Féminisme, racisme et harcèlement de rue

J’ai reçu récemment un commentaire en réaction à mon article-témoignage sur le harcèlement de rue. J’ai hésité longtemps et finalement décidé de ne pas le publier car il va à l’encontre de mes critères de modération. Je le considère en effet comme raciste, mais ce racisme n’est pas évident pour tout le monde, donc je considère utile de m’expliquer sur ce sujet ici.

Le commentaire en question:

Je trouve incroyable que, par lâcheté intellectuelle, on ne mentionne pas l’origine culturelle des harceleurs en question. La jeune Belge qui a fait le fameux film en caméra cachée dont on a beaucoup parlé sur Internet a avoué du bout des lèvres que la très grande majorité d’entre eux étaient d’origine maghrébine. Ce phénomène n’existe pas en Pologne, en Russie, au Canada (trois pays dans lesquels j’ai vécu et où on peut se promener à moitié nue sans être insultée). Mais il est très présent en France, notamment dans certains quartiers… qui rappellent les images que l’on peut voir des foules masculines huant les femmes au Caire, à Alger ou à Tunis… Que ce dernier argument soit repris ad nauseam par des franges de l’extrême droite est une chose, l’occulter complètement comme vous le faites en est une autre…

On est donc en présence d’un phénomène social que beaucoup refusent d’analyser à sa juste mesure, et qui usent de circonvolutions pour ne pas nommer une réalité qui les dérange. Aussi parce que cela remet en cause leur doxa de bourgeois libertaires, adeptes tout à la fois de la « diversité culturelle », de la « libération sexuelle » et de « la déconstruction », sans réaliser que ces trois notions sont en contradiction les unes avec les autres.

La diversité culturelle, tant portée aux fonts baptismaux ces dernières décennies, c’est justement cela: des gens issus d’horizons culturels variés, qui n’ont pas nécessairement la même vision des rapports hommes-femmes, qui considèrent que l’espace public n’est pas un endroit pour les femmes, que l’homosexualité est un crime… Voilà ce que pensent la plupart des gens qui peuplent cette planète. Voilà le monde.

Vous ne pouvez pas, d’un côté, plaider pour la diversité et le multiculturalisme, et, de l’autre, vouloir que les individus issus de cultures non-européennes adhèrent spontanément à vos modes de vie de bourgeois occidentaux. On ne peut pas ériger nos valeurs de caste en loi de l’univers. Car nous sommes peu de choses: nous sommes avant tout déterminées par notre classe sociale, notre tribu, notre sexe, notre position au sein des rapports de production.

Donc par pitié les Bisounours, prenez conscience du tragique d’ici-bas. Il n’y a pas de douce harmonie entre gentils-bobos-ouverts-d’esprit-tous-unis-malgré-leurs-différences. Non. Il n’y a qu’une lutte incessante entre des groupes antagonistes aux intérêts (et aux valeurs, mais c’est la même chose) contradictoires, et qui s’affrontent perpétuellement, dans un rapport conflictuel incessant. Les harceleurs de rue vous en donnent un petit aperçu. Pour cela au moins, remerciez-les de vous rendre moins naïves.

Je ne mentionne pas « l’origine culturelle » des hommes qui m’ont harcelée ou agressée parce qu’il n’y a pas d' »origine » systématique. La personne qui commente (une femme) sous-entend clairement, et l’explicite ensuite, qu’il s’agit d’hommes arabes ou noirs, « issus de l’immigration » comme on dit. J’ai été harcelée par des hommes blancs, des arabes, des noirs. Pas de systématicité, donc.

« Ce phénomène n’existe pas en Pologne, en Russie, au Canada (trois pays dans lesquels j’ai vécu et où on peut se promener à moitié nue sans être insultée). » Ah? Vraiment? Le projet Hollaback, qui vise à lutter contre le harcèlement de rue, existe en version polonaise, belge, dans trois villes canadiennes, et dans 26 pays en tout. Mais peut-être que le harcèlement de rue dérange plus certaines personnes quand il vient de non-Blancs.

« La diversité culturelle, tant portée aux fonts baptismaux ces dernières décennies, c’est justement cela: des gens issus d’horizons culturels variés, qui n’ont pas nécessairement la même vision des rapports hommes-femmes, qui considèrent que l’espace public n’est pas un endroit pour les femmes, que l’homosexualité est un crime… » Ce type d’arguments vise à faire de la misogynie et de l’homophobie une affaire de « culture » – entendre: d’autres cultures, et de défaut de civilisation. On respecte et protège NOS femmes, nous. Idem pour l’homonationalisme, qui repose sur l’idée que l’homophobie est chez nous une affaire du passé et est reservée aux étrangers, aux Arabes, aux Africains. Comme le dit cet article:

L’homonationalisme, impérialisme gay ou encore pinkwashing, est un phénomène aux facettes multiples, et c’est un des exemples de la domination blanche occidentale sur le reste du monde. C’est une forme de nationalisme qui prend appui sur l’accès des homosexuels à quelques droits et à une plus grande visibilité dans les pays du Nord, pour prouver une supériorité civilisationnelle de ces pays.

C’est ainsi que des pays impérialistes comme les Etats-Unis ou la France peuvent se présenter comme plus « progressistes », quand bien même ils mèneraient des guerres impérialistes dans des pays du Sud, et quand bien même le racisme (et même l’homophobie…) gangrènent leurs sociétés. Bref, c’est toujours « moins pire » que-là bas DONC on n’a pas à questionner leur impérialisme, puisque les « progressistes », c’est eux.

« Donc par pitié les Bisounours, prenez conscience du tragique d’ici-bas. Il n’y a pas de douce harmonie entre gentils-bobos-ouverts-d’esprit-tous-unis-malgré-leurs-différences. Non. Il n’y a qu’une lutte incessante entre des groupes antagonistes aux intérêts (et aux valeurs, mais c’est la même chose) contradictoires, et qui s’affrontent perpétuellement, dans un rapport conflictuel incessant. Les harceleurs de rue vous en donnent un petit aperçu. » Le harcèlement de rue serait donc affaire de choc des civilisations, « nous » contre « eux ». Encore une fois, le harcèlement de rue est loin d’être l’apanage des non-Blancs. C’est une manifestation parmi d’autres, et une des plus visibles, de la domination masculine, qui est elle aussi bien portante dans notre société, merci pour elle.

Beaucoup de personnes soulignent la convergence très problématique qui s’opère parfois entre arguments féministes et arguments d’extrême-droite racistes et xénophobes. Je conseille à ce sujet la lecture de Les féministes blanches et l’empire, que j’ai déjà évoqué sur ce blog. Judith Butler l’évoque dans Le pouvoir des mots au détour d’une analyse de la violence verbale dans la musique rap. Elle montre que les discours conservateurs qui rendent le « gangsta rap » responsable de l’humiliation des femmes empêche de réfléchir de manière plus approfondie à « l’appartenance raciale, la pauvreté et la révolte », mais aussi que « la violence sexuelle contre les femmes est comprise au travers de tropes raciaux: la dignité des femmes est censée être menacée non par l’affaiblissement des droits reproductifs ni par la diminuation générale de l’aide publique [elle parle du contexte américain mais cela s’applique aussi à la France], mais d’abord et avant tout par des chanteurs afro-américains » (p. 45).

De même, les arguments féministes tendent à être utilisés par l’extrême-droite raciste et xénophobe pour, d’une part, nier la permanence du sexisme au sein de la société française et, d’autre part, attribuer ses reliquats à la présence de populations « étrangères » qui seraient culturellement enclines à la misogynie. Ce détournement est inacceptable et doit pousser à réfléchir sérieusement à la manière dont le féminisme présente ces questions.

AC Husson

Références citées:

« L’homonationalisme: une définition simple », sur le blog Chronik de nègres invertis.
Stella Magliani-Belkacem et Félix Boggio Ewanjé-Epée, Les féministes blanches et l’empire, La Fabrique, 2012).
Judith Butler, Le pouvoir des mots. Discours de haine et politique du performatif, Editions Amsterdam, [1997] 2004.

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38 réflexions sur “Féminisme, racisme et harcèlement de rue

  1. Entièrement d’accord. Sans oublier, au sujet de l’homonationalisme, que l’homophobie dans bon nombre de pays africains a été institutionnalisée… grâce à la colonisation de pays occidentaux. L’hypocrisie des pays occidentaux quand ils se targuent d’être progressistes et veulent réprimander leurs ex-colonies est flagrante, mais malheureusement peu surprenante…

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  2. En fait, je suis un peu déçue par cette réponse. Elle est très sensée et très bien construite, mais elle ne traite pas le problème aussi honnêtement qu’il le faudrait.

    J’habite dans un quartier du 93 que j’aime, qui présente beaucoup d’aspects sympathiques mais dans lequel je suis harcelée au quotidien par des hommes apparemment d’origine très modeste, sans doute sans-papiers, qui vendent des clopes à la sauvette stationnent sur le trottoir. Ce problème de harcèlement (qui ne va presque jamais jusqu’à l’agression physique) disparaît en grande partie lorsque je me rends dans le centre de paris, socio-économiquement beaucoup plus riche et culturellement plus mixte. J’ai fait de la sociologie et loin de moi l’idée de taper sur un pays ou une culture dans son ensemble, ce serait totalement contraire à mes principes et, par ailleurs, je ne ressens pas le moindre esprit de revanche.

    Ce qui est gênant dans le texte qui vous a été envoyé, c’est le ton, davantage que le constat.

