Les vêtements et la police du genre

Il paraît que, dans une dimension parallèle, il y aurait du machisme au Parlement de la République Française. Heureusement, il ne s’agit que d’une fiction colportée par des esprits mal tournés. Une fiction qui a cependant bien alimenté la presse ces derniers jours.

Rappelons les faits, d’une importance fondamentale: Cécile Duflot, ministre EELV de l’Egalité des territoires et du Logement (dans cette dimension parallèle, bien sûr), a osé se présenter à l’Assemblée Nationale pour la sessions des questions au gouvernement du 17 juillet vêtue d’une ROBE. Je vous jure. Quelle effronterie.

Alors évidemment, comment s’étonner que des exclamations et des sifflements se soient élevés des bancs UMP. Mais attention:

1) « Nous n’avons pas hué ni sifflé Cécile Duflot, nous avons admiré. »

Patrick Balkany, député UMP qu’on ne saurait une seconde accuser d’être malhonnête de mauvaise foi.

2) « Enfin, on peut regarder une femme avec intérêt sans que ce soit du machisme! »

Le Même.

3) « Elle a manifestement changé de look, et si elle ne veut pas qu’on s’y intéresse, elle peut ne pas changer de look. D’ailleurs, peut-être avait-elle mis cette robe pour ne pas qu’on écoute ce qu’elle avait à dire. »

Balkany, mon idole.

Et PAF! Remise à sa place, la Duflot. Une robe à l’Assemblée Nationale, non mais je vous jure. D’ailleurs « il y aurait eu le même type de chahut si un homme avait porté une cravate fluo orange [sic] ». Dixit Laurent Wauquiez, cette fois, parce que Balkany n’a pas le privilège de la bêtise. Bah oui, une robe à fleurs, une cravate orange fluo, même combat: c’est extravagant, inapproprié. Cela ne rentre pas dans le moule gris et couillu de l’Assemblée. « On » s’est donc chargé de remettre Mme Duflot à sa place.

Robe déplacée? Pantalon interdit? Mettez-vous d’accord!

Petit flash-back: nous sommes en 1972, Mme Michèle Alliot-Marie vient d’être élue députée. Et là, horreur, malheur: elle se présente à l’Assemblée Nationale en pantalon. Un garde tente de l’empêcher d’entrer. Elle aurait alors répondu: « Si c’est mon pantalon qui vous gêne je l’enlève dans les plus brefs délais ». L’histoire est rapportée par l’historienne Christine Bard dans Histoire politique du pantalon. Il se trouve que ce garde, sans doute peu habitué à voir des êtres humains pourvus de vagins dans les couloirs prestigieux du Palais Bourbon, était effectivement en mesure de lui interdire l’entrée de l’Hémicycle: une ordonnance de police du 26 brumaire an VIII (17 novembre 1799), toujours en vigueur, interdit en effet aux femmes de porter un pantalon, à moins de disposer d’une autorisation spéciale de la police.

Qu’est-ce qui s’est donc passé pour qu’en 40 ans exactement, la norme vestimentaire pour les femmes devienne le pantalon, et non plus la jupe ou la robe? L’interdit social portant sur le pantalon pour les femmes est resté très fort jusqu’aux années 1960; ma grand-mère, ancienne institutrice, n’avait pas le droit d’en porter à l’Ecole normale. Quand elle a commencé à enseigner, à la fin des années 50, l’interdit social était implicite mais très clair: aucune de ses collègues ne portait de pantalon, et elle ne se souvient pas en avoir porté dans les années 60. En revanche, elle se souvient clairement avoir arboré à l’école où elle travaillait, au début des années 70, un pantalon en soie verte; elle se souvient surtout des remarques d’une collègue, outrée qu’elle ose faire une chose pareille.

La police du genre

Les vêtements font en effet partie des éléments régulateurs de l’ordre social et du système du genre, pour les hommes comme pour les femmes. La réflexion de cette institutrice est révélatrice: l’interdit qui pèse sur toute transgression des limites assignées au genre est complètement intégré par les individus eux-mêmes. L’anglais dispose, pour désigner ce phénomène, de l’expression gender police, qu’on peut traduire par « police du genre ». Elsa Dorlin, philosophe et professeure à l’Université Paris VIII, reprend à son compte cette expression pour penser la question des violences de genre ou encore de la régulation des rapports sociaux entre les sexes (la régulation du genre, donc). Dans un article intitulé « Les putes sont des hommes comme les autres » (Raisons politiques 3/2003), elle écrit:

La domination de genre consiste […] à contraindre hommes et femmes à se comporter socialement comme leurs identités sexuées leur prescrivent de le faire, selon un principe coercitif d’adéquation entre le sexe et le genre, sous peine d’être stigmatisés ou bien comme « putes » ou bien comme « pédés ».

Dans le même article, elle définit la « police du genre » comme un ensemble d' »instruments de contrôle sexiste »; sa réflexion concerne la régulation du féminin, mais cela vaut évidemment aussi pour les hommes. La collègue de ma grand-mère se faisait l’écho d’un interdit social, aujourd’hui disparu, pesant sur le port du pantalon (vêtement identifié comme masculin) pour les femmes. Les femmes ont aujourd’hui (du moins le pensait-on jusqu’à cette semaine) conquis le droit de s’habiller comme elles le voulaient; c’est-à-dire, du moment que cela reste dans les limites de la féminité traditionnelle, qui proscrit par exemple les vêtements jugés indécents. Les hommes, en revanche, disposent d’un choix vestimentaire beaucoup plus restreint. Il n’est pas admis, dans notre société, qu’un homme s’habille en jupe, cette attitude relevant forcément du travestissement. Un homme portant une jupe suscitera le rejet et/ou des moqueries portant sur sa non-conformité à son genre.

Voilà comment fonctionne la « police du genre »: elle se fonde sur le poids de la norme et du tabou que constitue la transgression des limites traditionnellement assignées au féminin et au masculin.

Dans l’article cité plus haut, Elsa Dorlin explique en outre qu' »initialement, l’idée d’une police du genre a été utilisée pour décrire le fonctionnement de l’homophobie, les pratiques et les discours homophobes ayant pour fonction principale de dissuader, de condamner ou de punir tout ce qui peut être considéré comme une transgression de genre ». « L’un des effets de l’homophobie » serait ainsi de « bétonner les frontières du genre ». Elle emprunte cette définition à Daniel Welzer-Lang (« Pour une approche proféministe non homophobe des hommes et du masculin », dans D. Welzer-Lang (dir.), Nouvelles Approches des hommes et du masculin, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 1998, p. 121). La police du genre n’est pas seulement sexiste: elle est évidemment homophobe, lesbophobe et transphobe, garante du système d’hétérosexualité obligatoire.

Le vêtement est politique

En ce qui concerne les vêtements féminins, la norme ne suffit pas à la régulation de genre: on est allé jusqu’à légiférer pour garantir une distinction stricte entre les hommes et les femmes. Il faut noter que cette législation se traduit par un contrôle accru sur les femmes, de la part de législateurs qui étaient tous des hommes: il n’existe pas, à ma connaissance, de loi interdisant aux hommes de porter des robes, même si le poids du tabou est tout aussi élevé. On a jugé essentiel, en revanche, de distinguer le féminin en lui imposant des bornes claires, juridiques. La police du genre pèse sur les hommes et les femmes, mais se double pour ces dernières d’un appareil répressif et législatif qui n’est que récemment devenu obsolète.

