La misogynie, arme de silenciation massive

J’ai appris avec le militantisme que si je ne voulais pas me laisser bouffer intégralement par la colère, il fallait que j’en fasse quelque chose. Des mots, des idées, des actions, n’importe quoi, mais qu’il ne fallait surtout pas que je la laisse me bouffer de l’intérieur. Ce billet est le résultat d’une très grande colère.

A la fin d’une récente intervention, une jeune femme m’a demandé comment, concrètement, les femmes pouvaient continuer à prendre la parole sur internet quand leurs opinions et leurs idées se heurtaient si souvent à de la dérision, du mépris, de l’agressivité, ou pire. Je venais d’évoquer, notamment, ce que signifiait pour moi et tant d’autres femmes d’être blogueuse féministe et de donner mon avis sur internet. Je crois que cette jeune femme avait mis le doigt sur le coeur du problème. La violence à laquelle on peut se heurter prend sa source dans la misogynie la plus profonde, et cette violence a un objectif bien précis: nous réduire au silence. Parce que finalement, quelle était l’offense commise par Anita Sarkeesian? Celle de produire une série de vidéos pédagogiques sur la représentation des femmes dans les jeux vidéo. Et quelles réactions a-t-elle suscitées parmi une frange non négligeable de « geeks » autoproclamés? Insultes, menaces de viol, menaces de mort, « doxxing » (ses coordonnées personnelles ont été révélées en ligne), représentations pornographiques d’elle, création d’un jeu vidéo dont le but était de la frapper au visage jusqu’à ce que celui-ci soit entièrement tuméfié. Autrement dit: un déchaînement de violence destiné à la faire taire. Heureusement, ça n’a pas marché.

Quand la journaliste et essayiste Laurie Penny explique que l’opinion d’une femme est comme la mini-jupe d’internet, ce qu’elle veut dire, c’est que dans l’esprit de beaucoup, une femme affichant sa pensée sur internet s’expose à des rétributions. Qu’elle prend des risques. Qu’elle l’a finalement bien cherché.

Mais cela ne vaut pas que sur internet. Il reste intolérable pour beaucoup, aujourd’hui, qu’une femme parle, s’affirme, dise ce qu’elle pense, surtout si ses opinions sont politiques. Dans notre culture comme dans beaucoup d’autres, la parole des femmes est dévalorisée. Elle est censée être abondante (le bavardage, les ragots) mais superficielle, creuse, inutile. Alors que la parole masculine est un emblème de pouvoir (c’est la parole publique, la parole politique, la parole légitime), une femme qui donne son avis, qui s’exprime publiquement, « comme un homme », est une femme suspecte. Il est alors urgent de la rappeler à sa condition de femme, en la sifflant ou en imitant une poule quand elle s’exprime au Parlement, par exemple.

La misogynie, arme de silenciation massive. Parce que face à l’insulte misogyne (en actes ou en paroles), on est le plus souvent sidérée, sans mot, dans l’impossiblité de répondre, tant on se sent attaquée dans son identité, son corps, dans ses tripes. C’est bien le but de l’insulte misogyne, et c’est pour ça qu’elle est aussi efficace: que peut-on y répondre? Qu’on est un être humain, et qu’on mérite le respect en tant que telle? J’ai rarement vu cet argument marcher. L’insulte misogyne (comme tout discours de haine) est un moyen très utile de couper court à une conversation et réduire au silence.

On m’a reproché récemment d’avoir donné mon avis. Ce « on » est une femme. Jeune. Anciennement proche. Comme je refusais de justifier mon droit à prendre position, cette femme a trouvé le dernier mot idéal. Elle a émis le souhait que mon futur mari me « tienne ». Qu’il m’empêche de parler plus souvent qu’à mon tour, donc; qu’il me « contienne »; ou plus? La violence de ce propos m’a frappée de plein fouet, comme elle était supposée le faire. Et je n’ai évidemment rien répondu. Car que peut-on répondre à ça? Que peut-on répondre à une femme de 30 ans qui, en 2016, manie la misogynie la plus crasse comme moyen d’attaquer l’autre dans son humanité? Que répondre à une femme prête à se ranger du côté de l’oppresseur (le patriarcat) si cela lui permet de l’emporter sur une autre femme?

