Arguments anti-féministes (4) « On devrait se débarrasser du terme ‘féminisme' »

Arguments précédemment traités:
Les féministes d’aujourd’hui…
Tu es trop agressive, cela nuit à ton message.

Tu donnes une mauvaise image des féministes.

Je précise d’abord que cet argument n’est pas seulement utilisé par des personnes hostiles aux arguments féministes; je voudrais néanmoins montrer en quoi il pose problème et contribue, in fine, à l’anti-féminisme.

Pas besoin d’aller loin pour retrouver cet argument, il suffit de lire les commentaires de mon précédent billet:

    Ce terme féminisme est bizarre, je trouve. Il porte à confusion, et comme bien expliqué dans cet article, il a tellement été trainé dans la boue qu’il est usant et fatiguant de devoir réexpliquer pendant des heures ce que féminisme veut réellement dire.

Généralement, les termes proposés à la place sont « humanisme » ou « égalitarisme ». Je n’ai rien contre ces deux concepts, ils ne sont simplement pas adaptés à la situation.

Pour réfléchir sur le terme « féminisme » il faut en connaître l’histoire.

    Le terme féministe désigne à l’origine un homme aux caractères physiologiques efféminés. Alexandre Dumas l’utilise en 1872 de façon ironique pour désigner les partisans du droit des femmes, puis la suffragiste Hubertine Auclert se l’approprie en 1882. Dès que le mot s’est diffusé largement autour des années 1890, il a été utilisé pour désigner des opinions ou des mobilisations antérieures à sa création. (« Féminisme », dans Les mots de l’Histoire des femmes, Presses Universitaires du Mirail, p. 37.)
    Longtemps, [le mot féminisme] fut attribué à Charles Fourier. Or, c’est seulement en 1872 qu’Alexandre Dumas fils en use comme d’une épithète péjorative à l’encontre des hommes qui, favorables à la cause des femmes, voient leur virilité leur échapper. (Michèle Riot-Sarcey, Histoire du féminisme, Introduction, p.3).

L’histoire du terme dans son sens moderne est donc, à l’origine, celle d’une réappropriation à partir d’un adjectif stigmatisant (et s’appliquant à des hommes). L’historienne Michèle Riot-Sarcey rajoute qu’après qu’Hubertine Auclert lui a donné son sens actuel, « le féminisme devient l’emblème du droit des femmes, le porte-drapeau de l’égalité ».

C’est au nom du féminisme qu’ont été menées les grandes luttes pour les droits des femmes; c’est sous cette étiquette que s’est élaborée toute une pensée et une littérature, extrêmement diversifiées, qui irriguent le militantisme féministe actuel. Ce terme a donc une histoire, il faudrait s’en rappeler avant de le balayer d’un revers de main en disant « moi de toute façon, je suis humaniste ».

Alors oui, certes, ce terme a été « traîné dans la boue ». C’est même son origine: il a été créé pour ridiculiser des hommes qui pensaient (grands fous!) que les femmes étaient des êtres humains, puis réapproprié par des femmes qui se battaient pour être reconnues comme des êtres humains au même titre que les hommes. Oui, comme je l’évoquais dans mon dernier billet, le terme est associé à une « mauvaise image » parce que le féminisme est inconfortable et que très peu de personnes sont prêtes à réellement écouter ce qu’il a à dire. Oui, il est fatigant de devoir se battre en permanence contre les stéréotypes qui y sont associés. Mais il est important de continuer à le faire car c’est un terme dont, je crois, il faut continuer à être fier-e-s, au sein d’un mouvement qu’il faut continuer à faire évoluer.

« Humanisme » ou « égalitarisme » ne pourront jamais le remplacer, pour une raison simple: l’intérêt du terme « féminisme » est qu’il rend les femmes visibles. Il nomme les victimes du patriarcat et, implicitement, les bénéficiaires de leur oppression. Il vise à donner une voix aux femmes, à faire d’elles des sujets politiques, les actrices de leur propre libération.

Le féminisme est un égalitarisme, oui: un parmi d’autres. Je serais plus réticente sur le terme « humanisme » car on utilise aujourd’hui ce terme à tort et à travers. Il désigne à l’origine un courant culturel et une idéologie, une belle idéologie qui a à voir avec la conception de l’humain et la quête du savoir, mais absolument rien avec la libération des femmes car ce n’est pas son propos. Il suffit d’écouter les politiques, on peut aujourd’hui lui faire dire ce qu’on veut, c’est-à-dire qu’il ne veut plus dire grand-chose.

Dire que le féminisme est un mouvement « pour les hommes et les femmes », et qu’il n’y a donc pas de raison de mettre les femmes en avant, est à mon avis une grave erreur. Le féminisme est le combat en faveur de l’égalité entre femmes et hommes; or l’égalité ne pourra être atteinte que quand aura pris fin la subordination des femmes au sein du système patriarcal. Le féminisme bénéficie aussi aux hommes, car il permet d’interroger les normes de virilité et de revendiquer des formes de masculinité qui sortent du carcan traditionnel. Mais cela n’empêche pas que les hommes profitent, en tant que groupe (même si c’est à des degrés différents), de l’oppression du groupe « femmes ». Très peu sont prêts à le reconnaître, et ils sont encore moins nombreux à vouloir que les choses changent. Raison de plus pour continuer à être et à se dire féministes.

AC Husson

Plus de précisions sur l’origine du terme: « Féminisme: appellation d’origine », par Geneviève Fraisse.

80 réflexions sur “Arguments anti-féministes (4) « On devrait se débarrasser du terme ‘féminisme' »

  1. Rien à dire sur cet article, juste que ça soulève en moi certaines remarques, quant au contenu du dernier paragraphe:

    – si « Le féminisme bénéficie aussi aux hommes », c’est donc un mouvement pour les femmes et les hommes, non? Certes, ça n’est pas une excuse pour ne pas mettre les femmes en avant (d’où l’utilisation du terme), mais c’est donc bien un mouvement pour les femmes ET les hommes (l’utilisation du verbe « Dire » me gêne: « Prétexter » aurait à mon sens mieux convenu). Peccadilles verbales, peut-être…

    – « car il permet d’interroger les normes de virilité et de revendiquer des formes de masculinité qui sortent du carcan traditionnel »: non non, je n’ai pas envie d’interroger les normes de virilité, j’ai, pour ma part, envie qu’elles disparaissent totalement. Savoir si et/ou pourquoi/comment je suis viril, franchement, je m’en cogne. De même, pourquoi diable devrais-je revendiquer une quelconque forme de masculinité?

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    • Le patriarcat place au sommet de la hiérarchie le groupe « hommes », certes, mais pas n’importe lesquels : les hommes « virils », hétéros et répondant à certains critères. Les autres hommes (homosexuels, ou qui aiment la broderie…) sont relégués au rang de tapettes, femmelettes, et autres adjectifs féminisés. Bref, relégué au rang du groupe « femmes », insulte suprême.

      Donc oui, le féminisme concerne aussi ces hommes là…

      Merci pour l’histoire du mot. Que pensez vous du terme « anti-sexisme » ?

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      • H. Aubert disait le féminisme intégral et en fait le champion des droits des femmes à l’égalité- aujourd’hui il est temps de parler de « féminisme majeur »-

        alors que seules les filles sont victimes du sexisme, le terme a été confisqué par le genrisme qui sans arrêt adopte les pauvres fils des vilains pères, au motif qu’ils leur font la nique à ces vilains oppresseurs, alors que ce ne sont que concurrence et joutes viriles, quoiqu’il y paraisse-
        à noter que désormais en france, comme dans quelques autres pays libéralistes, hétéropatriarcat et homopatriarcat se sont réconciliés dans une patriarchie phallocrite et sur le dos des femmes, en renforçant les institutions patriarcales discriminatoires comme le mariage-, je propose donc le mot sexxisme http://susaufeminicides.blogspot.fr/2013/02/index-illustre-bal-feministe.html

        -a ) non le féminisme n’est pas vocationnel et n’a pas à adopter tous les opprimés, sous prétexte que tout est lié et interdépendant (intersectionnalité) pour devenir maternaliste sur le modèle paternaliste patriarcal-
        ce qui n’empêche aucune d’entre nous d’être sensibles aux luttes d’autres populations que la nôtre-

        -b) non le féminisme n’est pas qu’un égalitarisme, heureusement qu’il est plus que cela- un de ses courants ne s’occupe que d’égalité historiquement car tous les droits manquaient à l’époque- le socle égalitaire a été formulé, il est en marche-

        désormais, il est temps d’aller au-delà, pourquoi toujours prendre le modèle masculin, on veut plus, on veut le nôtre- nous sommes capables de penser une nouvelle interprétation du monde, pas obligées de coller à l’économystique omniprésente- le féminisme devient majeur, quelles que soient les sensibilités de ses membres-

        Le mot féminisme a comme tout mot son histoire. Rien provenant du mot chose, pourtant on comprend bien ce que veut dire « rien » aujourd’hui.

