Merci les trolls

Ayant dû modérer pas mal de commentaires récemment, j’ai décidé de résumer très clairement les critères appliqués sur ce blog. Je vous invite à y jeter un coup d’oeil et je saisis l’occasion pour faire quelques remarques en vrac sur mon expérience du blogging et de la modération.

Cela ne surprendra personne si je dis qu’en tant que blogueuse militante, je suis parfois confrontée à des propos et des attitudes difficilement supportables (attaques directes, insultes, etc.). Je dois apprendre à faire avec mais ce n’est pas toujours évident, d’autant que la prise de distance n’est pas exactement mon fort. Pour faire court: je suis du genre bisounours, je déteste les conflits et j’ai légèrement tendance à prendre toute critique de manière personnelle. Pas exactement le profil idéal pour bloguer, quoi.

Quand j’ai été confrontée à mes premiers commentaires agressifs/haineux/WTF, j’étais comme ça:

Alors comme ça, y'a des gens sur internet qui t'aiment pas?

Alors comme ça, y’a des gens sur internet qui t’aiment pas?

Aujourd’hui j’en suis plutôt là (il y a du progrès):

Je suis juste tellement en colère, tout le temps.

Je suis juste tellement en colère, tout le temps.

Mon objectif:

Rien à foutre.

Rien à foutre.

Jessica Valenti, blogueuse et auteure féministe, raconte (je traduis):

    Quand j’ai commencé à bloguer en 2004, je répondais à tous les commentaires, même aux plus méchants. J’étais généralement polie, croyant que ces personnes qui critiquaient seraient tellement charmées par mon professionnalisme qu’elles comprendraient qu’être misogyne est une erreur et courraient lire un livre de bell hooks. (…) Je gâchais d’innombrables heures à débattre avec des gens sur internet, accordant autant de temps aux commentaires réfléchis qu’aux stupides, car je pensais que d’une manière ou d’une autre, cela montrerait que j’étais juste et ouverte d’esprit.

C’est un résumé parfait de ce que je vis. Je n’arrive pas à répondre à tous les commentaires mais j’y passe déjà un temps fou, et surtout, j’y consacre une énergie qui pourrait souvent être mieux utilisée autrement. J’adore lire des commentaires intéressants et réfléchis, qu’ils soient positifs ou non, et me donner du mal pour y répondre. Mais j’ai décidé de ne plus perdre de temps avec les autres.

Encore récemment, un commentateur m’a accusée d’être trop agressive. C’est un faux argument classique que connaissent toutes les féministes. Je dis toutes, car c’est généralement un argument utilisé contre les femmes féministes dès qu’elles osent critiquer le patriarcat (variante: « cela nuit à votre combat », toujours très drôle, les personnes qui utilisent ce genre d’argument ne voyant de toute façon pas l’intérêt du combat en question). J’avais commencé à lui répondre longuement et patiemment pour lui montrer que non, je n’étais pas agressive. Puis j’ai réalisé quelque chose d’essentiel: je n’avais pas à me justifier. Je ne suis généralement pas quelqu’un d’agressif, il suffit de lire mon blog et les commentaires que j’écris pour le voir. Et quand bien même je l’aurais été, en quoi cela invalide-t-il mon argumentation? C’est juste une manière de détourner la conversation en faisant croire que le problème vient de la personne qui critique.

Le cliché de la féministe agressivo-castratrice va avec celui de la censure, qui est évidemment mon passe-temps favori. Un commentateur m’a envoyé un mail pour hurler à la censure parce qu’il ne pouvait pas répondre à un commentaire, pour la simple raison que le thème WordPress que j’utilise n’autorise pas qu’on multiplie les réponses à un même commentaire. Quand certains me paraissent intolérables, j’ai toujours cette voix dans ma tête qui me dit: « Mais est-ce qu’on ne va pas t’accuser de censure? » La liste de critères de modération devrait permettre d’éviter ce genre de problèmes. Tant pis pour les personnes qui ne s’y conforment pas.

Quand je parle de commentaires intolérables, je pense notamment à plusieurs commentaires récents qui liaient viol et islam. Je suis frappée de voir à quel point il est fréquent d’utiliser le féminisme (ou plutôt une certaine vision du féminisme) pour établir une hiérarchie entre les civilisations ou justifier une attitude postcolonialiste bien puante. Ce phénomène est bien expliqué et analysé dans l’article « Comprendre l’instrumentalisation du féminisme à des fins racistes pour mieux résister ».

Tout ça pour dire une chose: internet n’est pas un monde bisounours-friendly mais je m’adapte comme je peux, et je progresse. Apprendre à gérer les trolls me fait réaliser beaucoup de choses sur le féminisme et sur moi-même [instant émotion].

Merci, les trolls.

AC Husson

Publicités

Pour une critique féministe des procès pour viol

Cet article est le premier d’une série intitulée « Parler du viol ». Dans de prochains articles, je reviendrai notamment sur les termes employés pour parler du viol et sur l’emploi du mot « tournantes » dans les médias.

———–

Il paraît dérisoire de dire que j’ai été choquée en prenant connaissance du verdict dans le procès des viols collectifs de Fontenay-sous-bois. L’incompréhension, la tristesse, la colère que j’ai ressenties, la plupart d’entre vous la connaissent. D’ailleurs les réactions autour de moi et sur internet sont à peu près unanimes; pourtant les juristes vous diront que cette émotion, bien que légitime, n’a pas sa place dans un procès (des exemples , et ), ce que je comprends totalement.

Ce que je comprends moins, en revanche, c’est que ce verdict (souvent qualifié de « fiasco judiciaire », comme dans les liens ci-dessus) ne pousse pas plus à s’interroger sur le fonctionnement de la justice dans le cas des procès pour viol. Des juristes nous expliquent que c’est très triste, mais c’est comme ça, on ne condamne pas sans preuves. Une des avocates des plaignantes souligne, elle, les raisons de ce manque de preuves, de ces incohérences qu’on leur a reproché:

    « ‘On’ a dit de ce procès qu’il était un fiasco. Comment pouvait-il en être autrement après treize ans ? (…) Du côté de Nina, nous rageons contre le juge d’instruction qui n’a pas fait les actes nécessaires, contre le parquet qui a mis trois ans à audiencer l’affaire (et encore sans le recours à la presse, le dossier dormirait toujours sous une pile et un oreiller), et contre la défaillance de l’accusation d’audience qui a desservi les intérêts de tous, parties civiles comme accusés. (…) La peine ne sanctionnant pas qu’un crime mais un homme qui a commis un crime à un moment donné, une réponse pénale aussi tardive ne peut pas avoir de sens. Ce sont les manquements judiciaires successifs qui ont mis la cour dans une impasse.
    Aucune peine ne peut être cohérente à ce moment-là : ni la condamnation à de la prison, ni son absence.
    Le parquet a fait appel sur la pression médiatique – les victimes ne s’étant pas déclarées favorables préalablement. Il n’y a pas lieu de se réjouir d’un appel dans de telles conditions.
    Le dysfonctionnement de cette affaire, il fallait s’en préoccuper avant. »

La dimension chronologique soulignée par l’avocate est évidemment essentielle dans ce type d’affaires, où très souvent, en l’absence de preuves matérielles, le procès repose exclusivement sur la version des faits donnée par chaque partie. Nina, l’une des plaignantes, explique:

    «Leurs avocats me faisaient répéter les choses dix fois, vingt fois. Ils me bombardaient de questions comme si c’était moi la coupable. C’était, non-stop : ‘Ça s’est passé quelle semaine, quel jour, à quel moment ? Vous nous avez dit telle heure, est-ce que ce n’est pas plutôt telle heure ?’ Ils jouaient avec les semaines, les minutes, les secondes, c’était l’enfer. (…) J’ai essayé de leur expliquer qu’on n’a pas la notion du temps quand on se fait violer par dix personnes à la fois. J’ai fini par leur dire : ‘Si j’avais su, j’aurais pris un calepin, pour noter les heures de passage de chacun, et m’en souvenir treize ans après.’»