    Personnellement, j’analyse ce problème de façon intersectionnelle, en considérant que le « profil » des hommes qui m’ont, statistiquement, le plus interpellée (disons, 9 fois sur 10) relève de l’homme jeune, économiquement faible (pour ainsi dire), sans-emploi ou sans-papier et d’origine maghrébine (davantage que subsaharienne). Lorsqu’on sait, par exemple, que 99% des Egyptiennes sont harcelées dans la rue, on peut se demander pourquoi un immigré égyptien de milieu populaire agirait différemment dans un quartier comme le mien (avec une population majoritairement subméditerranéenne, avec un faible niveau socio-économique) qu’il ne l’aurait fait en Egypte. Par quel miracle ses normes de genre auraient-elles pu changer ? (Ca vaut d’ailleurs pour les hommes de toute origine ethnique autour de la Méditerranée, y compris au Sud de la France). Aucun lol. Mais ces normes varient beaucoup en fonction de leur niveau socio-économique et éducatif. J’ai rencontré des jeunes hommes de même origine, qui avaient fait des études et se comportaient en parfaits gentlemen. Bien sûr, j’ai aussi rencontré des jeunes hommes d’origine modeste qui ne se seraient pas permis de m’interpeller, mais ils sont plus nombreux. Du coup, j’ai parfois le fantasme de faire une sorte de comité et de m’adresser à ceux qui, du fait de la combinaison des paramètres suscités, vont me dévisager ou m’appeler quand je passe pour prendre le métro.

    Contrairement à ce que dit la personne qui vous a écrit, je ne pense pas qu’il y ait lieu d’être pessimistes. Parce que, lorsque je me suis permis de répondre à ces hommes, ils étaient dans la plupart des cas surpris et acceptaient mon explication ; disons qu’ils ne voyaient pas le mal. Si je leur dis que ça me dérange, certes avec le sourire, ils lâchent l’affaire en souriant eux aussi. Donc voilà… En un sens, il faut cibler les campagnes sur ceux qui sont le plus susceptibles de harceler (ces jeunes hommes, mais aussi les vieux Blancs de l’Assemblée nationale), mais d’un autre côté ce serait stigmatisant, il est donc difficile de savoir comment intervenir.

    Quoi qu’il en soit, les campagnes pour l’égalité hommes/femmes doivent cibler tout le monde. Beaucoup ne harcèlent pas dans la rue parce qu’on leur a appris que ce n’était pas poli, mais n’en pensent pas moins ou harcèlent différemment.

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    • Pour faire bref: je suis globalement d’accord avec vous et je comprends votre critique. L’objectif de ce billet était de répondre à un argument très précis, qui consiste à réfuter l’existence de sexisme (et de l’homophobie) chez les Français « de souche » pour les attribuer exclusivement à des populations « autres » et racisées. Mon billet aurait pu être plus complexe et prendre en compte le raisonnement que vous déployez (même si je n’ai pas forcément les outils sociologiques pour le faire), et moi aussi je me pose des questions liées à mon expérience personnelle, mais je ne crois pas que la question à laquelle vous répondez soit celle que formulait la commentatrice que j’évoque. Celle-ci va jusqu’à nier l’existence du harcèlement de rue dans des pays comme la Pologne ou la Russie – l’objectif me semble assez clair.

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  3. Ah oui, et un point que j’ai oublié ce souligner : ce qui me gêne dans votre analyse, même si je le comprends, c’est que vous refusez absolument de hiérarchiser la condition des femmes en fonction des pays. Alors que c’est possible, en prenant par exemple le critère des capabilités d’Amartya Sen (ce qu’elles sont en mesure de faire : sortir, travailler, divorcer, contrôler la procréation…). Le fait est que, dans certains pays du globe, il est plus difficile pour une femme de sortir dans la rue (même s’il faut nuancer en fonction des villes et des quartiers). Je crois qu’il serait hypocrite de ne pas l’admettre, car cela revient à nier les proportions que prend le problème selon le contexte culturel. Personnellement, je considère le sexisme comme universel, mais j’estime que ses manifestations sont plus ou moins violentes, ou du moins multiformes selon les cultures. Et qu’on peut hiérarchiser ces violences, sans en minimiser aucune.

    Pour autant, je ne considère pas qu’une culture puisse être supérieure à une autre, y compris sur un critère moral. Toute culture recèle des ressources permettant de promouvoir la dignité des femmes (cf la poésie bédouine). Mais je suis bien obligée d’admettre que ma culture, la culture occidentale, promeut des standards d’égalité qui, à l’aide d’indicateurs, peuvent permettre de hiérarchiser les situations et le niveau de « sexisme » des cultures, ne serait-ce que sur le plan factuel (des capabilités, comme je le disais plus haut). Je pense que je pourrais convaincre des femmes d’une culture différente du bien-fondé de ces standards, mais il n’empêche que cela ne provient pas de leur culture, et qu’il y a actuellement un écart entre les libertés de base des femmes en Europe et dans d’autres pays. Ce qui ne conduit absolument pas à nier des formes de sexisme encore très présentes, qui nuisent indirectement à l’intégrité et au bien-être du corps des femmes.

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  4. Bref, il n’y a donc rien de fondamentalement stigmatisant à souligner qu’un « homme de la rue » provenant de ces pays-là est susceptible d’appliquer les réflexes acquis sur place, en France. Tout en rappelant qu’il existe des différences internes à ces pays, que ça n’invalide pas cette culture dans son ensemble, etc.

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  5. Pingback: Précarité | Pearltrees

  6. Merci pour cet article. Je pense que combattre tout ce qui peut favoriser des agressions sexuelles (et sexistes) et leur tolérance dans la société suppose cependant une ligne d’équilibre qui n’a rien d’évident: si en effet l’agression sexuelle n’est pas le fait d’un « détraqué sexuel » livré à ses pulsions d’homme, comme le préjugé voudrait nous le faire croire, et que par conséquent, le viol est « culturel », nous serons amené-e-s inévitablement à parler de cultures. Nourrir le racisme en prenant notre culture comme référence d’une société où la femme serait heureusement émancipée du patriarcat est évident un danger majeur. Le féminisme ne peut se passer d’une culture de référence, mais celle-ci est nécessairement idéale: le militantisme n’a de sens qu’en défendant une autre société, que nous jugeons meilleur. Faire de cette société idéale un horizon si lointain que toutes les sociétés que nous observons d’un point de vue critique et féministe sembleraient similaires, cela me semble toutefois illusoire, aussi bien dans le temps que dans l’espace: nous admettons que le féminisme a gagné un certain nombre de combats depuis plusieurs siècles, et qu’en tant que femmes notre situation est plus enviable que celle des femmes il y a cent ans. Penser un progrès de la condition féminine nous amène probablement toujours à comparer les situations, situations ancrées dans différentes cultures. Ne pas être choqué par l’homophobie d’une grande partie de la population russe et de son gouvernement, ou par l’existence (probablement marginale) de viols correctifs institutionnalisés dans des villages indiens, pour prendre des exemples récents, serait inquiétant; ne plus être choqué par le sexisme latent en France et considérer que l’égalité est acquise le serait encore davantage.
    [cette réflexion ne s’inscrit pas totalement dans votre propos dans la mesure où le racisme impliqué par la réflexion de votre lectrice s’applique spécifiquement à des populations « immigrées », et non à des pays dans leur ensemble dans la perspective d’un « choc des civilisations »]

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  7. Cela m’a également fait penser aux propos de Gilbert Collard, revenant sur le procès d’Aix-en-Provence, interviewé dans le documentaire « le procès du viol », qui se penche sur les liens entre culture (ici, la culture des hommes blancs des Calanques de Marseille, selon lui particulière) et viol: « j’ai défendu mes clients, des braves gens, avec la vie rudimentaire, avec la culture rudimentaire, avec le psychisme de leur environnement […] ils n’avaient pas eu le sentiment de violer. Vraiment. Même si la réalité c’était un viol. » Jusque là on a simplement envie de répondre: c’est bien le problème! les procès de viol semblent indiquer que les violeurs n’ont malheureusement que rarement le sentiment de violer. Mais la suite, à propos des deux jeunes femmes (belges), assume le sophisme jusqu’au dégoût: « Elles ont été aussi quand même d’une imprudence d’intellectuelles parisiennes, parce que je veux dire, depuis Lévi-Strauss, on sait qu’on s’adapte aux populations dans lesquelles on va »…

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  8. Mais. Quelle. Horreur.
    Mes premiers harcelements ont ete le fait d’hommes blancs « bien sous tout rapport ». Le stereotype du bon pere de famille, alcool compris. Et encore maintenant, ils en representent la grande majorite, si je recompte tout. Alors en appliquant le procede de cette raciste, je devrais etre raciste envers tous les hommes blancs ? Quelle blague, oui !
    Oui, la misogynie devient plus crasse avec la pauvrete, comme tout les extremes, d’ailleurs, et c’est triste. De la a faire cet amalgame plus que douteux, il y a un gouffre.
    Pour Jamiel, maintenant : mettre en relief la mentalite parisienne et la structure de la ville serait une bonne chose. Paris est le symbole du racisme francais. Les racises sont majoritairement pauvres et parques, et surtout bien mis en visibilite negative. Cependant, pour avoir aussi vecu a Paris, et pas dans les quartiers defavorises, soyez sure que ce harcelement sexiste existe aussi dans les autres quartiers, y compris les plus riches. Mais comme le dit l’auteure, beaucoup sont moins choques quand il s’agit de blancs, et tendent a fermer les yeux ou leur trouver plus facilement des excuses.