Le vêtement est donc politique, en plus d’être un élément essentiel de l’attirail du genre. Christine Bard explique pourquoi la société française révolutionnaire a ressenti le besoin de légiférer sur les vêtements des femmes:

La percée politique du pantalon [pour les hommes] correspond à l’avènement de la citoyenneté en 1792. Dans la pensée dominante du temps, celle des philosophes, des savants naturalistes, des hommes politiques, il y a une grande, une énorme différence de nature entre les sexes. On invoque le respect de la loi naturelle aussi bien pour empêcher les femmes de porter le pantalon que pour interdire leur activité politique. Sous Napoléon, la domination masculine se renforce, et pour longtemps, avec le Code civil ainsi que dans le Code pénal. […] En 1800, période de retour à l’ordre après les troubles de la Révolution, une ordonnance de police de la préfecture de Paris interdit aux femmes d’adopter le vêtement masculin.

Il faut ajouter que les femmes ont tenu un rôle important dans la Révolution française, bien que ce rôle n’ait été reconnu que récemment par les historien.nes et qu’il ne leur ait pas permis l’accès au droit de cité. Mais ce rôle actif, outrepassant les limites de la féminité traditionnelle, pose problème: l’historienne Michèle Riot-Sarcey écrit ainsi que « selon les partisans du rétablissement de la puissance paternelle, les troubles, pour l’essentiel, auraient été liés au désordre des familles » (Histoire du féminisme, La Découverte, p. 20; sur le rôle des femmes dans la Révolution, cf. chap. 1 « Des femmes en révolution », p. 5-19). Le retour à l’ordre moral passe donc par la réaffirmation de l’ordre patriarcal et des frontières entre les genres.

Les femmes politiques: une menace?

Dans un article passionnant intitulé « Performances de genre: images croisées de Michèle Alliot-Marie de Roselyne Bachelot » (Histoire@Politique 2/2012 (n° 17), p. 69-86), Christine Bard, toujours elle, s’interroge sur le parallèle frappant que l’on est forcé d’établir entre la mutation du rôle de l’image politique depuis les années 1970 et la place grandissante des femmes dans les cercles du pouvoir, en particulier au gouvernement. Elle analyse les relations de Michèle Alliot-Marie et Roselyne Bachelot à leur genre et l’usage qu’elles en font, et note qu’au fil de leurs longues carrières politiques, « la crainte de masculinisation des femmes s’est estompée ». Autrement dit, on accepterait mieux aujourd’hui les femmes politiques car plusieurs décennies ont montré que l’exercice du pouvoir ne menaçait pas la frontière traditionnelle entre féminin et masculin: les femmes peuvent faire de la politique… tout en restant des femmes.

L’accession des femmes au pouvoir politique a en effet été vécue comme une menace pesant sur le système du genre, qui a été compensée par une tendance, justement, à ramener les femmes politiques à leur « féminité ». Dans le même article, Christine Bard évoque le cas d’Alice Saunier-Seïté, ministre chargée des Universités entre 1976 et 1981:

Le président de la République Valéry Giscard d’Estaing avouera qu’elle le faisait fantasmer : « Son corps est musclé, avec des mouvements d’une aisance féline, et des jambes qui me paraissent bronzées. Une pensée bizarre me traverse : quand elle faisait l’amour, elle devait y mettre la même véhémence. » La « femme la plus insultée de France » est surnommée la « tigresse », la « panthère ». Elle représente, selon Jacques Chancel, un mélange de fermeté et de « charme », un qualificatif omniprésent qui évoque d’autres charmes, ceux qui se vendent, ceux qui qualifient certains magazines.

Ce qui me ramène aux propos cités plus haut de M. Balkany: bien sûr qu’il ne s’agit pas seulement d' »admirer ». Une femme, politique ou non, n’est pas là pour qu’on l’admire, n’en déplaise à ceux de ces messieurs qui essaient de nous réduire au rôle de potiches vaguement décoratives. Siffler une ministre parce qu’elle porte une robe à l’Assemblée ne veut pas dire autre chose que ceci: vous avez beau être une femme politique, une ministre, vous êtes avant tout une femme dans une société patriarcale. Une façon de la ramener à sa condition de femme (comme si c’était un abaissement!), d’assurer la police du genre et de garantir l’intégrité du système. Et les vaches seront bien gardées.

AC Husson

Pour aller plus loin:
Christine Bard, Une histoire politique du pantalon, Seuil, 2010.
Christine Bard, Ce que soulève la jupe, Autrement, 2010.
Mona Chollet, Beauté fatale. Les nouveaux visages d’une aliénation féminine, chap. 1 « Et les vaches seront bien gardées. L’injonction à la féminité », en particulier la section « Pour des femmes en jupe et des hommes qui en ont » (p. 18-22), La Découverte, 2012.
EDIT: sur la question connexe du travestissement (merci pour les suggestions):
Le numéro « Femmes travesties : un “mauvais” genre » de la revue Clio, dirigé par Nicole Pellegrin et Christine Bard (suggéré par Julien en commentaire)
Sylvie Steinberg, La confusion des sexes. Le travestissement de la Renaissance à la Révolution, Fayard, 2001 (suggéré par Au fil du texte)
L’émission « Les femmes qui s’habillent en hommes » (19/02/2012) – « Les femmes, toute une histoire », programme animé par Stéphanie Duncan le dimanche sur France Inter.

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Vu Lu Entendu

Eric Fassin à propos du « conflit sexuel des civilisations »
Rue89 publie un long entretien avec le sociologue Eric Fassin, sociologue spécialiste des questions de genre, qui s’interroge, dans son dernier ouvrage, sur la politisation des questions sexuelles et raciales. Il décrypte avec une subtilité et une intelligence assez rares les mécanismes de la xénophobie et leur exploitation politique depuis quelques années. Extrait:

Un élément m’intéresse tout particulièrement : si, dès les années 90, on parlait avec Samuel Huntington de « conflit des civilisations », dans les années 2000, on a pu parler de « conflit sexuel des civilisations ». (…) Le débat public est structuré par l’opposition entre « nous » et « eux ». Or une manière privilégiée de tracer une frontière entre « eux » et « nous » passe par l’idée que « nous » serions du côté de la liberté des femmes, de l’égalité entre les sexes, voire de la liberté des homosexuels et de l’égalité entre les sexualités, alors qu’« eux » seraient définis par opposition à ce que j’appelle la « démocratie sexuelle ».

Un article très controversé sur les rapports de genre dans les pays arabes
L’ordre dans lequel je présente ces deux articles n’est pas anodin; il se trouve en outre que c’est celui dans lequel je les ai lus. Celui-ci, écrit par une blogueuse égypto-américaine, a provoqué une controverse très importante aux Etats-Unis et dans d’autre pays. Il s’intitule « Why Do They Hate Us? The real war on women in the Middle East » (Pourquoi nous haïssent-ils? La vraie guerre contre les femmes au Moyen Orient – allusion à une expression qualifiant l’attitude de certains Républicains, aux US, à l’égard des droits des femmes). Rue89 revient sur cet article en traduisant quelques extraits et, surtout, sur la polémique qu’il a provoquée; la blogueuse y affirme en effet « que les sociétés arabes sont fondamentalement misogynes et que les incessantes violences envers les femmes ‘alimentées par un mélange à la fois de culture et de religion’ tendent à se généraliser ». La manière dont elle entend le démontrer est particulièrement frappante, détaillée, et troublante. A vrai dire, je ne sais toujours pas trop quoi penser de cet article. La seule chose que je sais, c’est qu’il sera facile, pour des Sarkozy et autres Guéant, de l’utiliser afin, comme l’écrit Eric Fassin, de « tracer une frontière entre « eux » et « nous » » en prenant appui sur « l’idée que « nous » serions du côté de la liberté des femmes » et de l’égalité entre les sexes. D’où elle parle, l’auteure a une évidente légitimité pour parler du sujet comme elle le fait (même si c’est bien sûr critiquable), mais ce sera tellement facile de détourner ce propos pour alimenter des propos du type « nous appartenons à une civilisation supérieure, regardez comme nous traitons bien nos femmes ». Pour aller plus loin sur le sujet, vous pouvez aussi lire « Comprendre l’instrumentalisation du féminisme à des fins racistes pour résister » et « Mona El Tahawy or native neo-orientalism ».