Ce billet est ma manière de répondre. Parce que si je ne peux (ne veux) pas me placer sur le même plan, et avoir à me défendre face à la misogynie, quel que soit le genre de la personne qui la manie, je refuse également de me taire. Et je crois aussi profondément que pour toutes les fois où nous avons été réduites au silence par une remarque ou une insulte misogyne, nous devons trouver un moyen, n’importe lequel, de rompre ce silence. Parce que le silence, comme la colère, nous ronge de l’intérieur et nous enferme dans le cercle que la misogynie a dessiné pour nous. Je crois, comme Audre Lorde (dont la colère est en partie orientée vers les féministes blanches), en la transformation du silence en paroles et en actes; je réalise aussi, comme elle, que tous mes silences ne m’ont jamais protégée.

Quels sont les mots qui vous manquent encore? Qu’avez-vous besoin de dire? Quelles sont les tyrannies que vous avalez jour après jour et que vous essayez de faire vôtres, jusqu’à vous en rendre malades et à en crever, en silence encore? (« Transformer le silence en paroles et en actes », Sister Outsider. Essais et propos d’Audre Lorde, Mamamélis, 2003)

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26 réflexions sur “La misogynie, arme de silenciation massive

  1. Tout d’abord bonjour, et merci pour vos articles.
    Je suis un homme cisgenre, sensibilisé depuis quelques années maintenant au concept de genre en tant que construction purement sociale, aux problématiques liées au féminisme, et au chemin restant à parcourir.

    Dans cette prise de conscience, qui m’est venue très progressivement, ce sont je pense vos textes qui m’ont le plus influencé, et qui m’ont fait réellement changer de point de vue. J’attribue ce fait à la qualité des textes mais aussi en partie à une certaine forme de neutralité dans leur expression.

    En effet, j’ai d’abord tenté de suivre d’autres blogs féministes, qui ont certainement leur valeur, mais qui sont également d’un abord beaucoup plus abrupt pour quelqu’un qui d’habitude passe sa vie en dehors d’un tel monde, à ne rien remarquer (de par mes privilèges). Et souvent, alors que je ne demandais qu’à lire des arguments au fond convaincants, je me suis senti repoussé par toute la colère qui perçait (parfois de manière insupportable), les émotions restituées sous forme agressive qui ressortaient, en détournant mon attention des points présentés, diminuant l’impact du message sur moi.

    C’est là que j’ai trouvé dans vos écrits (et d’autres) quelque chose d’approchable. J’ai trouvé que vous avez su ne pas mélanger explications (description historique, présentation des concepts) et jugement (même si vous affirmez calmement quel côté est le bon). Votre style d’écriture très pédagogique, analytique, presque miraculeusement détaché, a été pour moi un point d’entrée non-repoussant, donc possible, pour comprendre toutes ces idées (préalable nécessaire à leur évaluation/adoption).

    Vous avez par ailleurs écrit un article qui dénonce l’agressivité en tant qu’arguments anti-féministe. Il semble évident que l’agressivité d’un propos n’a pas de correlation avec la justesse de l’argument, pourtant en pratique cela réduit mécaniquement son impact.
    Je pense qu’il est essentiel pour la popularisation des idées d’avoir une expression à la fois intelligente et neutre, de constituer ainsi des articles de référence auxquels renvoyer les gens intéressés pour leur expliquer les bases sur lesquels ils pourront construire leur compréhension.

    J’ai raté il y a quelques mois un sondage sur « ce que vous attendez de ce blog », mais voici mon avis : je trouve bien plus instructif et convaincant de lire des analyses détaillées, expertes et basées sur des références, que des « coups de gueule » qui finissent par ressembler à des opinions de comptoir. Mais je ne voudrais surtout pas que vous preniez cela comme une invitation à éviter les coups de gueule, après tout c’est votre blog.