        Féminisme archaïquement vient du mépris envers des hommes efféminés (l’histoire de la féminité dans la masculinité, yin yang mal digéré ?) et non pas d’hommes qui aimaient les femmes comme je le lis dans l’article (à moins qu’il y ait des références certaines que j’ai sautées ?)
        -ainsi, les éphèbes olympiques ne le semblaient pas tellement efféminés, bien que vivant entre eux en union instituée ; tout autant que les généraux d’armée tout dévoués à leurs chefs amants, en prolongation de la domination pédérastique phallocrate-

        Cela continue donc à être sacrément condescendant de penser qu’aimer le même sexe implique pour des hommes qu’ils soient plus proches des femmes- On les voit toujours plus s’éloigner du respect de l’intégrité des femmes-

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        • Sérieusement, c’est quoi ce commentaire ?
          Rien que la phrase « Seules les filles sont victimes du sexisme » témoigne:
          – d’une profonde méconnaissance de la condition d’homme,
          – d’un déni profond du fait que les hommes sont eux aussi victime de sexisme (de la part d’hommes et de femmes, tout comme ces dernières),
          – de la mouvance actuelle qui se contente de placer la Femme comme LA victime et l’Homme comme l’oppresseur. Vous en avez pas marre de la victimisation ? C’est plus facile de se plaindre que d’essayer de faire quelque chose hein ?

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    • Le féminisme n’est par aucune extension fait pour penser autrement que l’homme entant que dominant à combattre.
      Il va par définition contre les intérêts du genre masculin (légitime ou non). Et ses extrapolations, via divers mécanismes de dérives peuvent pousser les inégalités dans le sens inverse.

      De ses bras est né l’homminisme. C’est un bon exemple des dérives que l’on peut accorder à l’idéologie féminisme. D’une idéologie tirée de quelques papiers, mais n’a aucun ancrages ou manifestions réels autres que des personnes se réclament ouvertement féministes, sans émettre une distance vis à vis des intérêts du genre féminin à l’encontre du genre masculin. Mais mesurant pleinement l’inverse.

      De ce fait le féminisme tue un espace de revendication légitime (échec scolaire des garçons plus élevé pourquoi? Taux de suicide chez les hommes plus élevé, pourquoi?) en le colonisant.
      S’assurant une loyauté sans faille, alors que les deux mouvements devraient plutôt chercher le compromis, dans une lutte qui elle est sans merci. Irréalisable ? Sans aucun doute, mais nécessaire afin de se rapprocher d’une égalité qui n’existent et n’existera jamais.

      Il ne tient qu’à vous de confondre humanisme et féminisme, ou d’accepter le féminisme tel qu’il est : violent par nécessité, déviant par l’exercice. Comme toutes les luttes.

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  2. Super article ! Mais tu oublies un détail, malheureusement : les gens se proposent souvent de remplacer le terme « féminisme » par « anti-sexisme ». Peut-être que tu pourrais déconstruire ça à l’article suivant ?😀
    En tout cas, merci. Je te lis avec plaisir et je pense que je vais mettre à jour la FAQ féministe sur mon blog pour ajouter tes analyses en lien.

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    • A propos du terme anti-sexiste, personnellement je l’utilise à peu près autant que celui de féminisme, de manière équivalente. Cependant l’article me fait réfléchir car, quand on parle de racisme, le terme générique sous-entend qu’il y en a plusieurs variété. Or, si je ne me trompe pas, il n’y a qu’une variété (à formes multiples) de sexisme : celui qui touche les femmes.
      En effet, pas de discrimination systémique des hommes, où que ce soit, à ma connaissance, et peut-être qu’insister sur l’utilisation du terme « anti-sexisme » revient à sous-entendre que cela existe ?
      De plus, la discrimination des transsexuels mérite sans doute son propre terme et ne me semble pas appartenir au sexisme.

      En tout cas, merci pour cette série d’articles très utiles.

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      • Le mot « hétérosexisme » a été forgé pour englober l’oppression des femmes et l’oppression des homosexuel-les, et peut à mon avis aussi s’étendre à l’oppression des trans*. Ce des sont des oppressions distinctes mais fortement liées. Elles font système. Quand je me dis antisexiste, j’ai aussi en vue les luttes LGBTQ.

        L’autre raison pour laquelle j’emploie souvent en tant qu’homme le mot « anti-sexisme » et l’argument des féministes matérialistes selon lequel le féminisme est la lutte des femmes pour abolir leur oppression par la classe des hommes. Un homme ne devrait pas se revendiquer comme « féministe », c’est-à-dire comme acteur du mouvement d’émancipation des femmes, mais comme « pro-féministe », c’est-à-dire compagnon de route et allié de ce mouvement. L’idée que des femmes doivent garder la direction du mouvement féministe et se méfier de leurs alliés hommes, qui risquent de leur dicter leurs conduites jusque dans leurs luttes d’émancipation, est un peu tombée en désuétude mais me semble toujours aussi correcte. « Pro-féministe » étant un peu long à expliquer, j’opte pour « antisexiste »🙂

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    • J’utilise régulièrement anti-sexisme et féminisme comme des interchangeables même si je réalise bien que ce n’est pas vraiment le cas. Et sans vouloir faire disparaître le second au profit du premier. En réfléchissant avec ma coloc, on a mis le doigt sur quelques éléments de distinction:
      – le féminisme met en lumière la « classe » opprimée comme le dit l’article et donc en creux, la classe privilégiée. L’anti-sexisme montre un élément contre lequel on lutte sans parler plus spécifiquement des actrices et acteurs de cette lutte.

      – l’anti-sexisme se positionne comme une lutte « contre » (ce qui en soit me dérange pas) alors que le féminisme se positionne comme une lutte par/pour/de

      – l’histoire de ces deux mots est complètement différente: si l’un est une réappropriation, l’autre est une invention beaucoup plus tardive. Effacer « féminisme » au profit d’anti sexisme reviendrait donc à nier une histoire de lutte, de libération et de retournement de stigmates

      – le sexisme, comme le racisme, parce qu’il est une notion qui met en lumière la division du monde en sexe et la domination de l’un sur l’autre à travers une hiérarchie, des rôles et des clichés associés sans qu’il soit clair, dans son nom, que ce sont les femmes qui sont dominées, est souvent utilisée à tort et à travers. Comme on crie bêtement et dangereusement au racisme anti-blanc, on crie au sexisme envers les hommes et à la misandrie…

      – d’un point de vue complètement personnel, je trouve le terme féminisme beaucoup plus riche d’empowerment

      très bon article, très intéressant comme les précédents et le reste du blog!

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      • Je ne mettrais pas en parallèle racisme et sexisme car, si le second s’exerce dans 99,99% des cas envers les femmes, le premier est partagé, même si c’est de façon inégalitaire. Des exemples de communautés ostracisées en Europe de l’ouest et se montrant d’un racisme violent envers d’autres communautés, y’en a pas mal…

        Bref, autant le racisme est quand même multi-cibles, le sexisme est en quasi totalité dirigé contre les femmes (et dans une moindre mesure contre les hommes présentant des « caractéristiques » connotées féminines).

        Du coup, parler d’anti-sexisme au lieu de féminisme c’est volontairement cacher la merde au chat, pour – sous couvert de généralisation – englober des situations anecdotiques.

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        • Salut,

          je mets en parallèle sexisme et racisme car ce sont deux systèmes sociaux, construits socialement sur une interprétation prétendue naturelle du réel et qui hiérarchisent plusieurs classe, organisant ainsi la société en dominant⋅e⋅s et en dominé⋅e⋅s. Ça veut dire qu’ils sont reproduits par les individus mais aussi et surtout par les institutions.

          Ainsi si certaines personnes blanc⋅he⋅s se font insulter ou agresser à cause de leur blancheur par des individus, c’est douloureux, c’est injuste, mais ce n’est pas du racisme. En france, on galère pas à trouver un logement, un travail parce qu’on est blanc⋅he, on est toujours représenté⋅e au Sénat, à l’Assemblée, à la présidence, dans les médias sur toutes les chaines par des gens de notre « race ». On n’est pas invisibilisé⋅e, infériorisé⋅e, exotisé⋅e et j’en passe. Il n’y a pas de racisme anti-blanc.

          Tout comme il n’y a pas de sexisme contre les hommes. Certains hommes subissent une violence qui peut être issue de la misogynie, du sexisme. Parce qu’ils n’ont pas une expression de genre, d’orientation sexuelle qui rentre dans la « norme » de virilité, de masculinité. Mais en tant que classe, pareil, ils ne subissent pas une oppression de la part des femmes.

          Du coup, on peut mettre en parallèle les deux termes mais c’est là que s’arrête l’analogie.

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        • Heu ouais, en France peut-être, mais quand vous êtes indonésien ou pakistanais dans un pays du Golfe, vous allez voir si ça n’est pas du racisme… Les japonais envers les chinois, y’a pas une forme de racisme peut-être?

          C’est pour ça que je pense que le racisme est « multi-cibles » (en gros tout groupe ethnique, dans un contexte donné, est plus que susceptible d’être jugé/infériorisé par sa simple appartenance ethnique, même si il est vrai qu’en Occident ça s’exerce avant tout envers les personnes d’origine africaine).

          Alors que le sexisme est quasiment intégralement dirigé contre les femmes, « uni-cible » quoi.

