Trigger warnings

**Trigger warning**: je parle notamment de viol et de violences au sein du couple; je fais simplement mention d’autres formes de violences.

Je range ce billet dans la catégorie « concepts féministes » même s’il ne s’agit pas vraiment d’un concept; on peut cependant rapprocher ce terme d’autres termes dans cette catégorie, eux aussi empruntés à l’anglais, comme slutshaming, mansplaining ou male gaze. Pourquoi empruntés à l’anglais? Parce que les féministes anglophones, nord-américaines en particulier, sont très actives sur internet, très créatives aussi, et qu’elles ne cessent d’augmenter le stock de mots disponibles pour rendre compte d’expériences d’oppression et/ou de discrimination.

« Trigger warning » est donc, je le disais, un peu différent. Il s’agit d’une pratique inventée en ligne (mais qui ne s’y limite pas forcément), dans les années 90 – début des années 2000, sur des forums et des blogs féministes. Depuis, la pratique s’est répandue au-delà de la blogosphère féministe; on trouve par exemple la formule « trigger warning » employée en tête d’articles sur des sites d’information en anglais.

Que veut dire « trigger warning »?

Le nom trigger signifie « détente, gâchette ». En psychologie, cette notion a été avancée pour décrire des réactions associées à ce qu’on appelle aujourd’hui le syndrome (ou trouble) de stress post traumatique, que mon ami Wikipédia décrit comme « un type de trouble anxieux sévère qui se manifeste à la suite d’une expérience vécue comme traumatisante avec une confrontation à des idées de mort ».

Pour faire court, les personnes souffrant de tels troubles sont susceptibles d’être jetées dans des états d’inconfort extrême (se traduisant, par exemple, par une crise d’angoisse) par la vue d’une image ou la description d’un événement / phénomène / état leur rappelant l’événement traumatique qu’elles ont subi. Scolastik explique tout ça beaucoup mieux que moi sur le blog Choses aléatoires. On appelle ces déclencheurs « triggers », d’où le « trigger warning », qui est censé prévenir le lectorat de la présence de potentiels déclencheurs.

Quand, comment, pourquoi utiliser un trigger warning

Vous avez peut-être déjà rencontré des trigger warnings (abrégé « TW »). Ils peuvent se présenter comme ça (source de la 1ère image: Buzzfeed).

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Les TW sont encore assez peu répandus sur la blogosphère féministe en français, mais ils sont utilisés, par exemple, pour prévenir d’un contenu lié au viol. Pourquoi? Parce que, quand on a conscience des effets qu’une image choc dans le cadre d’une campagne de lutte contre le viol, par exemple, peut avoir sur une personne ayant été victime de viol, on réfléchit à deux fois avant de la balancer à ses lecteurs ou lectrices potentiel·les. Surtout quand on sait que 16% des femmes et 5% des hommes déclarent avoir subi des viols ou des tentatives de viols au cours de leur vie; qu’1 jeune femme sur 10 de moins de 20 ans déclare avoir été agressée sexuellement au cours de sa vie et qu’entre 2010 et 2012, 83 000 femmes ont été victimes de viols ou tentatives de viols par an (0,5% des femmes), 83% d’entre elles connaissant leur agresseur (tous les chiffres et les sources ici).

Autre exemple, les violences domestiques; j’ai en tête une campagne de publicité non officielle qui a beaucoup circulé dernièrement, pour la marque Tefal, et que je ne reproduirai pas ici. Tomber sur cette image en scrollant sur Facebook et Twitter peut provoquer des réactions diverses: choc, dégoût, inconfort (c’est ce que j’ai ressenti), mais chez certaines personnes, la réaction peut être bien plus extrême. Alors il me semble que signaler un tel contenu, offrir à ses lecteurs/lectrices l’opportunité de choisir s’illes sont en mesure ou non de s’y confronter, c’est la moindre des choses; une empathie a minima, en quelque sorte. Surtout quand on sait qu’en moyenne, chaque année, 201 000 femmes se déclarent victimes de violences conjugales (physiques ou sexuelles) et qu’en 2012, 146 personnes sont décédées, victimes de leur conjoint ou ex-conjoint, dont 121 femmes et 25 hommes. Toujours en moyenne, une femme décède tous les 2,5 jours, victime de son conjoint ou ex-conjoint et un homme tous les 14 jours (chiffres et sources sur le même site).