    Votre post d’aujourd’hui m’a fait mesurer la difficulté de canaliser la colère pour en tirer une force d’agir, mais sans la laisser en dicter la forme. Je réalise l’effort que cela doit nécessiter et je le salue.
    Merci

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    • Merci beaucoup pour ce commentaire, qui m’a évidemment touchée. Il est incroyablement précieux pour moi d’avoir ce genre de retour.
      Les deux premiers commentaires sur ce post, aussi différents qu’ils soient, sont tout aussi instructifs quant aux attentes des lecteurices de ce blog. Je crois, d’après ce que vous écrivez, que vous êtes en mesure de comprendre qu’une femme trouvera dans ce genre de « coup de gueule » quelque chose dont vous n’avez pas besoin… Les articles analytiques dont vous parlez correspondent plus au style d’écriture dont j’ai l’habitude, et à vrai dire ils sont plus faciles à écrire. Je l’expliquais sur Facebook en postant ce billet: contrairement à ce qu’on pourrait croire, il est en fait très difficile, en tout cas pour moi, de transformer sa colère en mots, tout en s’assurant de produire un texte cohérent et qui aura du sens (et de l’importance) pour d’autres personnes que moi. C’est pourquoi, sans doute, j’avais un peu délaissé ce style d’écriture, qui ne peut que rester ponctuel. Il y a un texte de Christine Delphy auquel je pense à chaque fois que je me retrouve à devoir écrire avec mes tripes:

      […] il n’est pas facile, contrairement à ce que l’on croit, d’être et surtout de rester en colère. C’est un état douloureux; car rester en colère, c’est garder à l’esprit en permanence la cause de cette colère, c’est nous souvenir sans cesse de ce que nous voulons, de ce que nous devons oublier au moins par moments pour pouvoir survivre: que nous sommes, nous aussi, des humiliées et des offensées.

      Et je crois que c’est là qu’on atteint les limites de l’empathie. Votre intérêt, votre ouverture et tout ce que vous pouvez ressentir pour la cause féministe ne vous permet pas pour autant de ressentir ni, sûrement, de pleinement comprendre cette colère, proprement existentielle. Ce qui vous a rebuté (de manière compréhensible, je dois dire) sur d’autres blogs vient sans doute de là. Internet nous offre des possibilités inédites de partager et d’exprimer cette humiliation fondamentale que nous ressentons et dont nous continuons à être les victimes, et chacune gère sa colère à sa manière. Pour moi, du fait de ma formation, c’est en prenant de la distance et en chaussant mes lunettes analytiques, en me faisant l’observatrice de ce que je vis au quotidien. Mais parfois la colère est trop forte.

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  2. Bonjour et merci pour votre texte (ne prenez surtout pas pour argent comptant le tweet que je vous ai envoyé, hein, c’était de l’humour pas drôle).
    Bref, je voulais réagir à cette phrase :
    « Alors que la parole masculine est un emblème de pouvoir (c’est la parole publique, la parole politique, la parole légitime), une femme qui donne son avis, qui s’exprime publiquement, « comme un homme », est une femme suspecte »

    Je ne suis pas tout à fait d’accord. Je pense que la parole masculine est trop présente, noie les autres et que son pendant féminin est ainsi considéré comme accessoire, voire négligeable par bon nombre d’hommes. Une plus grande présence féminine (sur Internet, où cela est directement possible, au contraire de la sphère politique où la vieille garde patriarcale est toujours en place) provoquerait un équilibrage bienvenu d’opinions.
    Et, en aparté, si une majorité d’hommes sur internet pouvaient également, et accessoirement, la fermer, ce ne serait pas plus mal non plus.

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  3. Bravo pour votre article. Pour répondre à votre questionnement final, je ne subis aucune tyrannie sinon celle d’être moi-même – ceci dit, elle est loin d’être la plus douce et peut largement me rendre « malade à en crever ». Elles existent peut-être, on peut toujours en trouver, mais je les ai faites miennes, je ne les vois pas prendre racine chez les autres mais chez moi. Il faut dire que je suis un homme blanc.

