« Dans l’amour des homosexuels »: personne n’est homophobe

Il faut se réjouir de la manifestation du 13 janvier – mais si, je vous assure. On a effectivement appris à cette occasion que s’opposer au mariage pour les couples de même sexe, ce n’est pas être homophobe. D’ailleurs, c’est celui qui dit qui y’est: c’est le gouvernement qui est homophobe, lui qui prétend réduire les homosexuel·le·s à leurs « instincts ».

Frigide Barjot, organisatrice de cette manifestation, a commenté sur BFM TV la mobilisation en déclarant qu’« un million de personnes se sont mobilisées dans l’amour des homosexuels ». On peut se demander ce qu’il en serait si ces personnes n’aimaient effectivement pas les homosexuel·le·s.

Le mot d’ordre de la manifestation était d’ailleurs aux bonnes moeurs anti-homophobes, et on a pu voir des slogans aussi touchants que « mariageophile, pas homophobe » (à prononcer la bouche en cœur et les yeux candides).

A noter aussi à gauche: « On veut du sexe pas du genre ». La genrophobie, elle, a visiblement bonne presse.

On peut donc « aimer les homosexuels » tout en considérant qu’ils/elles ne devraient pas avoir les mêmes droits que les hétéros. D’innombrables discours procèdent ainsi: il s’agit de 1) nier l’homophobie en affirmant qu’on accepte, voire qu’on aime les personnes concernées; et 2) leur refuser l’égalité des droits, en affirmant que cette question est distincte de l’homophobie. Pour le dire autrement: l’homophobie est une question psychologique (aimer, accepter, ou non); la question de l’égalité, elle, est arbitrairement exclue du champ de l’homophobie.

Qu’est-ce que l’homophobie, et pourquoi ces protestations?

Le terme « homophobie », apparu dans les années 1970, semble s’être imposé d’une telle manière que l’accusation d’homophobie est devenue un stigmate social: personne ne se revendique comme homophobe. En tout cas, la parole d’une personne s’assumant comme telle n’aurait aucune légitimité, ce qui justifie les protestations de Barjot, Boutin & co: il faut se dédouaner de cette accusation pour être en mesure de faire passer son discours pour légitime.

L’invention du terme « homophobie » a permis de mettre un nom sur des attitudes et des propos qui pouvaient jusque-là avoir droit de cité, faute de langage pour les dire et les condamner. Ce terme permet de donner une existence concrète à ce qui relevait jusque-là du ressenti et de l’informulé, comme l’ont fait en leur temps « racisme » (début du XXème siècle) et « sexisme » (début des années 1960). En devenant une réalité concrète, l’homophobie est peu à peu tombée, comme les autres discriminations, sous le coup de la loi (1). Elle fait aussi l’objet d’actions politiques de sensibilisation et de prévention (2).

Dans L’inversion de la question homosexuelle, le sociologue Eric Fassin constate que « nul n’ose aujourd’hui défendre l’homophobie » (p. 63). « Aujourd’hui », c’est-à-dire dans les années 2000, juste après les débats sur le PaCS et, déjà, le mariage pour les couples de même sexe, débats que le sociologue analyse.

Ce constat intervient dans un chapitre qui tente une définition de l’homophobie, définition très complexe à établir en raison de sa nature politique. Le sens du terme hésite selon lui actuellement entre deux pôles:

    – le pôle psychologique, relevant du registre individuel: l’homophobie se définirait comme le rejet des homosexuel·le·s et de l’homosexualité;

    – le pôle idéologique, relevant du registre collectif: l’homophobie comme défense de l’inégalité des sexualités. Dans ce sens, on parle aussi d’#171;&hétérosexisme ».

Pour Eric Fassin,

    Dans les débats actuels [sur le PaCS], l’accusation d’homophobie s’appuie sur la deuxième définition (l’inégalité); mais en retour, la disculpation se fonde sur la première (la phobie). C’est un argument qui est attaqué, au nom de l’égalité des sexualités; mais la contrattaque est une défense de la personne, qui se dit soupçonnée à tort d’être homophobe […]. Ce « malentendu » autorise donc à se justifier de hiérarchiser les sexualités en plaidant que, personnellement, on aime beaucoup les homosexuels. C’est d’ailleurs la même ambiguïté, entre idéologie et psychologie, qui permet, politiquement, de [tenir] le langage de la compassion, de la tolérance, voire de l’affection.

