La petite graine

Je vous arrête tout de suite: non, je ne parle pas de cette petite graine.

J’utilise souvent l’image de la « petite graine » pour désigner les effets du travail militant au quotidien. Il n’est pas si fréquent que, sur le moment, dans le vif d’un débat, ce travail soit gratifiant. Débattre d’un sujet qui nous tient à coeur, avec des personnes plus ou moins informées, attentives, concernées et bienveillantes, c’est très, très difficile. On n’en a pas toujours l’envie, ni le courage – et c’est normal. Avoir avalé la pilule rouge implique que vous voyez le sexisme (je parle de ce que je connais le mieux, mais évidemment ça vaut pour le racisme, les LGBTphobies, etc.) beaucoup plus souvent qu’avant, et qu’il vous devient même impossible de ne pas le remarquer, ce qui peut être épuisant en soi. Mais nous sommes nombreux et nombreuses, je crois, à avoir tendance à penser que cela nous oblige à le signaler, à en discuter; que nous ne pouvons rien laisser passer. Le sexisme, c’est une montagne de petites et de grandes choses; leur accumulation, seule, révèle son aspect systématique et le rend insupportable; on se dit alors qu’il n’y a plus de petites choses (et c’est vrai, dans un sens), et que se taire nous en rend complice.

Je noircis exprès le tableau, mais je pense que, si tu es féministe, toi qui me lis, tu t’es forcément à un moment ou à un autre posé la question: dois-je dire, dois-je faire quelque chose? Est-ce que peux laisser Jean-Edouard continuer son baratin sexiste devant les collègues? Suis-je une vraie, une bonne féministe si je ne reprends pas le marchand de fruits et légumes qui m’apostrophe toutes les semaines par un « Bonjour Mademoiselle »? (Et je ne parle que du féminisme…)

J’ai aussi beaucoup lu et entendu, depuis que j’ai commencé ce blog, des personnes dire qu’elles n’étaient pas militantes parce qu’elles ne faisaient rien, ou si peu. Ce qui n’empêchera pas Jean-Edouard et ses potes de râler sur « la féministe de service » parce que, l’autre jour, tu n’as pas rigolé à sa blague de blonde et as émis la suggestion que peut-être, pour une fois, on pourrait rire aux dépens de groupes qui ne soient pas méprisés ou opprimés.

Jean-Edouard peut râler et se moquer tant qu’il veut. Il peut même continuer à faire ses blagues sur les blondes, les arabes et les homos, puisque sa Liberté d’Expression™, l’Esprit Charlie et le destin de la Démocratie en dépendent. Mais il est probable que, la prochaine fois qu’il fera ce genre de blagues, et même les fois suivantes, il pensera à la féministe de service. Sûrement pas en bien. Mais il y pensera.

C’est cela que j’appelle la petite graine. La plus grande victoire de Mar_Lard, c’est sûrement que des types pensent à elle en faisant un énième commentaire misogyne sur la place des femmes dans les jeux vidéo; et il y en a même (si si je vous jure) qui ont fini par changer d’avis, et après l’avoir copieusement attaquée et insultée, ont fini par adhérer à ses propos.

J’ai une confidence à faire: je manque cruellement de courage quand il s’agit d’affirmer ma position dans un débat face à face. Je fais ma grande gueule ici, mais je suis timide; je serai donc la dernière à vous juger si vous n’osez pas la ramener. Vous n’en avez pas l’obligation. Je le fais généralement pour des choses qui me tiennent vraiment à coeur, mais comme je suis de toute façon cataloguée parmi mes proches et mes ami·es, je n’ai pas souvent besoin de le faire.

Je parle souvent de la « petite graine » avec ma petite soeur , qui découvre depuis quelque temps le militantisme (pas seulement féministe). J’ai employé pour la première fois cette image avec elle lors d’une discussion sur les insultes « validistes » (je n’aime pas beaucoup cette traduction de l’anglais ableist), plus particulièrement les insultes qui consistent en des noms ou adjectifs désignant à l’origine des maladies mentales (je n’aime pas traiter quelqu’un que je n’aime pas de « fou », par exemple; mais qu’on pense aussi aux emplois comme insultes de termes comme anorexique, schizophrène, autiste, triso…). J’essayais de lui faire comprendre mon point de vue, et elle n’a d’abord pas été vraiment convaincue; elle m’a dit qu’en tout cas il lui paraissait difficile de renoncer à ces termes. Je lui ai alors dit que, de toute façon, mon travail était fait: dorénavant, elle ne pourrait plus les utiliser sans penser à moi. Ca a été, et c’est toujours le cas; elle m’a même expliqué récemment avoir essayé d’expliquer le validisme à des collègues de travail. Imaginez ma fierté.