Me Heinich-Luijer évoque également d’autres aspects de ce « dysfonctionnement » de la justice. Elle interroge la capacité des cours d’assises à prendre en compte la spécificité des procès pour viol et, notamment, ce qu’ils impliquent pour les plaignantes.

    « Angot [dans Une semaine de vacances] dit avoir voulu décrire la réalité du viol, c’est-à-dire ‘quelqu’un en train de mourir’. Les accusés ne s’y sont pas trompés quand ils ont été auditionnés : ils ne disent pas l’avoir baisée, ils disent l’avoir ‘butée’. Il faudrait que les cours d’assises conçoivent que les butés ne sont pas cohérents comme les vivants. (…) La cour n’a pas compris que pendant ces six mois de mise à mort, Nina a été capable de sourire à table. Mais les cours d’assises sont-elles armées pour dépasser les apparences ? (…) Du côté de Nina, nous disons qu’il faudrait que les cours d’assises soient davantage formées pour comprendre à quel point il est difficile de se remémorer, pour comprendre ‘comment on est quand on est violée’. »

Les féministes et le droit

Les dysfonctionnements que souligne Me Heinich-Luijer ne sont pas des accidents: ils sont liés au fonctionnement de la justice en France. Il ne suffit pas de rappeler qu’on ne condamne pas sans preuves: le problème est bien plus profond et fondamental que cela. Or le féminisme fournit des outils théoriques pour critiquer ce fonctionnement et remettre en cause la soi-disant objectivité des tribunaux.

Le problème est qu’en France, cette critique féministe se cantonne essentiellement à l’aspect militant. Les féministes manifestent devant les tribunaux et crient au scandale quand de tels verdicts sont rendus publics. Et après? Rien, si l’on ne se donne pas les moyens théoriques de critiquer le fonctionnement du système ni d’influer sur son évolution. Les auteures de l’édito du numéro 29(1) de Nouvelles Questions Féministes consacré au droit (2010) écrivent ainsi que

    tant dans leurs agendas que dans leurs répertoires d’action, les mouvements féministes de la seconde vague se sont majoritairement détournés du droit. Les mobilisations pour la libéralisation de l’avortement, qui furent au cœur des luttes du Mouvement de libération des femmes (MLF) en France dans les années 1970, constituent un exemple particulièrement frappant du rapport distancié au droit qui caractérise ce mouvement: alors que les militantes du MLF ont largement contribué à la mise à l’agenda gouvernemental de cette question à travers leurs protestations dans l’espace public (manifestations, pétitions…), elles n’ont que très peu tenté d’infléchir la lettre de la loi en inves-tissant les arènes juridico-politiques.

Cette méfiance de la théorie féministe francophone à l’égard du droit, considéré comme un sanctuaire patriarcal, s’oppose à l’intérêt suscité par les questions juridiques, dès les années 1970, chez les théoriciennes féministes anglophones. Les critiques de Me Heinich-Luijer rappellent celles de ces universitaires et juristes qui ont produit un travail important de critique de la justice, rejoignant souvent la critique anti-raciste. La Britannique Nicola Lacey, dans Unspeakable subjects: Feminist Essays in Legal and Social Theory, propose ainsi une analyse de la structure et de la méthode du droit moderne en montrant leur caractère genré. Catharine MacKinnon, professeure de droit aux Etats-Unis, travaille notamment sur le harcèlement sexuel (Sexual Harassment of Working Women: A Case of Sex Discrimination, 1979) et la théorie politique. L’édito du numéro 28(2) de la revue Nouvelles Questions Féministes (2009) la présente ainsi:

    « MacKinnon incarne bien, par ses écrits et sa pratique, une tension structurante de l’analyse féministe du droit entre dénonciation du caractère patriarcal du droit et mobilisation simultanée de l’outil juridique comme levier de changement social. (…) Dans ses écrits théoriques, MacKinnon montre ainsi comment le droit légitime la domination masculine, faisant paraître comme neutre et universel ce qui correspond en fait à un point de vue masculin sur le réel et conforte le pouvoir des hommes sur les femmes ».

Le travail de ces théoriciennes et des féministes en général a permis de faire évoluer la législation concernant le viol, notamment à propos du consentement, ou encore du viol conjugal, juridiquement condamnable en France depuis 1992 seulement (1).

Critiques féministes des procès pour viol

Les procès pour viol ont attiré très tôt l’attention de ces théoriciennes féministes du droit, dans la mesure où ils résumeraient, selon elles, tout ce qui pose problème dans le fonctionnement de la justice à l’égard des femmes. Elles ont mis en évidence, notamment, un « processus de revictimisation » des victimes dans le cadre des procès pour viol. Ces procès les obligent non seulement à revivre le viol dans ses moindres détails mais aussi, parfois, remettent en cause leur statut même de victimes, quand les plaignantes sont accusées de mensonge ou désignées comme responsables et initiatrices du viol. Ainsi, dans le procès des viols collectifs de Fontenay, Nina raconte qu’un avocat de la défense a expliqué qu’elle continuait quand même à porter des jupes.

Ces critiques féministes ont aussi montré l’influence des visions normatives de la sexualité masculine et féminine et la capacité de ces procès à légitimer et donc entériner ces visions. Dans Representing Rape: Language and Sexual Consent (2001, à ma connaissance non traduit), Susan Ehrlich, une linguiste canadienne, analyse notamment la formulation de verdicts prononcés par des tribunaux canadiens et étatsuniens et montre en quoi ils se fondent sur une vision hégémonique de la sexualité masculine. Ainsi, la limite entre rapport sexuel consenti et viol est parfois posée en termes biologiques: un homme ne peut pas toujours contrôler ses pulsions, surtout s’il a été « provoqué » par une femme. Invoquer une telle défense dans un tribunal, et reconnaître cette défense comme valable, revient à entériner une certaine vision de la sexualité masculine, impossible à réfréner; surtout, il n’apparaît pas souhaitable de la réfréner, dans la mesure où elle est considérée comme normale et légitime.

Et aujourd’hui, en France?

Ce ne sont là que quelques exemples de critiques féministes du droit. Ces exemples sont américains (étatsuniens et canadiens), ce qui ne veut pas dire qu’ils ne s’appliquent pas à la société française. On m’a déjà objecté qu’une analyse américaine (en l’occurrence, des discours concernant la maternité) n’avait pas de valeur en France. Cela me paraît non seulement faux mais hypocrite: je cite des exemples américains car ils relèvent du même système de pensée que le nôtre. Sinon, j’aimerais bien qu’on me prouve que la manière de considérer le viol dans ces pays diffère de la nôtre. En revanche, si ces critiques sont transposables, la description du système judiciaire et du fonctionnement des procès pour viol demande évidemment à être adaptée au contexte français.