    De plus, citer le reportage de la jeune femme belge en occultant le temoignage de son ami masculin, ancien harceleur, est biaise. Ce qui donne a ces hommes un sentiment d’impunite parfait ne sont nullement leurs origines, mais bien la culture locale. « On voit des femmes a poil partout et pour n’importe quoi, traitees comme des objets sur tous les medias et les traiter comme des objets, ce serait mal ? On fait pareil que ce qu’on voit. » (en resume et de memoire).
    A un moment, chercher des excuses au racisme devient vraiment pathetique. La, on est en plein dedans.

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  9. Merci ! Excellente mise au point ! Je rebondis sur cette phrase « Ce détournement est inacceptable et doit pousser à réfléchir sérieusement à la manière dont le féminisme présente ces questions. »

    En effet, j’ai vu le reportage à la télé flamande de cette femme harcelée. A vrai dire je l’ai trouvé à la fois féministe dans sa dénonciation du harcèlement et raciste dans sa réalisation (on ne voit que des bronzés dans des rues où il n’y a en fait que des bronzés mais ça on se garde bien de vous le dire). Le problème quand le féminisme présente les choses de la sorte c’est qu’on jette le bébé (le féminisme – harcèlement de rue) avec l’eau du bain (le racisme).

    L’autre problème c’est que le féminisme dans son ensemble, et en particulier la lutte contre le harcèlement en rue, pâtissent de ce genre de représentation. Car une fois que le lien « lutte contre harcèlement de rue = raciste » est fait dans la tête de certaines personnes (avec ce genre de reportage c’est inévitable) qu’on le veuille ou non un soupçon planera autour des autres mouvements comme les anti-relous par exemple…

    Merci de m’avoir lu.

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  10. Le sexisme n’a peut-être pas toujours les mêmes formes du harcèlement de rue au mépris professionnel; mais il reste là partout.
    La plupart des « jeunes de cité  » ( je n’aime pas le terme personnellement y ayant grandi) sont nés en France de parents français ( quelque soit leur origine 1, 3 ou 50 générations en arrière), ils ont grandis dans la culture qu’on leur offre en France. Que la manifestation en soit franche à base de  » hé mademoiselle vous êtes bien charmante » et sifflements ou autre ne vient à mon avis que de l’exemple qu’ils ont pu avoir, des « techniques  » transmises.
    Ma mère me racontait des scènes de sifflage par des ouvriers … tout ce qu’il y avait de blanc dans notre quartier populaire.
    Qu’on constate une différence de fréquence entre quartier populaire et quartier  » plus chic » … ce ne serait pas surtout par la différence de la quantité de personnes croisées … et leur destination ?
    Si on se prend moins de commentaires dans la rue dans un quartier d’affaires … ne serait-ce pas tout simplement parce que personne ne se regarde ? un  » groupe de jeunes  » ( comme plus haut je reprends le vocable média sans approuver nécessairement le concept) ne fait rien de particulier le plus souvent et prend tout prétexte à réagir et à créer cette espèce de compétition/complicité/reconnaissance qui naît du groupe.
    Ceux que l’on croise vite fait dans les quartiers moins populaires … beaucoup se feront harceler par eux au boulot ou ailleurs si ce n’est pas dans la rue. Beaucoup plus encore souffriront de leur sexisme intégré dans les actes de la vie, dans les répercussions que ça leur occasionnera.

    Le harcèlement de rue, s’il est pénible, handicapant et pouvant créer de tas de problèmes et souffrance est surtout, et c’est ce que certains n’admettent, n’intègrent pas, une manifestation de plus de l’implicite rampant du sexisme.

    Je retournerais aussi un argument « culturel » : dans mes pérégrinations quotidiennes dans les transports en commun avec une poussette ou enceinte, je n’ai presque jamais eu l’aide spontanée d’hommes blancs en costumes mais presque toujours d’hommes et de jeunes  » issus de la diversité » ou sans costumes et de femmes et jeunes filles ( hommes blancs en costumes pourtant très présents dans le métro là où je le prenais à ces périodes) … devrais-je en conclure que les hommes blancs portant des costumes ont appris culturellement à ne pas aider ceux qu’ils voient galérer et faire preuve d’incivilité en squattant les places femmes enceintes et les ascenseurs ? ce serait quand même bien idiot de le penser … non ?
    Parce que la fameuse  » culture judéo-chrétienne » est bien censée être celle de l’amour d’autrui comme de soi-même … et on voit bien en disant cela qu’on est loin du compte.

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  11. « Pour Jamiel, maintenant : mettre en relief la mentalite parisienne et la structure de la ville serait une bonne chose. Paris est le symbole du racisme francais. Les racises sont majoritairement pauvres et parques, et surtout bien mis en visibilite negative. Cependant, pour avoir aussi vecu a Paris, et pas dans les quartiers defavorises, soyez sure que ce harcelement sexiste existe aussi dans les autres quartiers, y compris les plus riches. Mais comme le dit l’auteure, beaucoup sont moins choques quand il s’agit de blancs, et tendent a fermer les yeux ou leur trouver plus facilement des excuses. »

    Je comprends la remarque, mais je pense être assez armée (peut-être me trompé-je) pour ne pas faire de traitement différencié en fonction de l’apparence ethnique. D’ailleurs, dans une récente évaluation de mes professeurs (anonyme), j’ai souligné qu’un prof blond aux yeux bleus traitait certaines élèves sur le mode du flirt, ce qui m’avait dérangée (par ailleurs, il a fait l’ENA, travaille dans un ministère, etc). Ca ne m’a pas empêché de le remarquer et de le notifier aimablement, histoire qu’il réfléchisse sur sa façon de s’adresser aux étudiantes. Par ailleurs, l’un des hommes les plus délicats, fins et respectueux que je connaisse s’appelle Mohamed, il est musulman pratiquant, très cultivé et pas dogmatique pour un sou – bref, je pense que ce soupçon est infondé.

    Sinon, je veux bien vous croire, mais j’ai pu vivre dans différents quartiers également et la différence était flagrante. Attention, il ne s’agit pas de dire qu’il n’y a pas de sexisme dans les beaux quartiers. Je dis simplement qu’il prend généralement des formes plus larvées, qui ne vous pas forcément vous atteindre quand vous sortez acheter votre pain. Je l’explique notamment par le fait que les classes dites supérieures (qu’elles soient européennes ou maghrébines) ont un éthos de la retenue, du contrôle sur soi que je n’apprécie pas particulièrement dans l’absolu mais qui, en effet, favorise l’anonymat quand vous sortez dans la rue. (Ils ont aussi moins de chances d’être isolés, célibataires, désespérés). Comme l’a dit quelqu’un, et comme je l’ai ressenti, les jeunes hommes de mon quartier du 93 ne sont pas hostiles en soi mais ils sont plus spontanés, ce qui, de fait, me pénalise en tant que femme. Depuis que j’ai l’âge de 13 ans, je réfléchis à ma trajectoire et ma tenue vestimentaire quand je sors dans mon quartier, de manière à m’attirer le moins de remarques possibles. J’avoue que ça ne me traverse même pas l’esprit lorsque je passe mon temps chez ma copine place Monge – quand bien même c’est à côté de la Mosquée de Paris et qu’il y a pas mal de magasins « ethniques » ou religieux (les gens n’y ont pas la même situation socio-économique et c’est beaucoup plus mixtes).

    Franchement, je suis prête à faire un test comparatif, si vraiment nous ne sommes pas d’accord sur les faits :). Mais à aucun moment il n’est question de racisme (car je n’imputerais le harcèlement de rue ni à une race, ni même à une culture dans son ensemble, mais à l’ensemble de paramètres que j’ai évoqués dans mon précédent post). De même, je pourrais constater que les adolescentes françaises sont incitées à se dénuder et se maquiller à un jeune âge, sans pour autant en déduire que les Blancs sont sexistes ou pervers – ce serait ignorer les tensions internes à notre culture, et opérer un réductionnisme racial que je n’arrive même pas à comprendre.

    « Genre » : merci pour votre réponse. Disons que, ce qui me gêne, c’est qu’on renonce à réfléchir au « pourquoi » d’un certain état de fait (qui pénalise les femmes), voire à nier ce fait (ce serait forcément la projection d’un complexe de supériorité occidental, comme si on s’imaginait qu’on nous a parlé 10 fois sur le chemin du métro) parce qu’on a le sentiment que ça va à l’encontre de convictions antiracistes. Bien sûr, je comprends qu’on soit prudents, et tout ce que vous dites sur les présupposés de ces discours est juste. C’est délicat parce que les lectures racialisantes des interactions humaines restent prégnantes en France. Jamais je n’établirais, comme Zemmour, un lien de causalité supposé entre criminalité et le fait d’être « Noir ou arabe » (d’ailleurs, vous remarquerez que j’ai parlé d’origines maghrébines parce que cela se réfère à une nationalité, à une entité culturelle donc, et non à une couleur de peau ou ethnie). En revanche, je ne nierais pas non plus que ceux qui m’interpellent le plus au quotidien sont pauvres, souvent clandestins (c’est vraiment le cas dans mon quartier), et de culture maghrébine populaire, parce que ce sont ces paramètres qui expliquent leur attitude.