L’éloge de la maternité, ou le vieux complexe de la Madone et la Putain
La vidéo qui suit est une publicité de Procter and Gamble (groupe possédant des dizaines de marques de produits ménagers et d’hygième) qui sort à l’occasion des Jeux Olympiques de Londres, dont l’entreprise est un des sponsors.

Oui, c’est une belle campagne, mais selon moi, cette façon d’exalter la maternité et de mettre, soi-disant, les femmes sur un piédestal relève d’un des mécanismes les plus anciens de la société patriarcale. Je souscris totalement à l’analyse qu’en a fait, il y a quelques mois déjà, le site d’information Les Nouvelles News: « Pub olympique pour la mère sacrificielle ».

A propos de piédestal
J’ai découvert ce billet déjà ancien (2010, rendez-vous compte) grâce à @Mar_Lard, sur le blog « C’est la gêne »: « Non, les filles ne disent pas caca ». Tout en reconnaissant que « la stratégie du piédestal » vise à garder les femmes à leur place (dans la cuisine, donc), l’auteur de ce billet avoue ne pas supporter qu’une femme parle de façon « grossière »: « les cheveux se dressent sur ma tête de réactionnaire dès qu’une femelle prononce les obscénités communément admises dans le vocabulaire des mecs . C’est ainsi, je ne supporte pas ce laisser-aller même si je reconnais les vertus émancipatrices du mot “bite” ». On peut lire aussi la réponse à ce billet de la part d’une fille qui dit « caca » (et « bite »).

On continue avec les stéréotypes de genre: le marketing genré
En anglais, un article très drôle sur le « marketing genré », qui exploite les stéréotypes de genre (décidément) en guise de stratégie marketing. Vous aviez remarqué que vos produits quotidiens vous parlaient? Et bien, si vous êtes un homme, il y a des chances qu’ils vous parlent EN MAJUSCULES et veuillent vous rassurer sur votre VIRILITE, surtout quand vous vous faites DES GOMMAGES POUR MECS ou que vous mangez DU MUESLI POUR MECS. L’article est écrit par une britannique, mais je pense que l’analyse vaut largement pour la France.

Hunger Games
Bon, je sais, c’est encore en anglais MAIS ne râlez pas, il y a des sous-titres (cliquez sur cc en bas à droite de la vidéo). Feminist Frequency nous parle ( et ) de Katniss Everdeen, personnage principal du livre Hunger Games et du film qui en est tiré (actuellement au cinéma).

Les 400 culs
Si vous ne connaissez pas encore ce blog, cliquez, et pas seulement parce qu’il a un nom génial. Son auteure est Agnès Giard, par ailleurs spécialiste du Japon, que vous avez peut-être déjà lue dans le magazine Causette (c’est elle, notamment, qui interviewe les femmes témoignant dans la rubrique « La fesse cachée »). Voici une sélection des trois articles qui m’ont le plus intéressée dernièrement:
– Une réflexion sur la notion de « sexisme » et son emploi à propos de la publicité: « L’érotisme, c’est du sexisme? »
– Un article passionnant sur l’allaitement masculin (si si je vous jure): « Les hommes aussi peuvent allaiter, mais… »
– Un dernier sur la façon dont les femmes perçoivent les règles et sur la façon dont elles influencent leur sexualité: « Pardon chéri, je suis souillée ».

Disney forever
Pour finir, une image qui a déjà pas mal circulé sur les princesses Disney, complétée par le versant masculin (leurs princes charmants). Avec la question bonus: de combien de ces princes/hommes pourriez-vous citer le prénom? Perso, je n’en connais que deux, et je suis quasi sûre que les autres n’en ont tout simplement pas. My name is Charming, Prince Charming.
Traduction approximative pour ceux et celles qui en ont marre que je poste des trucs en anglais:
– Ce que nous apprennent les princesses Disney: sois belle, sois belle et… sois belle
– Ce que Disney enseigne aux hommes à propos de la façon de séduire les femmes: sois charmant, beau, et si possible riche et célèbre.

Pour un vrai droit à l’IVG (2/2)

Tout l’esprit de la législation française concernant l’IVG se trouve résumé dans la formule de Simone Veil que je rappelais la semaine dernière: « c’est toujours un drame, cela restera toujours un drame ». Rien d’étonnant, dès lors, si cette idée imprègne les mentalités et soit rappelée en permanence aux femmes, comme une ritournelle leur affirmant que leur destin est d’enfanter et qu’elles doivent être punies, ou s’auto-punir, d’une façon ou d’une autre, si elles y contreviennent.

Cette idée fait évidemment le jeu des anti-IVG, qui exploitent à fond le « drame » obligé de l’avortement et mettent l’accent sur ses conséquences, forcément désastreuses pour les femmes qui y ont recours. Un article paru dans le Monde Diplomatique en 2010 résume très bien la situation qui en résulte et l’intériorisation, par les femmes, de cette culpabilité obligatoire:

comment s’étonner qu’il puisse être pénible, dans un tel climat, de décider d’avorter ? Comment, dès lors, parvenir à vivre un avortement autrement que comme le « drame obligatoire » que nous décrivent tous les experts sur papier glacé, une vilaine et indélébile cicatrice sur la nature féminine, l’échec d’une vie de femme ? Comment s’étonner que cet acte qui ne peut être que douloureux le devienne réellement ? Pour constater les effets de ces prophéties autoréalisatrices, il faut écumer les forums Internet pour y lire la longue complainte des femmes ayant avorté. Celles qui ont osé s’aventurer à contre-sens de ce que leur dictaient la nature et leur « instinct de femme » semblent avoir parfaitement intériorisé leur punition. Cela se traduit par des cauchemars, par la présence d’un bébé imaginaire qui grandit, qui a un anniversaire ; cela s’exprime par un lourd sentiment de culpabilité, d’angoisse, de solitude, de honte. Quant à celles qui ne ressentent pas cette douleur ou ces regrets, elles sont alors réduites au silence si elles ne veulent pas passer pour des anormales, des sans-cœur, des malades.