          Le parallèle « car ce sont deux systèmes sociaux, construits socialement sur une interprétation prétendue naturelle du réel et qui hiérarchisent plusieurs classe, organisant ainsi la société en dominant⋅e⋅s et en dominé⋅e⋅s » est exact, à mon avis, mais c’est tout.

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        • Pas si unilatéral que ça, le sexisme ! Je connais deux hommes qui ont du se battre pendant de longues années pour avoir la garde de leurs enfants (ou attendre que l’enfant puisse demander le changement lui même), parce qu’actuellement on confie plus facilement, en cas de divorce, la garde à Maman qu’à Papa (Papa ne peut pas pouponner, c’est bien connu, c’est une affaire de femmes !).

          Des expressions comme « l’heure des mamans » sont sexistes envers les femmes, bien évidemment, mais aussi envers les hommes.

          Dans le même genre, j’aimerai bien que le congé paternité post accouchement soit aussi long que le congé maternité, ou qu’il y ait un congé parentalité sécable et répartissable entre les parents : les mères n’ont pas à assumer seules le poids de l’éducation des enfants, et les pères n’ont pas à en être exclus. Évidemment, je ne parles pas du congé maladie destiné à se remettre de l’accouchement, mais du temps consacré à l’accueil du nourrisson.

          Donc je suis d’accord que le sexisme est majoritairement dirigé contre les femmes, mais il est quand même aliénant pour les deux sexes, en les enfermant dans des rôles pré-établis, et le corolaire, en interdisant les rôles réservés à l’autre sexe.

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        • @A

          Pour le congé parental, c’est à peu près comme ça que ça marche au Québec : 18 semaines de congé maternité (qui commence avant la naissance), 5 semaines de congé de paternité (qui comment à la naissance) et 52 semaines de congé parental à séparer entre les parents. Ça me semble être une façon assez équitable d’assister les nouveaux parents.

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        • Pour les congés parentaux, ce n’est pas le cas actuellement en France… qui a l’air très en retard sur le Québec.

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      • Quand des gens sont insultés de « sale blanc », c’est du racisme. Le mot « racisme » ne désigne pas un système (comme patriarcat). Il désigne le moteur d’un système.
        Le racisme anti-blanc existe. Il y a des racistes dominants (et en l’occurence ultra-privilégiés) et des racistes dominés.
        Des aléas historiques ont fait que les racistes blancs peuvent affirmer et établir leur suprématie… mais le racisme (moteur du systéme suprématiste) n’est pas le système.
        Et le système du racisme blanc ne doit pas servir à nier le racisme anti-blanc. Il y a des racismes, et des impérialismes, certains ont les moyens de leurs ambitions, d’autres non.

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    • +1, c’est plutôt courant comme remplacement. D’après l’article on pourrait tout simplement dire que c’est la même réponse que l’égalitarisme: il faut mettre les femmes en avant. Mais ce serait peut-être pas mal d’avoir la réponse de l’auteur* en effet.

      *J’aurais tendance à ne pas ajouter de e et j’ai pas tout de suite le temps de disserter pour savoir si j’en mets un ou non.

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  3. Petite réflexion que je viens de me faire : Je réalise soudain que les mêmes personnes parmi mes connaissances qui refusent de s’associer aux féminisme à cause de la connotation du mot sont celles qui le plus râlent quand des féministes demandent la disparition du « Mademoiselle » car ce n’est pas un vrai combat de lutter contre Robert et Larousse. Je trouve toujours ce genre de contradictions intéressantes.

    Par ailleurs, si je n’ai eu que pendant une très brève période un problème avec ce mot, je suis plus gêné par le terme de patriarcat qui a mon avis ne rend pas bien compte du problème auquel il fait référence. Ceci-dit je suis peut-être hors-sujet.

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    • Non, tu es pile dans le sujet. On tient là encore une autre démonstration de l’inertie (au sens de inerte, manipulable et stérile) du féminisme, merci.
      La langue française est extrêmement imparfaite, et à mesure qu’on avance dans le temps, que l’anglais (qui il faut bien le dire, est infiniment plus élégant et efficace) s’impose, se trouve remise en question. Liaisons, modularité, forme pronominales, reliquats, et j’en passe (beaucoup) pour finalement arriver au genre, qui est le seul aspect de la question qui semble intéresser les féministes. Alors que c’est loin d’être le seul. My point. Read on.

      En effet, il n’y a pas de raisons particulière (enfin si, disons pas de raison _logique_) pour qu’un bateau soit masculin, et une péniche, féminine. La règle qui veut que le masculin l’emporte, qui énerve tant les féministes (et à bon droit, c’est vrai que c’est illogique) disparaitrait d’elle-même dans un contexte non-genré (comme en anglais par exemple).
      Donc le problème est bien général (la remise en question de toute la langue française) et non spécifique (madame la docteure).

      Et pour le régler, ce problème, il faut donc trouver une alternative à la langue française. Que tout le monde veut garder mais que personne ne parle correctement. Bonne chance : Dé-genrer le français semble réellement impossible pour des raisons entre autres structurelles mais pas seulement, and believe me I gave it a bit of thinking. C’est comme le patriarcat, qui comme la langue française, n’a pas fait non plus que te desservir, frangine, mais pour reconnaitre ça il faut un peu de lucidité, d’honnêteté.

      Eh ben changer de langue, c’est comme changer de modèle social (le patriarcat). Et vice-versa.

      J’aimerais bien changer la langue. Mener ce combat de réforme. J’étais jeune. J’ai laissé tomber (on est tout seul dans ces combats fondamentaux, alors que lance le sujet « mèdème la ministre » tout le monde a un avis, CQFD) je tente déjà de la bien parler.

      Tu comprends, c’est à peu près le même problème : Les féministes ne comprennent pas que leur « combat » est systématiquement un échappatoire, que c’est en réalité plus compliqué (mais efficace) de lutter contre la cause des causes, comme un médecin qui sait bien qu’un mal récurrent est le signe d’une affectation plus profonde.

      Et cette affectation, vous ne savez pas comment la régler. Sois un peu honnête, ma sœur, tu n’as rien de cohérent à opposer au patriarcat. Sur terre.

      Vous êtes les mères de ce patriarcat qu’on vous exhorte à vomir. Il est notre création à tous, on s’est mis d’accord dessus, à la dure, tout au long de notre vie ensemble. Dire qu’il est le seul fait des hommes est une ânerie d’ado manipulé. Il est possible d’y vivre en harmonie. Lis un peu, tu verras que c’est arrivé, que ça arrive, que c’est possible.
      Ce qui attaque, corrode cette harmonie entre les femmes et les hommes, c’est *ça* ton ennemi.
      Identifie-le.

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  4. « Mais cela n’empêche pas que les hommes profitent, en tant que groupe (même si c’est à des degrés différents), de l’oppression du groupe « femmes ». »

    Dans les derniers débats que j’ai suivis, ce qu’on m’opposait, c’est que les hommes sont les vraies victimes du patriarcat. « Parce que tu comprends, les femmes sont protégées, ce qui n’est pas horrible comme oppression ». « Parce que pendant que les femmes victimes restent à la maison, les hommes vont se faire tuer à la guerre ». « Parce que les hommes n’ont pas le même accès à la garde de leur enfant ou à une pension que les femmes ». « Parce que le droit de travailler n’est qu’un droit de se faire aliéner, et qu’il est donc préférable d’en être privé ».

    Je pense qu’un billet qui remettrait les points sur les ‘i’ sur ce thème serait le bienvenue : il me semble que c’est ce qui sépare certains masculinistes du féminisme.

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  5. « Mais cela n’empêche pas que les hommes profitent, en tant que groupe (même si c’est à des degrés différents), de l’oppression du groupe « femmes ». Très peu sont prêts à le reconnaître, et ils sont encore moins nombreux à vouloir que les choses changent. »

    En tout cas, moi je le reconnais. Dire le contraire ce serait mentir. C’est comme un fils de riche qui dirait qu’il n’a aucun avantage dans la vie. De la même manière, je me suis vite rendu compte qu’être blanc – en france en tout cas – ça aide bien dans la vie de tous les jours. Faut pas se voiler la face !

    Et quant à vouloir que ça change ! Bien sur que je le veux. Pour moi je fais ce que je peux – mais surtout j’ai des filles. Et ça me fait bien ch… de les voir devenir des victimes. A l’école, les petites potiches de 8 ans qui font déjà des réflexions sur les habits et les cheveux ! Les garçons aussi sont des chieurs, mais je crois que eux ça s’aggrave avec l’age. Attention, là je décris ce que j’observe, pas la vérité éternelle et pas « ce qui doit être ».

    Bref, ça fait plaisir de lire ce genre de billet.