    Après, j’ai vécu toute ma vie dans ce quartier du 93, la proportion des habitants de Seine-Saint-Denis nés à l’étranger est de 50% donc il y a un effet de « loupe » ; j’ai beaucoup plus de chances d’être harcelée par un jeune clandestin que par les rares bobos ou ouvriers « Blancs » qui s’y promènent (mdr). Alors de deux choses l’une :
    – Soit le racisme intériorisé des femmes blanches habitant des quartiers populaires à forte majorité immigrée maghrébine leur fait imaginer le harcèlement de rue particulièrement intense (ça expliquerait la récurrence du « profil » en question) ; la similarité entre les reportages tournés en Egypte et ceux qui tournés dans ces banlieues pauvres européennes ne serait qu’un hasard ;
    – Soit les cultures maghrébines populaires encouragent les hommes à considérer qu’une femme qui sort dans la rue non accompagnée est « disponible » (je précise que j’ai une amie qui porte le voile, et qui se fait aborder par des musulmans pratiquants), mentalité dont ils n’ont pas le monopole mais qui s’exprime d’une manière moins euphémisée que dans les normes des classes moyennes françaises actuelles. C’est-à-dire que ça va être systématique et fatiguant. Ca ne signifie pas que tous les hommes de cette catégorie le feront, mais ça signifie qu’ils ont davantage de chances de trouver ça normal, tout comme certains hommes de culture française trouvent normal de payer son dîner à leur petite amie.

    Il serait, selon moi, important de concilier l’esprit critique que vous avez avec une réflexion sur la façon de sensibiliser les hommes à ces différents problèmes, en fonction des formes que prend leur sexisme – en se basant, non sur la « race » supposée, mais sur des études précises (je suis certaine qu’on peut quantifier le nombre d’interpellations en fonction du quartier et de la catégorie socioprofessionnelle ; ça permettrait de cibler les quartiers dans lesquels il est le plus difficile de déambuler, indépendamment de la « race » ou même du pays d’origine). En fonction des territoires, les problématiques ne sont pas les mêmes, me semble-t-il, et l’on pourrait agir de façon plus interpersonnelle. Mais c’est vrai que la méthodologie d’un tel ciblage revêtirait de lourds enjeux.

    Je suppose que l’idée m’est venue à force de le subir. Je sais très bien que les causes ne résident pas dans la race. Mais je sais quel est le profil récurrent des harceleurs dans les quartiers que je connais et avec qui j’irais en discuter, pour les convaincre que c’est désagréable, si j’en avais le courage. Pour le problème des inégalités de salaire, j’irais discuter avec d’autres profils. C’est une attitude pragmatique, mais je n’en déduis pas, je pense, les mauvaises choses.

    Ceci étant dit, je n’ignore pas que le problème des inégalités de genre est largement transversal. Simplement, ce serait bien qu’on affine l’analyse, les publics car je pense que la domination symbolique ne prend pas les mêmes formes selon la façon dont on a appris à l’exprimer, l’âge, etc.

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  12. En fait, ce qui serait vraiment intéressant, ce serait de comparer le harcèlement de rue dans un quartier pauvre de culture populaire « française » et mon quartier du 93. Ce serait beaucoup plus pertinent que de comparer St-Germain-des-prés ou Place Monge et Aubervilliers ;).

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  13. On lutte contre le patriarcat. Il peut avoir des symptômes qui prennent des formes un peu différentes selon les cultures, mais on revient toujours au même système de domination masculine fondé sur le contrôle et la peur. S’attaquer à des cultures en particulier c’est ne pas comprendre ce à quoi on a affaire.
    Et pour citer des références pop qu’elles sont bien : « Remember who the real enemy is. »

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  14. @ Jamiel : je peux te la faire en direct la comparaison ^^ j’ai grandi dans plusieurs banlieues de différentes « compositions » et mon père a grandi dans les premières tours purement ouvrières à l’époque, je vis actuellement dans le Nord, après être passée par la petite ville tranquille dans l’Orne ( un département en perte démographique très rural ^^) … et partout, le point commun prégnant est le désoeuvrement … dans la rue ou dans les parcs, avec un effet de groupe plus que marqué. Pas de différence entre les groupes de jeunes gens chtimis arpentant Roubaix et les groupes très mixtes d’une banlieue de Bordeaux ou les récits même de mon père relatant ce qu’ils faisaient dans les années 60 … et c’est bien là le noeud du problème ^^ Partout, il y a ceux qui voient ça comme  » tenter leur chance » … et d’autres plus agressifs.

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    • Je vais être relou et ajouter une dernière chose, mais c’est parce que c’est extrêmement important.

      Si j’insiste à ce point sur l’importance de comprendre sociologiquement le profil des harceleurs, c’est parce que si nous ne le faisons pas, les « victimes » s’en tiendront à des éléments visuels, pour le coup raciaux. Je vais même aller plus loin et dire que l’établissement d’un lien de causalité entre le look, la couleur de peau et le risque d’être harcelée, c’est le genre de lien de causalité pratique qui permet aux femmes d’éviter les zones problématiques de leur territoire.

      Donc, de deux choses l’une. Soit on nie le constat de ces femmes, voire on les accuse de projection raciste (ce qui est quand même abusé ; ce sont elles qui sont victimes de harcèlement dans l’histoire, et en plus, en Egypte notamment, elles sont de la même origine ethnique que les harceleurs). Le nier, ça signifie les pousser à tirer leurs propres conclusions, qui, compte tenu des éléments qu’elles ont sans avoir fait de sociologie ou autre, conduit à l’établissement d’un lien de causalité réducteur et raciste.

      L’autre option consiste à analyser la situation de ces hommes, de ces femmes, les facteurs qui conduisent les premiers à harceler et les secondes à tolérer. (A ce stade, on n’en est même pas à l’imputation d’une responsabilité). Et là, on peut offrir une narration, un schéma d’intelligibilité ALTERNATIF à la simple couleur de peau ou même l’origine. Là, on brise la mécanique du racisme parce qu’on montre qu’on peut être de telle origine et ne pas avoir ces comportements, et l’inverse. On casse le lien de causalité apparent entre couleur de peau et comportement.

      C’est pourquoi j’aurais aimé que l’article prenne « au sérieux » la remarque de cette personne, en expliquant EN QUOI le lien de causalité établi est biaisé. Ensuite, si elle est toujours pas convaincue, on sera plus spécifiquement sur un problème de racisme a priori.

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  15. Pingback: Féminisme, racisme et harcèlement...

  16. J’ai longtemps suivi ce blog sans jamais ressentir le besoin de commenter. Tout est si bien dit, et j’ai rarement quoi que ce soit de pertinent à rajouter ^^

    Mais certaines réponses à cet (excellent!) article me dérangent. En particulier l’argument qui dit que la culture occidentale (blanche) est « objectivement » moins sexiste que d’autres cultures. C’est vrai, il y a eu en Europe d’importantes avancées dans les droits des femmes (le droit de vote, le droit à l’IVG, etc.) et dans leur indépendance sociale et économique, et ce sont de bonnes choses qu’il ne faut absolument pas négliger! Mais il faut se rappeler que ces avancées profitent surtout et presque exclusivement aux femmes blanches. Les étrangers ET les étrangères n’ont pas le droit de vote, les jeunes filles musulmanes portant le voile n’ont pas accès à l’école, les « issusiennes » sont disproportionnellement représentées dans les métiers domestiques et de nettoyage, et si nous commençons à compter les abus de pays que nous cautionnons* politiquement et diplomatiquement on n’en finit pas. Souvent, quand on parle de libération des femmes en Europe, on ne parle que de la libération de certaines femmes.

    En plus, ce qui est encore pire, c’est que notre supériorité supposée en termes de féminisme est utilisée comme justification pour l’impérialisme (un point adressé dans l’article d’ailleurs) qui, rappelons-le, affecte tout aussi bien les femmes que les hommes non-occidenta·les·ux. Et sans doute même qu’il atteint de façon particulièrement plus violente les femmes qui sont déjà plus précarisées à la base.

    Donc il est important de ne pas oublier le racisme et l’impérialisme quand on parle de féminisme, car il y a beaucoup de racistes et d’impérialistes qui sont prêt·e·s à faire des compromis, à accorder certains droits à certaines femmes. afin de mieux justifier leurs crimes. (Avant on justifiait l’impérialisme avec la religion, puis avec le racisme « scientifique », et maintenant avec le fémonationalisme mais aussi l’homonationalisme).

    *Parlons d’Israël par exemple : les Palestinien·ne·s n’ont pas le droit à la libre-circulation, se voient voler leurs maisons et leurs terres et vivent plus généralement sous une politique d’apartheid.

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  17. @ Emy : c’est passionnant. Fais-nous une petite enquête sociologique, ça nous permettrait de savoir enfin à quoi nous en tenir ! =D C’est précisément pour ça que je trouve cette discipline si providentielle ;). Comment faire la part de son expérience personnelle, nécessairement circonscrite sans une mise en perspective globale ? Ce serait le moyen de savoir quelle importance attribuer à chaque facteur (âge, nationalité (= culture nationale), milieu socio-économique). Et peut-être bien qu’on s’apercevrait que la culture nationale a beaucoup moins à faire là-dedans que la culture « de classe ».