Les sujets concernés sont variés, et n’ont pas forcément à voir avec les violences genrées: troubles du comportement alimentaire, torture, violences liées à la guerre…

Critiques du trigger warning

Cette pratique fait l’objet de très nombreuses critiques, dans les milieux féministes et dans les médias anglo-saxons en général. On reproche généralement aux personnes utilisant des trigger warnings d’infantiliser leur lectorat, de mettre les éventuelles victimes de traumatismes dans du coton; on se moque de cette génération à traiter avec des pincettes; on nous explique enfin que la vie, elle, ne vient pas avec des trigger warnings, qu’il faut donc grandir et s’endurcir, un peu.

Ces critiques, les plus fréquentes, me semblent infondées et manifester à la fois ignorance et manque cruel d’empathie. Ignorance par rapport à la réalité des violences dans le quotidien ou l’histoire personnelle de nombre d’entre nous, d’abord; ignorance aussi de ce que les personnes souffrant de ce genre de troubles peuvent vivre, voire refus de voir, refus de savoir; manque d’empathie, enfin, parce que certaines personnes semblent avoir du mal à comprendre que si un contenu ne les affecte pas, ce n’est pas forcément le cas pour tout le monde. Vous êtes dérangé·es, sans plus, par une représentation de viol? La même représentation peut avoir des effets radicalement plus violents sur votre voisin·e. On ne vous demande pas de vous mettre à sa place, simplement de concevoir que tout le monde ne réagit pas de la même façon à ce type de contenu.

Scolastik répond très bien au reste de ces critiques; je me contenterais simplement de rajouter quelque chose pour finir.

Vous vous dites peut-être que les personnes souffrant de stress post-traumatique sont finalement peu nombreuses, qu’on ne peut pas savoir qui sera affecté par quoi. Il est vrai que l’expression « trigger » renvoie à une réaction bien spécifique et ne devrait pas être employée à tort et à travers, même si, je le répète, les trigger warnings sont nécessaires. Mais il est également vrai que les personnes souffrant de stress post-traumatique ne sont pas les seules concernées par des TW: n’importe qui peut estimer que, à un moment et dans un cadre précis, il ou elle n’est pas en mesure de lire un article sur le viol, de voir des images représentant des violences de manière explicite. Parce que cela fait écho à son histoire personnelle, à des peurs; parce que ce n’est tout simplement ni le moment ni l’endroit; parce qu’on ne se sent pas en mesure d’être confronté·e à un tel contenu. Il me semble que donner aux gens l’opportunité de décider pour eux-mêmes, et de reprendre un peu de contrôle sur tous ces contenus auxquels on est confronté sur internet sans forcément l’avoir choisi, c’est les traiter tout simplement comme des êtres humains – ce que l’on oublie un peu trop souvent.

Ressources
Haut Conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes: repères statistiques sur les violences de genre
Dépliant « Violences au sein du couple » (Etes-vous concerné·e? Que dit la loi? Comment vous protéger, vous et vos enfants?)
Violences sexuelles: informations
Numéro d’appel Violences Femmes Info: 3919 (appel anonyme et gratuit)
Liste d’associations venant en aide aux femmes, dans toute la France

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30 réflexions sur “Trigger warnings

  1. Bonjour,
    Je suis étonnée que vous expédiez aussi vite l’argument de l’infantilisation qui pourtant me semble central ici. Comment peut-on affirmer vouloir traiter les personnes en individuEs adultes et capables de décider par euxLLEs-mêmes alors même qu’on veut tous les garder bien protégées dans un cocon ? Pensez-vous qu’une personne traumatisée soit à ce point privée de toute agentivité qu’elle ne soit pas capable de fermer un onglet ou de réagir par elle-même si un contenu la choque ? N’est-ce pas dangereux aussi d’empêcher à tout unE chacunE de rentrer en contact avec ce qui déclenche sa réaction, ce qui peut avoir pour effet de lui faire fuire à jamais la réalité de son traumatisme et du coup de ne jamais se décider à le soigner ?
    Il me semble aussi que les histoires individuelles sont tellement complexes et diversifiées qu’il est quasiment impossible de ne toucher ou blesser personne avec ses mots, notamment dans des articles qui se veulent un peu scientifiques (comme les vôtres) et qui gagnent à décrire les phénomènes dans leur nudité. Et au fond, est-ce souhaitable qu’une personne violée, unE raciséE, unE trans, unE prostituéE, etc. s’abstiennent de témoigner crûment de leur vécu d’oppression pour éviter de blesser les autres alors que ce sont justement ces témoignages qui sont à même de déclencher l’empathie et l’indignation chez autrui ? Le danger du TW serait ainsi, une fois de plus, celui de silencier les oppriméEs en empêchant leur parole d’être lue et écoutée.
    Je pense qu’il ne faudrait pas finir par confondre l’empathie et la compassion, celle-ci n’étant qu’une manière de refuser d’écouter autrui et de se désintéresser de son cas sous prétexte de respecter son point de vue personnel.
    Cordialement,
    Anne

