Bêtisier parlementaire

A moins que vous n’ayez pas quitté votre igloo cette semaine, vous savez que le projet de loi « Mariage pour tous » a été adopté mardi à l’Assemblée Nationale par 329 voix contre 229. On peut donc se réjouir… en attendant l’examen au Sénat à partir du 2 avril.

Je vous propose de fêter cela avec un bêtisier parlementaire. Parmi toutes les bêtises et les horreurs que l’on a entendues ces dernières semaines, certaines ont particulièrement attiré mon attention: il a beaucoup été question de la Grande, Méchante, Épouvantable THEORIE DU GENDER *frissons* *cris* *évanouissements*.

Le genre a été évoqué pas moins d’une quarantaine de fois en 24 séances de discussion publique, presque toujours par des député·e·s de l’opposition. Parce qu’il vaut mieux en rire qu’en pleurer, je vous propose mon top 5, tiré des compte-rendus des débats (en ligne sur le site de l’Assemblée Nationale). On applaudit d’ores et déjà bien fort les trolls de l’UMP, qui occupent une bonne place dans le haut du classement.

*NUMÉRO 5 ex aequo*

Patrick Ollier (UMP) en croisé contre des comploteurs masqués:

    « Une fois privé de sa référence à l’engendrement de l’enfant, la filiation, pour la majorité socialiste, découle seulement de la volonté, de l’intention ou du projet parental. C’est la parenté sociale. La parenté n’est plus fondée sur un rapport de filiation mais seulement d’éducation. C’est donc la théorie du genre qui se dessine ainsi progressivement et que nous démasquons peu à peu. L’égalité par l’effacement des sexes, c’est précisément ce dont nous ne voulons pas. »

Ollier

Clap. Clap. Clap.
Les enfants adoptés et parents adoptifs apprécieront.

Philippe Gosselin (UMP), lui, voit déjà le débarquement ennemi. Quand Sandrine Hurel (PS), qui parle d’«égalité des genres », il s’exclame:

    « L’égalité des genres! Le gender arrive! »
Christiane Taubira n'y tient plus.

Christiane Taubira n’y tient plus.

*NUMÉRO 4*

Nos députés sont des rigolos. Si si, je vous assure. Après que Claude Bartolone a appelé Josette Pons (PS) « Monsieur », elle réagit: « Cela dit, c’est aussi la première fois que l’on m’appelle ‘monsieur’! » Ses collègues n’allaient pas manquer cette occasion de faire les guignols:

    Yann Galut (PS): « C’est la loi du genre! »
    Hervé Mariton (UMP): « La théorie du genre! »
    Philippe Gosselin (UMP): « Le gender est à l’oeuvre! »

*NUMÉRO 3*

Jacques Bompard (ancien FN, non inscrit) en Père Castor bienfaiteur de l’humanité.

    « Vous niez l’altérité humaine, au nom d’une identité inexistante entre l’homme et la femme. En effet, vous êtes prisonniers de la théorie du genre, qui est parfaitement totalitaire car elle nie la réalité des sexes, leur existence, leur fonction et bientôt leur utilité physiologique. Ce dogme nie par suite les besoins qu’ont les enfants d’une mère et d’un père. 
    Voyons quelques exemples des résultats de cette utopie. Un chanteur célèbre dit en parlant de son fils adoptif Zacharie : « Il sera dévasté lorsqu’il grandira et se rendra compte qu’il n’a pas de mère. » Ce père adoptif n’a pas le même avis que vous, les tenants de la loi sur le mariage pour tous.
    Autre exemple donné par deux scientifiques américains, Saakvitine et Eisold, qui ont étudié le cas d’un petit garçon adopté par un couple homosexuel. L’enfant identifiant la femme de ménage comme sa mère, celle-ci est renvoyée. L’enfant est alors suivi par un psychiatre qui se rend compte que le jeune garçon fait des économies. Quand il l’interroge, l’enfant répond qu’il fait des économies pour s’acheter une autre maman.
    Voici la vraie question posée par cette loi : doit-on accepter de forcer un enfant à vivre cela pour faire plaisir à des adultes, pour vous faire plaisir à vous ? »
Tout est dit

Tout est dit

*NUMÉRO 2*

Vous pensiez avoir tout vu? C’est que vous avez échappé aux réflexions philosophico-what-ze-fuck de Nicolas Dhuicq (UMP).