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  6. Merci pour cet article ! L’autre jour mon frère me disait qu’il était d’accord avec le féminisme et qu’il se reconnaissait comme tel, mais qu’il n’était pas d’accord avec le nom, qui pouvait signifier, à tort, que ce mouvement était la supériorité de la femme sur l’homme. Et je n’ai pas réussi à trouver de vrais arguments, à part « c’est le nom du mouvement qui est à l’origine de plein de révolutions, tu peux pas le changer maintenant parce qu’il ne te plaît pas alors que tu te reconnais dans le mouvement ». Du coup maintenant je saurai quoi lui dire s’il refait une remarque !
    Du coup, peut-on considérer cet argument comme étant vraiment anti-féministe? C’est une vraie question hein, je n’en sais rien ^^ Si je demande c’est que ce n’est pas la première fois qu’on me dit « j’adhère aux valeurs du féminisme mais je n’aime pas le nom ». Du coup, ce n’est pas comme si on s’attaquait à ce que dit le féminisme? Pour le cas de mon frère (ou des autres personnes), je ne pense pas qu’il veuille un autre nom au féminisme pour « effacer » ou rendre invisibles les femmes, mais plutôt parce que pour lui un terme « d’égalitarisme » serait plus logique. C’est peut-être plus une remarque « anodine » que quelqu’un qui est féministe peut se faire. Jusqu’à une certaine époque je trouvais aussi étrange que ce mouvement ait un nom centré sur les femmes alors qu’il englobe tout le monde (et je me disais déjà féministe), et c’est grâce à des articles comme les tiens que j’ai vu que je m’étais trompée.
    Donc voilà, moi je ne le perçois pas comme un argument anti-féministe comme ceux que tu as cités dans tes articles précédents. Mais ce n’est que mon ressenti et il est possible que je me trompe, je ne veux pas dire de bêtises !

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    • Ce qui est traitre là dedans, c’est l’arrivée des auto proclamés « masculinistes » (dont les idées, pour le coup, sont bien à l’opposé du féminisme). Et par association sémantique « spontanée », cela modifie le sens commun donné au mot « féminisme ».

      Cependant, je ne sais pas si un terme assez large (et pas déjà galvaudé comme « humanisme ») permettrait d’être assez représentatif pour le suppléer de façon satisfaisante…

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    • Ah ben moi c’est l’inverse, je me dis féministe parce que c’est le mot. Mais il ne me plait pas. Et cet article fait que je pense que je vais arrêter de l’utiliser.
      L’homme aussi est une victime du patriarcat. Je persiste à le penser.
      Parce qu’une femme qui adopte un comportement « masculin » n’est pas mal vue, enfin, elle sera bien mieux vue qu’un homme adoptant un comportement « féminin ».
      Et je suis contente d’avoir un sexe féminin, parce que j’ai plus de liberté dans mon genre, qu’un homme.

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  7. Article très interessant, car avant de lever un debat sur le feminisme, il lève un debat de fond les appellations ce qu’elles réprésentent, ce quel les gens tentent de leur coller.
    Ca m’a fait beaucoup penser au debat sur les « negres » et la « negritude », et beaucoup de chose se ressemble sur la forme. (même si je fond n’a rien a voir si ce n’est un lutte contre des inégalités).

    Ca fait plaisir que ce n’est pas lever comme un questionnement d’antis-feministe mais bien comme un vrai question, que tout le monde peut se poser dans son cheminement personnel, avant de faire un bel historique d’évolution pour en présenté la fibre actuelle.

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  8. Je vais commenter (même si ça m’agace…).
    Une réflexion aussi peu étayée sur le terme « féminisme » ne devrait jamais se retrouver dans les arguments antiféministes primaires.
    Sinon c’est juste un crachat à la gueule des féministes noires US qui ont soit rejeté le terme, soit repensé entièrement sa signification (et un aveu de non-intersectionnalité).
    C’est bien beau de renvoyer à l’histoire du féminisme, mais il ne faut pas oublier que celui-ci s’est d’abord construit sur une dimension raciste et impérialiste. Des femmes non-blanches peuvent donc pertinemment se poser cette question sans être antiféministe, ni même y contribuer, simplement en rejetant ses fondations racistes.
    Le « féminisme » rendrait les femmes visibles? Quelles femmes? Quel féminisme?
    Le terme a effectivement une histoire : une histoire de rejet de certaines femmes. Pourquoi on aurait pas envie de l’envoyer bouler à coups de canon même?

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    • Pour la France, une des première feministe, Olyme de Gouge avait pris partie contre l’esclavage des noirs et a écrit des pièces de théâtre militants pour cette cause. Louise-Michelle feministe anarchiste a participer a la lutte de Canacs et lutter contre la colonisation. Plus près de nous, Angela Davis, en créant le « black feminisme » ne rejette pas le mot feminisme, elle y ajoute la dimension spécifique qui lui manquait. Je reconnaît qu’il y a des féministes racistes, mais comme il y en a des carnistes, des homophobes mais ça ne fait pas du feminisme un courant typique de ces idées la.
      Regarde le débat actuel sur les Femen et l’islamophobie dans les blogs féministes.
      Bonne journée

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      • Certes, mais certaines l’ont rejeté, et pas pour des arguments antiféministes, c’est pour ça qu’écrire quelque chose qui ne met en avant, que ça ne peut QUE être un argument anti-féministe, c’est juste n’importe quoi.
        Et Angela Davis a fait plus que lui « ajouter une dimension », elle l’a redéfini de manière significative (comme l’a fait Bell Hooks ou encore Audre Lorde), ce qui prouve qu’il y a eu besoin d’une refusion complète du modèle pour que ce soit satisfaisant.
        Quand on a un objet défectueux, on peut se poser la question utile de savoir si on peut encore en tirer quelque chose avec de lourdes réparations (BlackFeminism), ou s’il vaut mieux en créer un nouveau (Womanism).
        Le débat actuel reste présent justement parce que le féminisme portée par une vision blanche surtout ne se dépasse pas (à croire que le réparer ne semble pas suffisant), et échoue à se servir de l’intersectionnalité (mais c’est un autre débat).

        Ma remarque n’était pas de dire que le féminisme reste forcément fondamentalement raciste, mais que dire que « débattre du mot « féminisme » est antiféministe » l’est.
        C’est aliénant, et ne fera que prouver que c’est un truc de blanches, car c’est encore une fois entériner une perspective blanche.

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        • Je n’ai pas le temps de répondre en détail pour le moment, mais si tu lis l’article, non, attends: le 1er paragraphe, tu verras que je ne réduis pas ça à un simple argument anti-féministe. Je l’inclus dans cette série parce qu’il peut être utilisé, et on en a eu des exemples dans les commentaires des billets précédents, à des fins anti-féministes. Donc merci de ne pas me faire dire ce que je ne dis pas, à savoir que « débattre du terme féminisme est anti-féministe ».

          Sur le fond de ta critique, à savoir le caractère excluant du féminisme, toujours aujourd’hui dans certaines conceptions, je suis tout à fait d’accord et j’y reviendrai dès que j’ai le temps. Mais ce n’est pas mon propos ici.

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        • Merci pour tes précisions Ms Dreydful, je ne connaissait pas ce mot « womanism », en français ca pourrait etre « femmisme ». Je préfère « femmisme »/ »womanism » à anti-sexiste, egalitariste ou humaniste ou d’autres mots qui effacent les femmes de cette lutte.

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        • Quelles sont les autres propositions de noms que font ces courants féministes qui ne veulent pas du mot pour les raisons que vous avez mentionnées ?
          Je suis touchée par vos arguments, mais je n’en vois pas l’issue sans proposition réellement novatrice. L’article, ici, parle des deux alternatives les plus courantes : « égalitarisme » et « humanisme ». Or, aucun des deux n’est crédible pour incarner l’idée du féminisme (voir mon message plus complet ci-dessous, qui regrette que l’auteur de l’article n’ait pas un peu plus insisté sur ces aspects critiques-là pour expliquer qu’ils ne sont pas des concurrents pertinents).
          Donc, concrètement, la critique est intéressante, recevable… mais ça débouche sur quoi ? Tant qu’il n’y a pas de nom réellement meilleur que « féminisme », ça me semble dangereux de le faire disparaître et faire le jeu des réels anti-féministes.

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        • Je suis d’accord avec vous, que sans proposition, ça semble sans avancement. Je vous laisse regarder mes commentaires précédents sur le womanism.
          Aussi, il faut voir aussi que se trouver des labels n’est pas automatique pour certaines féministes africaines, qui n’en ont pas forcément besoin (et refusent d’autant + facilement 1 label aliénant). Sinon, le mot antisexisme n’a pas du tout évoqué dans le texte, alors qu’il peut présenter 1 alternative (même si critiquable aussi). La meilleure même dans le contexte français…

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      • Aux Etats-Unis les premiers à s’organiser contre l’oppression des Noirs dans les Etats du sud sont des féministes… à peu prés en même temps que les Noirs se mettent à agir en groupes organisés contre l’apartheid qui ne dit pas son nom.

        Le féminisme a au moins le mérite de ne pas être raciste dans ses principes… même si on peut retrouver des femmes féministes ou des hommes féministes qui sont racistes.

        Après on peut dire que l’humanisme par définition englobe l’humanité entière… mais il est vrai qu’à l’origine il ne concernait pas les femmes, ni les Noirs, ni les Asiatiques, etc.

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    • Je suis d’accord toi et ne crois pas fondamentalement que vouloir questionner l’appellation de « féminisme » est en elle même antiféministe. Elle peut être requestionnée pour plein de raisons, pas toutes louables on va dire mais en même temps, ne pas faire de retour critique sur sa lutte, s’est s’enfoncer dans l’autosatisfaction ou stagner.