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    • Il me semble au contraire qu’informer au préalable du contenu rend la personne souffrant de syndrome post traumatique d’être actrice de la situation. Elle sait et peut prendre, en toute autonomie une décision informée quant à la poursuite ou non de la lecture. Ce en fonction de son ressenti, de son état du moment, de l’étape de son cheminement.
      Bref si il y a une seule personne qui sait si elle peut se confronter à des images/contenus pouvant réactiver un traumatisme c’est bien la personne qui en souffre.
      Le triggerwarning est donc au contraire un outil d’empierrement de plus.

      Quant à ceux qui jugent qu’il ne faut mettre les gens dans du coton, mais de quel droit parlent-ils à la place de ceux qui sont atteints de PTSD ? Les triggerwarnings sont plébiscités par les personnes atteintes, qui sont, je le répète les mieux placées. De plus le triggerwarning ne limite en rien l’expression ni ne censure les contenus. Qui cela peut-il donc gêner ?

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      • Peut-être que parfois les individuEs ayant subi un traumatisme n’ont pas touTEs le même avis. Peut-être qu’illes sont capables de réfléchir, aussi. Et peut-être qu’illes ne doivent rendre des comptes à personne sur leur vécu pour s’assurer avoir de la légitimité dans un débat qui les concerne. Ce ne sont là que des hypothèses.
        Anne

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        • Une fois de plus je ne vois pas en quoi le fait d’informer, et je dis bien informer, parce qu’un triggerwarning n’est que cela, au préalable du contenu potentiellement traumatisant empêche les les individus ayant subi des traumatismes de réfléchir ? Pourriez-vous m’expliquer par quel processus ?
          Idem, en quoi cette information impliquent qu’elles doivent rendre des comptes à qui que ce soit ?

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  2. Je me demande d’où vient ce courant de pensée, qui dépasse le féminisme, et qui impose une conception de la souffrance beaucoup plus péjorative qu’avant. Tout cela m’inspire une remarque, certes naïve : souffrir, ce n’est pas forcément grave. Dédramatisons.

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    • Les féminisme originel est totalement dépassé depuis quelques décennies de toute façon. Suffit de constater quels sont les « combats » du « féminisme » actuel: le manspreading, la soit-disant culture du viol, les soit-disantes inégalités qui seraient liées au sexe (en excluant tous les autres facteurs, exemple des différences de rémunération par exemple), etc…
      Ce n’est plus qu’une idéologie qui créé elle-même les sujets de son « combat » pour justifier son existence.
      Il n’y a plus besoin de féministes dans le monde occidental du XXIè siècle. Par contre, dans les pays en développement ou nulle féministe n’oserait mettre les pieds, c’est une autre histoire.

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  3. @ Anne et Polycop : Si la souffrance de votre prochain ne vous préoccupe pas, d’autres le font heureusement à votre place. Soupçonnez cette attention, d’être mal attentionnée… voilà qui m’interroge. Les mots Trigger Warning n’empêchent personne de faire quoi que ce soit : la liberté de chacun.e de lire et/ou à fermer un onglet est intacte. Il semble également que cette pratique corresponde à un besoin, dont elle est née, et n’a pas été imposée par qui que ce soit : elle s’est imposée d’elle-même, ne vous en déplaise.

