Harceleurs, agresseurs ou simples « relous »?

L’expression est utilisée par des militantes contre le harcèlement de rue, qui ont inauguré hier une « zone anti-relous » à Paris. Cela, quelques jours après une agression sexuelle dont a été victime une femme à Lille et qui a beaucoup fait parler; non pas, malheureusement, à cause de son caractère exceptionnel, mais parce que personne n’est intervenu pendant les 30 minutes qu’a duré son calvaire.

L’initiative de ces militantes est louable et il faut absolument agir contre le harcèlement de rue. Mais leur choix de vocabulaire me pose vraiment problème.

Les hommes qui harcèlent et agressent les femmes dans l’espace public ne sont pas des « relous ». Les désigner ainsi revient à minimiser l’acte en question. Ce n’est pas pour rien que l’on parle de harcèlement: ce ne sont pas des cas isolés, des types lourds, des exceptions. C’est une des manifestations de la domination masculine et de l’appropriation masculine de l’espace public. Une manière de « remettre les femmes à leur place » en leur montrant bien qu’elles ne peuvent échapper ni au regard, ni à l’emprise des hommes. Que quoi qu’elles fassent, il ne faut jamais, jamais qu’elles oublient leur statut de femmes, c’est-à-dire d’objets sexuels à disposition du sexe masculin.

Ce ne sont pas des dragueurs maladroits. Cette justification est celle qui me met le plus hors de moi. Un homme qui interpelle une femme dans la rue pour lui faire un compliment alors qu’elle n’a rien demandé, qui lui enjoint de sourire, et la traite de salope si elle ne répond pas, vous appelez cela de la maladresse, vous? Un type qui vous suit dans la rue et jusque dans le métro en commentant votre physique et en demandant votre numéro, vous appelez cela un « relou »?

Figurez-vous que c’est la ligne de défense adoptée par l’agresseur de Lille, qui a pendant 1/2 heure insulté, sexuellement agressé et suivi sa victime: son avocate a expliqué au juge qu’il « pensait draguer et n’a pas supporté que sa victime lui résiste » (le juge ne l’a pas suivie et l’homme a été condamné). Vous appelez cela de la drague qui a mal tourné, vous?

Le problème est justement dans le fait de brouiller la frontière entre séduction et violence. Parler de « relous », de « dragueurs maladroits » contribue à ce brouillage, à l’idée qu’il existe un danger permanent et normal pour les femmes dans les relations hétérosexuelles, qu’elles doivent l’accepter comme faisant partie du jeu de la séduction. Alors il ne faut pas « donner des idées », il ne faut pas aguicher, il ne faut pas mettre de jupes trop courtes, il ne faut pas sortir le soir non-accompagnée… sinon… sinon quoi? Sinon on s’expose à une sanction attendue et méritée, puisqu’on savait ce qu’on risquait?

J’ai eu beaucoup de mal à écrire mon dernier billet. Evidemment, ce sont des événements que je préférerais oublier. Mais je me suis peu à peu rendu compte d’une chose: le plus difficile est de donner à certains de ces événements leur vrai nom. J’ai dû aller vérifier la définition, pourtant au fond de moi je savais de quoi il s’agissait: de mini-agressions sexuelles. J’ai besoin de dire « mini » parce que je sais qu’il peut y avoir tellement pire, et parce que sinon je ne pourrais pas en parler.

Le phénomène dont je parle est difficile à désigner, notamment parce qu’il est multiforme. Le terme harcèlement, selon moi, est juste; mais il peut servir à effacer les violences verbales et sexuelles dont il s’accompagne parfois. Il peut sembler facile de se débarrasser de « relous » – ce n’est pas grave, un relou. Mais que faire face à un phénomène systématique que la société persiste à minorer et à ne pas désigner par son vrai nom? L’initiative de ces militantes est certainement une bonne chose, mais commençons par appeler un chat, un chat.

Anne-Charlotte Husson

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17 réflexions sur “Harceleurs, agresseurs ou simples « relous »?