      Je ne savais pas que le mot « féminisme » en tant que tel était questionné par les femmes non-blanches, j’en était un peu restée au « black feminism » ou au féminisme intersectionnel (qui n’est clairement pas une appellation super claire) et à leur critique du féminisme blanc/bourgeois. Y a t il des propositions de terme plus inclusif? Anti sexisme est t il plus utilisé? Désolée si les questions sont reloues (ptet que jpeux trouver des réponses sur google en fait😦 )

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      • (Cf aussi commentaire au-dessus)

        En fait, le womanism (mais difficilement traductible en français) est au départ une autre branche du féminisme noir américain, mais aujourd’hui les 2 termes deviennent un peu interchangeable pour les femmes noires US. Tu peux voir cet article donne une bonne vision d’ensemble sur ce qu’est le Womanism et sa genèse : http://weblog.liberatormagazine.com/2007/01/what-is-womanism.html
        J’ai écrit justement sur le fait d’utiliser antisexisme plutôt que féminisme, et c’est une question que je me poserais encore longtemps (comme beaucoup d’autres, je pense).
        J’avais aussi lu sur une nouvelle approche mixant critical race theory et féminisme, mais je n’ai plus la source😦
        Bref, c’est une question restant brûlante d’actualité, et c’est la balayer d’un revers de la main en disant « C’est antiféministe » qui me semble justement trop facile.

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        • Merci à toi et à didyme pour vos réponses, je vais lire les articles et les sources.

          Peut-être que je n’utiliserai plus les deux indistincement🙂

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    • Oui mais vous ne croyez pas qu’à l’instar du féminisme européen, le féminisme américain, et noir-américain, a ses spécificités notamment culturelles?

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  9. Ca doit dépendre des régions mais je ne crois pas que les femmes sont plus que les hommes bénéficiaires de la garde des enfants en cas de divorce/séparation. C’est justement bien une des preuves que le féminisme sert aussi aux hommes, car il a permis de sortir de cette vision de la femme quasi exclusivement maternelle et maternante. Grâce au féminisme et à l’égalitarisme, de plus en plus d’hommes ont la garde alternée. Après, il faut déjà la demander, et avoir les conditions pour. J’ai tendance à penser que ceux qui ne réussissent pas à l’avoir (les abrutis qui montent en haut des grues) ne l’ont même pas demandé, ou n’ont pas les conditions matérielles.

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    • Quand tu parles de ne « même pas demander », je connais deux pères qui y ont été fortement découragés et se sont résignés à attendre que le gosse puisse demander le changement (comme des femmes découragées par certaines branches professionnelles, tellement réservées aux hommes qu’elles n’osent pas).

      Tu parles de « garde alternée », je parles de garde principale. Dans mon entourage, je connais deux hommes ayant eu la garde principale de leurs gosses, déjà relativement grands. Je connais beaucoup plus de femmes ayant la garde principale de leurs enfants, et aucun homme n’ayant obtenu la garde principale de son enfant en age préscolaire (et personne ne s’est demandé si la mère avait réunissait des conditions matérielles et psychologiques minimales). Si les mœurs et tribunaux étaient équitables, le fossé serait probablement moins grand.

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      • Ce sont justement les arguments machistes (les moeurs dont tu parles) qui limitent l’identité féminine à être mère qui ont fait que les femmes avaient la garde en cas de divorce/séparation. Ca reste majoritaire (72 %) mais en forte diminution chaque année (en 2005, 78 %). La garde alternée augmente aussi, 20 % alors qu’elle n’était que de 13 %). Ce qui n’évolue pas (8 %) est la garde attribuée au père. Tu prends le problème à l’envers il me semble, c’est l’égalitarisme qui a permis ca. Les féministes n’étaient pas toutes puissantes dans les années 50 quand quasiment 100 % des enfants étaient confiés aux mères. J’ajoute sur le rôle des pères que 40 % des pensions ne sont pas versées.
        Les stats montrent aussi que quand les droits de rencontre/visite réduits sont presque toujours dus à des « soucis » (alcool, violence, agressions sexuelles, etc.) ou absence de logement. Il n’y a donc pas de complot féminin ou féministe.
        Ensuite, tu dis que tu connais deux pères qui « ont été fortement découragés et se sont résignés »… Peut être que si ils ne se décourageaient pas vite et ne se résignaient pas, ils auraient pu faire appel et faire reconnaitre leurs droits… C’est comme ceux qui disent qu’il n’y a pas de travail, alors qu’ils n’en cherchent même pas…

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        • @xenomorf : « C’est comme ceux qui disent qu’il n’y a pas de travail, alors qu’ils n’en cherchent même pas… »
          Vous êtes la preuve vivante qu’on peut être féministe et zarko-médef compatible. Qu’on peut être féministe et écraser les opprimés, les pauvres, les femmes. Serait-ce une bonne raison pour ne plus se réclamer du féminisme ?

          « Peut être que si ils ne se décourageaient pas vite et ne se résignaient pas, ils auraient pu faire appel et faire reconnaitre leurs droits… »
          C’est un peu comme ces femmes qui remarquent que certains métiers ne leur sont pas accessible. Mais voyons ! c’est que ces bécasses ont oublié qu’il leur suffisait de postuler aux emplois en question, car le plafond de verre : connaît pas. de même : l’oppression par la justice, pour xenormof : connaît pas.

          Voyez-vous, xenomorf, le problème n’est pas pour moi que vous soyez très réactionnaire, que vous soyez l’ennemi : ce point-là est acquis. Le problème est que vos insanités n’aient fait sursauter personne sur ce blog. le problème est qu’il y a désormais quelque chose de très pourri au royaume du féminisme… ceci compte tenu, bien entendu, e la compatibilité avec le « féminisme » et le racisme, si justement noté et dénoncé par Ms Dreydful.

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      • Si les deux pères se sont résignés si facilement… c’est sans doute parce qu’ils voulaient pas « la garde » des enfants…
        Juste ne pas perdre totalement le contact avec leurs enfants.

        Et que ces deux père là comme tant d’autres sont imprégnés de l’idée que les enfants sont mieux avec leur mère.
        Il faut savoir que dans 80 % des cas, ce sont les ex-conjoints qui décident que les enfants resteront avec la mère. Pas les juges, les ex-conjoints.

        Et comme l’écrit Xenomorf, l’immense majorité des ex-conjoints décident comme ça de laisser les enfants avec la mère -y compris et surtout les bons pères- car l’idée dominante issu de la tradition dit que le mieux pour les enfants, c’est d’être avec leur mère.

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        • Mais oui, Abd Salam… Tout comme tant de femmes préfèrent être caissières de supermarché que chef d’orchestre ou chirurgienne, la chose est bien connue. Quant aux juges, effectivement ils ne font que considérer l’évidence : un père ne doit pas s’occuper de ses enfants, car les femmes sont dans notre société pondeuses, lave-vaisselles et changeuses de couches. Et les enfants doivent souffrir de ne pas avoir deux parents à égalité de droits et de devoirs, car les enfants on s’en fout.

          ————
          Oui, décidément, il faut abandonner le mot de féminisme, puisque sous ce vocable ne fait que se cacher l’ignominie de la défense de l’ordre existant…

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  10. A rajouter à l’analyse: mettre en question l’autodéfinition d’un mouvement de lutte d’un groupe dominé sans faire partie de ce groupe et/ou de ce mouvement me semble une prise de pouvoir et donc, en tant que telle, un argument anti-féministe. C’est autre chose si cette critique vient de l’intérieur du groupe et/ou du mouvement…
    Et en ce qui concerne la critique des féministes noires, que je sache, c’était une critique non du terme féminisme (car sinon le terme « féministes noires » serait une contradiction en soi), mais une critique justifiée des politiques, formes d’organisation, actions et inégalités de pouvoir au sein même du mouvement féministe.
    Pour ce qui est de termes alternatifs, Alice Walker a proposé « womanist », mais je n’ai pas l’impression que ce terme aurait été largement accepté. « Third World Diva Girls » de bell hooks a connu le même destin…

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  11. Merci pour la tranche de condescendance mais je sais encore lire : la trame de ton article et comment tu as développé ton argumentaire contribuent à « Ne pas se revendiquer ‘féministe’ est antiféministe ». Désolée (et je n’accepterais pas le point bingo « Tu vois du racisme là où il n’y en a pas »).

    Je reprends ton 1er paragraphe : « Je précise d’abord que cet argument n’est pas seulement utilisé par des personnes hostiles aux arguments féministes; je voudrais néanmoins montrer en quoi il pose problème et contribue, in fine, à l’antiféminisme. » *Suivi d’un exemple de citation qui pourrait très bien dit par une femme womanist*

    Il n’y a pas de nuances ici (sans oublier l’accroche du titre) : cet argument « contribue in fine à l’antiféminisme », même si on y serait pas vraiment « hostile », ce qui est juste faux (comme je l’ai expliqué).
    Je comprends le besoin d’écrire sur le mot féminisme et comment il peut repousser des gens des idées féministes. Je connais aussi les arguments que tu as pointé du doigt par la suite. Oui, cet argument peut être utilisé pour rester un sexiste de base, mais aussi pour des raisons que tu choisis de ne pas évoquer. Donc tu choisis délibérément d’exclure la dimension raciale ici (et d’autres axes, dans une autre mesure).