Je ne parle pas souvent ici de choses personnelles concernant ma famille, mais puisque je suis lancée, je voudrais dire un mot sur mon père. Disons, pour faire simple, que nous avons beau nous aimer très fort, nous avons de (très) nombreux désaccords, notamment politiques. Le féminisme fait partie des sujets très sensibles. Il y a quelques mois, sa mère (ma grand-mère, donc) est décédée. Mon père s’est occupé de la concession funéraire. Il m’a expliqué avoir été frappé, et profondément choqué, par le fait que presque toutes les femmes enterrées dans le même cimetière l’étaient sous le nom de leur mari, ou sous leur nom de naissance suivi de la mention « épouse Untel ». L’inverse n’existe évidemment pas. J’ai été frappée, pour ma part, non par ce fait, qui, à cause de mon bagage féministe, ne m’étonne malheureusement pas; mais par sa surprise à lui, et l’émotion qui en découlait. Il a tenu à me dire tout cela pour me montrer que, s’il l’avait réalisé, c’était sûrement grâce à moi. Et ça, croyez-moi, ça vaut tous les commentaires positifs du monde.

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23 réflexions sur “La petite graine

  1. Merci pour cet article tellement déculpabilisant. J’ai longtemps eu l’impression de ne pas en faire assez, mais depuis quelque temps je me dis qu’à mon petit niveau, je sème des graines par-ci par-là (pour reprendre ton image), et que même si il n’y en a qu’une qui pousse, ca sera une victoire.

    Je voudrais aussi te parler de mon père. A l’époque du vote de la loi sur le mariage pour tous, il faisait partie de ces gens ni spécialement pour, ni spécialement contre. Il ne voyait pas pourquoi « on ne s’occupait pas de choses plus urgentes ». Ca avait le don de m’énerver, parce que de mon côté j’étais en pleine « révélation » féministe/militante etc. Autant les partisans de Frigide Barjot et compagnie, je pouvais les « nexter », autant les gens « sans avis », et en particulier mon père, m’énervaient au plus haut point!

    On a eu plusieurs discussions où je finissais invariablement en larmes tellement j’étais énervée. Je ne l’ai pas épargné, en lui disant des choses comme « si ton frère gay était encore vivant, tu n’aurais pas aimé te battre pour ses droits? ». Bref, j’ai semé une graine, un peu violemment mais je l’ai semée.

    L’année suivante, élections municipales dans mon village. Mon père apprend qu’il est adjoint au nouveau maire et pourra donc célébrer des mariages. Ce soir-là, je reçois un texto: « J’ai hâte de célébrer TOUS les mariages. L’avantage d’avoir des enfants, c’est que ça t’empêche de devenir un vieux con. Merci. »

    J’en ai pleuré, de joie cette fois-ci…

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    • Merci pour votre commentaire, il m’a beaucoup émue… Mon père est d’ailleurs aussi conseiller municipal depuis les dernières élections, mais malheureusement je ne pense pas qu’il célèbrerait de mariage « entre personnes du même sexe ».

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  2. Merci pour cet article , je n’avais jamais vu les choses de cette manière , je souffre souvent de l’impact qu’a le feminisme dans ma vie . J’en suis souvent malheureuse, toutes ces moqueries, cette dérision, cette indifférence voir cette violence …
    Il y a un ancien pote auquel j’ai décidé de ne plus adresser la parole car il avait pris l’habitude de ne s’adresser à moi qu’en référence à son mépris du féminisme : « en fait tu detestes les hommes » « bonjour mademoiselle … ne me frappe pas , ne me frappe pas  » « tu serais pas un peu hystérique  » etc , etc , tous les clichés habituels .
    Heureusement que le féminisme au delà d’être un combat juste , apporte aussi sur le plan personnel une expérience, une culture, une assurance, sinon , je ne sais pas si je tiendrais le coup, je me tairais sagement en essayant d’oublier le sexisme.
    Cet article me redonne du courage , ça fait sens .

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  3. Merci pour ce beau texte. J’essaye moi-même de semer ces petites graines et je comprends parfaitement le sentiment que vous décrivez. Cela compense (un peu) le sentiment d’être inutile, que tout est perdu d’avance, etc.

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  4. 2 choses :
    sur la petite graine de Mar_lard, ça a eu un impact énorme. Je dois dire que ça a changé complètement ma vie d’homme blanc hétéro cisgenre (la preuve : je me mets à utiliser des mots comme ça, et j’en suis conscient !). et malgré les insultes et commentaires négatifs que l’article à pu avoir, j’ai personnellement vue pleins de geeks de mon entourage ouvrir les yeux grâce à cet article.
    Vraiment ouvrir les yeux : c’était là, sous nos yeux, on était témoins de tout mais on n’avait pas le déclic qui faisait comprendre. et là, blam, on lie tous les petits actes entre eux pour comprendre que c’est un phénomène global. Donc merci beaucoup pour cet article (et les autres).