  1. Hélas, j’ai peur qu’il ne faille pas longtemps pour que ce qu’on retienne de cet évènement soit que l’agresseur était originaire d’afrique du nord…

    Il suffit de lire cette énormité dans les commentaires du figaro : « Il y a 20 ou 25 ans on n’avait pas cela en France! Les femmes pouvaient se promener en jupe et même en mini sans être incommodée. »….

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    • En même temps c’est peut-être vrai que ce phénomène était auparavant bien plus limité, et concernant le premier point (ici ce n’est pas spécialement le lieu pour en débattre), je ne vois pas en quoi l’on ne pourrait pas soulever cette question. Les coïncidences, ça n’existe pas.

      Et il n’est pas question de stigmatisation ou je ne sais quoi, mais peut-être de modifier la communication à ce sujet. Très franchement, je doute que ce type ait jamais entendu parler du « harcèlement de rue ». Alors lui, a priori c’est pas ça qui l’aurait fait réfléchir (récidiviste je crois, et relâché avant la fin de sa peine pour bien lui montrer que c’était pas si grave), mais d’autres, peut-être que oui.

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    • Tu crois que les commentaires du figaro représentent la réalitée? Et tu crois qu’il y a 25 ans le harcèlement sexuel de rue n’existait pas? C’est facile de rejeter la faute sur les autres, cela évite de règler le véritable problème. En France, il y a plus de 75000 femmes qui sont violées et la plupart de temps, par l’entourage, alors ne met pas l’Afrique du Nord la dedans. Surtout que tu n’as aucune preuves.
      ps: je peux t’assurer que les pervers pédophiles(parce que j’étais mineure) que j’ai rencontré, étaient d’ascendance européenne…

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  2. C’est quoi ce monde de merde?! Qu’on ait peur de se faire agresser si on intervient, ok, mais appeler la police discrètement ou aller chercher du secours, c’est pas possible? Tous des moutons décérébrés greffés à leur iPhone, même plus capable d’agir dans la société réelle quand un fait grave se passe. C’est cool, alors, on peut se faire violer comme ça dans la rue devant tout le monde, mais allons-y, laissons faire! Putain j’ai trop la rage.

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    • Sans vouloir défendre tout les passagers sans distinction, ce phénomène est bien connu des psychologues. Paradoxalement, _plus_ il y a de témoins, _moins_ il y en aura pour réagir. Un peu de lecture à ce sujet : https://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_du_t%C3%A9moin

      Alors encore une fois, ça n’excuse pas (pas plus évidemment que ça réduise de quelque façon que ce soit la dureté et la gravité de l’agression dont la femme a été victime), mais c’est malheureusement une réalité dont il faut tenir compte.

      C’est facile de dire « moi je serais intervenu », et je suis certain que la plupart des gens le pensent réellement lorsqu’ils le disent. Mais au beau milieu d’une rame de métro en fin de soirée, dans le feu de l’action, c’est souvent autre chose. Il y a d’ailleurs un parallèle à tracer avec le comportement des victimes dans certaines agressions (pas celles-ci). Je ne connais pas beaucoup de personnes qui affirment, à tête reposée, que si elles étaient agressées, elles figeraient et resteraient tétanisées, sans réaction. Et pourtant, ça arrive très souvent (c’est d’ailleurs parfois honteusement utilisé pour justifier l’agresseur : « elle le voulait en fait, d’ailleurs elle ne s’est même pas défendue, n’a même pas crié »).

      Bref, attention tout de même avant de juger trop sévèrement de ce côté là.

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  3. A reblogué ceci sur Blog d'une jeune catholique progressisteet a ajouté:
    Et puis même ça pourrait servir d’excuse pour les harceleurs hors de la zone anti-relous puisqu’on n’était pas dans la « bonne » zone (ça deviendrait une sorte de cage en quelque sorte).
    Pour éviter tout malentendu , je ne suis pas du tout d’accord avec ce genre de justifications .

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  4. Ça m’a fait bondir de l’entendre dire qu’il « pensait draguer ». Honnêtement ? C’est vrai que « sale pute », ça a beaucoup fait ses preuves en matière de séduction.
    Je suis ravie d’apprendre qu’il a été condamné.