    Lorsque je parle des codes de genre dans les milieux populaires, ce n’est pas nécessairement pour déplacer une éventuelle stigmatisation de la « race » à la classe – encore une fois, le problème est transversal. Simplement, une condition sociale implique certaines conditions de vie, qui peuvent contribuer à définir les rapports de genre. Ton propos sur le désoeuvrement de ces jeunes hommes m’a frappée. Je pense, pour ma part, qu’il y a peut-être un lien de causalité entre le sentiment d’humiliation ou d’inutilité de ces hommes et le désir semi-conscient de manifester une autorité, même diffuse, sur les inconnues qui passent dans la rue (ou sur leurs petites amies). Tout comme les « Blancs » économiquement précaires tendent à renforcer leur légitimité au détriment des « immigrés », les hommes pauvres peuvent être tentés de renforcer la leur au détriment des femmes. (Car, même s’ils pensent « tenter leur chance », le fait d’interpeller dans la rue place immédiatement la personne ainsi hélée dans une position infantilisante, voire dans un rôle de proie). Tout cela s’intègre par ailleurs dans une culture masculine spécifique (ces hommes sont en effet souvent en groupe, en agissant de la sorte ils manifestent une hétérosexualité ostentatoire et cherchent la validation des pairs).

    En l’occurrence, j’avais lu une analyse très fine dans l’ouvrage « L’islam : un recours pour les jeunes », dans lequel l’auteure nuançait quelque peu la thèse en expliquant que la religion peut être utilisée par certains jeunes hommes socialement déqualifiés pour renforcer leur autorité symbolique d’hommes et de maris. Je pense que cette logique peut s’appliquer quelle que soit la culture – que les situations de précarité sociale sont susceptibles de favoriser les mauvais traitements envers ceux qui sont, culturellement, désignés comme subalternes (femmes, enfants pour l’homme ; enfants pour la femme qui reporte ses frustrations sur le dernier être qui lui soit « inférieur »). Cela dit, ça n’empêche pas les parents précaires d’adopter, potentiellement, des stratégies inverses (combler l’enfant tant qu’il peut en profiter, voir La culture du pauvre). Mais voilà, des individus sous pression tentent bien souvent de transférer ou se venger de celle-ci sur ceux qui sont désignés comme plus vulnérables qu’eux, et on n’arrive pas toujours à sublimer les difficultés – encore moins lorsque ces comportements sont tolérés par la société.

    Bref, je trouve que l’analyse des effets de la frustration sociale sur l’exercice de la domination (de genre, parentale et même à l’école) serait beaucoup plus fructueuse que l’accent mis sur la culture (la race, n’en parlons même pas, ça n’existe pas). J’aurais beaucoup de choses à dire là-dessus, car il y a une sacrée étude à faire sur les rapports entre jeunes garçons fils d’ouvriers et premières de la classe filles de bobos dans mon quartier 😉 – les premiers asticotant les secondes du fait de ladite frustration. Ce sont des situations difficiles à examiner parce que la domination à l’échelle macrosociologique (ils proviennent de milieu modeste) et la domination à l’échelle microsociologique (ils se permettent de se moquer ou harceler des filles économiquement plus dotées et scolairement plus performantes, qui menacent leur supériorité masculine) peuvent aller dans des sens contradictoires. Dans tous les cas, au fur et à mesure qu’on explore la complexité de ces rapports de forces et les émotions sociales qui les gouvernent, l’on peut de moins en moins se permettre de porter un jugement.

    Même si je continue de penser que ce ne sont pas aux femmes (quel que soit leur niveau socio-économique) d’éponger la frustration des mâles de ce monde, si sympathiques ou humiliés ou sûrs d’eux qu’ils soient ;).

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  18. P.S. : Sinon, oui, le sexisme est partout mais certaines de ses manifestations sont plus handicapantes que d’autres. Hésiter à sortir parce qu’on a « peur » de se faire alpaguer, qu’on ressent des réticences à l’idée d’être exposée aux remarques (ce qui m’arrive souvent) pousse les femmes à se cloîtrer chez elles, à des comportements d’évitement dans certains quartiers (et, pour être encore plus précise, dans certaines zones de certains quartiers, car je me sens bien dans la plupart des rues mais pas autour du métro). La liberté de circuler tranquillement est, à mon sens, une liberté fondamentale, plus importante même que l’égalité des salaires (et Dieu sait à quelle point celle-ci me tient à coeur, toute agnostique que je sois 😉 ). A quoi bon être bien payée si on ne peut littéralement pas sortir de chez soi ?

    Enfin, heureusement, nous n’avons pas à choisir entre les deux. Mais refuser de hiérarchiser, c’est quand même ignorer que la liberté de circulation est une liberté bien plus déterminante dans le cours d’une vie que le fait de gagner 300 euros de plus à la fin du mois (quand bien même il est absolument injuste de les refuser à quelqu’un parce que ce quelqu’un est une femme). D’où, d’ailleurs, la situation problématique de certaines Saoudiennes qui sont aisées, cultivées mais toujours pas en mesure de sortir chez elles sans protection. (Je ne veux pas exagérer, je bénéficie de la liberté de circulation davantage que ces femmes, mais je considère le harcèlement de rue comme hautement désincitatif à traverser des zones clés dans mon quotidien – un peu comme une épreuve dont j’ignore pourquoi je dois la subir).

    En fait, refuser d’analyser les facteurs de ce comportement (dont j’exclus BIEN EVIDEMMENT la race) en convoquant le patriarcat, c’est légitime mais c’est léger. Ok, c’est un signe d’humilité culturelle dont, en tant que dominants occidentaux, nous avons bien besoin. Mais, en un sens, ça rapporte toutes les violences de genre au même degré, alors que, par exemple, se prendre un coup de poing dans la face et avoir un manque à gagner sur son salaire constituent deux injustices de nature et de portée différente. Le premier est encore moins tolérable que le second, et il encore plus urgent de réformer le patriarcat sur le premier que sur le second (sachant que, dans toute politique publique ou associative, il y a des priorités à établir, même si ces objectifs sont à poursuivre simultanément). Le problème étant qu’une fois qu’on a des libertés formelles, juridiques, il est difficile de garantir, dans certains quartiers (et là du coup j’inclus les quartiers populaires ch’tis 😉 ), la liberté factuelle de circuler sans être dérangée, ou encore (puisqu’il existe maintenant, je crois, un délit de harcèlement de rue) d’établir la différence entre une interaction respectueuse et une interaction indésirable (sachant que, souvent, c’est le fait même de se voir imposer une interaction qui est pénible). C’est pourquoi je crois beaucoup plus en la vertu d’actions concrètes, associatives, ciblées (eh oui) qu’en la mise en place d’une politique publique – à moins d’instaurer une police des moeurs dans le quartier, ce que je ne souhaite pas mdr. (Pour nuancer, je pense que certaines campagnes, les affiches actuelles dans le métro contre certaines incivilités par exemple, peuvent également avoir un impact). Cependant, l’action de la jeune femme qui a filmé le harcèlement (mais je pense aussi à cet Egyptien qui s’est déguisé en femme et a filmé son parcours dans la rue) était un pas dans cette direction, même si, en effet, il faudrait veiller à ne pas se focaliser sur certains territoires. (Sachant que TOUS les territoires ne constituent pas le terrain de harcèlement de rue, contrairement à ce que j’entends).

    C’est vrai que, quand les discriminations sont plus larvées ou plus objectives (ex : salaire), une politique publique me paraît constituer un outil plus probant.

    Voilà, voilà 😉 mais je pense qu’on est d’accord sur l’essentiel.

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  19. C’est amusant ça, quand j’ai parlé de Sofie Peeters sur mon propre blog, ça a déclenché le même genre de réaction…

    En fait, le problème est également que les mots « harcèlement de rue » ne sont pas vraiment adaptés, à mon sens, à la réalité qu’ils sont supposés désigner. A de multiples occasions, les femmes sont abordés sous l’angle de la réduction à leur apparence et à la manière dont ces messieurs aimeraient les soumettre sur le plan sexuel. Et ça, ça peut être dans la rue, à la banque, au boulot, dans une fête, à la boulangerie, au marché, en club sportif… C’est un harcèlement constant qui s’exprime dans tous les aspects de notre vie. Ce n’est pas seulement la rue : la rue, c’est juste ce qu’il y a de plus criant parce que généralement, la personne qui vous aborde vous connaît encore moins que votre banquier, votre collègue de travail, vos camarades du club de sport…

    Il me semble que, finalement, l’expression est mal adaptée et du coup mal comprise, et du même coup, reprise de manière à encore et toujours à protéger le système patriarcal.

