La Manif pour-tous-mais-contre… la recherche scientifique

Aujourd’hui (17 novembre 2016) et demain se tient à Paris un colloque intitulé « La gestation pour autrui: resituer la France dans le monde. Représentations, encadrements et pratiques », co-organisé par l’Institut National d’Etudes Démographiques (INED), l’Ecole de Hautes Etudes en Sciences sociales (EHESS), l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, l’Université Paris 2 Panthéon-Assas et le Muséum National d’Histoire Naturelle. On en trouvera ici l’argumentaire scientifique (c’est-à-dire le texte de présentation des fondements et attendus du colloque). Cet argumentaire fait état d’une réalité minoritaire, complexe et vivement controversée, et formule l’objectif

d’analyser et de discuter la diversité des situations, encadrements, expériences relatives à la GPA dans le monde afin de mieux comprendre la pratique, son développement au niveau local et international et ses impacts ; et nourrir ainsi, de façon scientifique, les débats existants, y compris ceux soulevés en France ces dernières années ». Le programme rassemble des interventant·es de différentes disciplines (sciences juridiques, anthropologues, sociologues, démographes, médecins) et différents contextes nationaux (Etats-Unis, Inde, Australie, Royaume-Uni, Mexique, Bulgarie, Belgique, etc.). Les organisatrices/teurs présentent cet évènement comme le « premier colloque scientifique international en France sur la GPA.

En septembre 2014 avait lieu une autre première: il s’agissait à l’époque du « premier congrès des études de genre en France », auquel j’avais participé notamment en tant qu’intervenante (ma communication portait sur l’expression théorie du genre). J’avais à l’époque relaté sur ce blog les réactions de La Manif Pour Tous et de différents groupes traditionnalistes et d’extrême-droite:

Nous avons reçu la visite de manifestant·es (appel lancé par les « sentinelles », « En marche pour l’enfance » et « Enfant des terreaux », groupes religieux et d’extrême-droite). Ils se sont plantés devant l’ENS, ont pris des photos des gens qui se trouvaient dans le hall et des étudiant·es qui sortaient […]. Action Française n’allait pas manquer la fête (il y avait une cinquantaine de ces autocollants devant l’ENS quand l’équipe d’organisation est arrivée vendredi matin):

action-francaise

Pourquoi ces groupes s’attaquent-ils à des colloques scientifiques? Pour le comprendre, d’abord, un peu de contexte.

Du « mariage pour tous » à la GPA, la PMA et au genre

En mai 2013, la loi permettant l’ouverture du mariage aux couples de même sexe est adoptée par le Parlement français. On aurait pu croire que le collectif Manif Pour Tous, qui s’était formé spécifiquement pour combattre l’introduction de cette loi, allait perdre toute raison d’être et disparaître. Mais leur action s’est simplement redéfinie: en plus de demander l’abrogation de la loi, LMPT recentre son discours, à partir de l’été 2013, sur le « gender », la GPA et la PMA. J’ai largement parlé de leur militantisme antigenre sur ce blog et ne reviens donc pas là-dessus (cf notamment ce billet). Mais pourquoi militer contre la GPA et la PMA? Parce qu’il s’agit de deux revendications liées au mariage pour tous. Les couples lesbiens revendiquent l’accès à la procréation médicalement assistée (PMA) et reprochent au gouvernement socialiste d’avoir abandonné cet aspect de la loi en cours de route. Quant à la gestation pour autrui (GPA), c’est une méthode utilisée notamment par les couples gays.

Évidemment, ni la PMA ni la GPA ne sont spécifiques aux couples homosexuels, et il ne serait sans doute jamais venu à l’idée des responsables de LMPT de manifester contre ces pratiques avant la mobilisation sur le mariage pour tous. Contrairement à la PMA, couramment pratiquée (mais toujours interdite en principe aux couples homosexuels), la GPA est aujourd’hui interdite en France. Elle n’en est pas moins utilisée (de manière marginale) par des couples français, homosexuels ou non, ayant recours à des mères porteuses dans des pays où la pratique est légale. Cela crée un problème juridique pour les enfants qui, nés à l’étranger grâce à une pratique non reconnue par la France, se voyaient jusqu’en 2014 refuser la nationalité française. En juin 2014, la Cour Européenne des droits de l’homme a statué: ces enfants peuvent désormais obtenir la nationalité française, décision confirmée par le Cour de Cassation en 2015. (Pour plus de détails sur la GPA en France, on peut se reporter à cette page Wikipédia, qui est bien faite.)