En d’autres termes, les débats autour du PaCS à la fin des années 90 ou sur le mariage pour tou·te·s aujourd’hui permettent de mesurer l’écart entre des dispositions psychologiques revendiquées (« je n’ai rien contre les homosexuel·le·s ») et une idéologie (« mais je ne veux pas qu’ils/elles aient les mêmes droits que moi »). L’accusation d’homophobie porte avant tout sur son caractère idéologique; la réponse, elle, est de caractère psychologique. Un dialogue de sourds, en somme.

Il est donc important de montrer en quoi ces deux définitions de l’homophobie se rejoignent. Surtout, il importe de mettre l’accent sur le fait que l’idéologie inégalitaire ne peut se distinguer de la haine de l’homosexualité; comme l’écrit Eric Fassin,

    si la société nous enseigne, par le droit et les moeurs, l’infériorité de l’homosexualité, comment l’aversion homophobe n’en découlerait-elle pas naturellement? Autrement dit, il n’est pas besoin de postuler l’intention homophobe pour conclure aux conséquences de l’inégalité des sexualités: on aura beau aimer les homosexuels, le refus de l’égalité reste au principe de l’homophobie.

Une homophobie qui ne dit pas son nom

Est-ce à dire que, l’homophobie n’étant plus acceptable et même possiblement pénalisable, il n’y a plus d’homophobes? Bien sûr que non: de même que le sexisme et le racisme, l’homophobie a encore de beaux jours devant elle. Tout au moins fait-elle l’objet d’une réprobation suffisamment consensuelle pour ne plus s’afficher aussi ouvertement qu’auparavant.

L’homophobie doit donc trouver des chemins détournés pour s’exprimer, comme par exemple le discours (soi-disant) scientifique. On s’appuiera sur l’anthropologie, notamment, pour ériger la différence des sexes dans le couple et dans la filiation en principe indépassable et en invariant universel, contre l’évidence anthropologique même, à savoir l’existence de couples et de familles homosexuels (3).

L’impossible justification politique

Le consensus autour de la stigmatisation de l’homophobie a une autre conséquence: il n’est pas possible de justifier le refus d’ouvrir le mariage aux couples de même sexe par des arguments politiques. Pour les partisan·e·s de cette ouverture, il s’agit d’obtenir l’égalité des droits. Or les arguments contre ne peuvent se situer sur le même terrain: difficile de répondre « je ne veux pas de l’égalité des droits » (même si bien sûr c’est de cela qu’il s’agit). A la place, on invoquera des arguments ne relevant pas a priori de l’idéologie, mais de la religion, de l’anthropologie, d’une vision de la nature, etc.

On assiste donc, à nouveau, à un dialogue de sourds: les anti-«mariage pour tous » ne répondent pas aux arguments politiques des pro; en retour, les pro ne peuvent pas se situer sur le même terrain que les anti, car il serait absurde et hors-sujet de justifier l’ouverture du mariage en arguant qu’elle n’est pas contraire à la religion ni aux lois de la nature.

Un dialogue de sourds, mais non pas une situation symétrique. Ce n’est pas que nous refusons d’entendre que ceux et celles d’en face ne sont pas homophobes: nous savons qu’ils/elles le sont. Leur malhonnêteté consiste à jouer sur les mots et à adapter la définition de l’homophobie à leurs besoins, une manœuvre qu’il est essentiel de dénoncer.

AC Husson

—– Notes

(1) Depuis 2002, la discrimination à l’embauche en fonction de l’orientation sexuelle est interdite, de même que le harcèlement sur le lieu de travail pour le même motif. Depuis 2004, les propos discriminatoires tenus publiquement, ce qui inclut les propos homophobes, sont eux aussi réprimés.