    Pour en revenir aux questions de vocabulaire, est-ce qu’on peut envisager que utiliser le terme relou permet de « démocratiser » la prise de conscience du phénomène de harcèlement ? Je veux dire, quand on parle de « harcèlement » on nous répond que c’est exagéré et que c’est pas si grave. Est-ce que regrouper ces comportements sous le terme relou permettrait pas de toucher plus de monde, des personnes qui rejetteraient automatiquement tout ce qui est nommé « harcèlement » (par ces sales féminazies) avec un haussement d’épaule ? Et pourrait stigmatiser plus facilement ces « relous » que le terme de harceleur (ils ne se sentent pas criminels, en général) ?

    C’est une question que je me pose moi-même, je n’ai pas encore vraiment d’avis sur l’initiative ou les termes employés… Je comprends tout à fait le problème de la minimisation du phénomène (et l’article en parle très bien), mais y a un vrai rejet aussi dès qu’on parle de délit ou du fait que c’est réellement grave et je me demande si ça, ça peut pas être un premier pas.

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  5. Salut,
    Je suis une des membres du collectif et je réponds à ta critique (à titre personnel, cela dit).
    Lorsque nous utilisons le mot « relou », nous n’entendons pas du tout « dragueur maladroit ». Pour nous la distinction est très claire et c’est parce qu’elle a paru claire à la majorité du collectif que nous avons voté pour ce terme.
    Comme tu t’en doutes, si nous avons voté pour ce terme c’est qu’il ne faisait pas l’unanimité. Donc il est vrai que certaines personnes partageaient ton interprétation.
    Pour les autres, ils nous a semblé que :
    1/ Lorsque nous parlons à nos ami-e-s de ce qui vient de se passer lorsqu’on s’est fait harceler, on dit « j’ai ENCORE croisé un relou ».
    2/ Si nous voulons invectiver les harceleurs, choisir le terme « harceleur » leur fera d’emblée penser que l’on ne s’adresse pas à eux (« mon comportement n’est pas si grave, je ne suis pas un violeur non plus »).
    3/ Nous ne voyons pas le fait d’être relou comme un cas isolé, précisément. Le terme « harceleur » pourrait en faire un cas isolé, de par sa rareté dans le langage courant. Le terme de relou montre à quel point il est répandu de se faire emmerder, agresser, siffler, etc.

    Comme je te l’ai dit, nous n’étions pas toutes d’accord dessus. Nous sommes un jeune collectif et nous regroupons des membres de tous parcours, de toutes opinions. Nos seuls points communs sont de vouloir que cela cesse et de vouloir agir pour cela.
    Pour cette raison, nous entendons ta critique, et l’avons discutée.

    Bonne journée.

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  6. Certaines choses de ton billet me font bondir.

    Déjà, tu confonds conséquence et intention. Ce n’est pas parce qu’un « relou » va « harceler » qu’il veut remettre la femme à sa place. Dans sa tête, la femme à déjà sa place et il agit en conséquence. Il compte bel et bien draguer. Mais ce n’est pas une drague maladroite (sur ce fait, je suis d’accord), même si des compliments le sont au fond, mais cela relève d’une drague irrespectueuse; c’est comme un objet qu’on essaye d’utiliser et qui ne veux pas marcher, on l’insulte et on le frappe. Dans la tête de certains de ces mecs, c’est ça.

    Après, je trouve le terme approprié, non car ce sont de simple lourd mais car on fait une mue sémantique, le sens change. Un relou se retrouve être au final un con, un beauf, un homme sans valeur envers la femme, un phallocrate. Et au fond, ils sont que des gens « lourds », des gens médiocre. Ce ne sont guère des démons, ou des monstres, simplement des êtres de petites valeurs. Mais bien sûre, cela n’englobe que le verbale, toute violences physiques ou même ultra violence verbale, ne vient non des « relous » mais des parasites.
    Car le terme harceleur est, judiciairement, faux. Car le harcèlement, ou plutôt son sentiment générale, provient non d’un seul relous mais de la masse de relou. La responsabilité est dispersé. Et c’est bien le problème car on ne pourra jamais les attaquer sur le plan judiciaire, il faut donc passer par un changement de comportement, par l’éducation et la pédagogie. Chose ardue de nos jours.