Le militantisme de LMPT sur ce sujet suit deux axes principaux. Le premier est légal: il s’agit d’empêcher la légalisation de cette pratique en France. Le deuxième se veut centré sur les droits des femmes et des enfants, comme on le voit dans leur communication officielle:

campagne-lmpt_gpa

On remarque que cette communication ne mentionne jamais l’homosexualité. Nous sommes censé·es croire, apparemment, que LMPT s’est réinventé comme porte-drapeau des droits des femmes, alors que le parti (oui oui, LMPT est désormais un parti politique, c’est une histoire de gros sous) a par ailleurs des liens plus qu’étroits, par exemple, avec des organisations anti-IVG comme la fondation Lejeune. Même effacement de la question de l’homosexualité dans leur action contre le colloque sur la GPA:

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Mais tout le monde n’a apparemment pas reçu le mémo (@pvgberge est le compte de Pierre Bergé):

Quand LMPT milite contre la recherche scientifique

Je reviens donc sur ce fameux colloque. Qu’est-ce qu’on lui reproche? D’être organisé par des « pro-GPA » et de violer donc la nécessaire neutralité scientifique. En consultant le programme du colloque, vous pourrez vous faire une idée de son contenu réel.

La solution? Demander son annulation et faire pression sur les organisatrices/teurs et sur les intervenant·es.

Le président de l’EHESS, Pierre-Cyrille Hautcoeur, qui dit « comprendre la position engagée » de la Manif pour tous, s’est déclaré « choqué qu’on cherche à empêcher la tenue d’un colloque ». « Lundi matin, il y avait devant le siège de l’école des marquages au sol anti-GPA. C’est de l’intimidation. Ce ne sont pas des méthodes dignes d’un pays démocratique » (source: Le Figaro)

 

Comme on le voit dans la lettre de LMPT ci-dessus, il est reproché à Valérie Pécresse, en tant que présidente de la région Ile-de-France, de financer ce colloque. LMPT et différents groupes associés ont donc fait pression sur Pécresse pour qu’elle retire ce supposé soutien. Un mot d’explication ici: pour toute manifestation scientifique, surtout de cette ampleur, on se tourne vers de multiples sources de financement public, voire parfois privé. Les établissements de recherche disposent de divers moyens de financement, mais il est normal et souvent nécessaire de demander un soutien, même minime, à la ville, au département ou à la région où l’évènement est organisé. En l’occurrence, le financement apporté par la région Ile-de-France est lié au fait que, parmi les 16 « domaines d’intérêt majeur » définis sous la présidence précédente, figure le pôle « Genre, inégalités, discriminations ».

Or Pécresse avait fait campagne en s’appuyant explicitement sur l’électorat LMPT (rien d’étonnant, puisqu’elle avait manifesté contre le mariage pour tous):

Je suis pour l’égalité homme-femme, c’est à la racine de mes convictions. L’égalité oui, mais pas l’indifférenciation des sexes [qui est] un projet politique, une idéologie. On ne subventionnera pas la théorie du genre. (source: L’Express)

Un de ses tracts de campagne parlait vaguement de « plusieurs dizaines de milliers d’euros » de subvention « pour promouvoir la théorie du genre », subvention qu’elle promettait de ne pas reconduire.

Il y a quelques jours, la présidente de la région Ile-de-France a adressé aux militant·es antigenre et anti-GPA la réponse suivante:

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Pécresse commence par se dédouaner (le financement a été décidé par son prédécesseur), avant d’affirmer qu’il serait « contraire aux principes républicains qu’une autorité politique revienne sur les choix souverains d’un jury scientifique » (on se demande d’ailleurs à quel « jury » cette lettre fait allusion: cela montre pour le moins une ignorance du fonctionnement de la recherche…). Mais l’important est ce qui suit: la réaffirmation 1) de l’opposition du conseil régional « à la gestation pour autrui et à toutes formes de marchandisation du corps humain » et 2) du retrait du soutien de la région aux études de genre.

Le colloque sur la GPA se déroule bel et bien à l’heure où j’écris, malgré les pressions militantes. Il n’en reste pas moins que LMPT peut se targuer d’avoir mis un frein considérable au développement de la recherche sur le genre en Ile-de-France.

Une tendance très inquiétante

Il ne s’agit là, je le disais, que d’une offensive parmi d’autres contre la recherche sur des sujets liés (de près ou de loin) au genre. En décembre 2012, par exemple, deux député·es UMP déposaient une « Proposition de résolution demandant la création d’une commission d’enquête sur l’introduction et la diffusion de la théorie du gender en France ». Il était notamment question d' »établir précisément les vecteurs de promotion de la théorie du gender dans notre pays – [et] en évaluer les conséquences pour la collectivité nationale ». Le fait que les militant·es antigenre et anti-GPA n’hésitent pas à demander l’interdiction de colloques scientifiques et à intimider de façon très concrète les personnes qui portent ces recherches est, selon moi, le symptôme d’un climat de rejet de la parole des « expert·es », climat largement entretenu dans des discours populistes comme celui du nouveau président orange des États-Unis. Les expert·es sont accusé·es soit de militantisme, comme c’est le cas ici; soit d’être déconnecté·es de la réalité et de colporter des mensonges allant contre le « sens commun »; soit, enfin, d’excuser un phénomène en l’expliquant. Tous ces discours relèvent, fondamentalement, de la même logique de méfiance contre la recherche.