Pourquoi ces « dysfonctionnements » qu’évoque l’avocate des plaignantes? Pourquoi toutes ces années d’instruction avant le procès, alors que, elle le reconnaît elle-même, un verdict après tout ce temps n’a plus grand sens? Pourquoi exige-t-on de la part des plaignantes un récit circonstancié sans prendre en compte ni les années passées, ni la spécificité des procès pour viol et leur dimension traumatique? Pourquoi les plaignantes ont-elles pu être insultées, moquées dans la salle du tribunal sans que l’on n’y trouve rien à redire?

J’aimerais comprendre.

AC Husson

———–

A propos de la théorie féministe du droit en France:
– Le droit à l’épreuve du genre: les lois du genre (I), Nouvelles Questions Féministes 28/2, 2009.
« Entre contrainte et ressource: les mouvements féministes face au droit », dans Quand les mouvement féministes font (avec) la loi, NQF 29/1, 2010.
– un séminaire créé à Paris X (Nanterre).
– le projet REGINE, visant à « ancrer la théorie féministe du droit dans le paysage de la recherche juridique française », à Paris X et Lille II.

Ouvrages cités:
– Ehrlich, Susan (2001), Representing Rape. Language and sexual consent, London: Routledge.
– Lacey, Nicola (1998), Unspeakable subjects: Feminist Essays in Legal and Social Theory, Oxford: Hart Publishing.
– MacKinnon, Catharine (1979), Sexual Harassment of Working Women: A Case of Sex Discrimination, New Haven: Yale University Press.

———–

(1) Dès le XIXème siècle, des féministes ont dénoncé ce que l’on appelle aujourd’hui le viol conjugal. Depuis les années 1960, l’action des féministes a permis de le faire reconnaître comme un crime dans au moins 104 pays (chiffres de 2006). Plusieurs pays d’Europe de l’Est et de Scandinavie ont franchi ce pas avant les années 1970, mais la plupart des pays occidentaux ne l’ont fait que dans les années 80 ou 90. Cependant, dans de nombreux pays (et plusieurs états des Etats-unis) le viol conjugal est considéré comme un crime moindre. Il existe une page Wikipédia en anglais très détaillée sur la question; l’article français « Viol » ne consacre pas de section spécifique au viol conjugal.

Une note en passant

Un peu de contexte: je suis en poste pour un an dans un college de Cambridge. Pour faire court, les colleges sont des lieux de vie et d’enseignement qui rassemblent chacun des étudiants de plusieurs (voire toutes) les facultés. Je suis lectrice de français, c’est-à-dire que je donne des cours d’oral et de grammaire.

Ce n’est pas un scoop: Cambridge est une université conservatrice… Un exemple: cela fait cette année 40 ans que les femmes ont fait leur entrée dans l’université comme étudiantes en licence (« undergraduates ») dans des colleges mixtes. Et encore, pas pour tous les colleges: le dernier en date, Magdalene, n’a franchi le pas qu’en 1988; à la rentrée, des étudiants portaient un brassard noir pour accueillir les premières étudiantes. Ambiance.

Je déjeunais hier à côté du « Master » (directeur) de mon college. Très courtoisement, celui-ci me demande quel est mon sujet de recherche (je pense faire un doctorat); je réponds que je m’intéresse à la linguistique et aux études sur le genre (gender studies). Mon interlocuteur a d’abord compris « general studies », puis m’a demandé ce qu’on étudiait dans le cadre des gender studies: « le rôle des femmes dans la société, les transsexuels…? [petit rire] ». Deux objets d’études aussi exotiques l’un que l’autre, visiblement.

Je lui explique alors que je m’intéresse notamment à la question de la féminisation en linguistique. Comme il ne comprend pas, je donne un exemple anglophone: le mot chairman (président d’un comité, d’une entreprise). Explication pour les non-anglophones: ce mot est composé de chair (« chaise, fauteuil », « chaire ») et de man (« homme »). Le chairman est donc l’homme qui occupe le fauteuil de président. Que dire quand cette personne est une femme? Je lui énonce les deux possibilités que je connais, à savoir chairperson (qui évite de mentionner le genre) et chairwoman (genre féminin). Mon interlocuteur ajoute alors qu’on peut aussi dire Madam chairman, comme en français certain.e.s disent « Madame le président ».

S’ensuit alors une discussion, dont je suis exclue, avec son voisin d’en face sur ces multiples possibilités, l’usage que chacun préfère et d’autres exemples similaires. Le directeur se retourne alors vers moi pour dire:

« Well, I try not to worry about these things. » (J’essaie de ne pas me préoccuper de ces choses)

Fin de la discussion.

Et voilà pour mon sujet de recherche. Balayé d’un revers de la main: lui essaie « de ne pas [se] préoccuper de ces choses ». Pourquoi donc le ferais-je? Ou plutôt, ce sont certainement des préoccupations de bonnes femmes… J’en suis restée bouche bée. J’ai aussi trouvé ça très drôle: c’est tellement énorme, tellement méprisant, tellement involontairement révélateur que j’ai été prise d’un fou rire en sortant.

Oui, j’essaie de me préoccuper de ces choses, en espérant qu’un jour tout le monde (sur la planète des bisounours) comprendra l’intérêt et la nécessité de le faire.

AC Husson

Bilan et nouveau blog

Genre! existe maintenant depuis un peu plus d’un an… et je commence, en parallèle, un nouveau blog avec des amies. Je me suis donc dit que c’était l’occasion d’un rapide bilan.

Je me suis mise à bloguer sur le genre en commençant ma préparation à l’agrégation de lettres modernes, ce qui, étant donné la masse de travail demandée par cette préparation, pouvait paraître légèrement ambitieux, voire suicidaire. En fait, il s’agissait pour moi d’une stratégie de survie. Je savais que sans un espace pour réfléchir et écrire sur le genre, je devrais mettre ces questions de côté pendant un an. Ce blog m’a donné l’occasion de m’échapper et de réfléchir hors des cadres de l’agrégation. Il m’a aidée à surmonter cette année difficile, m’a apporté énormément de satisfaction, et je tiens à remercier pour cela toutes mes lectrices et tous mes lecteurs.

Genre! comptabilise aujourd’hui presque 212 000 visites. Ce chiffre est largement dû au buzz autour de l’article de Mar_Lard sur Joystick et Lara Croft, qui a fait exploser le record de visites (45 039 le 20 août, ce record-là devrait tenir un bout de temps!). Ce buzz, complètement inattendu dans son ampleur, a mis plusieurs semaines à se calmer complètement. L’article de Mar_Lard a attiré des centaines de commentaires (près d’un millier à ce jour). En 2012, le blog a connu une moyenne de 737 pages vues par jour, avec des visites venant du monde entier.

J’ai publié ici plus de 50 articles, dont 7 contributions. Celles-ci sont toujours les bienvenues, à condition bien sûr qu’elles correspondent à la ligne du blog et sans engagement avant lecture.