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  4. Les hommes sont en compétition (pour le pouvoir, pour avoir raison) dans la parole. Ils effacent la parole féminine, comme non pertinente, de leurs jeux. J’en avais fait le constat personnel (ces deux copines que j’ai vu prendre la parole, je suis incapable de redire leur contribution, car l’important était d’avoir le dessus sur les derniers hommes en lutte), et plusieurs hommes m’ont dit avoir le même travers.
    Les paroles féminines sont essentielles pour instruire les hommes qui veulent bien écouter ; mais l’équilibrage ne viendra pas sans lutte et répression de la masculinité dominante. Mais ne sont-elles pas aussi une affirmation de soi, un « espace à soi », bien légitime pour s’extraire de la domination ? (Ceci pour répondre au dernier message).
    La parole humiliante (ici d’une femme, mais qui en réfère au pouvoir d’un mari !) est comme une parole sexiste (injure, blague…) ; elle cherche à mettre à terre une personne non dominante, à réaffirmer le pouvoir hiérarchique hégémonique. Elle trouve souvent des alliés (qui rient de la blague).
    La victime ne peut être qu’en rage. C’est bien d’expliquer que cela tétanise, ça sidère. C’est bien de dire avec C. Delphy que « tenir sa rage » est douloureux, mais nécessaire. Toujours ne pas se taire. Et parfois les hommes peuvent entendre que « elles vont devoir sortir les couteaux ».
    Ce qui est étonnant, c’est qu’on n’a pas encore les « trucs de parole » qui pourraient renverser le sexisme et la misogynie. On ne parvient pas à brocarder, amoindrir le porteur de la domination traditionnelle. Même entre hommes, on a tendance à « laisser chanter le coq » même si on trouve qu’il exagère, que ses remarques misogynes sont inconvenantes.

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  5. Difficile de ne pas remarquer le nombre d’hommes cis qui commentent ce billet sur la silenciation des femmes… Je n’ai pas de conclusion à en tirer, mais ça me frappe.

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  6. Les femmes passent moins de temps sur Internet, la différence étant la plus forte chez les adolescents et jeunes adultes, probablement entre autres à cause des tâches ménagères : http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1377#inter4 Mécaniquement, on va se retrouver avec moins de femmes s’exprimant sur Internet, sachant qu’il faut non seulement avoir le temps pour lire et écrire, mais aussi le temps pour apprendre à manier l’ordinateur, le web, comprendre le fonctionnement explicite et tacite des moyens d’expression disponibles, etc. Ça explique donc au moins en partie qu’on ait en général plus d’hommes s’exprimant sur Internet, même sur les sites féministes 😉

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  7. Pingback: Feminism - eiii | Pearltrees

  8. Je suis d’accors à 100%. Cet article est très juste. Les femmes et leur parole sont souvent discréditées et très souvent par d’autres femmes. Par exemple Beyonce est une des premières célébrités à s’appeler une féministe, et elle s’est faite descendre parce que ses tenues de scène étaient trop « provocantes ». Dire à une femme qu’elle n’est pas respectable à cause de sa tenue vestimentaire est exactement le genre de *biiip* contre lesquels les féministes se battent. C’est une façon de dire « reste à ta place » et ça contribue à une culture du viol (elle a mis une mini-jupe, elle l’a cherché) mais c’est un autre sujet.

