Féminisme, racisme et harcèlement de rue

J’ai reçu récemment un commentaire en réaction à mon article-témoignage sur le harcèlement de rue. J’ai hésité longtemps et finalement décidé de ne pas le publier car il va à l’encontre de mes critères de modération. Je le considère en effet comme raciste, mais ce racisme n’est pas évident pour tout le monde, donc je considère utile de m’expliquer sur ce sujet ici.

Le commentaire en question:

Je trouve incroyable que, par lâcheté intellectuelle, on ne mentionne pas l’origine culturelle des harceleurs en question. La jeune Belge qui a fait le fameux film en caméra cachée dont on a beaucoup parlé sur Internet a avoué du bout des lèvres que la très grande majorité d’entre eux étaient d’origine maghrébine. Ce phénomène n’existe pas en Pologne, en Russie, au Canada (trois pays dans lesquels j’ai vécu et où on peut se promener à moitié nue sans être insultée). Mais il est très présent en France, notamment dans certains quartiers… qui rappellent les images que l’on peut voir des foules masculines huant les femmes au Caire, à Alger ou à Tunis… Que ce dernier argument soit repris ad nauseam par des franges de l’extrême droite est une chose, l’occulter complètement comme vous le faites en est une autre…

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Harceleurs, agresseurs ou simples « relous »?

L’expression est utilisée par des militantes contre le harcèlement de rue, qui ont inauguré hier une « zone anti-relous » à Paris. Cela, quelques jours après une agression sexuelle dont a été victime une femme à Lille et qui a beaucoup fait parler; non pas, malheureusement, à cause de son caractère exceptionnel, mais parce que personne n’est intervenu pendant les 30 minutes qu’a duré son calvaire.

L’initiative de ces militantes est louable et il faut absolument agir contre le harcèlement de rue. Mais leur choix de vocabulaire me pose vraiment problème.

Les hommes qui harcèlent et agressent les femmes dans l’espace public ne sont pas des « relous ». Les désigner ainsi revient à minimiser l’acte en question. Ce n’est pas pour rien que l’on parle de harcèlement: ce ne sont pas des cas isolés, des types lourds, des exceptions. C’est une des manifestations de la domination masculine et de l’appropriation masculine de l’espace public. Une manière de « remettre les femmes à leur place » en leur montrant bien qu’elles ne peuvent échapper ni au regard, ni à l’emprise des hommes. Que quoi qu’elles fassent, il ne faut jamais, jamais qu’elles oublient leur statut de femmes, c’est-à-dire d’objets sexuels à disposition du sexe masculin.

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« Harcèlement de rue »: témoignage

Cet article s’accompagne d’un trigger warning.

Je me rends compte, à l’occasion d’une énième, et nécessaire, discussion sur Twitter à propos du harcèlement de rue, que je n’ai presque jamais évoqué le sujet ici. Beaucoup de choses ont été déjà dites et écrites sur le harcèlement de rue; pourtant, je continue de lire les mêmes dénégations, les mêmes bêtises, les mêmes violences sur ce sujet. Violences, car la négation de la parole et de l’expérience des femmes sur un sujet comme celui-ci est d’une violence sans nom. Je crois qu’il est essentiel de parler de nos expériences et de se battre sans relâche contre tous ceux (et celles parfois) qui continuent à nous dire que ce n’est pas bien grave, que c’est de la drague maladroite, que ce sont des idiots, des connards, des exceptions.

Pour une définition de l’expression et une description du phénomène, je vous renvoie à cet article du blog Crêpe Georgette. Je ne parlerai ici que de ma propre expérience, mais je vous demande de garder à l’esprit qu’il ne s’agit en aucun cas d’une expérience isolée. Pour de multiples autres témoignages, vous pouvez consulter par exemple le site du projet Hollaback.

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