La page facebook de Genre! compte plus de 300 abonné-e-s. J’y partage des articles liés au genre et au féminisme, tout comme sur mon compte twitter.

Encore une fois, donc, merci, merci infiniment pour votre fidélité, vos nombreux commentaires et encouragements. Je continuerai à publier aussi régulièrement que possible.

***

Le nouveau blog, maintenant! Tadaaaaa: (cliquez sur l’image)

Vous trouverez sur cette page une explication détaillée de notre projet. Le but est de réfléchir aux représentations du genre dans les cultures contemporaines, de partout et dans toutes leurs formes. Nous sommes pour l’instant trois auteures, mais là aussi, toutes les propositions de contributions sont plus que bienvenues. Janine, qui illustre parfois des articles ici, a réalisé la bannière. N’hésitez pas à nous faire part de vos remarques / suggestions / critiques. Nous sommes très enthousiastes et j’espère que le projet vous plaira aussi!

AC Husson

Exposition Artemisia au musée Maillol

J’ai récemment visité l’exposition « Artemisia », consacrée à l’artiste Artemisia Gentileschi, peintre italienne du XVIIème siècle (1593-1654). J’ai entendu parler pour la première fois de cette exposition dans le programme de France Inter « Les femmes, toute une histoire », qui a consacré une émission au sujet « Les femmes et l’art ».

N’étant aucunement spécialiste d’histoire de l’art, je me contenterai de quelques réflexions sur cette belle exposition, qui se tiendra au musée Maillol jusqu’au 15 juillet. Je dois tout d’abord avouer qu’avant l’émission de France Inter, je n’avais jamais entendu parler de cette artiste pourtant majeure (avouez-le, je ne suis pas la seule). J’ai cependant des excuses: elle semble n’avoir été redécouverte qu’au XXème siècle, grâce notamment à un essai de d’un critique italien, Roberto Longhi, intitulé Gentileschi père et fille (1916). Elle était effectivement la fille d’Orazio Gentileschi, peintre de tout premier plan lui aussi, dont l’exposition présente trois toiles (voire plus, la critique étant divisée quant à l’attribution de certaines oeuvres au père ou à la fille).

L’exposition choisit bizarrement de commencer le parcours par des oeuvres exécutées à l’apogée de sa carrière; il faut se rendre à l’étage pour voir des toiles de jeunesse. Ses débuts sont précoces: la première oeuvre qui lui est unanimement attribuée est une très belle Suzanne et les vieillards, réalisée en 1610 (elle avait alors 17 ans).

Suzanne et les vieillards, 1610, collection Schönborn, Pommersfelden

Dans la même salle sont présentées trois versions différentes et superbes d’une Vierge allaitant, réalisées entre 1608 et 1618, dont au moins deux sont attribuées avec certitude à Artemisia.

Vierge allaitant l'Enfant 1616-1618

Vierge allaitant l'Enfant 1610

Un motif apparaît de manière récurrente dans l’exposition: il s’agit de l’épisode biblique de Judith et Holopherne.

Judith et Holopherne, 1612
© Fototeca Soprintendenza per il PSAE e per il Polo museale
della città di Napoli

C’est là que j’en arrive à ce qui m’a dérangée dans cette exposition, et ce qui me dérange de plus en plus à mesure que je me documente sur cette artiste: la tendance à interpréter son oeuvre en fonction de sa biographie. Artemisia aurait été violée par un ami de son père. Ce fait, et le procès intenté par son père qui s’ensuivit, occupe une large place dans la page Wikipédia qui lui est consacrée, dans la biographie de l’artiste écrite par Alexandra Lapierre ainsi que dans le film Artemisia (1997), réalisé par Agnès Merlet (au point que le film s’achève à la fin du procès, alors qu’Artemisia est encore très jeune et n’a donc pas le statut qu’elle acquerra par la suite).

Cette façon de mêler le biographique et l’oeuvre conduit à une interprétation psychanalytique de la première version de Judith ci-dessus, réalisée peu après le viol de la jeune femme: celle-ci aurait cherché à exorciser le traumatisme de son viol à travers son oeuvre, ce qui en expliquerait la violence. Rappelons que le sujet est en lui-même extrêmement violent, comme un grand nombre de sujets bibliques, et qu’il paraît donc pour le moins hasardeux de voir dans cette représentation l’expression d’un fantasme de castration ou de vengeance… De plus, il s’agit d’un sujet très représenté dans l’histoire de l’art, notamment par Le Caravage, qui a exercé une grande influence sur Artemisia. Je ne pense pas que des explications psychanalytiques aient été produites sur l’oeuvre qui suit.

Le Caravage, 1599, Rome, Palais Barberini

Même si le commentaire précisait qu’il ne fallait pas retenir cette seule explication, il me semble qu’elle illustre une tendance, heureusement limitée, de l’exposition à tirer l’oeuvre du côté de la féminité de l’artiste (le viol rappelant bien sûr de façon brutale cet aspect). Le titre complet de cette exposition est « Artemisia – Pouvoir, gloire et passions d’une femme peinte ». Pourquoi « passions »? Quelques lettres de l’artiste à son amant sont exposées et font l’objet d’un commentaire insistant sur le caractère « passionné » d’une « femme amoureuse », invitant à y voir l’une des clés de sa peinture. Je n’ai jamais entendu décrire les oeuvres de Raphaël, du Caravage ou d’un autre peintre comme celles d' »hommes amoureux ». Rien dans les oeuvres exposées ne permet, à mon avis, cette description, tant les sujet abordés sont variés et parfaitement en concordance avec les codes de la peinture italienne du XVIIème siècle.

Il est tout à fait évident, en revanche, que l’artiste semble accorder une grande place à la représentation de femmes; outre Judith, l’exposition présente ainsi plusieurs versions du suicide de Cléopâtre, de Bethsabée au bain ou de Madeleine repentie. Mais à nouveau, il s’agit là de sujets tout à fait canoniques dans la peinture de l’époque.

La conversion de Madeleine, c. 1630, Rita R.R. and Marc A. Seidner Collection, Los Angeles

Je conclurai avec une oeuvre qui m’a paru malgré tout marquer sa spécificité de femme peintre. Il s’agit d’un autoportrait en allégorie de la peinture. Le commentaire de l’audioguide explique, de manière très intéressante, qu’Artemisia combine ici deux types de représentations: celui de l’allégorie de la peinture, qui représente traditionnellement une femme, et celui de l’autoportrait de l’artiste se représentant en train de peindre.

Artemisia Gentileschi, Allégorie de la peinture
© Soprintendenza Speciale per il Patrimonio Storico,
Artistico ed Etnoantropologico e per il Polo Museale della
città di Roma

La majorité des images que j’utilise dans cet article proviennent de cette page, que vous pouvez lire pour une critique beaucoup plus détaillée et informée de l’exposition. Je vous recommande aussi la critique parue sur le site « La tribune de l’art ».

AC Husson

H. ch. F. hétérosexuelle, fécondable, souriante et aimant le rouge. S’adresser au service scientifique.

J’ai déjà évoqué, il y a quelques mois, les rapports entre études de genre et sciences exactes et plus précisément, la manière dont les neurosciences traitent les différences sexuelles (c’est-à-dire en partant généralement de ce présupposé, justement, de la différence, qu’il s’agit d’étayer, de confirmer et de perpétuer). D’ailleurs, si vous ne le connaissez pas encore, je vous conseille d’aller faire un tour sur antisexisme.wordpress.com, un blog qui se donne pour objectif de « combattre le sexisme par la science ».