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  9. Merci.
    Parfois ce ne sont pas des insultes qui vous stoppent, mais plus des attitudes plus passives-aggressives. Par exemple une attitude évidente de non écoute (en contraste avec l’attitude envers un homme parlant dans le même contexte). Ou alors des interruptions systématiques… Ou quand une femme parle, dans un groupe, deux hommes se mettent à parler entre eux en même temps comme si l’intervention ne les concernait plus dès lors qu’il s’agit d’une femme. Vu en milieu amical, ou professionnel (sans parler des débats télévisuels)… C’est pernicieux et permanent, et quand j’ai commencé à le voir, je l’ai remarqué trop souvent ensuite… Mais ça permet de réaliser d’où vient le malaise indistinct qui aussi nous empêche de parler.
    Sur internet les loups sont lâchés et la violence verbale est ultra-répandue. D’ailleurs pour ma part j’ai toujours ressenti le besoin de cacher mon genre sur les espaces de discussion. Ca protège. Même si ça invisibilise. Une des raisons pour lesquelles on trouve moins de femmes sur internet? Une autre raison, pour les plus jeunes, peut être la division genrée des loisirs dans la fratrie. C’est une statistique que je ne connaissais pas et qui m’étonne pour les plus jeunes, je pensais que le gap se refermait, à l’heure des smartphones.
    Merci pour votre courage face aux remarques abjectes et aux menaces… Je lis toujours votre blog avec intérêt, même si je commente peu.