    « Depuis que l’homme est homme, il nomme les choses. Et c’est par le nom qu’il les crée. Il fut un temps où seuls les puissants avaient le droit de porter un nom. Vous acculturez les populations et détruisez l’histoire en permanence. Cette œuvre de destruction, vous la poursuivez. Dans le même temps, vous n’avez que le mot égalité à la bouche. La République n’a pas de sexe. C’est la fonction qui oblige, non le genre. Lorsque nous interpellons les ministres du Gouvernement, ce n’est pas sur leur genre, sur leur comportement intime, c’est sur leurs fonctions. C’est parce que c’est la fonction qui prime que le français emploie un seul genre – le masculin – quand le latin en avait trois. Si la fonction l’emporte sur le genre, c’est par souci d’égalité et non pour des raisons liées à l’oppression des femmes. Il faudra vous le rappeler sans cesse. » 

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Alors alors. Tentative de décryptage.

1) « Depuis que l’homme est homme, il nomme les choses. Et c’est par le nom qu’il les crée. Il fut un temps où seuls les puissants avaient le droit de porter un nom. Vous acculturez les populations et détruisez l’histoire en permanence. Cette œuvre de destruction, vous la poursuivez. »
La majorité parlementaire fait œuvre de destruction parce que… parce que… elle ne nomme pas les choses. (J’ai bon?)

2) « Dans le même temps, vous n’avez que le mot égalité à la bouche. La République n’a pas de sexe. C’est la fonction qui oblige, non le genre. Lorsque nous interpellons les ministres du Gouvernement, ce n’est pas sur leur genre, sur leur comportement intime, c’est sur leurs fonctions. »
La majorité est obsédée par l’égalité alors que « la République n’a pas de sexe ». On ne considère pas les personnes en fonction de leur sexe (ou genre? faudrait savoir) mais de leur « fonction ». Ah, oui, et le « genre », c’est le « comportement intime » – comprendre: qui vous mettez dans votre lit.

3) « C’est parce que c’est la fonction qui prime que le français emploie un seul genre – le masculin – quand le latin en avait trois. »
Le passage que je préfère. Cher M. Dhuicq, il se trouve que le français emploie deux genre, le féminin et le masculin. Vous montrez cependant de manière éclatante où conduit la règle « le masculin l’emporte sur le féminin ». M. Dhuicq, êtes-vous féministe?

4) « Si la fonction l’emporte sur le genre, c’est par souci d’égalité et non pour des raisons liées à l’oppression des femmes. Il faudra vous le rappeler sans cesse. »
Ah, non, il n’est pas féministe. Mais je crois qu’on l’a perdu de toute façon.

*NUMÉRO 1*

J’ai une tendresse particulière pour le n°1, et pas seulement parce qu’il s’agit de Xavier Breton, celui qui évoque le plus la Théorie du Gender.

    « C’est notre exception philosophique française et nous en sommes fiers. Vous, vous êtes en train de vendre votre âme aux Anglo-Saxons, aux Américains et leur théorie du genre. Si, chers collègues, vous vous inscrivez complètement dans cette idéologie. Au moins, assumez-le. Nous, nous sommes fiers de l’exception française. »

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Gifs via le super tumblr de Dame Moustache: http://egalitariste.tumblr.com/

AC Husson

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5 réflexions sur “Bêtisier parlementaire

  1. Mon préféré est quand même le numéro deux.
    Je crois que quand il nous sort « Si la fonction l’emporte sur le genre », il fait référence au célèbre numéro d’équilibriste de l’Académie Française qui avait pondue une règle génialissime à base de « c’est la fonction qui prime donc on doit dire Madame LE ministre ou Madame le directeur de cabinet ». A l’époque, Les académiciens s’étaient fendus d’une lettre au Président (rien de moins) parce qu’une ministre femme se faisait appeler Madame LA ministre. Ils ont utilisé des termes genre « dévastateur », « c’est la langue qu’on tue », « apocalypse » (et je n’exagère PAS DU TOUT).
    Les mêmes qui ne voient aucune symbolique dans le « mademoiselle », « droits de l’Homme », ou aucun problème dans « directrice d’école », mais par contre on demande au Président par lettre officielle d’agir contre une femme qui se fait appeler « madame la ministre »…mais ce sont les féministes qui ont des causes futiles n’est-ce-pas?

    *j’aime bien sa référence aussi à l’Humanité pour finir sur le particularisme de la France, c’est juste magique*

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    • On est censés dire quoi ? Oh, et puis pour faire simple : que les gender studies ne sont pas un mal en soit. Alors que pour démontrer que c’est le mal en soi, il faudra autre chose que des appels évidents à des préjugés américanophobes.

      J’ajoute que le rapport entre ce projet de loi et les gender studies est une extrapolation hasardeuse. Qui d’ailleurs semble venir du fait que l’UMP ne connaît rien à cette discipline.

      Je résume :
      Le mariage pour tous c’est les gender studies
      Les gender studies c’est le mal
      Donc le mariage pour tous c’est le mal

      C’est le syllogisme de l’UMP. Et les deux prémisses sont fausses !

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  2. Pingback: Débat parlementaire sur l’ouverture du mariage (1) : quelques chiffres | EPROTO

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