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    • @ Volubilis : si la pratique s’imposait « d’elle-même » comme vous semblez en être si sûr(e ?), il resterait tout de même à expliquer pourquoi le féminisme a pu exister pendant 200 ans sans que personne n’y songe… Il n’en était nullement question il y a quelques mois à peine ; faut-il penser qu’un si grand nombre de féministes y compris l’auteure de ce blog n’aient jamais éprouvé la moindre empathie pour autrui jusqu’à aujourd’hui ?
      En ce qui me concerne, être attentionnée aux autres signifie les aider à surmonter leurs souffrances, ce qui passe souvent par une reconnaissance de leur part de la nature de celles-là alors que l’évitement ne fait que remettre à jamais la possibilité d’en venir à bout. Ajouter un TW, c’est à mon avis simplement un moyen de se désintéresser d’autrui et de le laisser se débrouiller toutE seulE au moment même où elle/il aurait le plus besoin d’aide au risque de l’enfermer durablement dans sa condition de souffrance. Sans compter que, comme je l’ai déjà dit, le TW risque aussi de couper la personne de la lecture de ces textes qui précisément en raison de l’identification du/de la lecteurE aux faits exposés lui permettraient peut-être de mieux connaître leur mal et de trouver les moyens de s’en occuper.
      Anne

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      • « En ce qui me concerne, être attentionnée aux autres signifie les aider à surmonter leurs souffrances, ce qui passe souvent par une reconnaissance de leur part de la nature de celles-là alors que l’évitement ne fait que remettre à jamais la possibilité d’en venir à bout. »
        Et si vous laissiez définir à la personne qui souffre la façon dont elle veut être aidée ?
        Et si vous la laissiez juge de ce qu’elle doit éviter, et à quel moment ? Plutôt que de prendre à sa place la décision ? De plus vous semblez oublier que l’évitement peut être temporaire, le temps d’acquérir assez de ressources pour se confronter de façon constructive et efficace.

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  4. @Anne  » N’est-ce pas dangereux aussi d’empêcher à tout unE chacunE de rentrer en contact avec ce qui déclenche sa réaction, ce qui peut avoir pour effet de lui faire fuire à jamais la réalité de son traumatisme et du coup de ne jamais se décider à le soigner ? »

    Pas d’inquiétude à avoir pour ça, des occasions du genre il y en à la pelle, il suffit de sortir de chez soi et en effet, là ça ne prévient pas. Parfois on peut les anticiper un peu pour mieux-ci préparer, on connait les contextes, les situations qui s’y prêtent mais ça suffit rarement… (jamais?)

    Le TW n’est pas là pour donner l’illusion d’une société 100% safe pour tout un chacun·e et encore moins pour censurer des témoignages comme vous avez l’air de le pensez. Il s’agit de laisser à chacun·e la possibilité de lire un article, (ou voir un contenu), de le mettre de coté pour plus tard ou bien de passer son chemin… en prévenant à l’avance de ce qui y est abordé.

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  5. Très bon article mais des coquilles à corriger : dans le sous-titre je fait -> je fais ; dans le premier paragraphe : parce les féministes -> parce que les féministes ; vers la fin du texte : mnifester -> manifester ; je me contenterais -> je me contenterai

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  6. Anne : c’est très facile, on laisse aux personnes le CHOIX libre et surtout ECLAIRE de lire ce qui a après un Trigger Warning. Un TW infantilise à peu près autant les gens que les mentions « piste noir / rouge / verte / bleue » au ski, les drapeaux orange / vert à la mer, les panneaux « virages dangereux » ou les signes « attention sol glissant ».

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  7. J’ai vraiment du mal à y voir de l’infantilisation, d’ailleurs je ne vois pas en quoi, puisque justement ça sert à faire exercer son libre arbitre, c’est d’autant plus important que sur internet les contenu (et notamment sur les réseaux sociaux) ont tendance à nous sauter au visage. Ça permet de pouvoir témoigner sur des sujets très durs, de partager les témoignages tout en prévenant d’un contenu particulier, j’ai pas l’impression d’être mise dans un cocon, je sais juste qu’il y a des jours où les contenus sur le viol ne passeront pas et je suis bien contente de pouvoir les éviter plutôt que de me les prendre dans la gueule par surprise.

    « Pensez-vous qu’une personne traumatisée soit à ce point privée de toute agentivité qu’elle ne soit pas capable de fermer un onglet ou de réagir par elle-même si un contenu la choque ? » Oui enfin si on ferme l’onglet parce qu’on a vu un contenu qui nous a choqué c’est trop tard, le mal est fait!