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  20. Je vais faire un commentaire très sensible – que tu pourras effacer si tu n’es pas du tout d’accord.
    Mais effectivement dans mon mauvais quartier, c’est à 99,9% des hommes ethnicisés qui m’ont harcelé et des « blancs » quand ils étaient dans une bande à majorité « ethnique » en la jouant à la mode « cousin » pour s’intégrer dans cette bande.
    Parce que ce sont eux qui traînent dans la rue et qui enfilent les cafés depuis les terrasses des bars, bars culturellement très homogène dans la clientèle (portugais, turc, algérien, ect).
    . Ce sont eux aussi sur les chantiers, avant c’était des portugais et le harcèlement était le même.
    Ils sont la première « strate ». Sur la deuxième, il y a des garçons « blancs » et français qui s’insurgent de ces « musulmans intégristes ». Ils peuvent être exactement dans la même situation sociale que les autres, mais le fait d’être blanc leur confère un « plus » dans notre société qui leur donne le plus de légitimité pour avoir un sentiment supérieur, qui fait que justement ils ne veulent pas être assimilés aux « autres » et vont donc ne pas traîner.
    Hors j’ai vu certains de ces garçons (dont certains cousins) avoir un tout autre discours dans un autre contexte où c’étaient eux qui constituaient la première strate en tant que djeune des banlieues à la campagne. Ils ont accentué leur côté survet et capuche, trainage, et harcèlement sous les regards réprobateurs des autres.
    Maintenant il y a de plus en plus de polonais sur les chantiers et ils harcèlent pareil.
    Le harcèlement de rue sur le mode « eh salope » est donc le fait des hommes de la première strate de la société pour justement narguer les hommes des niveaux supérieurs et bien montrer qu’en dessous eux il y a aussi les femmes, et en ce moment dans la société dans les quartiers les plus pauvres ce sont le plus souvent des originaires africains (au début c’était des blancs français (les hlm ont été construit bien avant le regroupement familial de 1974), puis des italiens, puis des portugais, maintenant des maghrébins, et cela devient de plus en plus des hommes de l’Europe de l’est et des Balkans).
    Et tout ça permet aux autres de se gargariser de ne pas être sexiste alors qu’ils le sont aussi dans la rue (plus dans le genre, faut sourir mademoiselle, c’est pas beau de bailler mademoiselle) et dans tous les autres contextes (travail, famille, politique, ect) là où ils sont.

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  21. C’est vrai, c’est vrai, j’ai été harcelées dans la rue par des arabes et des noirs, des hommes « issus de l’immigration »…
    Mais qui est-ce qui a arrêté son scooter près de moi dans la rue pour me demander si je voulais lui sucer la bite ? Tiens, un blanc.
    Qui est-ce qui, à la fin d’un dîner entre amis au resto, s’est permis de me toucher les fesses ? Zut, un blanc. (Et sa copine était présente.)
    Qui est-ce qui, plus de fois que je suis en mesure de compter, m’a parlé avec un sourire hautain en me faisant comprendre que mon avis de femelle est subjectif, ridicule et facultatif, tandis que son avis d’homme-qui-sait est forcément objectif, sérieux et nécessaire ? Encore des blancs.
    Et qui est-ce qui m’a violée, déjà ?… Ah oui, mince, un blanc.

    Je me souviens des menaces de mon père en réponse à ma critique de sa position sur l’immigration : « Tu verras, quand on ouvrira les frontières : les types qui te sifflent dans la rue, qui t’insultent, qui te mettent des mains aux fesses, ou pire, vont se multiplier, tu vas être contente et bien servie, tiens ! »
    J’avais envie de lui répondre : « Mais tu sais, Papa, il m’est déjà arrivé bien pire qu’une main aux fesses et être insultée en public. Tu n’as pas besoin de me faire peur avec la menace du viol, puisque j’ai déjà été violée, et pas par un Rom, un Arabe ou un Noir, mais par un bon petit Blanc, à qui tu as serré la main, avec qui tu as discuté et ri, qui s’est assis à ta table, qui a mangé ton pain, qui a dormi sous ton toit et a partagé avec ta bénédiction le lit de ta fille. Ta fille qu’il a violée à plusieurs reprises, y compris sous ton toit, alors que tu étais là, à quelques pièces de là, à dormir sur tes deux oreilles, et que ta fille avait trop honte et était trop abasourdie pour faire le moindre bruit et appeler à l’aide. Tu étais à quelques mètres de là, et pourtant tu n’étais pas là, tu ne l’as pas sauvée. C’était dans ta maison, par un homme qui aurait pu être ton fils. Et ne t’étonne pas du silence de ta fille qui pendant longtemps n’a pas compris, parce que ça dépassait son imagination : on lui avait dit que les violeurs, quand ce n’étaient pas des psychopathes échappés de l’asile, c’étaient des étrangers qui te coincent dans des rues aussi sombres que leur teint, pas de petits blancs propres sur eux aux noms bien français dont elle tomberait amoureuse. Alors elle a fait une première amnésie traumatique, puis il a pu recommencer quand elle était paralysée par la peur, et ensuite elle se disait que c’était de sa faute parce qu’elle n’avait « rien fait »… Juste là, sous ton nez. Elle est belle, la France aux Français. »
    Mais je n’ai rien dit de tout ça à mon Papa, parce que ça faisait trop mal, et que je ne voulais pas lui faire de mal non plus.

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  22. Merci T, merci Emy. J’en venais a me trouver seule.

    Arretez de chercher a justifier vos paroles racistes par de fausses interpretations socios. Arretez. Quand Emy et moi parlons de nos statistiques d’observations, c’est de l’ingerence personnelle, de la vision biaisee, de manque de vision globale, mais quand vous appuyez vos « visions socios » sur votre experience personnelle, c’est de l’analyse objective, du domaine de l’exemple-preuve.
    Maintenant, a T, vous allez lui repondre quoi ? Qu’elle est une anomalie de vos satistiques ? Un detail ? Le harcelement de rue n’est PAS racise. Il est present partout, et si je suis dit d’accord avec le fait que le niveau social influence la facon dont il s’exprime, il n’a pas d’influence sur sa presence.
    Le cadre blanc qui balance des « souriez, vous etes tellement charmante » bien sifflants et sournois pendant sa pause clope est tout aussi condamnable que l’ouvrier noir qui siffle les passantes ou le chomeur arabe qui balance des « tu suces » avec ses potes a longueur de journee, pour reprendre les stereotypes racises de la societe francaise. Et venez pas dire que les deux derniers vont le faire toute la journee et sont donc pires, parce que le premier sera juste relaye par ses collegues pour harceler dans la rue, pendant que lui, il ira reporter son harcelement sur ses collegues feminines hors de son temps de pause.

    Comme le dit Morphea en resume, le harcelement de rue est juste une composante d’un harcelement et d’une pression perpetuelle instruite par la societe : que les hommes exercent sur les femmes un harcelement sexuel constant, partout. Il n’a pas de race, pas de couleur, pas de niveau social. Il est partout, tout le temps, par tout le monde.

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  23. Je t’en prie, Lythys, et je te remercie à ton tour.

    Je pense en effet que ce sujet est essentiel. Loin de moi l’idée de minimiser ce qui arrive à d’autres femmes dans d’autres cultures que la culture occidentale (excisions, mariages forcés, port du voil obligatoire, contrôles de virginité…), mais j’en ai assez qu’on utilise les manifestations les plus spectaculaires du sexisme d’autres cultures pour masquer celui de la culture occidentale.

    De plus, j’aimerais bien que l’on parle plus souvent de la manière dont le sexisme occidental a opéré un ravalement de façade pour sembler se conformer aux idéaux féministes d’égalité et d’auto-détermination, sans fondamentalement changer.
    Avant, les hommes pouvaient faire aux femmes ce que la plupart d’entre eux pensaient être leur dû, que la femme soit d’accord ou non. Maintenant, on peut faire exactement la même chose à une femme, voire pire, tant qu’on lui a au préalable d’une manière ou d’une autre extorqué son consentement.
    On est passé de la négation totale de la voix de la femme, à la justification par la voix de la femme, le consentement comme alibi absolu : « De toute façon, on n’est pas responsable : elle l’a accepté, elle l’a voulu, elle a sans doute aimé, c’est sa faute. » Et j’aimerais bien qu’on parle un peu plus du rôle à la fois de la pornographie et des magazines féminins sur les cerveaux des jeunes femmes qui sont entraînées à accepter toujours plus et toujours pire parce qu’on leur dit que c’est normal : plein de femmes sucent jusque dans la gorge, plein de femmes acceptent la sodomie, plein de femmes aiment avoir mal pendant les rapports (le fameux « hard sex » dont les « porn stars » chantent les vertus sur le mode lyrique), et puis il faut faire plaisir à son chéri même si on n’aime pas ça, il faut faire des compromis pour le garder, etc, etc, etc… alors voilà, on doit le faire. On dit « oui », « ok », « pourquoi pas », « si ça peut vraiment te faire plaisir… ».
    Aujourd’hui, les jeunes hommes n’ont pas toujours besoin d’insister énormément pour que les jeunes femmes se plient à leurs désirs extrêmes, puisque le mainstream du discours sur la sexualité travaille en amont pour leur faire accepter ces pratiques extrêmes comme normales et normalement plaisantes.
    Alors on se retrouve avec des jeunes femmes qui ont subi des rapports sexuels brutaux et douloureux et qui au lieu de se dire « j’ai été sauvagement violée par l’homme avec qui je voulais avoir un rapport sexuel normal et plaisant » se disent « je n’ai pas aimé ce rapport sexuel fougueux, je dois être coincée ou frigide, c’est moi qui ai un problème, c’est moi qui SUIS le problème, mais je ne dois pas le dire trop fort sinon tout le monde va savoir que je suis anormale, personne ne voudra plus jamais de moi et je mourrais de honte… »

    Et ça, c’est un problème typiquement « blanc », un problème typiquement occidental, ce n’est pas l’Islam intégriste ou des cultures traditionnelles africaines qui l’ont inventé.