(2) En 2008, le ministre de l’Éducation Nationale Xavier Darcos annonce un plan de la lutte contre toutes formes de discriminations, dont l’homophobie, en milieu scolaire; en 2012, le ministère des droits des femmes a mis en place un « programme d’actions gouvernemental contre les violences et les discriminations commises à raison de l’orientation sexuelle ».

(3) Sur ce sujet, voir E. Fassin, « La voix de l’expertise et les silences de la science dans le débat démocratique », dans Au-delà du PaCS (cf. bibliographie ci-dessous).

—– Pour aller plus loin

FASSIN, Eric ([1999] 2001), « La voix de l’expertise et les silences de la science dans le débat démocratique », Au-delà du PaCS: l’expertise familiale à l’épreuve de l’homosexualité, D. Borrillo, E. Fassin et M. Iacub (dir.), Paris, PUF.

FASSIN, Eric (2005), L’inversion de la question homosexuelle, Paris, Editions Amsterdam.

Du même auteur, en ligne:
« Le mariage pour tous… au cas par cas ! »
« L’Eglise catholique, au mépris du droit » (tribune dans Le Monde)
« Du Pacs au « mariage pour tous » : enjeux sociaux et politiques » (conférence)

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24 réflexions sur “« Dans l’amour des homosexuels »: personne n’est homophobe

  1. Et si par exemple, imaginons qu’on est hétérosexuel et qu’on en ait pas grand chose à faire de toute cette égalité des droits, qu’on est tout prêt à ce qu’elle soit accordée si c’est la demande de la communauté concernée, mais qu’on considère que c’est discutable que ça représente un progrès? Au point de vue par exemple de l’émancipation des minorités en générale? Que cette volonté de faire finalement pareil que la majorité de la part de ceux qui ont longtemps été à l’avant-garde est un peu décevante? C’est de l’homophobie ou bien c’est juste une vue erronnée de la situation?

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        • Peut être que vous ne connaissez que des homosexuels « avant-gardistes » mais vous ne pouvez pas vous fonder sur cette « expérience ». C’est comme si je disait que « puisque j’ai connu des hommes violents, touts les hommes sont violents » je pense que vous apprécierez pas ce genre de généralisation et vous auriez raison, alors ne le faites pas pour les homos. Le FN comporte maintenant un groupe d’électeurs homosexuels, et je ne qualifiait pas, par exemple ces homosexuels membre du FN, comme « avant-gardistes ». Ils sont minoritaires parmi les homosexuels, mais ils n’en sont pas moins homos pour autant et ils existent. Il y avait aussi quelques homos dans la manif catho. Les homos sont des gens comme les autres, il y en a de toute sorte, certains veulent êtres parents, d’autres pas etc… et le seul point commun qu’on peu leur trouvé est leur orientation sexuelle. Ceci devrait vous laissez dans l’indifférence la plus complète. La sexualité des gens ne vous regarde pas, tant qu’elle se fait avec le consentement de l’autre elle ne regarde que sois-même. L’avant-gardisme n’est pas intrinsèque à l’homosexualité, c’est un cliché qu’on peut entendre parfois. J’ai même entendu certains homosexuels l’utiliser comme valorisation. Je trouve cela assez contre-productif puisque c’est une généralisation et si on accepte les généralisations positives, il n’y a plus d’argument valable contre les généralisations négatives. C’est comme les deux faces d’une même pièce.

          Votre idée de « faire pareil que la majorité » est vraiment bizarre. Quant les femmes ont obtenu le droit de vote, voyez vous ca comme du copiage des hommes ? Quant les noirs ont eu le droit à pouvoir s’assoir dans le bus aux USA, pensez-vous que c’est de leur part un mimétisme décevant des blancs ? Pourquoi l’accès au mariage civil pour les homosexuels serait une « volonté de faire finalement pareil que la majorité » hétérosexuelle? Pourquoi pensez vous que les homosexuels ne sont pas « pareils que la majorité » ou ne devraient pas l’être ?
          Que l’égalité soit effective (et pas seulement un joli mot sur les frontons) n’est pas un caprice, une lubie et n’a rien d’immature, comme le sous entend votre idée de « faire pareil que ».