    Ensuite, les cimetières « féministes », j’ai déjà vu ça dans le Bourbonnais : dans la ville de Souvigny (03), le cimetière a des tombes où il y a quelque chose genre « Robert Dupont, époux de Eugénie Dupont, sage-femme ». Faudrait une enquête pour savoir si c’est une tendance sur tout le cimetière, ou si c’est une exception que pour les sages-femmes, mais en tout cas il y a plusieurs tombes qui sont concernées.

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    • Sinon, vous pouvez aussi arrêter de culpabiliser pour ce que vous êtes, et que rien ni personne n’a a vous reprocher. Pas même cette idéologie qui peine à justifier son combat dans l’Occident du XXIème siècle. J’en veux pour exemple l' »Avis » de la semaine dernière sur les soi-disant 100% de femmes harcelées dans les TECs. Quand les chiffres réels ne servent pas l’idéologie, inventons-en donc de nouveaux.
      C’est ça, le féminisme: un « combat » qui ne mérite plus d’attention en Occident, mais qui pourrait s’exporter dans plusieurs pays d’Afrique ou d’Asie, là où des femmes sont en effet persécutées pour ce qu’elles sont.
      Mais du féminisme en France, qui vient grogner après les jambes un peu écartées dans le Métro, franchement…

      Donc, vous n’êtes qu’un homme. Pas un « hétéro blanc cisgenre ». Tout ça, c’est juste des cases artificielles crées afin de mieux taper sur celles qui ne sont pas conforme à la sacro sainte idéologie et sa vision du monde rétrograde.

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  5. Je l’ai observé plus d’une fois, cette effet. Je me rappelle notamment d’une conversation que j’aie eu avec un ami-d’un-ami que j’avais rencontré dans une soirée de jeux de société. Je le trouvais très sympa et on s’entendait très bien, mais un soir, on a eu un débat extrêmement chaud sur le féminisme suite à un refus de ma part de rire d’une blague de viol. Je lui ai expliqué mon point de vue, et lui m’a accusé d’avoir été victime d’un lavage de cerveau. La discussion s’est arrêtée là.

    Quelques mois plus tard, j’ai vu qu’il avait partagé sur Facebook un article féministe, assorti d’un commentaire qui disait que les femmes subissent trop souvent de la discrimination en silence et qu’il fallait que les hommes aussi se soulèvent pour changer les choses. Quel changement de position depuis le soir fatidique où il a essayé en vain de m’expliquer pour les grandes méchantes féministes m’avaient endoctrinées. Je suis certaine que je n’aurai pas été la seule personne à avoir eu un rôle à jouer dans ce volte-face, mais j’étais quand même pas mal contente.

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  6. Merci pour ce billet très juste.
    Je suis timide aussi et ai peur de me lancer dans des discussions polémiques avec mes proches, donc je me sens souvent comme une militante en carton, avec plein de belles idées dans la tête (sur le féminisme ou autre), mais qui ne vaut rien quand il s’agit de les diffuser et de vraiment faire bouger les choses.

    Mais j’ai constaté que cette histoire de petite graine marchait vraiment : en fait, rien que des réflexes de la vie quotidienne peuvent servir d’exemples ou venir questionner les gens. Le fait que je ne change pas de nom après mon mariage (et que c’est moi qui ait demandé mon mari en mariage), ou, sur un autre plan, que j’essaye de ne plus prendre l’avion, je vois que ça a un impact, ça titille, ça interroge.
    Ça met des nouveaux chemins dans la tête des gens : c’est comme si avant ils étaient sur une autoroute, qu’ils suivaient sans se poser de question. Et là, ils voient qu’il y a des petites routes qui en partent. Peut-être qu’ils ne prendront jamais ces routes, ou qu’ils ne s’y aventureront qu’un tout petit peu. Mais maintenant, ils savent que ces chemins existent, et ne pourront plus revenir en arrière.

    Je commence à accepter qu’on ne peut pas changer sa nature, et qu’on milite avec ce qu’on est. Et si on se sent juste capable de semer des petites graines, en fait, c’est déjà formidable !