Le numéro de février du magazine Sciences et avenir, que j’évoquais dans ma dernière revue de presse, présente tout un dossier intitulé « Homme – Femme: La science face aux idées reçues ».

Ce dossier s’interroge sur le « piège infernal » de la différence sexuelle envisagée du point de vue des sciences exactes, et sur l’effort des scientifiques pour produire « une description raisonnée de la nature, de mettre toutes ses objets dans des boîtes, avec des étiquettes clairement identifiables », au détriment des sujets de leur individualité irréductible. (Je cite l’éditorial de Dominique Leglu). Le dossier est vraiment bien fait, je vous le conseille.

Cette question du « neurosexisme », ou plus largement de la manière dont la science interroge et interprète les différences (sexuées ou genrées, selon le point de vue que l’on adopte) suscite de plus en plus de travaux de vulgarisation, comme Cerveau rose, cerveau bleu. Les neurones ont-ils un sexe? de Lise Eliot et l’excellent Delusions of Gender de Cordelia Fine, malheureusement pas (encore?) traduit en français.

Un autre type de travaux scientifiques (ou se prétendant tels) concernant les hommes et les femmes a récemment attiré mon attention. Plus précisément, ces travaux semblent concerner les relations entre hommes et femmes. Je dis « semblent », car quatre exemples récents ont en commun une caractéristique frappante: ils décrivent l’effet qu’ont les femmes sur la libido des hommes. Jamais le contraire.

1) Le premier exemple vient d’un article qui n’est malheureusement plus disponible en ligne, à moins que vous soyez abonné.e au Monde.fr; il est intitulé « Les femmes rendent-elles les hommes stupides? » (noter la subtilité du titre, en accord avec celle de l’étude). Cet article semble avoir été copié sur ce forum, mais je ne peux pas assurer qu’il s’agisse de la version exacte. Un bref extrait:

Des études de psychologie ont montré que les messieurs hétérosexuels réussissaient moins bien des tests cognitifs après avoir discuté avec une dame qu’avant. L’inverse n’est pas vrai.

2) Le second article qui a attiré mon attention est un compte-rendu du même journaliste, Pierre Barthélémy, qui tient le blog « Passeur de sciences ». Le titre est, là aussi, aguicheur: « Mesdames, votre fertilité rend les hommes éloquents ». La question à l’origine de l’étude dont il est question est la suivante:

et si les hommes en quête de partenaire devenaient plus éloquents ou changeaient leur manière de parler en fonction de la fécondabilité de leur « cible » ?

Et maintenant le protocole, tenez-vous bien: on confronte des hommes (testés à leur insu) à des femmes « ne prenant pas la pilule et donc susceptibles d’être fertilisées à un moment de leur cycle menstruel ». Je n’entre pas dans les détails, mais le résultat montrerait (de façon peu probante cependant) que les hommes seraient capable de repérer les femmes « fertilisables » et ajusteraient leur comportement et leur manière de s’exprimer en fonction de ce critère.

On retrouve dans ces deux études l’idée que le comportement des hommes serait guidé non seulement par leurs hormones, mais par le désir de se reproduire.

3) Troisième exemple, où l’on retrouve la tendance des auteurs de compte-rendus scientifiques aux titres pour le moins provocants: « Pourquoi les femmes vêtues de rouge excitent les hommes ». Où l’on apprend notamment que les femmes en rouge sont jugées plus réceptives sexuellement.

4) Quatrième et dernier exemple, trouvé par hasard alors que je faisais des recherches pour ce billet: « Bien interpréter un sourire féminin ». A nouveau, le point de vue est masculin, et il s’agit d’étudier l’effet que produisent les femmes sur les hommes, et ses implications sexuelles (… ou pas). Où l’on apprend cette fois que « les hommes cherchant une aventure rapide sont plus enclins que les autres à surestimer l’attirance des femmes pour eux ». (« Ben alors, mademoiselle, t’es pas très souriante dis donc! »)

A quand une étude sur l’effet produit sur les femmes par les hommes pas très souriants, portant du rose et en recherche de partenaire sexuelle? Et à quand une étude sur le désir dans les relations homosexuelles?

Masculin/Féminin (1)

L’évidence, pour un locuteur ou une locutrice français.e, de la répartition binaire du masculin et du féminin dans la langue, occulte le fait que ce fonctionnement, si fondamental, ne caractérise pas toutes les langues. En allemand cohabitent les catégories de féminin, de masculin et de neutre, comme c’était le cas en grec et en latin. Mais certaines langues ne connaissent pas la catégorie du genre (bien que des oppositions puissent être marquées par des pronoms): c’est le cas du basque, du finnois, de l’estonien, du hongrois… Le polonais, lui, en connaît cinq: masculin personnel, masculin animé impersonnel, masculin inanimé, féminin, neutre. (source: Wikipédia)

Pourtant, l’évidence de cette bipartition en français fait écho à l’observation la plus basique de la répartition des êtres animés entre mâles et femelles. Si bien qu’en français, la corrélation entre les deux semble évidente, malgré le caractère largement arbitraire du genre grammatical des inanimés (pourquoi dit-on une table, pourquoi un arbre). Mais le genre grammatical n’est pas une constante linguistique universelle, alors que l’observation de la distinction entre féminin et masculin chez les êtres animés l’est; en outre, pour l’anthropologue Françoise Héritier, cette observation est toujours corrélée à une mise en exergue des différences entre les sexes. Les caractéristiques attribuées à l’un ou l’autre sexe (c’est-à-dire le genre, au sens social cette fois du terme) varient selon les cultures, mais pour Françoise Héritier,

partout, de tout temps et en tout lieu, le masculin est considéré comme supérieur au féminin. (La plus belle histoire des femmes, p. 21)

Elle appelle cela « la valence différentielle des sexes », ce qui signifie tout simplement que les deux sexes n’ont pas la même valeur, et qu’il existe donc entre eux une hiérarchie claire et toujours orientée dans le même sens. J’essaierai de montrer en quoi cette différence exacerbée peut se retrouver dans le fonctionnement du genre grammatical, et en particulier du genre lexical, c’est-à-dire celui qui concerne les mots (acteur / actrice, par exemple, ou encore expert / experte).

Dans La plus belle histoire des femmes (avec Michelle Perrot, Sylviane Agacinski, Nicole Bacharan – Seuil, 2011), François Héritier entreprend d’expliquer la dissymétrie qu’elle observe « partout, de tout temps et en tout lieu » à partir de modes de pensée et de représentation du monde qui se seraient fixés dans le paléolithique et se seraient traduit par cette constante qu’est la supériorité du masculin sur le féminin. Sa réflexion se fonde sur les travaux de Claude Lévi-Strauss. Il n’est pas question pour moi ici de discuter de la pertinence des théories de Lévi-Strauss (ni de François Héritier): j’en serais bien incapable, ne connaissant rien à l’anthropologie. Je me contenterai d’y voir une explication possible de la « valence différentielle des sexes ». Pour une lecture queer de Lévi-Strauss, et une critique du « domaine prédiscursif dans lequel on pose la dualité du sexe », cf. Butler, Trouble dans le genre, chapitre 2 sur Lévi-Strauss et le structuralisme.