          Vous dites aussi : « on considère que c’est discutable que ça représente un progrès? »
          Qui est-ce « On » ? Qu’est ce qui est discutable dans le fait que l’égalité soit un progrès ? Vous n’avancez aucun argument a ce prétendu non-progrès. Qu’est ce qui justifierait pour vous que l’égalité en droits ne soit pas l’égalité en droits ? Il n’y a pas de demi-égalité ou alors nous ne parlons pas la même langue et c’est plus qu’un problème d’expérience.

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  2. Bonjour,
    Je tenais simplement en tant que lectrice inconditionnelle de votre blog, à vous remercier pour le travail accomplie: vous lire est un plaisir pour mon esprit (assez fragile en ce moment au vue des absurdités rabâchées à longueur de journée en ce moment sur les genders studies).

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  3. « On peut donc « aimer les homosexuels » tout en considérant qu’ils/elles ne devraient pas avoir les mêmes droits que les hétéros. »

    C’est à peu près le principe des hommes qui disent que s’ils refusent des droits égaux entre hommes et femmes, c’est justement parce qu’ils respectent bien trop les femmes.

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  4. Bonsoir à tous et à AC Husson, avant de proposer ma divergeance j’aimerais vous remercier du travail que vous accomplissez, proposant ainsi un lieux où ceux qui veulent vraiment discuter, s’entendre pour avancer ensemble, le peuvent.
    Je trouve également la « méthodologie » propre à ce blog, en accordant la plus grande importance aux discours et aux mots employés (dans les médias, dans la rue, dans les bouches, partout), très intéressante. Cela permet de mieux voir les mécanisme sociaux, réthoriques, forces symboliques et autres réalités surpuissantes que ces choix de mots trahissent.

    Sur l’article,
    je trouve étonnant que ce débat ne tourne qu’autour du « homophobe, pas homophobe » sous-entendant que démontrer l’homophobie du parti conservateur suffirait à légitimer le changement législatif.
    Personne ne prête attention au fait EXTRAORDINAIRE (la dernière fois remonte probablement à l’IVG) que des populations s’organisent, se rassemblent et manifestent (voire contre-manifestent) APPAREMMENT contre une évolution sociale qui semble, aujourd’hui, logique, toute indiquée/naturelle vu l’intégration croissante des communauté LGBT, le mépris du rejet, les loi contre la discrimination.

    Peut-être qu’il y a autre chose ?

    Clairement, la question du mariage pour tous se situe dans le cadre de Nouveaux Mouvements Sociaux, NMS, comme les émeutes de 2005 exprimant le raz-le-bol des jeunes de banlieues face à leur marginalistion sociale et à contrario des manif CPE (qui restait sur une lutte pour les conditions matérielle d’existence : la précarité de l’emploi)

    Ce sont des mouvements qui luttent pour l’Historicité, pour l’orientation idélogique d’une société si l’on en croit les thèse de A.Tourraine. Sachant cela, j’en vient au fait :
    PERSONNE ne veut empêcher les gens de même sexe de s’aimer ou de s’unir. Soyons sérieux. A mon avis, il ne serait pas non plus insensé de dire que les communauté LGBT occupe un second rôle dans cette histoire dans le sens où leur droit (ou l’égalité dans l’application de ces droits) ne sont pas le 1er soucis de ceux qui s’opposent au mariage pour tous.

    Ils s’agit pour eux de préserver leur modèle de société et de famille. Etre pour une orientation ne signifie pas être contre une autre, il s’agit d’un choix, d’une préférence et je trouve étonnant que des défenseur du choix libre de sexualité n’admette pas le choix libre de valeur. Même si elles sont en déliquescence.
    En l’occurence, que le mariage est un 1er pas au fondement d’une famille et que pour procréer il vaut mieux une personne de chaque sexe. Car comme nous savons, la question du mariage pour tous n’est qu’une façade (puisque personne ne veut empêcher d’unions quelqu’elles soient), le vrai « truc » étant de savoir si on veut modifier ou pas notre conception de la famille.
    Pas de débat sur l’éducation est mieux comme ci ou comme ça, il s’agit de savoir ce qu’on veut voir dans notre société. La question légale du mariage métisse a déjà été posée depuis longtemps et personne ne s’y opposerai, aujourd’hui. N’est-ce pas ? Mais peut-on en déduire, que dans leur intime conviction, tout le monde est pour, n’a aucun problème avec ça ? Sont-ils racistes pour autant ?