Je ne dis pas (surtout pas!) que la recherche devrait être inattaquable et rester dans sa tour d’ivoire. J’espère avoir prouvé au fil des années que je propose exactement le contraire. Je pense que les chercheur·es, surtout s’illes travaillent sur le social, ont la responsabilité de se frotter sans cesse au réel. Mais pour que la recherche soit possible, il faut aussi lui permettre d’opérer dans ses propres espaces, et dans un temps qui n’est pas celui, effréné, de l’actualité – ni celui du militantisme. C’est un paradoxe qui peut sembler compliqué à comprendre, mais pour pouvoir décrire adéquatement le réel, les chercheur·es ont parfois (je dis bien: parfois, et de façon momentanée) besoin de s’en extraire. C’est à cette condition seulement que nous sommes en mesure de faire un pas de côté et de poser les questions que personne d’autre ne posera à notre place, comme ce colloque qui cherche à faire le point sur la pratique de la GPA, à comprendre ses enjeux et à s’interroger sur le futur de cette pratique et de la législation à ce sujet. Militer contre la GPA ne peut pas se traduire par la censure de toute recherche sur la GPA. LMPT affirme avoir compris de cette pratique tout ce qu’il y avait à en savoir: c’est de l’esclavage, point. L’enjeu de la recherche est justement de mettre à mal de telles évidences et d’expliquer un monde complexe, où tout n’est jamais blanc ou noir. Malheureusement, la complexité n’a pas bonne presse ces temps-ci.

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Aux origines du genre (4): rendre justice à la complexité du genre

Si je devais résumer les éléments abordés dans cette série en les replaçant dans l’ordre chronologique, ça donnerait quelque chose comme ça:

  • Même si le concept ne date que des années 1950, certains travaux et réflexions ont permis, avant cette époque, de poser les bases de ce qui deviendra le concept de genre dans le discours féministe. Je me suis concentrée dans le 3ème billet de la série, « Avant le genre », sur deux figures: Margaret Mead, anthropologue étatsunienne, et Simone de Beauvoir, philosophe française. Même si elles ne sont pas les seules qui participent de cette histoire, elles jouent un rôle très important dans le renouvellement de la conception occidentale de la naturalité des rapports entre femmes et hommes.
  • Le genre n’est pas, à l’origine, un concept féministe – bien au contraire: la visée des médecins et psychologues qui l’ont inventé dans les années 1950 était extrêmement normative. S’ils établissent une distinction essentielle entre sexe (biologique) et genre (psychologique), c’est pour décrire des cas considérés comme pathologiques de non-concordance entre ces deux dimensions. Ils étudient notamment ce qu’ils nomment l' »hermaphrodisme » (on dirait aujourd’hui l’intersexuation) et le « transsexualisme » (terme pathologisant pour désigner les identités trans). Si le sexe et le genre sont deux dimensions différentes de l’identité des individus, ces deux dimensions doivent nécessairement, pour eux, être en concordance.
  • Des féministes voient dans ce concept des potentialités libératrices, dans la mesure où il permet de comprendre des dimensions de l’identité « sexuée » des individus qui ne relèvent pas directement, ou pas du tout, de la biologie. Ces féministes s’inscrivent dans une lignée théorique constructiviste, lignée dont participent notamment Mead et Beauvoir. La sociologue Ann Oakley, par exemple, se saisit du concept de genre et le déplace vers la description de la dimension sociale de l’identité des individus. Le genre garde, chez Oakley, sa première définition de dimension psychologique de l’identité sexuée; mais alors que des médecins comme Robert Stoller ou John Money n’étaient absolument pas intéressés par la description des rapports sociaux, Oakley essaie d’établir un pont entre le psychologique et le social.

Parallèlement à cette série, j’en ai publié une autre sur mon carnet de recherche, qui concerne, elle, ce que j’appelle les « généalogies polémiques du genre« . Il s’agit des généalogies plus ou moins fantaisistes, à visée polémique, que l’on trouve très régulièrement dans le discours antigenre. J’aborde notamment le lien avec les théories du complot et la tendance à déshistoriciser le genre, c’est-à-dire à le traiter comme un principe explicateur de tous les maux de l’humanité, actif avant même que le concept ait été inventé. Une de ces généalogies fantaisistes va même jusqu’à faire remonter l’influence de la « théorie du gender » à la Genèse (oui oui). Toutes les généalogies polémiques du genre ne sont évidemment pas aussi ridicules, mais toutes ont au moins deux points en commun: 1) l’objectif de mettre en évidence l’influence cachée d’un ou plusieurs groupes de pression (les « féministes radicales », le « lobby gay »…), qui oeuvreraient dans l’ombre pour changer l’humanité 2) la volonté de présenter une vision unifiée et univoque du concept de genre, ce qui le rend évidemment plus facile à dénoncer.