F. Héritier observe que, pour que la « théorie de l’alliance » fonctionne, il manque une présupposé fondamental, qui semble être un impensé des travaux de Lévi-Strauss: pour que les hommes décident d’échanger entre eux les femmes, c’est-à-dire d’attribuer leurs filles et leurs soeurs à d’autres hommes comme monnaie d’échange, « il fallait déjà qu’ils s’en sentent le droit »:

Cette forme de contrat entre hommes, l’expérience ethnologique nous la montre partout à l’oeuvre. Sous toutes les latitudes, dans des groupes très différents les uns des autres, nous voyons des hommes qui échangent des femmes, et non l’inverse. Nous ne voyons jamais des femmes qui échangent des hommes, ni non plus des groupes mixtes, hommes et femmes, qui échangent entre eux des hommes et des femmes. Non, seuls, les hommes ont ce droit, et ils l’ont partout. C’est ce qui me fait dire que la valence différentielle des sexes existait déjà dès le paléolithique, dès les débuts de l’humanité. (p. 24)

La possibilité de s’arroger le droit d’échanger les femmes pour garantir le bon fonctionnement de la communauté repose donc sur l’exacerbation de la différence entre les sexes, traduite en termes de supériorité et d’infériorité. L’observation la plus rudimentaire du monde livre l’évidence de cette différence anatomique et physiologique:

La plus importante des constantes, celle qui parcours tout le monde animal, dont l’homme fait partie, c’est la différence des sexes. (…) Je crois que la pensée humaine s’est organisée à partir de cette constatation: il existe de l’identique et du différent. Toutes les choses vont ensuite être analysées et classées entre ces deux rubriques (…). Voilà comment pense l’humanité, on n’a pas observé de sociétés qui ne souscrivent pas à cette règle. Dans toutes les langues il y a des catégories binaires, qui opposent le chaud et le froid, le sec et l’humide, le dur et le mou, le haut et le bas, l’actif et le passif, le sain et le malsain… (p. 25-26)

Or dans toutes les langues, explique F. Héritier, ces catégories binaires sont rattachées aux deux catégories formant l’opposition fondamentale: le masculin ou le féminin. Ainsi, dans la pensée grecque comme dans beaucoup de sociétés traditionnelles, le chaud et le sec sont rapportés au masculin, le froid et l’humide au féminin (pour la raison que les femmes perdent régulièrement le sang; la vie est mobilité et chaleur, et l’homme ne perd pas son sang, il est donc du côté du chaud et du sec). Or l’opposition entre ces catégories binaires ne se fixe jamais sans hiérarchie: il y a toujours une catégorie positive et une autre négative.

L’observation ethnologique nous montre que le positif est toujours du côté du masculin, et le négatif du côté du féminin. Cela ne dépend pas de la catégorie elle-même: les mêmes qualités ne sont pas valorisées de la même manière sous toutes les latitudes. Non, cela dépend de son affectation au sexe masculin ou au sexe féminin. (…) Par exemple, chez nous, en Occident, « actif » (…) est valorisé, et donc associé au masculin, alors que « passif », moins apprécié, est associé au féminin. En Inde, c’est le contraire: la passivité est le signe de la sérénité (…). La passivité ici est masculine et elle est valorisée, l’activité – vue comme toujours un peu désordonnée – est féminine et elle est dévalorisée. (p. 27)

Deux conséquences au moins s’imposent alors à nous.

D’abord, l’enracinement de cette opposition fondamentale entre le féminin et le masculin conditionne notre façon de nous représenter le monde, et ce conditionnement est culturel, il dépend des valeurs qui régissent telle ou telle société. C’est là ce qu’on appelle le genre.

Ensuite, la langue reflète cette opposition et la conforte en même temps, en véhiculant tout un système de représentations binaires et, parfois, en distinguant dans sa grammaire même le masculin et le féminin. Les règles établies à partir de cette répartition du masculin et du féminin dans la langue, et notamment la règle, fondamentale pour le français moderne, selon laquelle le masculin l’emporte sur le féminin, demande donc à être interrogée afin de ne pas survaloriser, délibérément ou naïvement, le caractère arbitraire de cette répartition. Imaginons une pièce remplie de femmes, à une exception masculine près: selon les règles du français, l’on est censé s’adresser aux personnes présentes en utilisant le masculin pluriel. Au lieu de se contenter de stipuler que le masculin neutralise l’opposition de genre (à quel titre?), il faut interroger une règle qui, par définition, n’a rien de naturel, et ne pas occulter le fait que la langue est, et est seulement, une construction sociale, véhicule inconscient de représentations collectives.

Pour aller plus loin:
F. Héritier, La différence des sexes, Bayard/Les Petites Conférences, 2010.
Masculin/Féminin. La pensée de la différence, Odile Jacob, 1996, 2008.
Masculin/Féminin II. Dissoudre la hiérarchie, Odile Jacob, 2002, 2008.
+ Une vidéo sur les clichés concernant les femmes et contre lesquels elle entend lutter par son travail d’anthropologue.
C. Delphy, Classer, dominer. Qui sont les « autres »?, La Fabrique, 2008.

Vu, lu, entendu (7-13/11/11)

J’inaugure une nouvelle série de posts: chaque semaine, je rassemblerai ici les articles, vidéos ou encore émissions de radio lus / vus / entendus pendant la semaine, tous en lien avec le genre, bien sûr.

– Tunisie: Pour une des nouvelles élues d’Ennahda, « les mères célibataires sont une infamie ».

– Pour Xavier Bertrand, il existe toujours des chefs de famille: « il est temps que les hommes et les femmes politiques gèrent le budget de l’état comme les chefs de famille gèrent le budget familial ». Cet appel au « bon sens économique », qui sent bon le populisme, est un point commun entre notre ministre du travail et le Tea Party américain (1er article en haut à gauche, le site des Inrocks semble indisponible ce dimanche soir).

« Erections présidentielles: le dur et le mou en politique »

– Un nouveau blog: Sexpress – Mettez le doigt dans l’engrenage du genre.

– Lu sur le site du Guardian: « Women bloggers call for a stop to ‘hateful’ trolling by misogynist men ». Un débat est lancé sur la toile anglophone à propos des nombreuses violences verbales et menaces de violence physique qui font le quotidien des blogueuses influentes.

– En lien avec mon dernier post, un article du New Yorker sur les stéréotypes qui dominent la représentation des femmes au cinéma: « Flick Chicks – A guide to women in the movies » (merci Jessica!).

– Une tribune très intéressante à propos de l’élection de Miss Monde, écrite par une féministe moins énervée contre cet évènement aujourd’hui que dans les années 70; un entretien avec Gloria Steinem, une icône du féminisme, qui appelle quant à elle à s’énerver plus.