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  10. Les exemples que vous citez dans votre article relèvent davantage, à mon sens, du sexisme que de la misogynie. Il y a une nuance entre les deux. Comme le racisme, le sexisme procède de préjugés visant à discriminer, moquer, diminuer l’autre, ressortissantE du sexe/genre dit opposé, envisagéE en tant qu’objet et non en tant que sujet, dès qu’elle/il prétendra se démarquer des rôles qui lui ont été assignés de droit ancestral.
    On le voit très bien dans l’exemple de la députée en robe, sifflée par ses crétins de collègues, et dans celui de la blogueuse prise à partie par des « geeks » boutonneux. De même qu’un racisme « ordinaire » considèrera qu’un Noir/un Arabe peut être un excellent athlète, sportif, danseur ou musicien, mais un dirigeant/un journaliste/un écrivain/un intellectuel discutable, un sexisme « ordinaire » va cantonner la femme dans les rôles de potiche, de faire-valoir, de ménagère condamnée à être jeune, belle, sexy… et l’homme à son rôle de chasseur, protecteur, géniteur, pourvoyeur de confort et de stabilité au sein d’un couple immuable – concept dont on sait aujourd’hui qu’il tient de la mythologie, mais c’est là un autre débat .
    Car le sexisme va dans les deux sens, et ne me contrediront pas ceux d’entre nous qui auront eu, de la part de certaines de ces dames, à essuyer quelque sarcasme du genre ouais c’est génial un mec qui assume sa « part féminine »!, parce qu’ils ont le malheur de préférer cuisiner ou faire de la pâtisserie que se coller devant la télé à regarder gigoter des crétins en short, qu’ils ne font aucun complexe du fait de repasser leurs chemises, repriser leurs chaussettes ou cirer leurs pompes, ou parce qu’ils se fichent de l’esprit de compétition en alléguant qu’ils sont sortis depuis belle lurette de la cour de récré et des challenges à qui pisse le plus loin – ceux-là mêmes qui vont se faire rejeter (voire traiter de ce qu’ils ne sont pas) parce qu’ils ne font pas de moto, qu’ils écoutent autre chose que du rock, qu’ils ont des goûts et des couleurs qui ne correspondent pas aux schémas virils en vigueur. Qui ont envie de prendre soin d’eux, qui ont de par leur vécu développé un plaisir être à l’écoute de l’autre, à devancer ses attentes, parce qu’ils auront travaillé sur eux-mêmes, parce qu’ils se seront débarrassés en cours de route de ce qu’ils estiment être les scories d’une culture où ils n’auront jamais trouvé leurs marques.
    Le sexisme va dans les deux sens, et je m’en tiens là à la vie courante, celle qu’on appelle la vraie vie, qui se tient à distance des écrans et de leurs faux-semblants idéologiques et mercantiles.
    La misogynie c’est autre chose, qui procède en général d’expériences malheureuses, tout comme son pendant la misandrie. C’est le fait de mettre toutes les femmes dans le même sac. Ou tous les hommes, pour ces dames qui ont eu à souffrir du manque d’égards de certains d’entre eux.
    Ici une réaction primitive, expression d’une bêtise s’enracinant dans une culture. Là, un pragmatisme à l’envers, témoignant d’un manque d’intelligence et de recul. La somme de tout ça ? Une tension dans les comportements, aggravée par le brouillard des équivoques. Bientôt on n’osera plus aller vers l’autre.
    Je me méfie des « ismes », de tous les « ismes » : ils séparent là où il conviendrait plutôt de rassembler. La militante féministe la plus charismatique qui soit ne changera rien au machisme ambiant, tant que certaines femmes y verront un modèle de virilité et rejetteront ceux qui, par nature, ou du fait de leur vécu, ne se conforment pas à ce modèle, tant que celles-ci considèreront que l’homme qui ne se conforme pas à ce modèle est « féminisé », et donc indigne de leur apporter ce qu’elles croient légitime d’attendre de lui.
    Changer quelque chose à la condition féminine ne se fera pas sans que les femmes, de leur côté, évoluent dans leur perception de l’homme, sans qu’elles sortent des conditionnements millénaires qui les font dépendantes de ce mâle qui DOIT être l’amant, le sauveur, le mécano, la projection du père, l’électricien, le garde du corps, le plombier, le superviseur, la perfection bipède dûment pourvue de biceps et surtout infaillible… et très éventuellement le papa-poule auquel on consentira de temps en temps l’accès à la gazinière et à l’aspirateur, mais qu’il ne s’y frotte pas trop non plus, sous peine de très vite passer pour une soubrette. Je vous parle d’expérience, c’est peut-être le monde à l’envers, mais je ne suis pas sûr d’être un cas isolé.
    Il y a un sacré malaise dans les rapports entre femmes et hommes, c’est évident, et l’un des symptômes les plus évidents de ce malaise est le nombre considérable de femmes, d’hommes qui se retrouvent seulEs passé la cinquantaine, et qui se traînent sur des sites de rencontres dont il suffit de détailler les profils les plus sensés pour vérifier que leurs recherches vont carrément à l’opposé, qu’en fait ils habitent des mondes parallèles qui ont très peu de chances d’interférer. Elles attendent d’eux ce qu’ils ne sont plus à même de leur apporter (le fric, des virées à moto, des voyages en camping-car, aller gambiller le samedi soir), parce qu’il y a des réalités économiques, sociales, qui font que beaucoup de quinquas, de sexas seuls sont las, fatigués, et ne disposent que de miettes pour survivre, même si ça n’enlève rien à leurs éventuelles qualités d’hommes (sans quoi ils ne perdraient pas leur temps à chercher fortune sur ces sites aux allures de catalogues du désespoir contemporain). Ils attendent d’elles qu’elles soient des jouvencelles chroniques passé la barre fatidique des cinquante balais, pleines d’allant, aussi vertes que des adolescentes et indépendantes financièrement. Chacun attend de l’autre qu’il la, le sorte de son marasme. Chacun s’accroche, en fait, à des critères issus de l’imagerie médiatique, qui est faite de modèles conçus il y a au moins trente ans, réactualisé sau gré des changements de décors et des évolutions technologiques, et qui n’en restent pas moins inatteignibles au tout-venant.
    Au final, on obtient quoi ?
    La solitude. ,