    Ton argumentaire me semble celui de l’homme de paille : répondre à un argument facile tout en ignorant les autres, comme s’ils n’existaient pas.
    C’est pour ça que je dis que cet argument ne mérite pas sa place ici, car loin d’être simpliste. Ton article aurait été plus nuancé (en énonçant clairement qu’il y a une vraie réflexion autour de ce mot, qu’il y a toujours des divergences à l’utiliser, prenant plus en compte largement l’histoire du féminisme…) je n’aurais rien dis.
    Mais ce n’est pas le cas.

    Ma critique initiale portait sur le mot même, « féminisme », et non sur le sens qu’on met derrière (qui est effectivement HS, comme je l’ai aussi noté). Donc tu n’as pas vraiment compris ce que je disais (et réponds à côté). Ne réponds pas de suite alors à ce commentaire,

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    • C’est assez simple pourtant. Si on est contre le féminisme, on est contre l’égalitarisme. Si on est contre l’égalitarisme, on est sexiste. Je ne pense pas qu’on puisse être « entre deux » dialectiquement parlant.
      Le féminisme partage avec l’antiracisme le fait qu’il n’y a pas de demi mesure. Comme disaient les militants des droits civiques aux USA : « ou tu fais partie du problème, ou bien tu fais partie de la solution ».

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      • Sinon quelqu’un prend vraiment la peine de lire ce que j’écris?
        Donc les militantes afro-américaines se voyant « Womanist » sont une « partie du problème »? Whoaah.
        « C’est assez simple pourtant ». Tranquille le « whitesplainning »? Non, ce n’est pas si simple justement, sinon les femmes noires n’auraient pas pris la peine de réfléchir dessus (et beaucoup n’auraient pas l’hésitation de se dire féministe).

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        • Ben je pourrai te dire la même chose… je parlais de féminisme. L’intersectionnalité est un autre souci. Les féministes black n’ont pas critiqué le féminisme en soi, mais la façon dont il était délimité par les bourgeoises blanches.

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        • Sauf que c’est toi qui répond à côté à mon commentaire, en nous faisant un blabla sur « si t’es pas féministe, tu n’es pas égalitariste » comme si anti-sexisme était forcément égal à féminisme. L’intersectionnalite n’est PAS un autre souci, il est au coeur du féminisme tel que conceptualisé par les féministes noires, mais ça, c’est encore ta vision de blanc qui permet de les voir à part.
          Elles ont bien critiqué le féminisme en soi, c’est l’antisexisme et la lutte pour les droits des femmes qu’elles considèrent. Nuance.
          Alors soit tu lis Bell Hooks et Hill Collins de travers, soit tu ne sais pas de quoi tu parles, et avant de me whitesplainner, tu te renseignes (notamment sur les femmes de couleur qui se disent pour la lutte des féministes et refusent avec force ce terme). Merci.

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        • Juste une réaction un peu épidermique sur la question de la « demi-mesure ». Qui définit la demi-mesure? Le dominant qui définit aussi la « mesure » à l’intérieur de son modèle excluant.

          Les féministes qui se posent la question de leur appartenance à ce mouvement pointent du doigt le fait que le féminisme est dans la demi-mesure puisqu’il n’inclue pas les femmes de couleur. (personnellement, je remets la question sur le métier tous les jours)

          Les mouvements antiracistes sont encore aujourd’hui (et c’était déjà largement le cas lors des grands mouvements du 20ème siècle) gangrénés par une dynamique de domination des hommes sur les femmes, et ne s’expriment donc pas pour toutes les personnes de couleur, puisqu’elles excluent es femmes du champ de l’égalité dans leurs propres organisations.

          Il me semble qu’Angela Davis en parle très bien dans ses bouquins et conférences, mais j’ai pas de référence là maintenant tout de suite.

          Donc oui, ce n’est pas critiquer les idées fondatrices du féminisme/de l’antiracisme que de se poser la question des systèmes de domination intrinsèques au mouvement.

          Enfin, merci AC pour l’article, j’ai appris plein de choses sur le féminisme en France.

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    • Je te réponds avec beaucoup de retard, désolée. Du coup j’ai eu le temps de réfléchir à tes remarques et j’en vois de plus en plus la pertinence, même si je vais quand même essayer de défendre la perspective que j’adopte ici.

      Ce post (sans ambition intellectuelle particulière) s’inscrit dans une série de billets qui se veulent pratiques. Leur but est d’apporter des éléments de réponse aux arguments utilisés les plus couramment contre les féministes. Cet argument en fait partie, même si, comme je l’écris au début, il n’est pas QUE ça. Quand je dis qu’il pose problème, c’est dans la mesure où il est la plupart du temps utilisé pour reléguer l’enjeu du genre au 2ème plan. C’est le problème des termes dont je parle, ainsi que d' »antisexisme » que j’aborderai peut-être plus tard.

      On en vient au problème que tu soulèves: oui, la définition de « femmes » et des sujets du féminisme a évolué. Oui, le féminisme s’est d’abord construit plus ou moins implicitement en excluant les femmes qui n’étaient pas blanches, hétéro, cis, bourgeoises. Mais, comme je le dis plus haut, le féminisme a évolué et continue de le faire. De très nombreuses féministes le questionnent aujourd’hui de l’intérieur en montrant la nécessité de prendre en compte d’autres perspectives, la dimension raciale notamment. « Le féminisme » est loin d’être parfait, mais ces questionnements existent et ont provoqué une crise durable, et tant mieux.

      Seulement ce n’était pas là l’objet de mon post. Je ne parle pas des critiques de l’intérieur (même pour des femmes qui, comme tu le dis, refusent le terme « féminisme ») mais des critiques qui, sous couvert de sympathie pour le combat féministe, le dévoient ou contribuent à le faire passer au second plan. D’où mon paragraphe initial.

      Je ne sais pas si je suis plus claire. J’ai bien conscience de m’exprimer du point de vue privilégié du féminisme mainstream, ce féminisme qui s’adresse très précisément à des gens comme moi. Mon but n’était pas de faire passer la dimension raciale, ou d’autres dimensions ne rentrant pas dans le cadre que j’ai décrit, à la trappe. Alors j’accepte la critique du simplisme, et il faudra certainement que je revienne ultérieurement au problème que tu soulèves.

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      • Ca n’est pratique que pour les personnes qui ne sont pas aptes à la remise en question et à s’interroger sur un terme qui, lentement, devient désuet.
        Et surtout, ça continue de placer la Femme en opposition à l’Homme…. alors que l’inverse serait largement possible aussi… mais qu’aucun des deux n’est la solution.
        Alors, quid d’un appel à l’apaisement plutôt qu’à la confrontation permanente ?

        Peace.

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  12. Je suis content de voir que je suis d’accord avec toi quant à la définition de « féminisme », ce qui me réconforte dans ma position non pas de féministe mais d’anti-sexiste.

    « Dire que le féminisme est un mouvement « pour les hommes et les femmes », et qu’il n’y a donc pas de raison de mettre les femmes en avant, est à mon avis une grave erreur. »

    Je ne souhaite effectivement pas mettre les femmes en avant. J’aime éviter de mettre n’importe quel sexe en avant. J’aime ne pas avoir à connaître le sexe des personnes, en tant que distinction sociale et/ou humaine. Et je n’y vois pas d’erreur. Donc je ne suis pas féministe.

    « l’égalité ne pourra être atteinte que quand aura pris fin la subordination des femmes au sein du système patriarcal »

    Qui déclarera que l’égalité a été atteinte ? Quand ? Il est important pour moi de ne pas laisser faire les discriminations. Mais agir au nom d’une sous-catégorie, c’est renforcer la distinction qui, pour moi, est parasite. Je comprends que certaines personnes tiennent à dire : « les hommes et les femmes coexistent et méritent un traitement égal. À ce moment-là, il est question de féminisme quand la discrimination est en faveur des hommes et de masculinisme dans le cas contraire (car ça existe aussi, et ça me fait de la peine qu’on en parle tellement moins, d’ailleurs gmail me met des pointillés rouges sous « masculinisme » et pas sous « féminisme » !!). » Moi je préfère juste ne pas me soucier de la différence homme/femme (qui n’est pas toujours très claire, d’ailleurs) et traiter les cas de discrimination séparément, quel qu’en soit le critère.

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    • Je saisis assez bien ce que tu veux dire, toutefois, je ne suis pas vraiment d’accord. Voire pas du tout.