    « N’est-ce pas dangereux aussi d’empêcher à tout unE chacunE de rentrer en contact avec ce qui déclenche sa réaction, ce qui peut avoir pour effet de lui faire fuire à jamais la réalité de son traumatisme et du coup de ne jamais se décider à le soigner ? » Et si on laissait la personne décider de ce qui est bon pour elle pour une fois? Plutôt que de lui imposer des violences qu’ielle n’aurait pas souhaité voir ou lire!

    « Et au fond, est-ce souhaitable qu’une personne violée, unE raciséE, unE trans, unE prostituéE, etc. s’abstiennent de témoigner crûment de leur vécu d’oppression pour éviter de blesser les autres alors que ce sont justement ces témoignages qui sont à même de déclencher l’empathie et l’indignation chez autrui ? » Je ne comprends pas où vous voulez en venir, justement ça sert à ne pas s’abstenir, en même temps que de permettre à l’autre qui aurait subis des violences spécifique de ne pas se reprendre une claque. Non le TW n’empêche pas de témoigner!
     » Le danger du TW serait ainsi, une fois de plus, celui de silencier les oppriméEs en empêchant leur parole d’être lue et écoutée. » Bien souvent les personnes décidant de ne pas lire un contenu TW [quelquechose] sont celleux là même qui ont un vécu similaire, qui ont vécu ce [quelquechose], ielles sont les premièr-e-s au courant de ce que ça induit, ça n’empêche en rien de lire et de s’informer sur un contenu TW [autrechose], voir même sur un contenu [quelquechose] quand elle le souhaite (c’est la notion de choix qui est importante). Je ne connais personne qui évite tous les TW, et même si c’était le cas, c’est le choix de la personne, son vécu, on ne peut absolument pas conclure à une quelconque « silenciation », c’est absurde! Un TW n’empêche personne de lire!

    « Il me semble aussi que les histoires individuelles sont tellement complexes et diversifiées qu’il est quasiment impossible de ne toucher ou blesser personne avec ses mots, » Elle est là la limite du TW c’est qu’il est impossible de couvrir toute la palette des traumatismes possible, tout peut l’être potentiellement. Le tout c’est de faire au mieux, et surtout d’être à l’écoute des sensibilités des autres.

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  8. @ Léna : je trouve intéressant qu’on choisisse l’exemple des panneaux pour la comparaison et qu’on évite, par exemple, celui du système d’évaluation des films : « interdit aux moins de 15 ans », « interdit aux moins de 18 ans », etc… Lui aussi il n’empêche pas vraiment de voir le film (sauf quand on l’achète ou on va au cinéma, mais pas quand le film passe à la télé ou on le trouve sur internet), et là pour le coup la logique infantilisante est mise au grand jour.
    Et puis on met dans tous les médias l’annonce « attention : images choquantes » depuis très longtemps, je ne vois pas en quoi le TW constituerait une grande avancée par rapport à ce qu’on a connu jusque là ? Est-ce que parce que c’est en anglais que c’est meilleur, ou parce qu’on peut le réduire à un code de 2 lettres ? Et que fait-on du coup de touTEs ceuxLLES qui ne maîtrisent pas la langue et/ou qui ne sont pas initiéEs au jargon, on attend qu’ilLLEs soient traumatiséEs par le contenu avant de les renvoyer à la lecture de ce billet ? Je trouve ça moyen niveau attention à l’égard d’autrui.

    @ MA : quand on a ouvert l’onglet c’est trop tard ? Mais suivant cette logique c’est déjà trop tard aussi quand on a écrit en claires lettres le type de contenu choquant du texte ou des images qui vont suivre ! Si on ne veut pas qu’unE individuE se rappelle de son viol, la/le prévenir avec un « TW : viol » c’est la meilleure manière de la/le renvoyer à sa situation personnelle… Ce n’est pas pour rien que dans les médias on préfère dire « images choquantes » sans préciser de quoi il s’agit : souvent il suffit de lire un mot associé au trauma vécu pour revivre douloureusement ce qu’on a subi.
    Au-delà de ça il y a aussi comme tu l’as bien dit une question d’ordre pratique, car il est littéralement impossible même par approximation de prévenir touTEs ceuxLLES qui pourraient être concernéEs par le contenu. Mettons que quelqu’unE a subi des violences dans un McDo : depuis ce jour-là ilLE souffrira à chaque fois qu’on évoque le McDo, et aussi peut-être lorsqu’on évoque un hamburger, les frites, les sauces, bref, tout ce qui renvoie au fast-food. Faut-il ajouter des « TW : burger » ou des « TW : mcdo » partout où il en est question ou on se moque carrément de son cas ? Le moment où l’on aura vraiment voulu essayer de n’exclure personne avec ses TW on n’aura probablement fait que réécrire le texte une seconde fois…
    Anne