That’s all folks! 🙂

Etudes de genre et sciences « exactes »

J’ai évoqué dans mon dernier post l’argument, fréquemment employé par ceux qui récusent la pertinence des études de genre, de leur soi-disant « non-scientificité ». Cet argument a été au centre de la bronca menée contre l’introduction du concept de genre dans les manuels de Sciences de la vie et de la terre des classes de 1ère L et ES, qui introduirait, justement, un mélange des genres (pardon). En effet, la « théorie du genre », ou plutôt, pour ses critiques, « théorie du gender », relèverait exclusivement du champ des sciences sociales et de la philosophie, et n’aurait donc rien à faire dans un chapitre de biologie. Dans une émission consacrée à la controverse liée à ces manuels, le sociologue Eric Fassin souligne que l’introduction du genre ne concerne pas toutes les sections du lycée général, mais seulement celles liées aux « humanités », c’est-à-dire les sections littéraire et économique et sociale. Autrement dit, les lycéens de la filière S, les « scientifiques », ne voient pas cette notion intégrer leur cursus, axé sur les sciences exactes, pures et dures.

Vraiment, les manuels de biologie pourraient se contenter de cette image de l'humanité. Elle est tirée du projet Pioneer Plaques, comportant un message pictural de l’humanité destiné à d’éventuels êtres extraterrestres. On remarquera que c'est le monsieur tout nu qui fait coucou aux aliens. Sur le dessin originel, la femme apparaît même un peu en retrait du fait de la perspective.


Je signalais également dans mon post précédent l’un des arguments principaux que l’on peut opposer à cette accusation de non-scientificité. Il se fonde sur l’héritage de la théorie féministe qui a montré, depuis plusieurs décennies, les limites de la prétendue objectivité des sciences exactes. Ces recherches ont eu une conséquence bien précise: elles ont fourni une base épistémologique solide à la critique des recherches sur les différences sexuelles et leur origine supposée dans le patrimoine génétique et le cerveau. Judith Butler souligne que « nombre de chercheuses féministes se sont intéressées à la biologie et à l’histoire des sciences pour analyser les intérêts politiques sous-jacents aux différentes procédures discriminatoires qui établissent les bases scientifiques du sexe » (Trouble dans le genre, note p. 68, trad. C. Kraus).

Dans Delusions of Gender. The Real Science Behind Sex Differences, Cordelia Fine mène une analyse très fine et extrêmement documentée du discours scientifique prédominant à l’égard des différences sexuelles. Elle montre notamment que les recherches dans ce domaine sont la plupart du temps faussées par leur présupposé de départ, à savoir, qu’il existe bel et bien des différences, dont il s’agira de montrer l’origine neurologique pour justifier, en retour, tous les mécanismes de différenciation genrés qui marquent la vie des individus depuis leur naissance. Elle explique ainsi que les recherches visant à prouver l’existence de ces différences sont beaucoup plus porteuses, en termes de carrière et de possibilités de publication, que les recherches visant à montrer que ces différences sont soit inexistantes, soit minimes en comparaison des ressemblances entre les sexes. La recherche scientifique (et on ne parle pas de sciences molles, attention, mais de choses sérieuses, avec IRM, graphiques et tout) contribuerait ainsi à corroborer et à figer les stéréotypes qui déterminent notre vision du monde et nos interactions avec les autres:

Neuroscience is used by some in a way that it has often been used in the past: to reinforce, with all the authority of science, old-fashioned stereotypes and roles.

(Les neurosciences sont utilisées par certains de la même façon qu’elles ont souvent été utilisées dans le passé: pour renforcer, avec toute l’autorité de la science, des stéréotypes et des rôles démodés.)

En amont, les présupposés qui ont dicté pendant des siècles et dictent toujours largement aujourd’hui le choix des sujets explorés par la science peuvent fausser au moins en partie l’investigation scientifique; en aval, les conclusions de ces recherches apportent de l’eau au moulin sexiste, en perpétuant le modèle pluri-séculaire de la différence sexuelle (toujours binaire) et de ses multiples avatars. Elles entérinent les différences que tout un chacun peut observer entre les genres, en leur donnant une caution scientifique. Leur impact sur les représentations traditionnelles des rôles genrés n’est évidemment pas direct: il se fait essentiellement à travers certaines entreprises de vulgarisation scientifique. Entendons-nous bien, je n’insinue pas que la Science devrait rester le pré-carré des chercheurs qui savent en manier les concepts, loin de là. Seulement, de la vulgarisation à la caricature, le pas est vite et souvent franchi. Cordelia Fine (dont le livre est lui-même un ouvrage de vulgarisation scientifique) discute notamment l’impact d’une étude qui a fait grand bruit dans les années 1990, et qui montrait (c’est en tout cas ce que ses auteurs disaient) des différences genrées dans la façon dont les cerveaux des femmes et des hommes traitent les informations langagières, et une performance plus grande pour les premières. Dans Pink Brain, Blue Brain, Lise Eliot écrit:

As one of the first reports to find a sex difference by using functional MRI, this study got a lot of press. An article in the New York Times Science section promptly declared: « Men and Women Use Brain Differently, Study Discovers, » and the findings continue to be highlighted even in recent popular works.

(Cette étude, qui fut l’une des premières à trouver une différence sexuelle en utilisant l’imagerie médicale, connut un écho important dans la presse. Un article de la rubrique Sciences du NY Times s’empressa de déclarer: « Une étude révèle que les hommes et les femmes utilisent différemment leur cerveau », et les résultats de cette étude sont toujours soulignés, y compris dans des ouvrages populaires récents.)

C'est vous, ça?


L’impact de cette étude fut tel que les recherches dans ce domaine connurent un nouvel essor. Le problème, c’est qu’elle fut infirmée par la suite, faute de pouvoir réitérer un nombre suffisant de fois les résultats obtenus par ces chercheurs. Or, comme le souligne l’auteure du blog Echidne of the snakes, la popularisation de ce genre d’études sert d’appui, par exemple, à ceux qui défendent un retour aux écoles non-mixtes. La jaquette de l’influent ouvrage de Leonard Sax (fondateur et directeur exécutif de la National Association for Single Sex Public Education), Why Gender Matters, promet au lecteur de lui expliquer comment reconnaître et comprendre les différences entre les sexes les plus profondément ancrées, afin d’aider chaque petite fille et chaque petit garçon à atteindre le maximum de leurs capacités (« recognize and understand… hardwired differences [between sexes] to help every girl and every boy reach their fullest potential »). En clair, les filles et les garçons n’ont pas les mêmes capacités, et doivent donc être éduqués différemment, en insistant pour les premières sur le domaine langagier (littéraire) et pour les seconds sur le domaine scientifique.

Les recherches sur le genre montrent combien la manipulation des catégories liées au sexe est délicate, et les répercussions qu’un certain type d’études scientifiques peuvent avoir sur la perpétuation des discriminations et des stéréotypes de genre. En formant les élèves de lycée (seulement certains d’entre eux) à la distinction entre ce qui relève du biologique et ce qui relève d’un ensemble complexe de facteurs indépendant du biologique, les nouveaux programmes font un pas dans la bonne direction; mais ce qui relève du biologique, comme ce qui relève des neurosciences, est lui-même sujet à caution et suscite des débats scientifiques intenses. Parce que ces débats touchent de si près à celle de l’identité, et à la possibilité de cerner une nature, stable et immuable, de définir une essence de l’humain, ils ne sont certainement pas près de s’éteindre.