Il existe une disposition législative qui contribue à entretenir l’idée que l’IVG est et doit rester une exception législative et morale. Il s’agit de la « clause de conscience » que peuvent faire valoir les médecins ainsi que l’ensemble du personnel médical devant certains cas, dont l’IVG fait partie. C’est d’ailleurs la loi Veil qui fait entrer cette disposition pour la première fois dans la loi. Vous pourrez trouver ici tous les détails concernant cette clause de conscience et la manière dont elle s’exerce dans le cas de l’IVG. Elle est parfois alléguée comme l’une des causes de l’accès de plus en plus difficile à l’IVG, parallèlement aux fermetures en série des centres dits d’orthogénie (où l’IVG peut être pratiquée). Rappelons en outre que selon l’article L. 2212-8 du code de la santé publique, « Un établissement de santé privé peut refuser que des interruptions volontaires de grossesse soient pratiquées dans ses locaux ». Peu rentable, l’IVG… On estime qu’aujourd’hui, 5000 femmes françaises seraient contraintes de se rendre à l’étranger pour mettre terme à une grossesse. Comme au bon vieux temps d’avant 1975, quand les femmes qui le pouvaient se rendaient par charters en Angleterre ou en Belgique pour pouvoir avorter.

En ce qui concerne la clause de conscience, il s’agit d’une question très délicate. Il est important que le personnel médical ne se trouve pas contraint d’exercer un acte qui lui paraît objectable, sans quoi ce sont les patientes qui risqueraient d’en souffrir. Mais on ne peut savoir quel usage est réellement fait de la clause de conscience qui est, par nature, secrète. Il semble cependant, selon un rapport gouvernemental, que « l’allongement des délais légaux puisse être utilisé par certains professionnels comme un prétexte pour faire valoir leur clause de conscience ».

Sur le site de campagne d’Eva Joly, tout un article est consacré au « droit à l’IVG », bien que celui-ci ne soit pas abordé dans le programme d’EELV proprement dit. L’article évoque en conclusion la possibilité d’un débat public national « autour de la pertinence de maintenir la clause de conscience pour les médecins et personnels du système de santé ». Dans une interview à Elle, Eva Joly évoque à nouveau cette question en liant cette fois directement clause de conscience et difficulté d’accès à l’IVG (à partir de 2’50). Bien qu’il semble difficile, comme je l’ai déjà dit, de prouver l’existence d’un tel lien, la question est importante et mérite d’être posée. La possibilité d’invoquer une clause de conscience en ce qui concerne l’IVG dit clairement qu’elle est et devrait rester un acte médical à part, ressortissant au moins autant de la médecine que de la morale. La morale relève du champ strictement individuel, le législateur n’a donc pas à statuer dessus, ce qui explique ce champ de latitude laissé par la clause de conscience. Mais en affirmant le principe d’une telle clause, la loi semble reconnaître que l’IVG devrait rester, malgré tout, une question de morale.

C’est l’une des ambiguïtés de cette loi Veil. En affirmant que l’accès à l’IVG dépend, in fine, de la « conscience » de tel ou tel médecin; en définissant l’IVG comme l’exception et l’ultime recours en situation de détresse, au lieu de dire ce qu’elle est vraiment: la possibilité de choisir de mener à terme une grossesse ou de l’interrompre; en dépénalisant l’IVG sans affirmer pleinement le principe du droit à l’avortement (expression qui n’apparaît dans aucun texte de loi), cette loi n’est pas en mesure de garantir pleinement aux femmes l’accès à l’IVG et de prévenir les multiples attaques dont elle fait l’objet.

***

Pour vous informer sur la législation et l’accès à l’IVG, vous pouvez consulter le site de l’ANCIC, association qui a récemment été frappée par un attentat non revendiqué, dans un climat de recrudescence de l’activisme anti-IVG.

Image (cliquable) du site "IVG je vais bien, merci"

Rappelons, encore et toujours, que l’IVG n’a pas à être un drame et que les femmes qui y ont recours ne sauraient en aucun cas être tenues coupables de décider ce qu’elles doivent faire de leur vie et de leur corps: vous pouvez consulter le blog IVG, je vais bien, merci et signer l’appel des filles des 343 salopes.

Pour un vrai droit à l’IVG (1/2)

L’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issue. (…) Aucune femme ne recourt de gaieté de coeur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes: c’est toujours un drame, cela restera toujours un drame. (…) [Il s’agira donc] autant que possible [d’]en dissuader la femme.

Simone Veil, Assemblée Nationale, 26 novembre 1974.
Le 17 janvier 1975 est promulguée la loi 75-17 relative à l’interruption volontaire de grossesse, appelée « loi Veil ».

Dans une interview au journal La Croix, à la question « Souhaitez-vous revenir sur la loi Veil? », Marine Le Pen répond:

Revenir sur ou à la loi Veil, car cette loi qui prévoyait que l’avortement soit l’ultime choix a été dénaturée. Aujourd’hui, lorsqu’une femme se rend au Planning familial, on lui propose l’avortement ou… l’avortement !

Je parlais la semaine dernière des mensonges éhontés qui caractérisent le discours du FN sur l’IVG et qui transparaissent dans des expressions aussi dénuées de sens et infondées qu' »IVG de confort », « IVG de récidive » ou l’IVG comme « mode de contraception ». Cette idée que le Planning Familial serait un « centre d’avortement » relève de la même argumentation affabulatrice, utilisant les refrains connus des anti-IVG. Mais en ce qui concerne la loi Veil et son « esprit », qui aurait selon Mainre Le Pen été « dénaturé », c’est plus compliqué.

L' »esprit » de la loi Veil

Quand j’ai lu pour la première fois cette interview et la façon dont Marine Le Pen parlait de la loi Veil, j’ai haussé les épaules. La loi Veil, c’est celle qui donne aux femmes françaises la liberté de choisir quoi faire de leur propre corps; c’est aussi celle qui ouvre la possibilité de dissocier la sexualité féminine de la reproduction, au même titre que la sexualité masculine; c’est enfin le fruit du combat et du courage d’une femme, Simone Veil (alors ministre de la Santé), que j’admire profondément.

Puis j’ai lu « IVG de confort: les arroseurs arrosés », sur le blog Les entrailles de Mademoiselle. Comme toujours, Mademoiselle S. est à contre-courant et frappe juste. Elle pointe ici du doigt ce que recouvre souvent l’indignation suscitée par l’expression « IVG de confort », employée par Louis Alliot (n°2 du FN) et Marine Le Pen. Cette expression serait honteuse non pas parce qu’elle n’a aucun sens, mais parce l’IVG n’est pas « confortable », ne peut pas l’être: l’IVG serait toujours un drame et un traumatisme. En utilisant cette expression,

le FN ne fait que surfer sur une vague qui consiste à voir l’IVG comme un acte moralement douteux, évitable et forcément traumatisant, pour la société et les femmes qui le demandent. [Or] cette vision de l’avortement, c’est tout l’échiquier politique, ou presque, qui l’entretient.

J’ai été interpellée par cette idée mais pas forcément convaincue par la manière dont elle était étayée dans l’article, qui prend notamment appui sur un communiqué de presse du PS disant que « l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) n’est jamais un acte anodin pour une femme ». J’ai fait part en commentaire de mes doutes concernant cet exemple en particulier. La réponse de Mademoiselle S. est, cette fois, plus que convaincante:

Quand je parle de toutes les com­posantes de l’échiquier poli­tique, ou presque, c’est sim­ple­ment parce que ces pro­pos sur l’IVG sont TOTALEMENT dans l’esprit même de la loi de 75, en cohérence avec la loi de 1975 et avec celle de 2001. Il suf­fit de lire le dis­cours de Simone Veil à l’Assemblée Nationale, ainsi que ceux des inter­venants, min­istres ou députés, qui ont par­ticipé au débat lors de la dis­cus­sion et du vote de la loi de Aubry (2001)… l’IVG, et ils l’affirment, est un drame.
Simone Veil en 1974 : « C’est tou­jours un drame et cela restera tou­jours un drame. »
Mar­tine Aubry (PS) en 2000 : « Dans notre pays, le nom­bre d’IVG qui est, pour toute femme, un trau­ma­tisme réel… » ; « Cha­cun ici sait bien qu’une femme ne pra­tique pas une IVG par con­fort, que c’est tou­jours douloureux et trau­ma­ti­sant »; « débuter sa vie sex­uelle par une IVG con­stitue un grave trau­ma­tisme. »
Ségolène Royal (PS) en 2000 : « On ne parle jamais de l’après, mais je crois que le prin­ci­pal trau­ma­tisme survient dans les mois qui suiv­ent une inter­rup­tion de grossesse. »
JF Mat­téi (UMP) en 2000 : « souligner l’importance de l’information sur la con­tra­cep­tion et les risques psy­chologiques et organiques de l’IVG. »

Etc.