Or j’ai essayé de montrer, dans cette série sur les origines du genre, qu’il s’agit d’un concept complexe, à l’histoire elle aussi complexe, et qu’il est important de préserver cette complexité. Le discours antigenre se fait souvent anti-intellectualiste, en dénonçant un concept difficile à appréhender et résumer. Mais c’est justement ce qui fait sa richesse. Si l’on veut contrer les tentatives polémiques de réduire cette complexité pour présenter un ennemi unique, « la théorie du genre », je crois qu’il est nécessaire de refuser les simplifications à outrance et de rendre justice à la diversité des usages et des acceptions du genre.

Je prends pour exemple deux conceptions très différentes du concept au sein du discours féministe et de la recherche sur le genre. Sur ce blog et dans mes travaux, j’emploie généralement le terme de genre au singulier. Cet emploi est délibéré de ma part. Je m’inscris dans une tradition de pensée proche du féminisme matérialiste, qui considère le genre comme un système qui produit du binaire, c’est-à-dire la division de l’humanité en deux catégories hiérarchisées, « féminin » et « masculin ». Cette définition du genre ne signifie pas, évidemment, que j’adhère à cette vision binaire des choses: il s’agit d’une manière de montrer en quoi le genre produit du binaire et nous enferme dans ces catégories, en empêchant ou sanctionnant toute transgression. Dans ma perspective, le genre n’est pas non plus le pendant ou l’opposé du sexe (comme certaines théorisations continuent de le suggérer). J’ai expliqué ailleurs en quoi opposer le sexe et le genre, en cantonnant le sexe à un naturel inquestionnable, empêche de comprendre réellement ce qu’implique l’imaginaire autour de la « différence des sexes ».

Cette conception est très éloignée de ce qu’on appelle la théorie queer, qui utilise elle aussi le concept de genre, mais au pluriel. Cet emploi s’inscrit dans une stratégie « de resignification, de désidentification, de prolifération, de réappropriation (des genres par exemple mais pas seulement) » (Bourcier 2002). A la dualité de la différence des sexes, la stratégie queer oppose l’ambivalence, la prolifération et la fragmentation. Dans cette conception, il n’existe pas deux genres, correspondant à deux sexes, mais un spectre d’identité de genre irréductible à une vision binaire.

Il existe donc énormément de dissensions et de débats, au sein même de la recherche sur le genre, sur la manière de comprendre et d’utiliser le concept, ainsi que sur son efficacité politique. Est-ce une mauvaise chose? Cette complexité est-elle un signe de confusion et d’immaturité du concept? Certainement pas. C’est au contraire, pour moi, une preuve de sa richesse et de ses potentialités théoriques et politiques. Je crois aussi, je l’ai déjà dit plusieurs fois, que répondre aux antigenre que « la théorie du genre n’existe pas » ne suffit pas, si on n’arrive pas à rendre compte de cette richesse. C’est parce que le genre est un concept très complexe aux multiples acceptions et théorisations que « la théorie du genre n’existe pas ». Mais pour prouver cela, il faut avoir au moins une vague idée de cette complexité. Le problème, c’est qu’on ne peut pas exiger cela de tout le monde, et loin de moi l’idée de le faire. Le concept peut assez facilement être manié et approprié par tout le monde, nul besoin pour cela d’avoir fait 10 ans d’études. C’est tout le problème de la polémique sur le genre: les antigenre n’abordent absolument pas le concept d’un point de vue scientifique, illes en réduisent la complexité en en faisant une « théorie du genre » menaçante et univoque. Pourtant il s’agit bel et bien d’un concept scientifique, et pour leur répondre de façon appropriée, il faut pouvoir se servir de quelques outils venus du champ des études de genre. Autrement dit, il faut selon moi répondre à des arguments non scientifiques et purement polémiques par de la nuance, de la subtilité, de la complexité. Il faut pouvoir, contre le discours anti-intellectualiste qu’est le discours antigenre, se déplacer hors de la polémique pour pouvoir à nouveau manier des concepts; ce qui est extrêmement difficile à faire, et ce que, pour le moment, nous avons échoué à faire. Les antigenre nous ont enfermé·es dans la polémique, mais en se plaçant sur leur terrain, il n’y a aucun moyen de gagner, car on ne peut pas succomber à la tentation de la simplicité sans perdre la force et l’efficacité du concept. Il faudrait donc pouvoir changer de terrain, les forcer à débattre avec des outils intellectuels qu’ils refusent d’utiliser.