    Après, quand tu parles de brouillage des frontières, je suis d’accord, mais tu oublies une chose c’est que maintenant, toute séduction se retrouve presque exclue. Si, en tant qu’homme, j’avais envie d’exprimer la beauté d’une femme qui assaille mes pupilles, jamais je ne pourrai le faire si je ne la connais guère, car sinon je pourrai ressembler à un « relou ». Mais j’en veux guère aux femmes, car c’est à cause d’eux, de ces « relous » que vous vous retrouvez à devoir faire carapace.

    Après, je suis profondément d’accord : il faut toujours faire attention à ce qu’on dit et bien nommer les choses.
    J’avoue être moi même déçus du mot « relous », qui est utilisé surtout en « private joke ». Il faut savoir nommer pour montrer, et ainsi attaquer.

    Sinon, Bon courage =) et bonne continuation o/

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  7. Bonjour,

    juste une petite réaction à la lecture de ton article :

    comme malheureusement beaucoup l’ignorent, le droit français n’est pas si mal foutu qu’on n’essaye souvent de nous le faire croire (c’est plus souvent son application qui laisse à désirer), et il est à mon avis le meilleur outil pour qualifier les comportements que tu désignes comme étant du « harcèlement sexuel ».

    – lorsqu’un malotru traite une femme de « salope » dans la rue par ex. il s’agit d’une injure publique, infraction visée à l’article 32 de la loi du 29 juillet 1881 qui peut justifier le dépôt d’une plainte et peut être sanctionnée par une amende allant jusqu’à 12 000 e ou 22 500 e et 6 mois d’emprisonnement si l’injure est sexiste, raciste ou homophobe. ( http://vosdroits.service-public.fr/particuliers/F32077.xhtml )

    l’auteur des propos n’est donc pas un « relou », je te rejoins tout à fait sur ce point la, mais un délinquant, cela peut paraître exagéré mais le terme de « relou » me paraît aussi complètement inadapté. C’est faire preuve d’une bien grande indulgence envers ces délinquants (indulgence que je ne qualifierait toutefois pas de coupable, celles qui protestent aujourd’hui sont victimes avant tout).

    – quand aux comportements que tu décris dans ton article « harcèlement de rue, témoignage » (te rendant ainsi coupable de ce que tu dénonces dans cet article ci !) ils sont constitutifs non pas de harcèlement (article L 222-33 du nouveau codé pénal) mais bien d’agressions sexuelles (article L 222-22 du nouveau code pénal).

    il s’agit d’attouchements sexuels pour lesquels l’auteur (toujours délinquant, pas simple pervers/ relou/ mauvais dragueur) peut être condamné à une peine d’emprisonnement de 5 ans ainsi qu’à 75 000 e d’amende. ( http://vosdroits.service-public.fr/particuliers/F1526.xhtml )

    Ce n’est pas vraiment en donneur de leçons que j’interviens même si cela peut sembler être le cas, mais juste afin d’aider à ce que des comportements intolérables ne soient plus minimisés.

    bon courage !

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  8. Je voulais réagir à la partie du commentaire de Kane:
     » Maintenant, toute séduction se retrouve presque exclue. Si, en tant qu’homme, j’avais envie d’exprimer la beauté d’une femme qui assaille mes pupilles, jamais je ne pourrai le faire si je ne la connais guère, car sinon je pourrai ressembler à un « relou ». Mais j’en veux guère aux femmes, car c’est à cause d’eux, de ces « relous » que vous vous retrouvez à devoir faire carapace. »

    J’ai réfléchi à ce problème, car j’entends souvent ce genre de remarque de la part de mes copains qui lisent les articles féministes que je poste sur FB. Je pense que beaucoup d’hommes ont l’impression de ne plus pouvoir « rien faire » dans l’espace public, c’est-à-dire, draguer dans la rue. Mais il faut comprendre que quand on entend: « vous êtes ravissante » dans la rue, on est souvent un peu interloquées. Parce que c’est un jugement esthétique émis gratuitement, souvent sans aucune introduction; il est donc très difficile de réagir de manière positive à ce genre de remarque. C’est vraiment quelque chose d’incongru, même si l’intention est bonne.