Le ver dans le fruit?

Mademoiselle S. et Marine Le Pen seraient-elles d’accord sur ce que serait « l’esprit de la loi Veil »? Aberrant, a priori. J’ai donc cherché le texte de cette loi, ainsi que le discours prononcé par Simone Veil lors de l’ouverture des débats à l’Assemblée, pour comprendre en quoi consiste ce fameux « esprit » qui aurait, selon Marine Le Pen, été « dénaturé ». Outre la citation que je donnais au début de l’article, on trouve dans le texte de loi ceci:

Article L2212-1
Modifié par Loi n°2001-588 du 4 juillet 2001 – art. 1 JORF 7 juillet 2001
La femme enceinte que son état place dans une situation de détresse peut demander à un médecin l’interruption de sa grossesse. Cette interruption ne peut être pratiquée qu’avant la fin de la douzième semaine de grossesse (il s’agissait de la dixième semaine dans le texte original).

Même si, dans les faits, la loi Veil permet aux femmes de disposer librement de leur corps, ce n’est pas de cela qu’il s’agit ici. La loi se présente comme une forme d’exception, elle dépénalise l’IVG sans la faire accéder au statut de droit fondamental des femmes. Il y a une nuance majeure entre ces deux statuts; les Etats-Unis, parmi d’autres pays, reconnaissent l’existence de ce droit. L’IVG là-bas est donc pleinement légale (malgré les nombreuses attaques dont elle fait l’objet) et non simplement dépénalisée comme en France.

Suite la semaine prochaine: j’évoquerai le « drame » que devrait constituer l’IVG et le ver dans le fruit de la loi Veil, qui empêche que soit pleinement reconnu et assuré le droit des femmes françaises à l’avortement.

L’IVG et les libertés linguistiques du FN

On parle beaucoup d’IVG depuis quelques semaines, et la plupart du temps, ce n’est pas bon signe pour les droits des femmes. C’est le cas en France, mais aussi aux Etats-Unis, qui sont eux aussi en période pré-électorale et connaissent un durcissement très marqué du discours républicain ainsi qu’une réactivation de ce que les démocrates ont qualifié de « guerre menée contre les femmes » (« War on Women »). Vous pouvez lire à ce propos une synthèse très intéressante sur le blog d’une amie qui vit là-bas.

Si les droits des femmes ne semblent malheureusement pas être une priorité pour la plupart des candidats et des candidates à la présidentielle, l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG), pourtant, apparaît régulièrement dans les radars médiatiques. Il y a ceux qui, comme François Hollande, en parlent à l’occasion de la journée des droits des femmes (il propose que « que tous les établissements hospitaliers [publics] de notre pays puissent être dotés d’un centre IVG »). Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon, eux, en ont fait une composante plus importante de leur programme. La première a même fait une proposition qui n’a malheureusement pas rencontré beaucoup d’échos: elle souhaite supprimer la « clause de conscience », cette disposition prévue par la loi Veil du 17 janvier 1975, permettant à un médecin de « refuser la réalisation d’un acte médical [l’IVG, en l’occurence] pourtant autorisé par la loi mais qu’il estimerait contraire à ses propres convictions personnelles, professionnelles ou éthiques ». Eva Joly argumente ainsi dans une interview au magazine Elle: « le recours à l’IVG est un droit. Et d’ailleurs beaucoup de médecins refusent de le pratiquer pour des raisons financières et non morales ! »

La formulation d’Eva Joly n’est pas tout à fait juste, dans la mesure où la législation française ne prévoit malheureusement pas de droit à l’avortement, qu’elle se contente de dépénaliser. Mais sa proposition mériterait d’être discutée, dans la mesure où elle soulève la question de cette exception législative et éthique que devrait rester l’IVG. Veut-on que celle-ci reste dans le domaine de la morale, puisque c’est bien cela que vise cette « clause de conscience », ou doit-elle s’en affranchir complètement, à partir du moment où on lui accorde droit de cité?

Les discours concernant la défense des droits des femmes et l’accès à l’IVG en particulier semblent malheureusement minoritaires dans le champ médiatique, qui accorde, en revanche, une place beaucoup plus importante aux sorties de Christine Boutin et Marine Le Pen. Deux femmes. Je vous préviens, la suite risque d’être douloureuse (ou très inconfortable…), accrochez-vous.

Commençons par l’inénarrable Christine Boutin qui, à propos du projet de François Hollande, a réussi à évoquer dans un même souffle le « déclin irréversible de la France », l’euthanasie, « l’avortement de masse » (si si), l' »idéologie du gender », le mariage homosexuel, et j’en passe. (cf. mon article « Le genre, une ‘idéologie’? »)

Le point commun entre Christine Boutin et Marine Le Pen? Outre qu’elles sont ou ont été candidates à l’élection présidentielle et qu’elles appartiennent à la droite ultra-conservatrice, elles visent toutes deux l’électorat chrétien catholique, la première en tant que présidente du parti Chrétien-Démocrate (si, je vous jure, il existe), le seconde en vertu de ce qui semble une conversion politique récente. C’est ainsi qu’on peut lire sur le site du journal La Croix un article en date du 14/2, intitulé « La bioéthique touche à notre vision de l’homme » [et de la femme?], qui passe pêle-mêle en revue les bébés-médicaments, les recherches sur l’embryon, la loi Veil (qui dépénalise l’avortement), l’euthanasie mais aussi la peine de mort, le PACS ou encore la « compatibilité de l’Islam avec la République », dont on voit mal en quoi ils relèvent de la bioéthique.

La première offensive explicite du FN sur le sujet de l’IVG dans le cadre de cette campagne remonte au début du mois de février, quand Louis Aliot, n°2 du FN, directeur opérationnel de la campagne de Marine Le Pen et conjoint de celle-ci, évoque dans l’émission « Mots croisés » la question du déremboursement de l’IVG (point qui ne figure pourtant pas dans le programme du FN) et appuie son argumentaire sur cette expression extraordinaire: « l’IVG de confort » (à partir de 12’43).

A Michel Sapin (PS) qui réagit sur cette expression, L. Aliot répond: « Oui, ça s’appelle comme ça »; quand on lui demande de la définir, il évoque l’IVG non-thérapeutique. Rappelons que l’interruption médicale de grossesse (IMG, ou avortement thérapeutique, donc) peut être indiquée lorsque la grossesse met en danger la vie de la mère, ou lorsque le fœtus est atteint d’une maladie grave et incurable au moment du diagnostic. L’IVG « de confort », ou « non-thérapeutique » (puisqu’elles sont synonymes pour L. Aliot) concernerait donc tous les cas où une femme ou un couple décide d’un avortement pour des raisons non médicales.