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  11. Oh je n’ai pas cette prétention !
    Vous nous offrez de livrer notre opinion quant au contenu de votre article, j’apporte ma pierre au débat.
    Je déplore que vous n’ayiez pas évoqué ces politiciens qui instrumentalisent la femme en l’utilisant comme prête-nom, lorsqu’il s’agit de promouvoir certain texte de lois particulièrement contestable (https://fr.wikipedia.org/wiki/Myriam_El_Khomri#cite_note-31), qui nommeront certaines personnalités à des postes-clé indépendamment de leurs compétences avérées (https://fr.wikipedia.org/wiki/Rachida_Dati) parce qu’elles sont femmes ET d’origine immigrée. Pratique discutable (restons poli…) qui vise à discréditer et les personnes directement concernées et leurs origines sociale et ethnique (ces deux femmes ne sont en effet pas « du sérail ») tout en affectant de manifester une volonté d’ouverture vers une parité et une « diversité » qui reste utopique…
    En remontant à quelques années, on se souviendra essentiellement, du bref passage d’Edith Cresson au poste de Premier ministre, de ses propos homophobes et d’une succession de sorties et de gaffes. Connaissant celle-ci de longue date, Mitterrand ne pouvait ignorer les travers de la personnalité d’Edith Cresson. La volonté affichée d' »ouverture », employée comme une arme politicienne, s’est finalement retournée contre le stratège…
    Naguère, on ne nommait pas des femmes à des postes ministériels (seulement) pour l’image, mais pour leur confier une mission, un projet en rapport avec leurs compétences. Ainsi, les noms de Simone Veil et de Françoise Giroud sont encore dans les mémoires,
    Le sexisme et la mysogynie prennent des tours et des détours inattendus.
    Cela dit, je ne pense pas qu’on en vienne à bout par la misandrie. Employer les mêmes armes que l’adversaire peut conduire à se montrer aussi ridicule et détestable que l’adversaire.

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    • Vous « apportez votre pierre au débat »… en détournant *complètement* le sujet, et pour finir par un point misandrie. Chapeau, continuez comme ça.

      Pro tip: arrêtez de croire que l’univers, sa partie féminine en particulier, n’attend que vos analyses. Arrêtez de vous écouter et de vous regarder le nombril. Résistez à ce qui semble être votre premier réflexe: vous jeter sur votre clavier pour pondre des tartines qui n’ont généralement rien à voir avec le contenu de l’article et adoptent, que vous le vouliez ou non, un ton extrêmement et désagréable pour expliquer aux femmes la vie. Au lieu de cela, commencez par *écouter* les femmes. Sans vous sentir obligé, quand vous n’avez visiblement pas grand-chose à dire, de systématiquement répondre. Peut-être que vous apprendrez quelques petites choses, et qu’ensuite vous verrez le problème avec les commentaires dont vous gratifiez mon blog depuis quelque temps.

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  12. « Expliquer la vie aux femmes », ça veut dire quoi, ça ?
    Et vous, Mademoiselle ?
    Vous estimez être la porte-parole incontournable des femmes en général sur cette planète ?
    Vous êtes une leader féministe connue, reconnue, écoutée, disposant d’une visiblité susceptible de produire du concret quant à l’amélioration de la condition féminine ? En clair venir à bout de l’excision, de la polygamie, de la mise en esclavage des femmes au Moyen Orient ? Vous êtes sur le terrain, aux côtés des intellectuelles algériennes, vous vous rendez en Afrique pour porter assistance aux femmes torturées, violées, réduites en esclavage par les terroristes de Boko Haram, et témoigner de leur détresse ?
    Vous pondez un blog. Vous ouvez des commentaires. Des gens y réagissent et quand ça ne va pas dans votre sens, ça ne vous plaît pas, et vous y allez de vos petits procès d’intention, avec une agressivité inutile qui dessert et votre propos et la cause que vous prétendez défendre.
    Je ne vous donnerai plus d’occasion de vous défouler, Mademoiselle.

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    • Cette utilisation du mademoiselle pour me diminuer et me ramener à ma condition de femme (jeune, pas mariée…? que savez-vous de moi exactement?) est tout simplement magique. Continuez à vous draper dans la certitude de votre supériorité, mais ailleurs, de préférence. Mon modeste blog ne mérite pas tant de grandeur.

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      • Je découvre cette tribune par une connaissance homme. Merci, vraiment. Ma plus grosse difficulté à gérer dans ce monde patriarcale est une colère quasi constante car présente dès que je vois une femme agressée (ou que je suis agressée) car femme. C’est une manière constructive mais dispendieuse d’énergie (gérer les commentaires… et se rendre compte qu’en effet, plus d’hommes commentent que de femmes) de gérer sa colère.