    Je me demande d’ailleurs n’est pas un peu étrange d’exprimer un tel avis, à voix haute, seul dans la rue. S’exclamerait-on: « quelle belle statue! » devant l’acteur grec du jardin du Luxembourg? En général on ne le fait pas; on le garde pour soi. Quand on me dit que je suis jolie dans la rue, je ne peux pas m’empêcher de me demander ce que la personne a derrière la tête. Personnellement, quand je trouve qu’un garçon est beau, je ne lui dis pas; à la limite je le regarde un peu, et s’il me rend mon regard, la séduction commence. Mais si je lui disais de but en blanc: « toi t’es trop canon », je ne sais pas s’il le prendrait bien, et il aurait raison, parce que c’est une remarque étrange et déplacée quand on ne connaît pas la personne et qu’on a eu avec lui aucun contact préalable. On a légitimement l’impression d’un contact déplacé, tout simplement parce que l’on ne comprend pas le but. Imaginons un moment qu’un homme me lance que je suis vraiment à son goût dans la rue. Concrètement il attend quoi? Que j’aille le voir et que j’engage la conversation? Pourquoi? Il ne me connaît pas, il ne sait pas que j’aime Wagner et Proust, et ce n’est certainement pas pour partager ce genre de choses qu’il me gratifie de son jugement esthétique. C’est pourquoi alors? Pour coucher? Pas étonnant que l’on ne soit pas rassurées.

    J’en viens donc à me demander si je pourrais un jour accepter d’être abordée dans la rue, dans le cadre d’un jeu de séduction. La réponse est oui: avec une répartie intelligente, un très beau sourire, une blague, un air rassurant. Avec quelque chose de plus profond que juste une remarque sur ma « beauté » ou pire, sur une partie de mon corps en particulier. Tout simplement parce que c’est ultra flippant.

    Enfin, concernant les plaintes que je reçois souvent des hommes qui trouvent qu’on ne peut plus séduire: franchement, la faute à qui? C’est le patriarcat qui est responsable, et ceux qui le véhiculent. Les gens aiment les rapports sociaux, les rapports de séduction aussi. Ce n’est pas de gaité de cœur que les femmes ont peur. Ce n’est pas pour se sentir exister qu’elles protestent. C’est parce que ce n’est pas normal. Donc moi j’en ai un peu marre d’entendre certains se plaindre en blâmant les filles à mots couverts. J’ai envie de dire à ces hommes-là que s’ils veulent pouvoir avoir des rapports assainis avec les filles, ils n’ont qu’à aider les femmes à se sentir mieux dans la société plutôt que de s’obstiner à rester les bras croisés en attendant qu’elles redeviennent soumises.

    (Je précise que j’ai utilisé la phrase de Kane pour développer ce propos mais qu’il ne l’accuse en rien d’avoir pu penser des choses pareilles).

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  9. L’entrevue original, faite par RTL, parle même, en conclusion du court enregistrement audio, d’une « société où règne le chacun pour soi, même dans les moments difficiles ».
    J’y vois une minimisation de l’agression (un moment difficile) et une invisibilisation du véritable problème ici : ce n’est pas un soucis de « chacun pour soi », s’est un homme qui harcèle une femme devant d’autres hommes immobiles.

    Et puis cette question (ridicule) de la drague… (terme qui emprunte à la pêche une champ lexical douteux), ce n’est pas comme s’il n’existait pas depuis des siècles des endroits notoirement considérés comme des milieux d’échanges, de partage et de rencontres possibles… Une personne qui passe dans la rue ou attend son arrêt dans un bus ou le métro, et fuis regard et conversation, ou répond d’une manière taciturne, il me semble manifeste qu’elle ne souhaite même pas discuter, alors effectivement, continuer bille en tête en partant du principe que « la séduire » est de l’ordre du possible, sinon un objectif à atteindre coute que coute, c’est une impasse pour tout le monde.