Notez le haussement d’épaule et le petit rire de mépris de L. Aliot quand Daniel Cohn-Bendit lui rétorque que c’est aux femmes et pas à lui de décider. Tout est là.

L. Aliot enchaîne ensuite sur le règne d’une prétendue incitation à l’avortement, qui empêcherait les femmes voulant garder leur enfant de le faire. (?!)

L’argumentation du FN se précise dans les semaines suivantes en intégrant un argument de choc: le remboursement de l’IVG, auquel il s’agirait donc de s’attaquer, se ferait aux dépens du remboursement d’autres actes médicaux mal ou pas remboursés aujourd’hui. Pas n’importe quels actes: ceux qui concernent les personnes âgées, cible électorale privilégiée du FN. Marine Le Pen utilise cet argument par exemple dans l’émission « Parole de candidat » (TFI, 5 mars):

de plus en plus de personnes âgées ne peuvent plus se soigner correctement, chacun d’entre vous a vu les listes de plus en plus longues de médicaments» déremboursés. (…) Si j’ai un choix budgétaire à faire entre ne pas rembourser l’IVG qui est un acte qui peut être évité, étant entendu quand même qu’il existe de nombreux moyens de contraception dans notre pays, et être obligé de dérembourser des actes qui ne peuvent pas être évités et qui permettent à des Français qui souffrent de se soigner, [elle choisirait la seconde option].

Ou encore dans une interview accordée à une journaliste du Point, publiée le 8/3:

On va déshabiller Pierre pour habiller Paul. On va déshabiller Pierre qui a le choix de ne pas recourir à l’avortement, parce que, en amont, on lui aura donné la possibilité d’avoir accès à de la contraception pour habiller Paul qui est une personne âgée, qui a une maladie de longue durée et qui ne se soigne plus correctement, car il n’a plus les moyens de le faire.

Il faudrait peut-être rappeler à M. Le Pen que Pierre a toutes les chances d’être une Pierrette, s’il est en position de « recourir à l’avortement ».

L’argumentaire est bien rodé, on le retrouve aussi dans la bouche de L. Aliot sur France Inter, face à Pascale Clark:

Je dois à ce stade avouer quelque chose: j’ai hurlé de jubilation en entendant Pascale Clark répéter à Aliot que parler d’« IVG de confort » était « dégueulasse ». On n’a pas ce genre de satisfaction tous les jours, surtout par les temps qui courent… Seulement voilà, ce n’est pas seulement « dégueulasse »: cela ne veut rien dire, en tout cas pas dans le sens où l’emploie le FN. L. Aliot se fait un plaisir, dans cette interview comme dans l’émission dont je parlais plus haut, de rappeler, à grands coups d’argument d’autorité, que l’expression existerait bel et bien et serait employée par les médecins. (Marine Le Pen fait de même, en disant par exemple: «Les avortements de confort, un terme qui a scandalisé tout le monde alors qu’il est utilisé par les médecins, semblent se multiplier»). L. Aliot fait directement référence à un article du Figaro datant de 2009, où le Dr Grégoire Moutel, responsable du laboratoire d’éthique médicale de l’université Paris-Descartes, employait cette expression. Le Dr Moutel, réalisant que le FN utilisait ses propos, a fait savoir que ceux-ci avaient été mal retranscrits à l’époque et explique notamment que l’expression « IVG de confort » ne correspond absolument pas à l’usage qu’en fait le FN:

L' »IVG de confort » est issue de la littérature médicale anglo-saxonne. (…) J’expliquais que dans des cas extrêmement rares, les professionnels se trouvaient face à des cas de conscience. Par exemple, depuis l’allongement de 12 à 14 semaines de la durée légale de l’IVG, les gynécologues pouvaient voir lors de l’échographie du troisième mois un membre malformé. Cela ne rentre pas dans les critères d’interruption médicale de grossesse, mais certains parents, grâce à l’allongement du délai, faisaient le choix d’avorter. C’est cela que j’ai appelé « avortement de confort ». Mais il n’y a pas plus de 15 cas par an alors que dans l’article du Figaro, on fait passer mes propos pour une généralité.

Le flottement du FN autour de cette expression, qui renvoierait selon L. Aliot, rappelons-le, à tous les cas d’IVG non-thérapeutique, s’explique donc. L’utilisation qu’en fait ce parti relève ni plus ni moins du mensonge.

Mais le FN a plus d’un tour dans son sac et n’en est pas à une affabulation près. On a vu en effet apparaître une variante, qui révèle peut-être encore plus clairement l’idée que le FN se fait de l’avortement: l’expression ‘« IVG en récidive » , utilisée par M. Le Pen. Attention, hein, ce sont toujours « des médecins » qui le disent:

Des médecins tirent la sonnette d’alarme sur le fait que l’IVG est utilisée par certaines femmes comme un mode de contraception, ce qu’ils appellent les « avortements en récidive ». Or, la communauté n’a pas à prendre en charge financièrement les avortements en récidive, surtout au moment où un tiers des Français ne se soignent plus, ou alors incorrectement par manque de moyens.

Si le terme « récidive » peut avoir le sens de simple « répétition », cet emploi est aujourd’hui vieilli et le sens principal est celui, issu du droit pénal, de « fait de commettre, après une condamnation définitive, une nouvelle infraction; état d’un délinquant qui a commis une nouvelle infraction » (Trésor de la Langue Française informatisé).

Alertée par cette expression qui, de plus, m’a semblé sonner bizarrement, je l’ai cherchée dans Google. Et là, ô surprise: l’expression « IVG en récidive » ne donne qu’un résultat, l’interview de M. Le Pen citée ci-dessus; quant à « avortement en/de récidive », aucun résultat. Peut-être que ces fameux médecins (mettons qu’ils existent) ont chuchoté cette expression à l’oreille de M. Le Pen et se sont bien gardés d’en faire profiter le reste du monde?

Il y a une autre formule qui semble beaucoup plaire au FN et qui apparaît dans la même interview: l’IVG serait utilisée de manière abusive par de nombreuses femmes comme « un mode de contraception« . Je me contenterai à ce propos de citer, à nouveau, le Trésor de la Langue Française:

Contraception: Emploi volontaire de moyens ou de techniques (par la femme ou par l’homme) pour empêcher que les rapports sexuels n’entraînent une grossesse; l’ensemble de ces moyens et de ces techniques.

Il me semblait pourtant que dans IVG, il y avait « interruption ». Pas « prévention ». Voilà une conception pour le moins originale de la langue et de la biologie.

Je sais, tout cela n’est guère étonnant venant du FN. Mais se contenter de dénoncer l’emploi d’une expression comme « IVG de confort » ne suffit pas, comme il ne suffit pas d’affirmer que le FN s’en prend de manière répétée aux droits des femmes. Il me semble important de montrer comment le FN manipule une partie de l’opinion publique en manipulant grossièrement la langue, et que son discours ne repose que sur cela, des approximations, des mensonges, en un mot: du vent.

Si vous ne me faites pas confiance pour faire un choix, comment pouvez-vous me faire confiance pour élever un enfant?

Vu Lu Entendu

Genre et sciences: Le numéro de février du magazine Sciences et Avenir est consacré aux études scientifiques portant sur les différences neurologiques entre hommes et femmes et fait le point sur une rafale d’articles et de livres qui mettent à mal l’idée que nos cerveaux sont sexués.