      Si les luttes contre le patriarcat et le sexisme (quelque soit le nom qu’on leur donne) ont « mis les femmes en avant » c’est principalement parce qu’à la base, ce sont des luttes impulsées par des femmes, pour leurs droits, pour leur émancipation. Impulsées par des femmes, menées par des femmes etc pour qu’elles obtiennent un statut équivalent à celui des hommes. Elles ont été parfois accompagnées d’hommes, ces luttes ont permis aux hommes d’obtenir certaines choses aussi. Mais en tant que classe sociale opprimée, elles ont mis les mains dans le cambouis, elles se sont pour la premières fois mises en avant…
      Et comme l’a dit Ms Dreydful, ce ne sont pas toutes les femmes qu’on a vu en avant ainsi. Les non-blanches mais aussi les femmes trans*, les lesbiennes, les bies, les prolottes, les prostituées ont été vachement moins mises en avant et galèrent encore à être légitime dans certains lieux/collectifs dits « féministes ». Pourtant elles subissent aussi le sexisme social et toute une palette d’actes misogynes.

      Je comprends ta volonté de penser un monde sans sexe et donc sans hiérarchie, de briser les catégories sociales de sexe et de considérer que ce n’est pas un critère important. Dans l’idéal pourquoi pas effectivement. Mais je crois que pour l’instant, c’est un privilège de dominant que de vouloir penser le monde comme ça. Je sais qu’en tant que femme cis, mon expérience de vie sociale est parsemée de preuve d’existence tonitruante du patriarcat. D’un autre côté, en tant que blanche, je n’ai pas à lutter contre le racisme institutionnel tous les jours, pas à subir les insultes ou les quolibets ou les regards chelous, je suis « la norme ». Mais ce serait faire un déni de réalité que de penser et donc de considérer que le monde fonctionne ainsi.

      Les dénis de réalité (je ne vois pas le sexe, la couleur, le statut social etc…) simplifient la réalité, lui ôtent sa complexité, aplanissent les rapports sociaux de domination et amènent, à mon sens, au développement d’une vision méritocratique telle qu’en France, qui reproduit EXACTEMENT les rapports sociaux de domination.

      Il est important de laisser à chaque « sous-catégorie » comme tu les appelles la place de s’exprimer, la place de se revendiquer, la place d’exister en étant différente mais en ayant les mêmes droits, en bénéficiant d’un traitement égal et juste.

      Les distinctions existent, ce n’est pas une question de les renforcer ou pas. Par exemple, il y a des personnes hétérosexuelles, il y a des personnes homosexuelles, il y a des personnes bisexuelles etc Il existe de fait des différences entre elles puisqu’elles n’ont pas la même orientation sexuelle. Mais si tu leur donnes les mêmes droits à toutes, quelque soit cette orientation, tu les traites de manière égale et juste, la distinction de fait persiste, mais l’égalité est là et c’est tout ce qui est demandé!

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      • Je détient un vagin et je ne me retrouve pas dans le terme « féministe » non plus. Car si je ne suis pas contente du rôle culturel de la femme celui de l’homme me parait plus cauchemardesque.
        Donc je plussoie la personne ci dessus qui demande à ce qu’on soit considéré comme humain.

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    • Hélas, le « masculinisme » n’est pas le pendant du féminisme, en version « hommes opprimés ».

      Je suis d’accord qu’une discrimination positive reste une discrimination. Mais quand le système en place est parfaitement rôdé et s’auto-entretient, il faut forcément « casser » la machine d’une façon ou d’une autre pour entrainer une réaction. Ce sont des solutions à court ou moyen terme, qui devraient d’ailleurs ne plus avoir de raison d’être une fois leurs effets visés atteints.

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  13. Ms Dreydful : j’employais le « tu » comme une façon de parler, ce n’est pas moi qui ai inventé ni utilisé ces formulations. Personne ne parle à ta place, j’essayais juste de dialoguer ou au moins de trouver un terrain de dialogue, car j’ai un peu de mal à trouver de l’intérêt autre que conceptuel à ces querelles de chapelles. C’est bien d’avoir raison, mais tout seul dans son coin, ça ne change pas grand chose. Dialogue terminé en ce qui me concerne, tu as l’air d’avoir surtout besoin d’une enclume, choisis en une autre si tu veux.

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  14. On peut ajouter (en tout cas, moi j’aime à le souligner), que le terme féminisme est indispensable dans la mesure où il rend compte de l’existence d’une lutte SPÉCIFIQUE contre une domination SPÉCIFIQUE. Il ne me paraît pas possible, par exemple, de comparer systématiquement et jusqu’au bout le sexisme et le racisme. Le sexisme est la seule discrimination, le seul ressort de domination, qui s’exerce toujours, en permanence et en tout lieu, dans la sphère publique comme dans la sphère publique, qu’on expérimente dans tous les temps de sa vie, depuis la socialisation (scolaire, entre pairs, professionnelle, j’en passe et des meilleurs) jusque dans la vie intime. Les autres discriminations ne franchissent (généralement) pas les limites de la sphère de l’intime.

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    • Heu, vous vous avancez un peu vite là. Si vous suiviez la TL de Mrs Dreyful ou The Economist sur twitter, et lisiez un peu de black feminist, vous verriez que le racisme intervient aussi dans les sphères de l’intime, tout comme l’homophobie, la lesbophobie, la transphobie etc.
      Je suis assez choqué de lire ça. Désolée mais en tant que blanche, je ne vie pas autre chose que le sexisme et je trouve ça malvenu de s’avancer à dire que le racisme ne se vis pas dans l’intime.

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      • @ Muriel Salle

        L’intime, le privé étant politique, les autres discriminations franchissent complètement les limites de cette sphère là aussi.
        L’intime ne se compose pas de couple hétéro cis blanc valide pour tout le monde, merci de ne pas écraser et nier les discriminations que plein de gens vivent dans leur intimité.

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  15. Bonjour,

    Je n’ai pas lu tous les commentaires, je vous présente donc d’avance mes excuses si quelqu’un a déjà dit ce que je voulais dire…

    Merci pour cet article, qui m’apprend des choses très intéressantes sur l’origine du mot « féminisme ». Je soutiens à 100% tous vos arguments, ils sont bien expliqués, forts et pertinents.

    J’aimerais juste ajouter quelque chose qui va dans votre sens. Vous insistez dans votre article sur l’origine et la pertinence du terme « féminisme », et c’est parfait, mais pour enfoncer le clou je pense qu’un article un peu plus long ne serait pas de refus, en incluant pourquoi les mots « humanisme » et « égalitarisme », pour les mêmes raisons étymologiques et historiques, ne sont PAS DU TOUT adaptés à la qualification de la pensée féministe.

    – Le mot « égalitarisme » existe et a un sens PÉJORATIF. Définition du TLF: « Péj. Doctrine, attitude de ceux qui considèrent que les personnes ne présentent pas la moindre différence de droits, de valeur. » (Ex: Dans le régime communiste soviétique, payer les personnes le même salaire sans prendre en compte la qualité du travail est une forme d’égalitarisme, qui a découragé beaucoup de gens et diminué l’implication des personnes dans leur travail, vu que leurs efforts n’étaient ni reconnus ni récompensés et que les bons comme les mauvais étaient logés à la même enseigne.)
    Dire que le féminisme est un égalitarisme est donc un jugement de valeur négatif : cela veut dire que le féminisme est un combat injuste, qui demande l’égalité hommes/femmes alors qu’elles ne le méritent pas… Vous voyez l’ampleur du problème !!!

    – Pour le terme « humanisme », vous effleurez le sujet , mais vous n’en montrez pas l’étendue ni le problème qu’il pose concrètement. Oui, l’humanisme est (ou peut être vu) comme une « belle idéologie qui a à voir avec la conception de l’humain et la quête du savoir », mais il a aussi ses angles morts. Le problème de l’humanisme, c’est qu’en prétendant qu’il mettait l’humain au centre de l’univers, en fait il y a mis l’homme. Il emploie indifféremment « humain » et « Homme » avec un grand H, mais au final cet humain et cet Homme se résument le plus souvent à l’homme au petit h.
    Ce courant qui a eu lieu à la Renaissance (c’est donc dire combien il est vieux, d’où l’absurdité de vouloir l’utiliser comme un « mot neuf » pour désigner le féminisme, beaucoup plus récent et porteur d’idées plus neuves…), et se caractérise par un retour aux pensées et esthétiques des Antiquités grecque et latine, deux cultures riches et intéressantes mais profondément phallocrates et misogynes. Notamment, on voit chez certains auteurs humanistes un regain du thème de la camaraderie virile, jugée supérieure aux relations des hommes avec les femmes. Montaigne a écrit dans le premier livre de ses ‘Essais’ des passages très émouvants sur son amitié avec feu Etienne de la Boétie ; mais plus il porte son ami aux nues, plus il insiste sur l’infériorité des femmes, dont il résume l’intérêt à des questions de satisfaction sexuelle. (Il a mis un peu d’eau dans son vin à la fin de sa vie, mais il n’empêche qu’il n’arrêtait pas de réviser son texte et n’a jamais effacé ses passages très durs et méprisants à l’égard des femmes. Moi qui aime beaucoup lire Montaigne, qui ait l’impression de discuter avec un vieil ami en le lisant, je me sens toujours mortifiée en tombant sur ces passages, parce qu’ils m’indiquent clairement que, de par mon sexe, je ne suis PAS le lecteur camarade qu’il attend et pour qui il écrit. Qu’une femme puisse lire ses ‘Essais’ comme un homme, ça ne lui passait même pas par la tête.)
    Ou prenez donc Erasme, la figure la plus connue de l’humanisme. Dans son « Éloge de la Folie », il met explicitement toutes les femmes du côté de la folie, de l’irrationnel, et l’allégorie de la Folie qui fait son propre éloge dit que, d’ailleurs, ce n’est pas un hasard si elle est elle-même une femme, CQFD. (En plus, en latin, il emploie le mot « stultitia », qui veut dire à la fois « folie » et « stupidité ». Il dit donc en même temps que les femmes sont folles ET stupides.) Alors, oui, il y a beaucoup d’ironie et d’ambiguïté dans cet ouvrage très intéressant, et des moments très paradoxaux où la sagesse devient folie, la folie devient sagesse, et où la folie est revalorisée. Mais jamais quand il parle spécifiquement des femmes. C’est sans doute l’aspect le plus faible de son ouvrage : n’avoir pas su mener son idée de revalorisation paradoxale jusqu’à la défense de l’humanité, de l’intelligence et des droits des femmes.
    Ainsi, l’humanisme est très intéressant et a porté des idées très positives. Mais c’est un mouvement d’hommes, qui a oublié les femmes et s’en moquait. C’est un mouvement qui n’avait pas de « but » misogyne, mais qui était « accessoirement » misogyne. Dans ces circonstances, comment oser dire que le mot « humanisme » devrait remplacer « féminisme » ? C’est de la négation historique !