    Et même si je considère que l’alcool ici n’excuse rien, savoir qu’il y avait moult témoins qui n’ont pas bronché (principalement des hommes, c’est en tout cas ce qu’a retenu la victime durant cette angoisse), et quand bien même la dilution de responsabilité expliquerait pourquoi et comment autant de monde peut ne pas réagir, c’est aux hommes que revient le pan de lutte féministe d’expliquer aux hommes ce qui ne va pas, pourquoi ça ne va pas, et comment changer ce qui ne va pas. Alors même s’ils ne sont pas auteurs de l’agression, leur nombre les rend tous autant qu’ils sont d’une certaine manière plus responsables encore que l’auteur de l’agression à mes yeux. Et s’il n’était possible de considérer cela que vis à vis d’une loi déjà existante, j’invoquerait le principe d’assistance à personne en danger. (il aurait fallut que l’agresseur commence à la frapper et la violer pour que les autres bougent ? L’affreuse agression de New Delhi qui s’est terminée en meurtre me fais douter, quand bien même ce serait « à l’étranger »)

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  10. Pingback: Arguments anti-féministes (5) "Mais les hommes aussi…" | Genre !

  11. @ Louisa,
    Je comprends votre questionnement, mais je crains que vous tombiez dans un piège rhétorique.
    Dans le cas en question les détracteurs ont beau jeu de dire que « harcèlement », c’est une accusation très grave… mais c’est purement du baratin.
    Si les femmes employaient un autre terme, les détracteurs trouveraient un autre angle d’attaque pour nier le propos (trop agressif, trop drôle/pas assez sérieux, trop général, trop répressif, pas assez pédagogue, trop ceci ou trop cela).

    Concernant le propos de Kane, on voit qu’il comprends en parti ce qu’il a envie de comprendre. Je réponds : a-t-on le droit ou le privilège de se montrer familier avec une femme que l’on ne connaît pas ?
    C’est un privilège que de pouvoir dire à une femme que l’on connaît ou pas qu’elle est belle, surtout dans l’idée qu’elle a le devoir d’écouter et de prendre en compte le jugement de l’homme.
    D’une part, c’est un jugement (dans le meilleur des cas), et d’autre part, c’est encore et toujours valoriser les femmes uniquement sur l’aspect physique.

    Kane, on ne fait pas tout ce que l’on veut dans la vie, gardons cela à l’esprit (cela éviterait bon nombre de « malentendus »). Et la drague, ce n’est pas balancer de but en blanc à la gueule d’une inconnue qu’on la trouve belle.

    Il faut garder à l’esprit que beaucoup de gestes ou de propos sont des familiarités, qu’une tape dans le dos, c’est pas méchant et rigolo quand c’est fait entre potes, dans un autre contexte ça le fait pas.
    Et qu’il faut que certains arrêtent de se cacher derrière leur petit doigt et le prétexte de la « bonne intention » pour refuser de prendre en compte les reproches bien mérités, avec le fallacieux prétexte qu’un geste comme une tape dans le dos ou un compliment, c’est censé être sympa et convivial.

    Les familiarités sont à réservés à ses familiers. Etre choqué qu’une personne prenne mal une familiarité, c’est déjà faire montre d’égocentrisme acharné.

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  12. « C’est une des manifestations de la domination masculine et de l’appropriation masculine de l’espace public » : Les « relous » seraient une la manifestation de la guerre des sexes. Tous les hommes seraient des cons qu’il faudrait « re-eduquer » ou « punir ». Le trip féministe habituel… super ! Ce n’est pas les hommes contre les femmes, c’est des cons contre le reste de la rue. Ce que craint le relou c’est la réaction des autres hommes et de passer pour des cons auprès de leur amis.

    Le mot « relou », je le trouve excellent. Un terme pour les faire passer pour des idiots auprès de leurs amis mais aussi mobiliser les témoins contre cette nuisance.

    Mais ce n’est pas si facile que cela, j’ai été témoin 2 fois. Le temps de se rendre compte, le mal est fait et ils sont déjà loin.

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