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    • C’est tellement typiquement blanc que même ELLE, ce fantastique magazine, se fait le chantre de la pipe « utile », je pense que tout le monde ici doit s’en souvenir…
      Et dans ce genre de magazine-là, point de questionnement ethnique non plus.
      Le sexisme, le machisme, la domination masculine, elle n’a ni couleur, ni langue, ni religion propre. (c’est bien tout le drame justement, pour faire reconnaitre l’horreur de ce système quand il est massivement accepté et traditionnalisé autour du monde)

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  24. Au final, je me demande réellement s’il y a pas comme une jalousie à voir le « cheptel » de femmes blanches échapper aux mains des hommes blancs, et finalement, toujours dans cette même optique de femme objet / trophée de chasse, associée à une sorte de revanche ethnique puante « j’ai baisé telle femme de ce pays qui ne m’aime pas », qui finalement pousse des espèces de fausses communautés machistes à entrer dans une compétition absurde et sans issue, dans laquelle encore une fois le femmes sont l’objet déchiré entre plusieurs sentiments de « dû », d’honneur, de fierté plus que mal placée, et finalement de déconsidération crasse.

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  26. LOL! C’est vrai ça! On prend pas assez le temps de s’arrêter tailler le bout de gras avec nos harceleurs et en apprendre plus sur leurs « origines culturelles »!!

    A pardon! fallait comprendre couleur en fait? Les italiens ça compte? ils sont un peu bronzés je trouve et franchement c’est les champion du harcèlement et su slut shaming! On devrait fermer nos frontières aux italiens..et aux blancs catholiques de Neuilly qui n’hésitent pas à noter à voix haute les filles en balançant des « O non mais fais un effort merde! t’es à Neuilly là! »

    Ouep! je pense que le profil du harceleur et son « origine culturelle » dépend du quartier mais aussi de « l’origine culturelle » (la couleur) ou « l’origine sociale » (les fringues) de sa victime.
    Concrètement des nanas noires en mini jupe et collant à trou étaient tranquilles dans le bus quand j’habitais Aubervilliers tandis que dans ce même bus, moi en tailleur, je me faisais harceler.

    A Neuilly, cette même nana noire en collant à trou…pardon, cette même nana d’origine cultuelle africaine et d’origine sociale modeste, se ferait harceler à moooooort tandis qu’avec mon tailleur, je passe tranquille le test et obtiens une bonne note auprès des hommes du terrain.

    Et pis je veux pas faire de généralité, mais je plait particulièrement au frotteurs blanc je crois car our moi les frotteurs sont en majorité d’origine culturelle blanche ^^

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  27. Vous oubliez quelque chose de très simple.
    Ma copine et moi vivons à Bruxelles, elle subit ce harcèlement comme jamais elle l’a subi.
    Pour celles qui ne connaissent pas Bruxelles, c’est une sorte de Barbès géant, il y a une très forte immigration maghrébine et turque.

    On a vécu en France dans différentes villes, on a donc « goûté » à différentes ambiances.
    Ici, elle se fait emmerder en permanence, dès qu’elle sort seule, dans les 5 minutes le premier connard se pointe.

    J’ai un oncle quadra’ et homo qui a toujours vécu à Bruxelles, lui aussi subi ce harcèlement mais il y a 20 ans de ça, c’était rare, tout simplement parce que les maghrébins n’étaient pas là. Il se fait harceler autant par des hommes que des femmes, des petites voilées qui se mettent à plusieurs autour de lui en lui disant « Zlem Zlem »!

    On peut toujours essayer d’analyser des détails futiles, le gros du problème est là.

    Ma copine s’appelle Kahina, elle est d’origine algérienne, elle y est née et y a été régulièrement, vous croyez que là bas elle peut se balader en jean seule dans la rue? Non elle ne peut pas.

    Elle n’ose même pas mettre une jupe dans le centre de Bruxelles, vous vous rendez compte? Vous croyez qu’il y a 20 ans les belges avaient peur de montrer leurs jambes? On va souvent à Anvers, ville flamande, relativement préservée de l’immigration. Là elle peut mettre une robe tranquillement, c’est quand même bizarre…
    Ca me rend fou rien que d’en parler!

    On a tous les deux grandit à Limoges donc une ptite ville française très calme.
    C’est bizarre, à Limoges elle n’a pas connu ces plaisirs… Bizarre, pourtant les limougeauds devraient être des bons à ce jeux non? Ville pauvre, niveau social bas.

    Ce que je veux dire, c’est que le harcèlement de ce type (dans la rue, très violent) n’est pas à mettre sur le dos des « hommes ». J’ai un faible niveau d’étude, pas de parents et pourtant je ne siffle pas les femmes. C’est un problème culturel, ça crève les yeux et ceux qui ont connu « l’avant » et « l’après » comme mon oncle peuvent vous l’affirmer…

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    • Merci pour ce mansplanning en regle, on avait oublie d’ecouter, encore et toujours (sottes que nous sommes…), l’homme, le vrai (mention speciale pour le combo #notallmen).
      Lui, il sait, surtout quand il a sa copine comme preuve irrefutable. Ma mere, ses amies, moi, ma tante, leurs cousines n’existent pas, elles et moi-meme mentont, meme, je suis sure. Parce Tivio et son service trois-pieces ont dit que les etrangers etaient responsables, surtout pas les francais eleves au beurre sale, saucisson et baguette.
      Et au passage, oui, il y a 20 ans, il y avait des femmes en Belgique qui avaient peur de montrer leurs jambes. Il y en a meme une qui s’etait fait tabasser et cracher dessus en pleine rue lorsqu’elle a voulu inaugurer son cadeau d’anniversaire parce que la ou elle habitait, on avait pas a s’habiller en catin. Mais il y a 20 ans, les associations feministes n’avaient pas encore reussi a faire autant entendre leur voix qu’aujourd’hui. Ceci ayant sans doute un leger rapport avec le fait qu’on les entendait moins lorsqu’elles protestaient.

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  28. Oui, le harcèlement on connaît toutes ça. De vieux piliers de comptoirs franchouillards en terrasse ou de jeunes maghrébins à l’arrêt de bus, un chef quadragénaire suisse qui abuse de sa position au bureau, des routiers lubriques immatriculés en Europe de l’est, un petit copain bac +5 si sympa en société mais tyran domestique, ce ne sont que quelques exemples personnels d’auteurs d’agressions: impossible de faire des statistiques sur l’origine, l’âge, la situation des hommes qui harcèlent – sans même s’en rendre compte- et que dis-je, des hommes? Des personnes plutôt! Que dire de la commerçante, qui hier en voyant passer une fille à la tenue courte a lancé de façon à ce qu’on l’entende: « Et après on s’étonne qu’on se fait agresser! » Les filles harcèlent les filles aussi, au lycée par exemple, en répandant une réputation de fille facile ( voir la défenestration de Myriam aux Minguettes en 2012). On cherche des coupables? Je ne sais pas qui est coupable. Certainement pas la victime. Mais on est tous et toutes responsables, de notre agressivité, de nos mots, de nos silences, de notre indifférence. Moi la première, je me déteste de feindre de ne rien entendre quand on m’insulte. J’ai quand même arrêté de sourire quand on me dit que je suis charmante. Un compliment? Toujours le même mot, qui sera aussi pour la prochaine passante, c’est pas flatteur, c’est fatigant. Et combien de fois c’est suivi de « ho je te parle, salope! » Parce qu’on est toujours, en 2014, censée sourire et se taire. C’est bien qu’on en parle enfin. Qu’on polémique, qu’on s’engueule, mais qu’on en parle enfin.

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  29. J’ai lu avec attention tous les commentaires. En résumé, pour vous, le harcèlement de rue n’est pas une affaire culturelle parce qu’il existait il y a vingt ans, alors qu’à l’époque, il n’y avait pas autant d’immigrés dans les rues et que le problème n’avait pas encore été divulgué par les médias. Je dois vous dire que je n’y avais pas pensé.
    J’aimerais, moi aussi, vous faire part de mon expérience. Mais avant, je voudrais réagir sur le sexisme des jeunes blancs des quartiers chics. Vous m’avez rappelé une chose : mes parents m’ont mise dans un lycée de riche, et, en effet, je me souviens bien du sexisme affiché des jeunes lycéens bourrés de thunes. Issue d’une famille de classe moyenne, j’ai grandi avec le féminisme, le militantisme de gauche, des principes humanistes et tutti quanti. L’attitude de certains garçons pendant la période du lycée s’adossait à celle des filles, issues elles aussi, de familles aisées (nouveaux riches pour la plupart, les autres étaient plutôt enfants de vieilles familles catholiques et leurs parents leur avaient inculqué quelques principes, notamment ceux du respect et de la dignité d’autrui, c’était des gosses gentils et bosseurs, des « ringards », donc à part, je pense que ce sont eux qui s’en sont le mieux sortis, ils ont tous et toutes fait maths sup maths spé, quoi).
    Donc, je disais que les gosses de riches étaient insupportables, sexistes, moqueurs, figés dans les apparences. Les jeunes filles d’ailleurs n’étaient pas mal non plus : superficielles et incultes comme leurs congénères, enfermées dans les clichés de la pétasse à sac Dior. Bref, je ne m’entendais ni avec les uns ni avec les autres (et beaucoup mieux avec les ringards^^). Je me souviens d’une soirée où l’un de ces sales types m’a emmené dans la chambre des parents, m’a déclaré qu’il avait envie de moi et, voyant ma tête, mi hilare, mi dégoûtée, a fermé la porte à clé et a décidé de me forcer la main. Bien évidemment, quelques secondes plus tard, je sortais de la chambre et le laissait se moucher le sang qui coulait de son nez. Trop honteux, il n’a jamais porté plainte (j’ai eu de la chance, parce que cette engeance vous attaque facilement en justice lorsqu’elle est en tort).
    Autre anecdote, grave, celle-ci : une copine de lycée m’a avoué bien plus tard, alors que nous avions presque terminé la fac, qu’elle s’était faite violer (et dépuceler par la même occasion) par le même genre de fils à papa. Il l’a violée chez lui, sur le beau tapis de ses parents. Comme elle a saigné, il lui a fait nettoyer le tapis (oui, oui !). Comme le sang ne partait pas, il a déclaré à ses parents qu’elle avait renversé du vin rouge sur le tapis. Les parents du type ont demandé à cette jeune fille de rembourser le nettoyage à sec du tapis.