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  7. Merci beaucoup pour cet article !
    Je me disais souvent que depuis que j’ai pris la ‘pilule rouge’ il y a 2 ans, je n’avais finalement pas fait grand chose de concret pour faire avancer les choses. Je suis plutôt une militante spectatrice disons. Et je me rassurais en me disant que je me rattraperai plus tard, et que le master en études de genre que je fais aujourd’hui était ma façon de militer, même si c’est dans l’ombre…
    Et puis là je me rend compte que tous les hommes dans mon entourage proche sont devenus de fervent défenseurs de l’égalité, alors que ce n’était pas toujours gagné. La petite graine a été plantée et a fait de beaux fruits ! Pourtant je reste cataloguée comme la ‘plus’ féministe de tous : lorsque qu’un truc sexiste a choqué mes amis, ils me le disent et ajoutent : ‘à ce moment là j’ai pensé à toi, je me suis dis que ça ne t’aurait pas plu !’
    Alors ça fait chaud au coeur, c’est voir son petit jardin grandir. L’étape suivante : qu’ils se considèrent autant féministes que moi, car ils le sont, aujourd’hui.

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  8. Merci pour ce blog. Il a contribué à me faire beaucoup réfléchir et évoluer depuis le difficile moment où j’ai découvert avec vertige l’ampleur du sexisme enraciné dans notre société. Je me sers régulièrement de quelques’uns de vos posts pour faire des leçons de rattrapage à mes amis « mecs »… et geeks…

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  9. Ces petites graines sont aussi mes lots de consolation ! Sur mon lieu de travail, et un peu chez mes ami•e•s aussi, je suis cataloguée « féministe reloue ». N’empêche que, quand mes collègues font exprès de faire des blagues sexistes ou homophobes pour essayer de m’énerver (je tombe trop facilement dans leurs pièges), je sais qu’ils le font dans le but de me voir réagir, et donc ils savent que leur propos sont problématiques. Donc dans un sens j’ai gagné. J’en ai eu la preuve quand j’ai vu un de ces collègues finir par lui-même reprendre ses amis « Ne dit pas ‘tapette' ». Haha ! Voilà ! Je t’ai bien eu, toi aussi tu entends les propos problématiques !

    C’est une petite victoire, mais c’est une victoire quand même !

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  10. Tout ce qui est dit dans cet article résonne avec ce que je vis et ce sur quoi je m’interroge, et ça fait du bien de le lire !
    Je souscris à cette théorie de la « petite graine ». Et moi aussi c’est en voyant l’évolution de mon père (ah, les papas !) que je me suis convaincue de l’importance de tout ça. Après avoir passé des années à entendre « quand même tu es un peu trop féministe » (glups) quel bonheur j’ai éprouvé le jour où de lui même il est venu me parler d’une publicité qu’il avait trouvée sexiste, avant d’ajouter « avant, je m’en rendais pas compte, mais en fait t’as raison y a du sexisme partout ».
    Donc oui, on peut changer des choses à une petite échelle, et puis après ça fait boule de neige.. (papa parle à ses collègues, du coup !)

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  11. Merci pour cette article très intéressant.
    Beaucoup d’amis (souvent masculins, c’est curieux n’est-ce pas) me font remarquer que ma revendication féministe n’aurait que trop peu de poids dans notre société pour faire changer les choses.
    Pour ma part je reste persuadée qu’une petite voix aura toujours un impact, surtout si elle s’additionne à plusieurs milliers d’autres « petites » voix
    Et pour ces raisons, même si je me contente de répéter ce que d’autres ont déjà dit, je tenais à apporter mon soutien !

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  12. Pingback: Je suis féministe… | Militancrise !

  13. Super cet article! Moi aussi j’ai l’impression d’être une féministe en carton, car je lis beaucoup, je réagis pas mal sur le net, j’innonde mon mur fb d’article et… c’est tout… IRL bah j’ai pas l’impression de faire grand chose. (d’autant plus qu’à l’oral IRL je suis nunulle, j’arrive pas à exprimer mes idées comme il faut). Après chez moi j’ai pas l’impression que ça pousse trop mais jsuis ptêt pessimiste ^^ en tout cas merci pour l’article!

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  14. Excusez de ce petit commentaire
    Je suis votre blog (en dilettante, je l’avoue) depuis l’article sur le sexisme chez les geeks. Lisant certains de vos billets avec intérêts. Vraiment (bien que je ne me sente pas forcément toujours concerné ou juste impliqué, je l’avoue…)

    Bref, toujours est il
    Dans ce billet vous dites: « Suis-je une vraie, une bonne féministe si je ne reprends pas le marchand de fruits et légumes qui m’apostrophe toutes les semaines par un « Bonjour Mademoiselle »? »
    …En quoi appeler quelqu’un ainsi gêne? Je m’interroge, et je n’arrive vraiment pas à comprendre. Merci de m’éclairer

    Fabrice

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