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    • Ça va, on a compris. Vous n’avez aucun argument, aucun raisonnement. La preuve, c’est que vous mettez sur le même plan une interdiction et un avertissement qui laisse le choix de ses actions à la personne à laquelle il s’adresse.

      Vous êtes du genre à soigner l’hypothermie en privant le patient de vêtement, c’est ça ?

      Soit vous êtes complètement nulle en logique, soit vous êtes complètement ignare sur les troubles post-traumatiques, soit vous aimez que les gens souffrent.

      Dans les trois cas, vos arguments sont sans intérêt pour quiconque ayant un minimum de raison et de compassion.

      J’en ai raz le bol de tomber à tout bout de champ sur des commentaires qui nient la réalité des troubles mentaux. Je suggérerais bien un TW pour ça (« Attention, commentaires d’abrutis » par exemple) mais j’ai peur que ça soit un TW implicite par défaut sur tout le Web.

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  9. Je pense que les critiques ou le refus proviennent surtout de personnes qui aiment bien imposer des images aux autres , parce-qu’ils pensent que leur cause le justifie, parce-qu’ils pensent que leur message doit être vu , entendu …imposé , j’y vois surtout une forme d’égo-centrisme. Le TW permet à des gens d’éviter leur message , de ne pas lire leur article , et ça les emmerde . Je trouve aberrant qu’on puisse refuser à quelqun le choix , surtout lorsqu’il s’agit de prendre en compte le vécu traumatique , surtout dans la lutte féministe, hélas… on est pas épargnées par les personnalités dogmatiques .

    Je vais faire un parallèle maladroit : j’ai dû quitter le militantisme pour la cause animale parce-que je ne supportais plus les dizaines d’images et de vidéos imposées de torture et de maltraitance – je suis ultra sensible (insomnies , cauchemards etc) , pour certains si je ne regardais pas ces images et vidéos ça signifiait que j’étais une mauvaise militante , un type s’est mis à m’en poster et m’en envoyer pour que ‘je comprenne » ce qu’était la douleur des bêtes , j’en ai été tellement malade que j’ai quitté le mouvement .

    Donc je me dis que si le féminisme peut permettre à celles qui en ont le plus besoin, à savoir les victimes de violences sexistes , de ne pas être obligées de le quitter parce-qu’elles ne peuvent pas avoir confiance ou parce-qu’on leur impose des crises d’angoisse, le féminisme doit le faire . Ça ne coute rien : un T et un W , juste un petit peu d’empathie ,de gentillesse et de cohérence . (oui gentillesse)

    Aimé par 1 personne

  10. Merci à schmorgluck pour être venu distribuer des brevets de logique dans des commentaires qui, soit dit en passant, ne sont bourrés que de rhétorique. Un homme qui veut silencier une femme, où est-ce que j’ai déjà vu ça ? Ah oui, suis-je bête ! Dans le patriarcat… Que l’on doive subir ça sur un blog consacré aux questions liées au féminisme, cela en dit long sur l’état dans lequel se trouve actuellement notre camp.
    Anne

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    • Attaque typique sur la personne pour ne pas avoir à répondre à des arguments. Qu’est-ce que le fait que j’aie une bite ou non vient faire dans cette discussion ? Je n’ai rien à foutre de la configuration de votre entrejambe, ma réponse a été strictement basée sur vos propos abjects.

      Des lâches comme vous qui geignent quand un homme ose les contredire, JUSTE parce que c’est un homme, j’en ai déjà rencontrées. Très rarement dans des discussions féministes : elles se font écharper ou calmer assez vite. Et oui, ça m’est arrivé de m’en prendre plein la gueule aussi parce que j’avais tenu des propos trop théoriques qui négligeaient l’expérience pratique d’autrui. Et vous savez quoi ? J’ai appris beaucoup de choses comme ça.