    Pour moi, il n’y a vraiment pas d’homophobie dans leur prise de position (pas plus qu’ailleurs pour le moins), simplement un conformisme très très fort. Un conformisme qui rejette les situations différentes. Le fait qu’il rejette (aujourd’hui) les situations homosexuelles m’apparait comme une contingence (n’importe qu’elle autre situation différente se serait heurté au même mur).

    J’épilogue parce que je pense qu’il est important d’identifier correctement les freins auxquels l’on a affaire si l’on veut débloquer au mieux la situation.

    En attendant vos réponses,
    Des bisous ! Et merci d’avoir lu.

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    • « La question légale du mariage métisse a déjà été posée depuis longtemps et personne ne s’y opposerai, aujourd’hui. N’est-ce pas ? Mais peut-on en déduire, que dans leur intime conviction, tout le monde est pour, n’a aucun problème avec ça ? Sont-ils racistes pour autant ? »

      Heu, oui, on peut en déduire qu’*ils* sont racistes, non ?
      C’est une piste extrêmement bizarre que vous proposez là (comment justifier le refus du principe des unions « métisses » autrement que par des arguments « racistes, franchement ?) et qui se dirige tout droit vers le même dialogue de sourds évoqués dans l’article (la personne accusée de racisme se récriera d’une telle intention soutenant qu’elle n’a rien contre les *insérez je ne sais quel groupe social-nationalité-ethnie-culture* et qu’il s’agit d’un autre débat, etc etc.)

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      • J’ai peut-être été abscon, je n’ai pas l’habitude de l’épanchement sur le net.
        Je parlais du vrai métissage, celui qui mélange des cultures et nationalités différentes, au-delà des couleurs. Et dans ces cas là, où des situations différentes (l’étranger) viennent « imposer » des modes, manières, principes différents chez soi, ça peut vite poser problème (dans la communauté jusque là orthodoxe) dans le sens où d’autres valeurs se perdent. Pour sûr, en cherchant, d’une façon ou d’une autre il s’agit de racisme, mais surtout de se protéger face à une atteinte/changement non-voulu / maitrisé et qui n’est pas nécessairement préférable vu le coût qu’il implique. Encore une fois, être pour un camp ne peut se résumer à être contre l’autre.

        Et comme vous dîtes, cette personne accusée de racisme soutiendra qu’il s’agit d’un autre débat…parce qu’il s’agit d’un autre débat. Sur le fait que, par exemple, les enfants de couples cosmopolites ont quasi-toujours (disons-le) le cul entre deux chaise.

        Pas de quoi faire un drame ou s’opposer à ces unions, pour sûr. Juste pour dire que des situations différentes entrainent nécessairement des déroulement/conséquences différents et que craindre ces déroulements inconnus n’est pas irrationnelle (ou raciste ou homophobe, même si ici on en arrive à une prise de position homophobe). Simplement, dans leur perception, le « risque » est sur-évalué.

        De fait stigmatiser ces personnes d’homophobie, alors qu’elles sont en fait inquiètes, ne peut que les bloquer et bloquer le débat.

        J’espère avoir été plus clair, cette fois, et que mes autres réponses clarifieront davantage les choses, s’il le faut.

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        • « De fait stigmatiser ces personnes d’homophobie, alors qu’elles sont en fait inquiètes, ne peut que les bloquer et bloquer le débat. »

          Mais leur inquiétude vient de l’homophobie.
          Ces personnes s’inquiètent ? De quoi ? Que les homos obtiennent plus de droit, et après quoi ? Y en aura de plus en plus et ils vont finir par nous imposer leur loi ? On leur donne la main et ils nous prennent le bras ? Leurs valeurs vont s’insinuer dans ma propre famille, c’est ça la France ?
          Etc etc.
          Leur inquiétude assez irrationnelle s’exprime en manifestation et en revendication inégalitaire et peut blesser, insulter, ou stigmatiser, pour reprendre le mot, n’importe quel homo. La moindre des choses est de bien rappeler l’homophobie à la source de cette situation, quitte à les « stigmatiser » à leur tour.