    Voilà, je trouve que ce genre de petit développement manquait un peu à votre article. Il me semble que pour défendre le mot « féminisme » contre « égalitarisme » et « humanisme » face à ceux qui veulent garder ces derniers en effaçant le premier, il faut non seulement valoriser le mot « féminisme » et en rappeler l’histoire, mais il faut aussi démontrer sa spécificité absolue en mettant en lumière les zones d’ombre de l’égalitarisme et de l’humanisme. Ces mots sont TRÈS LOIN d’être neutres et irréprochables. S’ils passent mieux aux yeux de l’opinion, il faut s’interroger sur le pourquoi : mauvaise compréhension des mots, mauvaise connaissance historique, et surtout, pour l’humanisme, valorisation sempiternelle du masculin sur le féminin, qu’on s’acharne à effacer pudiquement pour que surtout on ne le voie pas. Appeler le féminisme « égalitarisme » ou « humanisme », c’est bel et bien tuer le féminisme.

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  16. Encore une fois désolé de briser votre entre-soi qui permet d’être douillet, mais ça ne vous amène pas à vous poser des questions quand vous voyez des hommes qui respecte parfaitement leur femme, font du ménage, vont chercher les enfants, les change, etc… et se disent anti-féministes par goût de l’égalité et dégoût de cette agressivité mêlée de moralisme ?
    Avez-vous une autre réponse à leur égard que « ils n’ont rien compris, ils sont stupides/manipulés par le patriarcat » ?

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    • Outch ! Vous faîtes fort, Francesco. Réponse en vrac d’un homme pro-féministe :
      – Le hic c’est que des hommes qui partagent égalitairement le travail domestique et qui se disent antiféministes nous n’en voyons jamais.
      – Arguer de la fameuse agressivité des féministes, c’est l’attaque anti-féministe classique. Plutôt que de discuter sur le fond des revendications féministes l’attaque ad hominem Cf https://cafaitgenre.org/2013/08/26/arguments-anti-feministes-2-tu-es-trop-agressive-cela-nuit-a-ton-message/
      – Personne n’a prétendu ici que les hommes sont stupides. Par-contre, c’est un truisme, les hommes qui n’ont jamais lu de littérature féministe, par exemple vous, ne connaissent rien au féminisme. Et ferait mieux de prendre connaissance des propos des féministes avant de les condamner ou de proposer de les réformer. En bref, une exigence d’honnêteté intellectuelle valable quelque soit l’objet de la discussion. Mais dont la plupart des gens s’affranchissent quand il s’agit du féminisme.

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      • 1/ o_Ô Vous vivez dans quel monde ? Si vous fréquentez des c***, on s’étonne moins des discours « les gens sont tous des c*** ». Vous avez le droit de choisir vos amis et fréquentations, aussi, hein.
        2/ Ce n’est pas une attaque, c’est un constat. Le fait que ça revienne souvent ne montre rien d’autre que le problème que cela pose et la coupure totale entre « féministes » et reste de la société.
        3/ Eeeeeeet voilà : on me traite de débile qui n’a jamais rien lu et ne connaît pas le sujet dès que je dis UNE petite chose qui ne va pas dans votre sens. C’est fou : toute discussion est complètement impossible, vous ne savez que sautez à la gorge des gens (j’ai laissé 5 commentaires, je me suis fait agressé 5 fois).
        Donc bien ce qui me semblait, rien à tirer de ce milieu qui diffuse haine et agressivité au nom de son combat.
        Dieu merci pendant ce temps, d’autres se battent REELLEMENT contre le sexisme, de manière désintéressée. Mais eux n’ont pas besoin de se mettre en valeur de la sorte, d’utiliser les grands mots et d’en appeler aux mânes de glorieux ancêtres, qui se retournent dans leur tombe.

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        • 1) C’est vous qui êtes à mon avis agressif en recourant – sans l’assumer complétement – à une insulte, « cons », qui est d’ailleurs en outre sexiste (puisque référant à l’origine au sexe féminin). Pour ma part, je ne dis pas que les hommes sont des cons ou des abrutis. Par-contre je sais que 65% du travail domestique est assuré par les femmes. Et, en particulier que la situation est la plus inéquitable pour les mères avec enfants, qui assurent en moyenne 35 heures de travail domestique par semaine. Cf les données fournies par l’INSEE http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1423#inter3
          En imputer la responsabilité à la « connerie individuelle » c’est ne rien expliquer du tout et ne se donner aucun moyen de lutter contre. Identifier les causes de l’oppression des femmes, qui sont des causes structurelles et sociales, c’est se donner les moyens de mettre fin à cette oppression. C’est une des tâches du féminisme.

          2) On peut dresser objectivement un constat du nombre de femmes violées et battues par leur compagnon, du volume de travail fournie gratuitement par les femmes à leurs compagnons au sein des foyers, de l’écart de salaire entre hommes et femmes, en bref des violences sexuelles et de l’exploitation économique subies par les femmes. Je doute qu’il existe des moyens objectifs d’évaluer l’agressivité d’un discours. Les mêmes mots n’auront pas le même effet sur des personnes différentes. Ce qui est certain c’est le féminisme n’a ôté aucune vie et ne s’est attaqué à l’intégrité physique d’aucune personne. Aucun homme ne meurt sous les coups des féministes. Aucun homme n’est violé par des féministes. Si vous vous sentez agressé par les discours féministes, convenez que cette violence ne peut être que très grandement inférieure à la violence que dénonce ces discours. Et honnêtement : pourquoi préférez vous dénoncez la violence verbale des féministes, dont l’appréciation est fort subjective, plutôt que de lutter contre la violence physique et économique du patriarcat objectivement constatable ?

          3) Encore une fois, personne ne vous a traité de « débile ». Par-contre, dans la mesure où par exemple vous considérez que la « connerie » est la cause de l’extorsion du travail domestique aux femmes, je me permet de supposer que vous n’avez pas, ou fort peu, lu d’analyses féministes. Libre à vous de détromper mon jugement. Je serai très heureux que vous m’exposiez vos lectures féministes et votre jugement dessus. Dans tous les cas, être ignorant dans un domaine n’a rien d’infamant. Je ne connais par exemple rien à la peinture, et si je venais à dire une bêtise à ce sujet je serai heureux que quelqu’un vienne me rectifier – même de manière un peu rude. C’est la bonne attitude à avoir relativement à nos croyances : l’esprit critique. Parce que notre éducation nous fourre plein de croyances fausses et sexistes dans l’esprit, le féminisme en requiert beaucoup.

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    • Moi ce qui m’interroge c’est déjà que votre premier critère c’est le respect. Le respect, dans une relation sociale, c’est un pré-requis, en d’autres termes, on ne remercie pas quelqu’un de nous respecter. Ainsi, qu’un homme respecte sa conjointe ce n’est jamais que de la normalité. Pourquoi le souligner? On dirait que pour vous, la normalité c’est de rudoyer sa femme.
      Deuxièmement, « font du ménage ». D’accord. C’est la même chose. Faire du ménage comme vous dites, n’appelle pas le pin’s ou le bon point. Sinon on vit comme un sanglier.
      Vont chercher les enfants, les changent. Pareil. Quand on a des enfants, on s’en occupe, personne ne vous a mis un couteau sous la gorge pour les avoir.

      En gros, je devrais, et les autres femmes du fil, m’incliner devant un homme qui s’occupe des besoins primaires de ses enfants (parce qu’on a parlé ni d’éducation, ni d’affection, de suivi, etc…), ne vit pas comme un trappeur et ne traite pas sa femme n’importe comment. C’est à dire, en gros, un de ces hommes qui s’occupent de 5 à 10% des tâches ménagères, pendant que sa femme fait les 90% restant. Alors permettez moi de ricaner si ce monsieur se dit « anti-féministe par goût de l’égalité », quelle égalité?

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