    J’ai beaucoup d’autres anecdotes de fils à papa dans le même genre. Pour moi, le problème vient, évidemment, de leur éducation : capricieux, avec des mères complètement superficielles, des pères complètement absents, ne recevant pour toute affection que de l’argent de poche, et, surtout, n’ayant jamais eu à surmonter la moindre frustration. Ce sont des milieux où les clichés du « beau salaud » et de la « pétasse bimbo » son élevés au rang de vocation, à défaut d’autres horizons. On comprend mieux pourquoi alors, les filles se laissent autant faire, voire, se battent pour sortir avec le plus macho, et les mecs, avec la plus conne.

    Passons au harcèlement de rue. C’est un peu le même problème : sentiment d’impunité, d’être le maître dans l’espace public, effet de groupe, manque d’éducation, de principes humanistes, absence totale de vision de la dignité d’autrui. Et, je pense, c’est là la différence avec le sexisme du fils à papa, sentiment d’infériorité lié à la misère sociale et à la discrimination. On se venge sur celui que l’on pense être le plus faible (c’est là la réaction des lâches et des pleutres) : la femme.

    Or, je suis blonde, grande, jolie et j’ai de gros nichons. Ils m’en font baver depuis bientôt quinze ans et finiront par balayer le peut qu’il me reste de compassion à l’égard de leur malaise social. Mais je pense tout de même qu’il s’agit toutefois, d’un problème culturel : dans les milieux où les garçons sont les rois depuis leur plus petite enfance, comment voulez-vous qu’un jour, à l’âge adulte, ils respectent les femmes ?

    Aujourd’hui, je suis professeur en lycée et en fac. je me fais presque toujours autant emmerder dans la rue. Et cela a pris, avec les années une autre couleur : la femme européenne blanche étant a priori, une femme libérée, ces types pensent que nous sommes réceptives à leurs harangues. Mais ils ne feraient, ô grand jamais, la même chose à leurs soeurs. Et parlons-en de leurs soeurs. Ce sont elles qui morflent le plus. Ce sont pour elles que l’on doit se battre. Elles crèvent de trouille, leurs soeurs. Ils leur foutent tellement la pression pour qu’elles portent le voile. Et lorsque je leur demande pourquoi elles ont décidé subitement de le mettre: « mais Madame, c’est mon choix ». À d’autres.

    En Égypte, les viols en réunion sur la grande place du Caire pendant les manifestations, signifiaient aux femmes qu’elles étaient persona non grata dans l’espace public. N’oublions pas que le voile signifie exactement cela : que la femme, si elle peut traverser cet espace pour se rendre d’un point A à un point B, n’est pour autant chez elle qu’au foyer. Être harcelée dans la rue me donne ce sentiment que je ne suis pas à ma place lorsque je foule le bitume de ma rue, de mon quartier, de ma ville, de mon pays. Aujourd’hui cela fait quinze ans que j’entends des « suce-moi », « des « mademoiselle, vous êtes bien charmante », des « tu suces » et autres galanteries. Si j’ai déjà fait saigner du nez un Charles-Henri un peu trop intempestif, est-ce que l’on me reprochera quelque chose, le jour où j’exploserai la tronche du énième Jean-Mouloude, qui se comporte avec moi comme si j’étais la dernières des catins ?

    Quand j’avais 15 ans, juste après le 11 septembres, un fou dans le métro, nous a dit, à moi et deux autres copines blondes, qu’il éduquerait ses fils pour nous violer, nous autres, salopes de blanches. Je suis en âge de faire des gosses, et, vu ce que j’entends comme insultes à l’égard de mon sexe, de ma couleur de cheveux et de peau depuis cette agression, je prends la menace très au sérieux pour mes futures filles. Dites-moi, sans haine, sans reproche, suis-je en droit de m’inquiéter, ou est-ce là une réaction disproportionnée ?

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  30. je laisse mon témoignage, je suis métisse antillaise française, 23 ans, je connais le harcèlement de rue depuis mes 16 ans. j’habite dans une grande ville. je n’habite pas paris. je me fais bcp harceler qd je suis seule.
    si je devais faire des statistiques, les personnes qui me fixent avec insistance pour croiser mon regard et engager la conversation, qui matent bien ostensiblement mes fesses, donnent leur opinion sur ma tenue, susurrent je ne sais quoi à mon passage (dans la rue, dans les escalators), disent souris, réagissent qd ils marchent en bande sur ma démarche et mes fesses, trouvent tt prétexte pour engager la conversation, m’interpellent depuis leurs voitures, sont des pères de famille qui disent si j’étais pas marié je t’épouserais, je ont été 9 fois sur 10 des personnes arabes ou africaines ou autre mais pas des blancs.
    les blancs qui ont ces attitudes étaient des sdf, le dernier en date m’a fait un compliment m’a dit très belle félicitations alors que je passais devant lui en short. et il faut remonter des mois avant pr trouver un autre sdf pour me dire qlqch ds la mm veine devant carrefour market, et qlq années en arrière un type paumé m’a dit que j’avais de grands yeux.
    les autres blancs qui ont commenté mon physique l’ont fait ds la rue de nuit cm, pololo ce cul, ou très belle jambes comme ça j’adore, ou elle est bonne celle là.
    mais franchement comparé à la pression quotidienne d commentaires que je reçois qd je sors pr aller acheter des trucs ce n’est rien, je ne peux mm pas les citer tellement j’essaie d’ignorer. 9/10 c pas des blancs.
    quand je suis sortie de chez le coiffeur lol ce n’est pas d blancs qui l’ont remarqué et m’ont dit, virgin marie, prête à marier ou « je sais pas à quoi tu ressemble de face mais de dos t charmante ».
    jamais des blancs du mm age ne m’ont donné leur avis ouvertement ds la rue de jour. c’est la vérité ! !
    tirez en les conclusions que vous voulez mais je suis beaucoup harcelée j’ai l’impression d’être du goût de certains boulets. ça a l’air culturel. pour être allée 3 semaines en Martinique, je vivais là bas amplifié le fait de ne pas pouvoir sortir seule en paix et là bas ce n’est même plus du harcèlement de rue… à ce stade, on dirait, la façon évidente pr ces mecs de faire connaissance (on dirait).
    ça m’étonne quand je vois que les gens se font harceler 50% par des blancs 50% par d’autres parce que ce n’est pas mon expérience. c’est peut être différent dans chaque ville.
    je pensais que ds ma ville je me ferais harcelée partout. apparemment là où je vivais, ce quartier populaire ( et 2 mecs qui habitent m’ont dit jm bien c populaire c sympa ça a un bon pontentiel) est pas mal pour se faire harceler. une amie qui y vivait pr les besoins d’un stage m’a dit que ça n’avait rien à voir avc un quartier jeune et étudiant où elle avait vécu et que elle aussi entendait ts les jour un mec (différent) dire qlqch quand elle marchait dans la rue.
    bref je n’ai vécu que 3 ans dans ce quartier sur les 7 ans dont je vous parle. mes amis n’en « reviennent pas » des trucs qui m’arrivent, je me fais vraiment pas mal harceler, métro, devant magasin, en allant à la fac, en sortant d’examens, et pourtant je me couvre mais ça arrive quand je me déplace seule.
    ce n’est pas être raciste de dire que les mecs qui me soulent sont souvent des arabes ou des africains. je déforme pas ce qui m’arrive.
    il y a aussi plein d’arabes et d’africains qui ne disent rien et j’ai presque envie de les remercier de garder leur avis pour eux.
    j’aimerais apporter ce témoignage parce que dans mon cas le harcèlement vient seulement une fois sur dix d’un blanc.
    vous avez vos témoignages qui disent 50 50, j’aimerais apporter la contribution d’une métisse qui en a marre du harcèlement et qui dit que les gens qui l’embêtent sont rarement blancs.
    dernière anecdote il y a ceux que j’ignore et qui me suivent : une fois suivie à l’intérieur d’un magasin, une autre fois un émissaire a été envoyé pour me dire que qlqn que j’avais dépassé m’avait trouvé charmante. ces 2 fois c’était pas des blancs. le mec glauque qui me fait un peu flipper que j’ai croisé plusieurs fois dans ma vie, lui mm m’a dit avant t’étais mineure mtn t majeure ça m’a glacé, une autre fois, majeure, je faisais mon footing il était stationné ds une voiture (en train de dealer peut etre lol) et est descendu pr m’interpeler.. c pas un blanc non plus..
    voici mon témoignage.

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  31. Je n’en ai jamais tiré de conclusion parce que je voulais éviter les amalgames mais perso de mon coté je ne me suis fais harcelé (au moins trois fois part jours) que part des magrébin ce qu’il faut faire j’en sais rien j’ai pas de solution mais je rentre encore chez moi en larme alors que pourtant « ce n’est pas grand chose » juste des remarques, c’est dur de garder un esprit ouvert et objectif dans ces circonstance… moi je craque…

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  32. Pingback: F - domirecherches | Pearltrees

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