          Aussi, refuser un « véritable mariage métisse » (pour soi, pour son enfant à la limite, parce que vous n’aimez pas votre future belle-famille, qui sait ?) n’est pas la même chose que penser que les mariages métisses devraient être interdits parce qu’ils afaibliraient la société et désacraliseraient mon propre mariage.
          Même si les deux peuvent venir d’un bon vieux relent raciste.

          Enfin, juste un mot sur :
          « Et comme vous dîtes, cette personne accusée de racisme soutiendra qu’il s’agit d’un autre débat…parce qu’il s’agit d’un autre débat. Sur le fait que, par exemple, les enfants de couples cosmopolites ont quasi-toujours (disons-le) le cul entre deux chaise. »

          Dire que les enfants métis sont malheureux parce que c’est la faute de leurs parents qui les ont mis le cul entre deux chaises, ou parce que c’est la fautes des unions de cultures différentes qui rendent malheureux leurs enfants, au lieu de se dire que ces enfants sont malheureux parce que la société ou les mentalités ou les cultures sont pour la plupart incapables d’accepter ces enfants avec indifférence ou bienveillance, c’est se tromper de combat.
          A ce prix-là, on stérilise les gros, les laids, les pauvres, parce que leurs enfants pourraient souffrir du regard des autres sur leur famille et leurs origines, et devenir des victimes de la violence et de l’intolérance à cause de leurs parents, qui ont fait passer leur désir d’enfant avant de penser à la tristesse que pourrait vivre cet enfant…

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    • « Pour moi, il n’y a vraiment pas d’homophobie dans leur prise de position (pas plus qu’ailleurs pour le moins), simplement un conformisme très très fort. »

      D’abord, conformisme et homophobie sont compatibles. Par définition, les personnes conformistes adoptent les pensées / raisonnements / comportements en vigueur du groupe social auquel ils appartiennent. Par conséquent, si le groupe social est homophobe…

      Je trouve le conformisme détestable, dans le sens où l’on perd la notion de responsabilité : « mais non, c’est pas moi, j’ai fait comme les autres ». Pourtant, chacun est responsable de ses propres actes. Voire de ceux qu’il induit chez le voisin. Et des conséquences.

      Dans « Le judaisme pour les Nuls », d’après l’auteur, la corruption attribuée à Sodome et Gomorrhe n’est pas liée à la sexualité mais à « l’indifférence vis-à-vis d’autrui, des perversions de la justice, d’une richesse excessive, de conformisme et de la cruauté ».

      Je ne sais pas si c’est de l’homophobie ou de l’anti-ce-qui-n-est-pas-conforme-à-mon-modèle, mais ça revient exactement au même : l’exclusion de l’autre en raison de sa religion, origine, couleur, orientation sexuelle… Et le conformisme, là dedans, n’est pas une excuse : au contraire, il dispense l’individu de réfléchir et remettre sa propre vision en question.

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      • Voilà une définition du conformisme qui me surprend ! 🙂
        Pour moi, le conformisme ne peut constituer une excuse/ une dispense de responsabilité, même pour les conformistes. Bien au contraire, c’est parce qu’il fait partie d’un groupe et qu’il doit répondre de ses actes, valeurs et positions (il en est donc pleinement responsable) que le conformiste se plie aux « formes » dictée par le groupe… You see me ?

        « mais non, c’est pas moi, j’ai fait comme les autres (et surtout : je risque gros à ne pas faire comme eux) ». De fait, pour moi, les vrais conformistes sont l’immense majorité qui ne s’exprime sur la question (pour revenir à l’indifférence que vous invoquiez) et non ceux qui manifestent.

        Si ceux-là s’emmerdent (parce qu’ils faut le faire quand même : organiser des manif, faire des banderoles, monter des sites web, etc) à objecter, c’est qu’ils ont des raisons. Car les hommes ne sont pas fous ou idiots.