Pour aller plus loin
Cordelia Fine, Delusions of Gender. The Real Science Behind Sex Differences. Icon Books, 2010.
Lise Eliot, Pink Brain, Blue Brain: How Small Differences Grow Into Troublesome Gaps — And What We Can Do About It. Houghton Mifflin Harcourt, 2009.
Ruth Hubbard et Marian Lowe (éds.), Genes and Gender. Gordian Press, 1978-1979.
Sandra Harding, The Science Question in Feminism. Cornell University Press, 1986.
Anne Fausto-Sterling, Myths of Gender: Biological Theories About Women and Men. Norton, 1979.
Catherine Vidal (dir.), Féminin Masculin. Mythes et idéologies. Belin, 2006.
Voir aussi le blog Sexisme et Science, qui se donne pour objectif de combattre le sexisme par la science.

Le genre, une « idéologie »?

Bon, je vais mettre tout de suite fin au suspense: non, le genre n’est pas une « idéologie », terme que ses détracteurs brandissent à peu près 99 fois sur 100.

Les attaques contre les études de genre ont généralement deux points d’approche, complémentaires. Le premier, mis en avant par les 80 députés UMP signataires d’une lettre demandant le retrait des manuels d’SVT intégrant la question du genre, est celui de la prétendue non-scientificité de ce qui ne serait qu’une « théorie philosophique », relevant tout au plus du champ des sciences humaines. Rictus, gloussement, haussement d’épaules: encore un truc d’intellectuels.

Le second, qui m’intéresse ici, consiste à dénoncer le caractère « idéologique » de cette « théorie ». La requête « idéologie du genre » aboutit à pas moins de 111 000 résultats sur google. De la non-scientificité à l’idéologie, il n’y a qu’un pas, allègrement et pléthoriquement franchi.

Cependant, l’association entre idéologie et perversité, c’était inédit, il me semble. Ah, c’est sûr, qualifier de « perverses » toutes ces pratiques sexuelles déviantes que promeuvent éhontément les études de genre, ça, ça a déjà été fait. Mais Boris Cyrulnik, le fameux neuropsychiatre et éthologue, nous offre une démonstration logique pour le moins décoiffante:

Je pense que le « genre » est une idéologie. Cette haine de la différence est celle des pervers, qui ne la supportent pas. Freud disait que le pervers est celui qu’indisposait l’absence de pénis chez sa mère. On y est.

Comme l’écrit Crêpe Georgette, « Les Fassin, Beauvoir, Butler et autres milliers d’universitaires seront sans nul doute heureux de voir leur personnalité et leur vie familiale analysés aussi rigoureusement ». Je ne commenterai pas plus le raccourci simpliste de Cyrulnik, qui manifeste un degré zéro de la réflexion intellectuelle et de l’argumentation (ah, tiens, j’ai quand même commenté). Denis Colombi, professeur de sciences économiques et sociales, est plus apte que moi à le faire. Ce qui m’intéresse, c’est que ce raccourci intervient pour expliquer pourquoi il n’est pas encore intervenu publiquement sur les études de genre. Cyrulnik balaie la question d’un revers de main, en assénant cette énormité, sous-entendant ainsi qu’elle ne mérite même pas qu’il s’y attarde (dommage, parce que le journaliste veut bien s’y attarder, après ça): le genre relevant d’une « idéologie », il ne mérite pas de commentaire scientifique.

Dans l’« état des lieux des études de genre » que j’ai déjà mentionné, la sociologue Laure Bereni explique que cette accusation récurrente est liée à l’origine des études de genre. Celles-ci sont en effet nées dans le sillage de mouvements et d’études féministes. Même si ces études, en s’institutionnalisant, ont développé leurs propres outils d’analyse pour se conformer « aux normes de légitimité académique », la dimension militante n’est jamais loin. D’ailleurs, la traduction du mot « gender » en français a posé problème notamment parce que certain-e-s reprochaient au mot « genre » d’occulter la dimension subversive véhiculée par les études dites « féministes ».

Alors, oui, les études de genre ont un ancrage politique, et il n’est pas question de le nier. Encore faut-il préciser ce que l’on entend par l’adjectif « politique », à savoir que les études de genre s’ancrent dans la vie de la Cité. Elles prennent pour objet d’étude des modes de pensée et de représentation qui s’actualisent au sein d’une société donnée, avec en toile de fond, de manière plus ou moins prégnante, l’idée de faire évoluer ces représentations.

Mais ce n’est pas la « la politique » que dénoncent les contempteurs des études de genre. En effet, derrière les soupçons d' »idéologie » se dissimulent presque toujours la dénonciation des « lobbys homosexuels ». Pour une rédactrice du site catholique traditionnaliste « Objections », la formule de Simone de Beauvoir, selon laquelle « on ne naît pas femme: on le devient », « est au cœur de la déconstruction de la société que nous sommes en train de vivre à travers une actualité multiple dont les revendications – de mieux en mieux satisfaites – de la communauté homosexuelle, ou plutôt de sa minorité agissante, le lobby gay, ne sont que les aspects les plus frappants ». Les accusations de « lobbyisme » portées contre une communauté d’individus spécifique ne sont jamais de bon augure. Le même article dénonce « la lutte “vertuiste” contre l’homophobie » en invoquant, comme Cyrulnik, le refus de la différence qui caractériserait les spécialistes des études de genre: ce que cette lutte dissimulerait, c’est un avatar du nihilisme décrit par Nietzsche, « un refus de l’être comme donné ou de l’être comme nature, refus imposé d’“en haut” à une société déjà déboussolée ». On lui fait dire bien des choses, à Nietzsche.

Je finirai en rappelant les deux types d’arguments que Laure Bereni oppose à cette accusation renvoyant les études de genre du côté de l’idéologie. Le premier, c’est que ce type de recherche universitaire n’est pas le seul qui soit organiquement lié à des protestations sociales: la sociologie, notamment, a trouvé un second souffle dans les mouvements sociaux issus de Mai 68. Le second a plus précisément à voir avec le caractère prétendument non-scientifique des études de genre. Les recherches féministes ont en effet mis en évidence depuis plusieurs décennies à quel point les sciences dites « exactes » peuvent être biaisées par des postulats de départ liés au fait que « les sujets de la connaissance » ne sont pas capables de s’abstraire entièrement du contexte social dans lequel ils s’inscrivent et des rapports de pouvoir dans lesquels ils sont pris ». Ces recherches ont ainsi montré « à quel point la science « normale » est imprégnée de préjugés de genre et contribue à reproduire l’ordre social inégalitaire », et ont ainsi mis à mal le mythe de l’objectivité scientifique, sur lequel je reviendrai dans une prochaine série d’articles.

Je ne résiste pas à vous livrer enfin une autre analyse très fine de Boris Cyrulnik, qui laisse rêveur quant à son statut d' »éthologue » (spécialiste du comportement) et ses compétences sociologiques. A la question « Supprimer les notes? », il répond en effet: « Un enfant qui grandit avec papa et maman qui s’aiment, sa petite chambre à lui, des devoirs surveillés, aura forcément de bonnes notes. Les notes ne sont pas un reflet de l’intelligence, mais le miroir de la stabilité affective ». A bon entendeur…

Sur la dimension subversive des études de genre et leur rapport avec l’action politique, pour aller plus loin, voir le désormais classique Trouble dans le genre. Le féminisme et la subversion de l’idendité, par Judith Butler.