      Mais si vous voulez, je peux être mesquin et retourner vos arguments contre vous. Une personne en bonne santé qui veut silencier (sic) des malades, où est-ce que j’ai déjà vu ça ? Ah oui, suis-je bête ! Dans le validisme…

      Check your privilege.

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      • Vous allez baissez rapidement le ton, sinon c’est vous qui allez vous faire calmer assez vite. Dois-je vous rappeler que vous êtes sur un blog féministe? Vous n’êtes pas d’accord, soit, vous argumentez, mais ce type de réponse n’est vraiment pas le bienvenu.

        Et quant à votre distinction personnes en bonne santé / malades pour ce qui concerne le TW, elle est elle-même plus que douteuse et me met mal à l’aise. Je parle quant à moi de personnes vulnérables, plus que la moyenne, mais la vulnérabilité est une caractéristique largement partagée et fluctuante. On peut avoir besoin de se protéger à certaines époques de nos vies et pas à d’autres.

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        • Désolé, la malhonnêteté intellectuelle et le mépris suffisant ont tendance à me faire sortir de mes gonds. Je vais tâcher d’être plus mesuré.

          Mais mettre sur le même plan avertissements et interdictions relève de la plus complète mauvaise foi, et je n’en démordrai pas. Et dire que permettre à des personnes fragilisées de faire le CHOIX de se préserver, dire que cela est équivalent à les infantiliser, relève de la plus horrible des condescendances. Et je n’en démordrai pas non plus.

          Tous les arguments ne se valent pas, et je lutterai jusqu’à mon dernier souffle contre l’idéologie que promeuvent des privilégié(e)s comme Anne Hanace Shaw, qui veut que tout le monde soit fort tout le temps sinon on ne vaut rien, et que tenir compte des fragilités d’autrui est une perte de temps. Ça me rappelle trop les gens qui me disent que pour arrêter d’être dépressif, j’ai juste à le décider, à faire un effort de volonté, et que si je n’y arrive pas je suis vraiment une merde.

          Quant à la question vulnérabilité/maladie, je comprends que ça se discute, mais j’estime que oui, on peut faire une équivalence pratique. Si je puis me permettre un parallèle avec les conditions physiques, on n’exige pas de courir un marathon d’une personne qui a une bronchite ni d’une personne née avec la mucoviscidose, ou dont les poumons ont été irrémédiablement endommagés dans un accident ou une agression. Ni d’une personne qui n’a pas l’entraînement adéquat. Et plein de variantes comme ça. Ça n’est peut-être pas un excellent exemple. Il va falloir que j’y réfléchisse davantage.

          On ne peut pas ignorer (et par là je veux dire qu’il faut le garder à l’esprit, pas que les gens qui ne le savent pas soient nécessairement des imbéciles) que la pratique des TW est née dans les cercles féministes principalement (pas exclusivement) pour préserver le bien-être mental de femmes affectées par des troubles de stress post-traumatique, notamment dans les cas de viols. La pratique s’est étendue à d’autres contextes, il est possible qu’elle aille trop loin à un moment ou à un autre, je veux bien discuter sur ce point-là, mais je ne connais aucun exemple de la sorte, et je crois qu’elle a été utile dans d’autres domaines. Une contribution claire du féminisme dans la lutte interesectionnelle contre les discriminations.

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  11. @ Anne : Foin de rhétorique alors… je livre un témoignage, celle d’une traumatisée. J’ai vu pour la première fois de ma vie un TW il y a moins d’un an je pense. Comme il est très peu utilisé, il est quasiment superfétatoire si l’on s’imagine que ça peut empêcher de tomber par mégarde sur des mots/images insupportables. En général, elles ne s’annoncent pas. Je vous rassure donc : j’ai quotidiennement l’occasion de me confronter à mon angoisse. D’ailleurs, je ne la fuit pas, au contraire. Je cherche, vous n’imaginez pas à quel point, à comprendre.

    Par contre, constater l’existence de ce simple truc, le TW, a provoqué en moi une réassurance certaine, comme à chaque fois que j’ai été écoutée et aidée (rare). Genre on sort enfin de ce désert de silence et d’invisibilité.

    Votre argument « le féminisme a pu s’en passer avant que ça n’existe » m’a pliée en deux de rire, ça aussi ça fait du bien. Moi non plus je ne vous donne pas de bon point en logique. Ni en rhétorique. Ni en empathie. En fait, je vous mettrais bien au coin.