        Si je parle féminisme et protection des femmes dans la sphère privée, je follow parfois certains articles/pages… Mais je n’ai pas votre courage à faire face aux haters d’internet. Merci à toutes celles qui l’ont :-))

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    • Moi je trouve que perdre votre temps à venir répondre à des commentaires sous un blog alors que vous pourriez « produire du concret », qu’il y a des victimes de la guerre, de la famine, de l’exploitation, etc. partout dans le monde qui auraient bien besoin de vous « sur le terrain », c’est dommage, franchement 😦

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    • « jeune homme »(puisqu’on est dans la condescendance): la plupart des féministes n’ont aucune prétention de représenter l’entièreté des femmes, c’est la raison pour laquelle elles adoptent le terme « LES » femmes, ce que vous n’avez pas souvent fait dans vos postes. Par contre elles parlent de leur vécu, et je pense qu’à ce niveau, en tant que femme, la blogueuse a un tout petit peu plus à dire sur le sujet que vous.

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  13. grand merci pour vos articles – c’est la première fois que je réagis – je ne vais pas écrire longuement, mais je souhaitais marquer ma surprise face aux propos de Garcin Lazare qui me donnent l’impression qu’il-elle veut faire la leçon – son discours n’est pas une réponse à un article, mais un cours … s’il-elle veut faire connaître ses propres opinions dans les grands largeurs, qu’il-elle prenne la peine de le faire dans un espace dédié, avec éventuellement un renvoi dans une réponse respectueuse de l’article auquel il-elle réagit.

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  14. Merci pour cet article!

    J’ai découvert le blog via Le Monde qui publiait un extrait de LE FÉMINISME (EN 7 SLOGANS ET CITATIONS) (super intéressant et instructif – je recommande)
    Et j’ai halluciné sur l’histoire d’Anita Sarkeesian! Sa chaine Youtube est super intéressante aussi notamment cette vidéo sur le langage corporel des personnages féminins dans les jeux vidéos! Tellement vrai et très pointu.
    Et quand j’ai checké sa page wikipedia, une partie vers la fin avait apparement été écrite par ses trolls eux même!

    Ce qui m’a fait penser à cet article d’Usbek&Rica sur le fait que 90% des articles écrits sur wikipedia sont écrits par des hommes. 90%!
    Ca fait réfléchir…

    L’article d’Usbek&Rica
    https://usbeketrica.com/article/wikipedia-ou-le-monde-sans-femmes
    La video d’Anita Sarkeesian :

    Voila
    Je vais continuer la lecture et votre blog 🙂
    Merci et bon courage 😉

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  15. Pingback: Cyrielle_c | Pearltrees

  16. Bonjour, pour ajouter mon grain de sel à cet article et un peu pour provoquer le débat, je dirais qu’il est toujours difficile de donner son avis propre. Il est tellement plus facile de donner un avis proche du consensus. Et souvent, le consensus est éloigné de la réalité. Et donc il faut parfois « une sacrée paire de couilles » pour ouvrir sa bouche. Mais ce n’est qu’en l’ouvrant qu’on apprend l’art de la dialectique. Evidemment, les premières fois (et les premières fois peuvent durer des années), on se prend des coups, des humiliations, mais à la longue, comme dans tout art martial, on apprend ce qu’on peut dire ou pas, comment le dire, à quel moment le dire, quoi sous-entendre. Mais l’art ne s’apprend que dans l’arène. Alors, si, étant jeune, on n’a jamais osé descendre des gradins, ça ne s’arrange pas avec l’âge. On peut juste avec l’âge, à force d’avoir vu des combats, lancer sa petite pique de temps en temps, mais difficilement développer son avis propre, subversif et intéressant. Et ça vaut pour tout être humain. Le niveau de testostérone empêchant peut être de la fermer étant jeune. Et après les coups, on s’adapte.

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