Les hommes et les femmes parlent-ils différemment? C’est en tout cas ce que semble penser le linguiste John Locke, qui a publié fin 2011 un livre intitulé Duels and Duets: Why Men and Women Talk So Differently (Duels et duos: pourquoi les hommes et les femmes s’expriment si différemment). Une des critiques qui ont été formulées contre cet ouvrage est qu’il adopte une position essentialiste quant aux catégories « homme » et « femme », et un point de vue universaliste qui efface totalement les variantes sociologiques, géographiques ou encore ethniques entre les individus. Je n’ai pas encore lu l’ouvrage mais il est évoqué dans cette émission de la radio britannique BBC 4.

Vanneste et la « doctrine de l’homosexualité »: Un article fait le point sur les propos du (bientôt ex-) député UMP Christian Vanneste, membre du groupe « la Droite populaire », sur l’homosexualité. Dans une vidéo parue sur le site Liberté Politique (site catholique lié à une association proche de l’Opus Dei), Vanneste s’attaque aux homosexuels comme il l’a déjà fait à de nombreuses reprises dans le passé en expliquant que l’homosexualité est une « doctrine » fondée sur « la haine de l’autre »; il évoque également ce qu’il appelle « le mythe de la déportation des homosexuels ». C’est surtout ce dernier point qui a suscité de multiples réactions dans les médias et de la part des politiques; cet article montre que ce n’est peut-être pas là le plus grave. Pour mémoire, c’est Christian Vanneste qui est à l’origine de la question au ministère de l’Education Nationale concernant la présence de « la théorie du gender [sic] » dans des manuels de biologie de 1ère.

La famille vue par la publicité: Le site Culture Pub se penche sur la représentation de la famille dans la publicité, depuis la famille Ricoré jusqu’à la famille Eram. Cette brève enquête souligne de manière intéressante (et contestable) que si les « nouveaux modèles familiaux » sont entrés dans la publicité depuis les années 1990, il n’est pas question de les tourner en dérision comme on le fait avec le modèle « traditionnel ».

Pères au foyer: Cet article, qui a déjà beaucoup circulé, est écrit par Till the Cat, un père au foyer, qui réagit de manière caustique aux propos de trois journalistes du magazine masculin GQ concernant les pères au foyer. Extrait:

Et puis c’est tellement facile de penser que c’est un truc de femmes. C’est tellement confortable. Comme ça, si l’un ou l’autre dans le couple doit sacrifier une carrière professionnelle, il sera tout à fait naturel que ce soit madame. (…) Et bien non les gars … C’est culturel, pas naturel. Et, truc de dingue, les nanas ont de plus en plus envie d’avoir le choix, comme nous. Alors, on fait quoi ? On évite d’aborder le sujet ou on en parle ? »

Petit bonus final. Très bonne semaine à toutes et à tous!

Et on va donner des SEINS à Eve. Tu sais, pour qu'on puisse vendre de la BIERE.

Vu Lu Entendu

Recadrage: sur le site de l’Assemblée Nationale, le texte de la question de Christian Vanneste, député UMP, à propos du chapitre « Devenir homme ou femme » dans des manuels de biologie, et le texte de la réponse, parue au Journal Officiel le 17 janvier. On en connaissait déjà les éléments, mais quand même, ça fait du bien de les lire noir sur blanc.

Identité transgenre: « Histoires de genres », l’histoire d’Alexander, dont l’état-civil a été très tôt changé en Alexandra et qui souhaite maintenant se faire opérer pour que son sexe biologique corresponde à ce qu’elle vit. Son père (l’enfant vit avec sa mère) a saisi la Cour suprême allemande à ce sujet.

Masculinités: pour les anglophones averti.e.s, une excellente émission sur la BBC qui se penche sur deux phénomènes contribuant à la redéfinition contemporaine du concept de masculinité: les « stag nights », ou enterrements de vie de garçon, et l’expérience de l’accouchement vécue du côté du père.

Humour, quand tu nous tiens: A lire cet encadré dans Le Parisien, on se demande qui est le plus crétin: Jean Roatta, ex-député UMP, aujourd’hui député européen, très intéressé par le nombre femmes au Parlement de Strasbourg et s’exclamant « C’est très intéressant, toutes ces assistantes » (avant qu’on lui précise qu’il s’agit de parlementaires), ou le/la journaliste qui s’amuse de l’ébahissement de crétin n°1 devant « la faune du Parlement de Strasbourg, beaucoup plus jeune, féminine et colorée que celle du Palais-Bourbon ».

Genre et langue: sur le site d’Efigies, association regroupant de jeunes chercheur.e.s intéressé.e.s de près ou de loin par les études de genre, un état des lieux de la recherche en linguistique et littérature du point de vue du genre.

Eve, sors de ce corps: la députée britannique Nadine Dorries proposait, en complément des cours d’éducation sexuelle, des « leçons d’abstinence » à destination des adolescentes. Son but: « lutter contre les dérives d’une société « saturée de sexe », et aider les jeunes filles à considérer que l’abstinence peut être « cool » ». Malheureusement, le déclin de la société britannique ne pourra pas être enrayé et les jeunes filles pourront continuer à exercer leur pouvoir de tentatrices sur les jeunes garçons, la proposition de loi ayant été retirée sans explication de la part de l’intéressée, suite aux protestations d’associations féministes et pro-choix.

Du sens d’un engagement: pour finir, un très beau texte de Daria Marx: « Féministe, chanson poétique et révolutionnaire », sur son engagement féministe et ce qu’il signifie pour elle. Extrait:

Je suis féministe, je l’ai toujours été, sans pourtant m’être jamais posée une seule fois la question de ma mouvance ou de mon courant d’appartenance. Je suis féministe, parce que je suis un être vivant de sexe féminin, dotée d’un système de reproduction de type utérus et trompes, et de caractéristiques sexuelles secondaires de type nichons, et que le monde qui m’entoure fait une différence entre ceux qui ont un pénis et celles qui n’en n’ont pas.

Vu Lu Entendu

J’ai découvert très récemment le site pearltrees.com, qui permet de collecter des pages internet, transformés en « perles », afin de le conserver sous forme d’arbres que l’on organise comme on veut. Je commence à y collecter les articles qui m’intéressent et que je veux garder sous la main pour plus tard. Vous pouvez donc faire un tour sur mon pearltree et cliquer sur la ou les catégories qui vous intéressent pour voir ce que j’ai collecté jusqu’ici. Un des avantages de ce site, c’est qu’on peut aussi, en créant un compte, collecter les « perles » des autres pour les intégrer à son propre pearltree. Si vous pensez à des articles pouvant s’ajouter à tel ou tel sujet, n’hésitez pas à me les signaler, et merci d’avance!

Voici une petite sélection de ce qui m’a intéressée/interpellée ces derniers temps (la dernière revue de presse commence à dater…):

– Pour les anglophones, une vidéo intitulée « Slut shaming and why it’s wrong ». « Slut shaming », c’est très difficile à traduire: cela désigne le fait de montrer du doigt, pour les dénigrer et/ou les humilier, celles que l’on considère comme des « sluts » (poufs, pétasses… cf. les désormais fameuses « Slut walks »). Dans cette vidéo, une jeune fille de à 13 ans seulement, fait preuve d’une capacité de réflexion et d’un humour assez incroyables pour montrer ce que veut vraiment dire cette attitude à l’égard de celles qu’on considère comme des « sluts », soit parce qu’elles s’habillent de façon jugée provocante, soit (c’est souvent lié) parce qu’elles ont une vie sexuelle trop active pour des filles…

– En anglais aussi, sur le site du Guardian, un article sur des femmes politiques britanniques féministes et de droite, qui réactive l’éternelle question de l’essence « de gauche » du féminisme et questionne en longueur l’attitude paradoxale des héritières politiques de M. Thatcher, qui, elle, considérait ne rien devoir au mouvement de libération des femmes (« I owe nothing to women’s lib »).