        Et si la conséquence (refus de la loi à venir) reste la même, la cause diffère. De fait, son traitement aussi. Un même symptôme peut cacher une multitude de maladies renvoyant à une multitude de traitements.
        D’où l’importance de s’interesser à l’opposition.

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  6. @Johnbas : « le vrai « truc » étant de savoir si on veut modifier ou pas notre conception de la famille ». Cette conception est dépassée et ne correspond plus du tout à la réalité sociale. Il y a une abstraction faite sur l’idée du couple basée sur le modèle naturel qui alimente de nombreux fantasmes. Fantasmes alimentés par la peur de l’évolution, liés à l’adhésion aux modèles conservateurs (la religion en tête, qui par exemple condamne ces éléments du progrès social (Préservatif, PMA, l’IVG,…).

    @johnbas: »Mais peut-on en déduire, que dans leur intime conviction, tout le monde est pour, n’a aucun problème avec ça ? Sont-ils racistes pour autant ? »
    Bien entendu. Il s’agit de racisme. Quelle autre différence que la couleur de peau avec un autre mariage sinon ?

    La manif antigay a pris en otage des centaines d’enfants (composés donc statistiquement de 5% à 10% d’homosexuels). La plupart des enfants élevés par des homosexuels et adultes indiquent tous leur refus d’être instrumentalisé par les « anti » pour cacher leur homophobie. C’est pourquoi je suis heureux de lire cet article. (Bravo). Depuis plusieurs années, l’homophobie la plus sournoise n’est pas celle des « casseurs de pédés » ou des insultes directes comme « sale pédale / sale gouine », mais bien l’homophobie « savante ». Celle que le figaro plébiscitait encore il y a quelques années en publiant des articles en première page amalgamant « scientifiquement » l’homosexualité à la pédophilie, mais sans « homophobie »….
    C’est un peu comme si on manifestait contre les droits des noirs, tout en déclarant ne pas être raciste… C’est marrant comme la transposition avec le racisme vaut mille discours…

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    • Dépassée ou non, cette conception de la famille reste en vigueur et les situations divergentes (monoparentale, divorcé, orphelinat) lui sont « inférieur », ou plutôt « moins bien ». A tord ou à raison, la loi (sociale, ici) ne fait pas cas des spécificités matérielles.
      Et cette conception perdurera tant qu’une autre, plus adaptée, ne verra pas le jour.

      Sur votre 2ème paragraphe, je vous redirige vers ma réponse (plus haut) à Créneau.

      Du reste si l’argument de l’analogie avec la situation « pas raciste mais contre les droits des noirs » fait mouche au 1er instant, il vacille face à la réflexion. Le rapprochement est trop léger. Manifester contre les droits de noirs reviendrait (nécessairement) à douter de leur statut de citoyen (et donc de leur humanité, en remontant la chaîne logique) ce qui est effectivement raciste. Au sens où j’affirme que l’autre « race » m’est strictement inférieure.

      Je pense que pour les opposants au mariage pour tous, il est question (entre bcp d’autres choses) d’aptitude.

      Les myopes (et autres pb visuels) ne peuvent pas être pilote d’avion à l’armée, c’est interdit et illégal. Injuste n’est-ce pas ?
      Si leur droit au pilotage devait être débattu. Ceux qui disent « non » seraient-ils nécessairement des nazis de la myopies, myopohobes ou je ne sais quoi ? Bien sûr que non, car derrière ce droit, il y a des enjeux (défense du pays) qui dépassent les individus concernés.
      De même, un étranger ne peut être président de notre république. Et si cette loi devait être débattue, serions-nous tous xénophobes de nous vouer à son maintien ??
      Ces analogies là me semblent plus appropriée.
      Que la sexualité puisse handicaper (dans la conception de l’amour qu’elle implique, le rapport aux autres et au sexe opposé, etc) l’éducation d’autrui est infiniment plus complexe à prouver (et surtout à réfuter !!). Mais les enjeux subsistent et l’incertitude entraine le risque… hors les gens exècrent le risque. On se retrouve avec des réactionnaire qui se défendent d’homophobie.

