Le genre dans les discours de la Présidentielle

Le site Connaissance de causes présente maintenant une analyse des programmes de chaque candidat·e au prisme du genre, des sexualités et des féminismes. Ces analyses ont été réalisées par un petit groupe de personnes et mises en forme grâce à l’incroyable boulot d’Anne GE (@Anne_GE sur Twitter).

Je suis en train de publier sur ce site une série de billets rédigés avec une autre linguiste, Emilie Née. Nous nous sommes servies d’un corpus rassemblant des discours de campagne mis en ligne par les équipes des 5 candidat·es en tête dans les sondages; nous avons utilisé des méthodes de statistique textuelle  et présentons, sous une forme (je l’espère!) très accessible, les résultats de nos analyses. Vous trouverez dans le 1er billet de la série les détails de notre méthode et des propositions de réflexion sur une absence étonnante dans cette campagne.

Dans le 2ème billet, nous nous penchons sur le mot femme(s), qui est généralement utilisé, dans les discours des candidat·es, en même temps que homme(s). Nous détaillons dans ce billet une évolution notable dans la langue de bois politique. Les billets suivants parleront de l’association entre femme(s) et les thèmes de l’islam et de l’immigration, en particulier dans les discours de Marine Le Pen. Nous évoquerons ensuite l’intersection entre genre et classe sociale dans les discours de Jean-Luc Mélenchon, avant de nous pencher sur le cas Macron. Je continuerai d’annoncer la publication des billets sur ma page Facebook et mon compte Twitter.

En attendant, voici un extrait du 2ème billet, intitulé « Petit traité de communication politique: Femme(s) dans les discours de campagne ».

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Hommes-femmes ou femmes-hommes? Une langue de bois en mutation

[…] On constate une évolution très notable entre 2007 et 2017 – et nous ne sommes d’ailleurs pas les seules à l’avoir remarquée…

capture d’écran réalisée le 06/04/2017 – tweets publiés pendant le débat télévisé du 4 avril

En 2007, c’était l’ordre hommes puis femmes qui dominait (66% des phrases relevées font figurer cet ordre [1]), y compris chez des femmes comme Marie-Georges Buffet (Parti Communiste) et Ségolène Royal (Parti Socialiste).

 

Or en 2017, la tendance s’inverse de manière spectaculaire (68% de femmes puis hommes).

Avec un tel renversement, on ne peut pas dire que l’ordre femmes-hommes soit particulièrement subversif. En effet, depuis quelques années, on remarque une évolution de la langue de bois politique. Ce nouvel ordre syntaxique semble faire son apparition dans la communication gouvernementale avec la création en 2012 d’un ministère des droits des femmes, où des militantes féministes sont actives (comme dans un premier temps Caroline de Haas, ancienne porte-parole d’Osez le féminisme). Le Guide pratique pour une communication publique sans stéréotype de sexe, édité par le Haut conseil à l’égalité, recommande par exemple d’utiliser l’ordre alphabétique:

 

Utiliser l’ordre alphabétique nous semble assez faible sur le plan argumentatif, puisque cela laisse entendre qu’utiliser femmes avant hommes ne s’explique que pour des raisons arbitraires – mais si c’est le cas, pourquoi changer l’ordre hommes-femmes, qui peut paraître tout aussi arbitraire ? L’apparition de femmes-hommes est en fait, à l’origine, liée à la volonté de rendre le féminin plus visible, de déranger en quelque sorte l’ordre de la langue pour mieux attirer l’attention sur l’ordre social.

Il y en a un qui a particulièrement bien reçu le message, et les téléspectateurs/trices du débat ne s’y sont pas trompé·es: Emmanuel Macron, ou en tout cas son équipe de campagne. Nous y reviendrons en détail dans un billet consacré au candidat d’En Marche.

Quant aux autres candidat·es, ils et elles emploient les deux ordres, avec une alternance marquée chez Benoît Hamon, François Fillon et Marine Le Pen. Les deux ordres ainsi peuvent alterner dans un même discours:

« Pour y parvenir , il n’y a qu’un seul vrai levier. Le levier qui a toujours motivé les femmes et les hommes qui veulent conquérir le bonheur […]
Pour nous Français, l’égalité entre les hommes et les femmes est absolue et non négociable. […]
Respect, oui respect pour ces femmes et ces hommes qui nous protègent; respect pour leur courage et leur dévouement. […]
Engagez-vous, osez, foncez, brandissez avec moi l’étendard de la France, ce drapeau des hommes et des femmes debout, ce drapeau libre deviendra demain celui de notre victoire! »
(François Fillon, meeting, Courbevoie, 21/03/2017)

Jean-Luc Mélenchon, dont il faut noter que les discours ne semblent pas rédigés à l’avance, emploie le plus souvent l’ordre hommes-femmes. C’est peut-être là une des conséquences d’un discours moins planifié, d’une parole moins contrôlée. […]

Lancement: Connaissance de causes

Emplois fictifs, hologrammes, programmes fantômes, alliances oui-peut-être-mais-non…

Dans tout ça, les sujets chers à mon cœur, et auxquels ce blog se consacre, ont pour l’instant tenu une place minimale dans la campagne: je parle des enjeux liés au·x féminisme·s, au genre et aux sexualités.

Avec une dizaine de personnes, nous avons décidé de mettre à la disposition du public un outil d’analyse de la campagne présidentielle qui se concentre sur ces enjeux. Le projet s’appelle Connaissance de causes (… vous l’avez?).

Bannière par Morpheen

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Nous analysons les programmes des candidat·es, revenons sur leurs actions et dires passés, proposons des analyses transversales à propos de thèmes particuliers. Nous sommes un collectif apartisan, ce qui ne veut pas dire que nous sommes apolitiques: nous sommes engagé·es pour la défense des droits des femmes, des minorités sexuelles et des minorités de genre. Notre perspective est également résolument intersectionnelle.

Vous trouverez ici une présentation complète du projet, ainsi qu’une liste des points clés qui nous servent d’entrées pour analyser la place du genre, des féminismes et des sexualités dans la campagne. Est également déjà en ligne une revue du web. Les analyses des programmes suivront prochainement (certaines parties du site sont donc encore en travaux).

Si vous entendez voter en avril prochain, faites-le en toute connaissance de cause.