    Mais ça, ce serait vraiment vous infantiliser.

    Bonne soirée à vous.

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  12. Je suis personnellement d’accord avec schmorgluck, il est très étrange de considérer qu’avertir une personne d’un danger potentiel puisse être de l’infantilisation, d’autant plus que l’idée même d’avertir est de laisser au final le choix de la personne de faire ce que bon lui semble. Il n’y a aucune privation de liberté (donc rien à voir avec l’interdiction ou la censure). Quant à l’argument « Le danger du TW serait ainsi, une fois de plus, celui de silencier les oppriméEs en empêchant leur parole d’être lue et écoutée. », il est assez hors propos il me semble puisque le but n’est pas de faire taire quelqu’un mais d’avertir une personne que ce qu’elle s’apprête à lire (ou pas, à elle de choisir) pourrait, éventuellement, être néfaste. Il est peu probable que ce procédé incite la totalité des personnes à fermer leur onglet. Quant à l’idée qu’une personne fragile devrait se « soigner » en se confrontant directement à son problème pour s’endurcir (et ce, sans être prévenue, car c’est là toute l’idée du TW si j’ai bien compris, prévenir), c’est affreusement condescendant. D’autant qu’un avertissement a précisément pour but de prévenir, et donc d’une certaine manière d’endurcir une personne, de la préparer à ce qu’elle va voir, si toutefois elle fait le choix de le voir (choix qu’elle n’aurait sans doute pas pris en compte si elle n’avait pas été prévenue). Bref j’ai beau retourné ça dans tous les sens, je ne vois pas ce qu’un simple avertissement pourrait avoir de désavantageux.

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  13. Merci pour cet article. Je vais essentiellement réagir en tant que proche de victime traumatisée, donc désolé si je mets de côté les autres personnes concernées par les TW.

    On m’a plusieurs fois sorti l’argument « si ils essaient d’éviter toutes les images violentes, ils surmonteront jamais leur peur » quand je gueulais pour l’absence de TW. Mais cette réflexion est stupide et montre qu’on ne s’est jamais intéressé à la question : si j’ai bien compris le principe du stress post trauma, il est possible de s’en défaire progressivement en se confrontant à petite dose puis de manière croissante à des triggers dans le cadre d’une thérapie pour désamorcer le réflexe d’évitement et réhabituer la personne concernée. Du coup, si la personne tombe sur des images risquées, il faut qu’elle sache de quoi il s’agit et fasse le choix de la regarder ou non pour que ça ait un quelconque intérêt thérapeutique. Sinon, il ne s’agira que d’un épisode traumatique de plus.
    Le plus difficile pour une personne sujette au TSPT c’est justement qu’elle ne sait jamais quand un trigger peut se manifester. C’est le plus difficile pour les nerfs. Ma copine peut supporter des images plutôt violentes sans trop de problème si elle a fait le choix de les regarder, mais peut vivre un épisode de SPT si elle n’était pas préparée à ces images.
    Exemple : Aller au cinéma voir un film contenant des triggers est possible si elle s’y prépare et si attend. Mais parfois, on va voir une comédie a priori sans risque, mais une des bande-annonces passées avant le film contient des triggers qui lui exploseront au visage et nous obligeront à sortir de la salle.

    Je ne comprends pas qu’on cherche à donner des contre-arguments aux trigger warnings. Au pire ça n’aide que très peu de personnes, et dans ce cas c’est déjà utile à mon sens si ça peut simplifier la vie de quelqu’un. Au mieux ça rend la vie plus facile à toutes les personnes sensibles, et c’est une très bonne chose.
    Mais merde, ça coute quoi aux gens de marquer « TW : violence sexuelle » en haut d’un article ? Juste dans le doute, au cas où ça pourrait rendre service à une ou deux personnes ?

    Je trouve dégeulasse de voir que les gens ont l’air si prompts à juger à la place des personnes concernées si ça les infantilise ou non. Je trouve ça insultant, c’est de la fausse empathie et c’est très mal placé. C’est ça la véritable infantilisation.
    Comme tous ces débats sur la prostitution qui se font sans recueillir aucun avis des personnes concernées, alors que tous ceux qui prennent la parole disent le faire pour leur bien. C’est à se demander si on débat pour aider qui que ce soit ou si on le fait juste pour se donner une constance politique.

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