      Et ils sont sincères, tout en étant homophobe. Simplement leur homophobie vient comme résultante de leur positionnement/ opposition. Et non comme cause préalable.

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      • Le pb avec l’analogie au racisme, c’est qu’elle montre vite ses limites. Car la couleur de peau n’implique aucune différence dans QUELQUE domaine de la vie que ce soit (à contrario des sexes ou des orientations ou des nationalités/cultures) donc aucune différence de traitement ne peut ne serait-ce que tenter de se justifier.

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  7. @Meg: Ce que je veux dire, c’est juste que l’égalité, ça peut être aussi le mariage pour personne; que, à mon avis, ça, ça représenterait un réel progrès; et que la première fois que j’ai entendu cette revendication, ça venait d’un militant homosexuel. Après, vous avez raison sur toute la ligne.

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    • Pourquoi penses tu que l’abolition du mariage serait un progrès ?

      Comment gérer la filiation ? (un enfant n’ayant qu’un seul parent peut être reconnu par toute personne majeure validée par le parent… ? autre chose ? ) Un groupe peut exercer l’autorité parentale ?

      Dans le mariage, il y a aussi une solidarité et des obligations en ce sens financières. On peut discuter des termes exacts, du fait qu’il soit nécessairement à 2, mais le fait de priviligier/protéger/reconaitre comme parent son conjoint me semble important. Voudrais tu abolir cet aspect, ou le remplacer par autre chose, et par quoi ?

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      • J’en sais trop rien, je suis pas militant et je suis malade, mais si je devais vraiment dire quelque chose, ce serait:

        Ce serait un progrès par exemple parce que le mariage civil français est un reliquat du mariage chrétien, et je crois même de la réforme grégorienne, c’est-à-dire de l’ambition de réglementer formellement et sous le règne de la logique romaine la vie de l’ensemble des individus et non plus seulement des responsables (à l’époque plutôt dans l’optique du salut, aujourd’hui plutôt dans l’optique de la guerre).

        Pour le reste, je suis pour l’avortement, mais contre les fécondations in vitro et tout autre genre d’arrangement scientifique avec la nature typique de la science occidentale moderne. Ça fait le cadre.

        Après, si il faut être réaliste et tenter vaguement de faire avec ce qu’on a, il n’y a pas forcément besoin de « mariage »pour « gérer la filiation ». N’importe quel contrat-type peut faire l’affaire, pacs ou autre selon les cas.

        Parce qu’utopiquement, qui veut et peut faire des enfants, fait des enfants, qui veut et peut s’occuper d’orphelin s’occupe d’orphelin. Ceux qui s’occupent d’orphelins ont un statut privilégié et personne n’a de patrimoine.

        Voilà, c’était ma tentative de pensée rigoureuse du vendredi soir 🙂

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        • Dans l’optique de la guerre ou de la sélection naturelle au choix, la règlementation actuelle…

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    • Il me semble que c’est une chose qui a été tenté lors de la révolution française, sans succès. Je pense qu’il est plus simple et plus sain de laisser le choix à tous plutôt qu’à personne. C’est vrai que les deux options sont égalitaires, mais seule l’une des deux permet le choix. Ceux qui ne veulent pas du mariage sont libre de ne pas y avoir recours, ceux que ça intéressent peuvent le faire et cela quelque soit leur sexualité.

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  8. Juste quelques mots pour revenir sur la reprise que vous faite de l’emploi du terme « anthropologie », largement utilisé par les opposant à cette loi.

    De leur plume, il faut surtout y lire un substitut du terme de tradition, mais qui a d’avantage caractère à l’inéluctabilité, là ou tradition les rappellerait au conservatisme ou leur « tradition religieuse ».
    De plus, parler d’anthropologie leur permet de lier nature et culture dans une certaine cohérence, et de légitimer cette association sans avoir à la justifier.
    Sans y passer des heures, c’est bien méconnaître la première, et ne rien comprendre à la seconde. il s’agit juste d’un élément de communication, et non pas l’invocation d’un concept, qui se trouve derrière l’usage.

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