporté la finale du 800m aux Championnats du monde d’athlétisme de Berlin en 2009, s’était vue infliger un test de féminité. La raison? Des « doutes visuels » émis par le patron de la Fédération internationale d’athlétisme. Cette affaire avait mis sur le devant de la scène une pratique très ancienne: la vérification du sexe d’une athlète, autrement appelée « test de féminité », ou plus récemment « contrôles de genre ». Cette dernière appellation masque cependant le fait que le procédé est uniquement destiné aux femmes athlètes, plus précisément à celles dont les prouesses jettent le trouble sur leur identité sexuelle. Il a été créé pour éviter que des hommes ne trichent en concourant dans la catégorie féminine. Ce test pourra être pratiqué à Londres, ce qui fait polémique. Dans cette interview de 2009, la sociologue Catherine Louveau, spécialiste des questions de genre dans le sport, explique en quoi il s’agit d’une pratique sexiste et peu fiable, dans la mesure où elle ne prend notamment pas en compte le phénomène de l’intersexuation. Sans compter que le test est humiliant pour la personne concernée. Ce procédé questionne en outre les notions d »identité sexuelle et d’identité de genre et ce que la société y rattache. Selon elle, « Le procès de virilisation commence à partir du moment où les sportives sont « trop » : « trop » grandes, « trop » fortes, « trop » musclées, « trop » performantes ». On soupçonne un homme très performant d’être dopé; pour une femme, on l’accuse d’être masculine (souvenez-vous d’Amélie Mauresmo), voire d’être un homme.

AC Husson

Pour aller plus loin
Fabienne Broucaret, Le sport féminin, dernier bastion du sexisme?, Michalon, 2012. Vous pouvez aussi visiter son blog, Sportissima.
Thierry Terret (dir.), Sport et genre XIXe – XX e siècles . La conquête d’une citadelle masculine (sous la direction de Thierry Terret), L’Harmattan, 2005. Notamment l’article « Le test de féminité, analyseur du procès de virilisation fait aux sportives », écrit par Caroline Louveau et Anaïs Bohuon.

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7 réflexions sur “Vu Lu Entendu – Spécial sport

  1. Pour des documents contredisant l’idée que les grands événements sportifs seraient « générateurs » de prostitution, Morgane Merteuil avait des sources.

    J’en retrouve notamment deux sur le site du STRASS, dans ce communiqué :
    http://site.strass-syndicat.org/2012/06/une-patronne-de-bordel-face-a-trois-commentatrices-anti-prostitution-ou-comment-mener-le-debat-sur-le-travail-sexuel-vers-le-bas/

    et les sources sont les suivantes :
    http://www.moratorium2012.org/the-evidence/
    [pdf] http://www.gaatw.org/publications/WhatstheCostofaRumour.11.15.2011.pdf

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  2. Juste deux précisions…

    Pour le Kayak, il y a bien eu des épreuves féminines (suite à l’attaque en justice ? je vais me renseigner).

    Pour la boxe, j’ai peut être, et je dis bien peut-être, un début d’explication. Les nombreuses catégories en boxe, permette d’étaler la puissance des boxeurs. En effet, le meilleur boxeur poids mouche de tous les temps, peut se blesser plus que sérieusement en se mangeant un coup de poing d’un poids lourd. Chaque kilos supplémentaire représente une force de frappe.
    Chez les femmes, le phénomène est peut-être moins accentué pour le moment. Auquel cas, répartir les boxeuses en une dizaine de catégorie est peut-être, simplement, inutile =).
    Encore une fois, je précise que cela est une réflexion perso.

    Pour les test de féminité et plus particulièrement sur l’athlète citée, le problème n’était pas tant son physique atypique même si beaucoup se sont « régalés » avec ça….Cela venait surtout de sa performance compte tenu de son historique.
    Ensuite, il s’avère que Caster Semenya est née avec des organes génitaux externe féminin et des organes génitaux internes masculin. Ainsi, son taux de testostérone était beaucoup plus élevé que la « normale » féminine. Un avantage conséquent dans le sport.
    Après enquête, la FIA a modifié son règlement, réintégré la coureuse. L’élément modifié par la FIA étant la limitation du taux de testostérone pour pouvoir concourir dans la catégorie féminine ! (Autre débat : Ces femmes ayant un taux plus élevé que les femmes et voire même très proche des hommes, ne pourrait-elle pas concourir dans la même catégorie ?)
    Source : http://www.lemonde.fr/sport/article/2012/08/11/et-dieu-crea-caster-semenya_1745029_3242.html

    Voilà =) J’espère avoir été constructif, pas hors sujet et que la lecture sera « intéressante ».
    Bonne journée à tous !

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  3. Peut être que mon commentaire est légèrement à côté (et en retard de plus d’un mois aussi peut être) de ce qui est exposé dans l’article mais je me demande depuis un certain temps pourquoi il n’est pas permis aux femmes de concourir avec les hommes si l’envie leur en prend. L’argument « oui mais ça serait pas juste pour elles » est-il réellement sérieux? Je doute qu’une femme décidant de concourir chez les hommes ne soit pas au courant de certaines différences physiologiques qui peuvent exister entre les deux sexes, à partir de là si son choix est fait, au nom de quoi pourrions-nous le lui refuser?

    Pour rebondir rapidement sur l’exemple de la boxe, pour l’avoir pratiqué je peux dire premièrement il arrive souvent que les femmes faute de partenaires de même sexe s’entrainent au moins aussi souvent avec des hommes que des femmes et que deuxièmement la différence de puissance se sent moins dans les catégories plus légères.

    Et non je ne trouve pas ça idiot cher Kéké aux grands pied, de mettre les cas d’hermaphrodisme sur la table, leur existence n’est pas un mythe il serait temps que le sport évolue et dépasse cette barrière du genre qui bien souvent exclue et humilie (avec ces fameux tests de féminité) toute une frange de la population, certes réduite mais existante.

    Tout cela me rappelle cette fameuse histoire qui aurait du couvrir le CIO et l’Union Internationale de Tir de honte suite aux JO de Barcelone en 92 où une femme avait remporté l’épreuve mixte du Skeet (ou Ball-Trap). Pensez-vous, une femme terminant devant les hommes à une épreuve de tir à la carabine… Heureusement nos deux larrons soucieux de l’atteinte à la virilité des compétiteurs s’empressèrent de supprimer cette catégorie mixe de la remplacer par deux nouvelles, une pour chaque sexe… On touche là, je pense, le fond du pathétique.

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