– Si vous lisez régulièrement mon blog, vous savez que le sujet me passionne: un article sur LeMonde.fr à propos du rapport entre les règles de la langue et le genre au sens social du terme. Un petit extrait: « lorsqu’Elisabeth Guigou ou Martine Aubry s’étaient fait appeler « Madame la ministre », les Académiciens avaient solennellement demandé l’aide du président de la République « en une affaire qui, dans les hauteurs de l’Etat, porte atteinte à la langue française ».

– Il n’y a pas que le classement de Challenges, qui fait d’Eva Joly et de Nathalie Kosciusko-Morizet des « hommes de l’année » 2011; pas que celui de Grazia et d’un sondage pour Terrafemina, qui font d’Anne Sinclair la « femme de l’année », ou de la BBC, qui classe parmi les « visages de l’année » celui d’un panda: il y aussi celui des Martiennes, qui, ô surprise! ne comprend que des femmes qui ne sont pas des victimes et ont réalisé des choses importantes en 2011…

– Bon, rien à voir avec le genre, mais dans la série What The F…: des parents néo-zélandais perdent la garde de leur fille qu’ils ont appelée Talula Does the Hula From Hawaii. Avec en prime, un échantillon de prénoms étranges à la mode britannique, et un autre, à la mode québécoise cette fois, sur le blog des Zimparfaites.

Elle s’appelle Sakineh Mohammadi Ashtiani

Souvenez-vous: on a beaucoup parlé, surtout en 2010, de Sakineh Ashtiani, accusée depuis 2006 du meurtre de son mari et d’adultère. Reconnue coupable par la justice iranienne, elle a été condamnée à 10 ans de prison pour le meurtre, à la mort par lapidation pour l’adultère. Elle avait déjà subi 99 coups de fouet.

Une manifestation avait été organisée en septembre 2010 à Paris, sous l’impulsion notamment de l’incontournable Bernard-Henri Lévy, pour réclamer l’abandon des charges devant la manipulation évidente des éléments du dossier et surtout, que l’Etat iranien renonce à lapider Sakineh.

Petite mise au point. L’article des Inrocks en lien plus haut explique ce qu’est la lapidation, dans quelles conditions elle est infligée et rappelle que cette pratique est loin d’avoir disparu. Selon le Comité International contre la Lapidation, plus de 150 personnes auraient été lapidées en Iran entre mars 1980 et juillet 2010. Les hommes sont enterrés jusqu’à la taille, les femmes jusqu’au-dessus de la poitrine, pour subir le châtiment. Ces dernières sont de loin les plus concernées.

Une femme est enterrée avant d'être lapidée - Iran - source: Daily Mail, UK

Le code pénal iranien précise que les pierres ne doivent pas être trop grosses, pour éviter que la personne meure trop vite, ni trop petites pour être qualifiées de pierres.

La bonne nouvelle, c’est que Sakineh, apparemment, ne va pas mourir par lapidation. La mauvaise, c’est qu’elle va peut-être être pendue. Mais un communiqué suggère que l’option de la lapidation n’a pas été abandonnée: il semble que les autorités iraniennes restent délibérément vagues quant au sort qu’elles réservent à Sakineh, après la vague d’indignation qui a semblé lui éviter la lapidation l’année dernière.

J’étais présente à la manifestation de septembre 2010 à Paris, comme quelques centaines d’autres personnes. La mobilisation a été internationale. Ce qui me met toujours mal à l’aise, dans ce genre de mobilisation, c’est la façon dont le sort réservé à une personne peut susciter l’indignation quand la famille, ou une association parvient à l’amaner sur le devant de la scène; cette capacité d’indignation est importante, mais se focalise sur le sort d’une personne, pendant que des centaines d’autres meurent, inconnues, dans des conditions similaires. Mais je suis convaincue qu’il est important qu’un visage, un être humain, puisse concentrer cette capacité d’indignation et servir à attirer l’attention sur les autres victimes connaissant un sort semblable. En revanche, le caractère éphémère de cette indignation me met beaucoup plus mal à l’aise.

Un journaliste, Tristan Berteloot, écrivait ainsi sur Twitter, le 26 décembre: « Vous vous êtes indignés, bravo. Puis vous êtes passés à autre chose, comme souvent. Sakineh ne sera pas lapidée, elle sera pendue. »

Le web français ne semble pas se mobiliser outre-mesure pour Sakineh. Une pétition a été mise en ligne. Ce moyen, comme toujours, semble dérisoire face à l’horreur de la situation et l’on se demande comment une pétition pourrait influencer les ayatollahs; et pourtant, que faire d’autre? Manifester, sûrement, mais ce serait bien une première, il me semble, si l’Iran renonçait à éxécuter Sakineh sous la pression internationale. Et je doute que les communiqués officiels soient plus efficaces.

Bien que les féministes françaises soient assez actives sur Twitter, il ne se passe quasiment rien de ce côté-là, alors que le Twitter hispanophone est très actif autour du hashtag #SalvemosaSakineh. Je ne fais absolument pas partie des gens qui accusent les féministes de ne se préoccuper que de sujets secondaires: cela n’existe pas, les sujets secondaires, quand ce qu’on vise est un changement radical des mentalités. En revanche, il me semble que la cause de Sakineh devrait passer aujourd’hui au premier plan, et pas que pour les féministes, et pas que pour quelques semaines. Parce qu’on sait bien ce qui arrivera à Sakineh lorsqu’elle sera totalement oubliée des indignés du monde entier.

Vu Lu Entendu (5-11/12)

– Sur le blog Mauvais Esprit du Monde.fr, « Entretien avec le diable », aka Judith Butler, qui revient sur les attaques de certains députés de droite et catholiques conservateurs en France.

– Maïa Mazaurette aborde un thème dont on n’entend presque jamais parler, sauf pour le tourner en dérision: le viol d’hommes.

– Sur TheIndepedent.ca, le témoignage d’une féministe à l’occasion de l’anniversaire de l’assassinat, en 1989, de 14 femmes à l’Ecole Polytechnique de Montréal.

– Le site Les Nouvelles News revient sur le rapport sur l’image des femmes dans les médias dont je parlais dans mon dernier post. Ce site est bien placé pour parler du sujet, puisque son objectif est de délivrer des informations vraiment mixtes, alors que dans les médias d’information générale les femmes ne représentent que 20% des personnes citées et sont en général stéréotypées.

– Un blog que je vous recommande, Deconstruire, analyse le rapport de la psychanalyse aux femmes. Un avant-goût:

Le destin de la femme doit rester ce qu’il est : dans sa jeunesse celui d’une délicieuse et adorable chose; dans l’âge mur, celui d’une épouse aimée. L’envie de réussir chez la femme est une névrose, le résultat d’un complexe de castration dont elle ne sortira que par une complète acceptation de son destin passif.
S. Freud, La féminité, 1932.